‹ L'Argonne et ses borduresChapitre 64 sur 162 · AN · texte numérisé non relu

AN

Vienne-le-Château. Bien plus, nous pourrions vérifier, en suivant par exemple le contact des craies glauconieuses et marneuses, qu'elle devient prati- quement nulle entre la Bionne et l'Ante, c'est-à-dire du a ou sud.

Ce palier coïncide donc avec le niveau d'érosion à 170-180 m, défini

par Baulig (1) comme limité à la Bionne et aux bordures méridionales de z l'Argonne, niveau sur lequel sont étalés les lambeaux résiduels des dépôts à graviers.

| Enfin, la date proposée par Baulig pour l'“brasion du sommet de chacun des étages de l'ère secondaire à l'ouest de Sainte-Menehould, date qui remonterait au pliocène supérieur, n'est pas incompatible avec la présence, à la base des nappes, des horizons gréseux ou quartzeux démantelés d'une part, de l'elephas antiquus d'autre part. :

Premières interprétations sur les remblaiements et les creusements de

l'Aisne. — L'étude du quaternaire dans la région de Sainte-Menehould et de La Neuville-aux-Bois nous a apporté, sur ces questions, un certain nombre de renseignements d'ordre lithologique ou climatique. Résumons-les brièvement :

— la mise en place des alluvions: graviers, galets calcaires, sables . gris et rognons gaizeux, tantôt en lits parallèles, tantôt en bancs entrecroisés, était terminée à l'acheuléen; la coexistence des deux faunes paraît contradictoire; elle peut s'expliquer en tenant compte que les apports semblent avoir été effectués dans des conditions de climat très variables;

— l'argile brune à concrétions peut provenir du remaniement de formations préexistantes, probablement au cours d'une période interglaciaire; soumise à des alternatives de dégel et de regel, cette couche superficielle est entachée de coulées de solifluction non seulement sur les pentes, mais encore en profondeur.

La présence des graviers sur les plateaux F4 La Gruerie comme sur les replats de La Neuville-au-Pont et de Binarville nous permet maintenant de préciser l'origine de la surface ondulée qui sépare, sans conteste, les séries argilo-limoneuses et leur soubassement. Les alluvions à galets calcaires ont été empilées sur une épaisseur de 30 à 35 m. Près de Saint- Thomas notamment, à proximité de la rive droite de l'Aisne, elles masquent la gaize à une altitude de 165 m environ; maïs dans sa poussée en direction de Vienne-le-Château, le même lambeau atteint, au chemin des Américains de La Harazée, la cote extrême de 195-200 m que l'on peut considérer comme un maximum. La puissance actuelle des bancs de La Présidence : (8 m) ou de La Renarde (5 m) n'est pas comparable à celle qui était la leur à la fin de la phase des remblaiements. . Cette remarque nous conduit naturellement à envisager :

un enlèvement de la majeure partie des nappes avant le dépôt des argiles ocres,

par conséquent, une très sensible variation du niveau de base. Faut-il donc exclure systématiquement un phénomène d'ordre eustatique « purement conventionnel »? Ce serait sans doute faire trop peu de cas d'une ablation aussi importante, favorisée en toute vraisemblance de cause par un changement de climat agissant dans le même sens que la baisse des eaux, c'est-à-dire un refroidissement. Ce point est capital, car il nous permettra, lorsque nous serons en possession de tous les éléments relatifs à l'histoire de l'Argonne au quaternaire, d'envisager une explication du mécanisme des creusements et des remblaiements ayant présidé à l'évolution morpho-

(1) H. Baulig : « Les hauts niveaux eustatiques du Bassin de Paris », Annales de Géographie, année 1928.

2e AC 1 A9 FR

D 4 ” \ — à (Te | l Û CE logique du vallage d'Aisne. Pour le moment, bornons-nous à en retracer

simplement les étapes essentielles dans le tableau suivant PATES

(l } ps |

Jr

Fig. 9. — Résumé des étapes de l'histoire du relief aux environs de la Côte de La Prési-

dence, pour la période comprise entre le tronquage de la craie glauconieuse et le creusement du berceau actuel de l'Aisne :

— A — Grès et quartz — cote 175 — niveau 1 — B— Nappes à graviers — cote 200 — (maximum) niveau 2 — C— Ablation — cote 177 — niveau 3 — D — Dépôts argileux — cote 180 — niveau 4 — E — Creusements finaux — cote 140 — niveau 5

Un dernier problème se pose, celui des rapports entre l'Aisne moderne et les coïffes alluviales. La première descend en effet vers le nord plus rapidement que les secondes, maintenues sur les hauteurs de part et d'autre de la rivière. Cette disjonction apparaît : Ù ñ

« Sur les profils de l'Aisne et de l'Ante. Il est impossible d'étudier les « terrasses, qui demeurent comprises entre 165 et 195 m, alors qu'elles devraient suivre parallèlement les profils. Ceux-ci paraissent absolument anormaux de Villers à Vienne-la-Ville où l'Aisne passe de la cote 145 à la cote 126... (1). »

On ne saurait nier cette anomalie. Mais l'indépendance entre le cours d'eau et les dépôts se comprend mieux, si l'on tient compte que ces derniers ont été installés à partir de la surface d'érosion à 170-180 m avec : laquelle ils coïncident jusqu'à la Bionne. Ceci explique d'ailleurs que l'on ne trouve aucune terrasse, pas plus à +5 qu'à +15 m au-dessus du lit actuel. Thillois soulève encore une autre objection, dans le plan cette fois :

« Ces alluvions forment une bande continue de plus en plus épaisse « vers le sud. Alors que l'Aisne, étroite en amont, s'élargit progressivement « vers le nord, les alluvions anciennes perdent rapidement de leur impor- « tance, »

A la latitude de Chaudefontaine, par exemple, outre la lentille située sur la rive gauche — puissance 4 m, chiffre au moins égal à celui des sablières de La Neuville-aux-Bois —;-il en existe, nous le savons, une autre étalée sur les replats des plateaux de Moiremont ou de La Plocardelle. Bien plus, au pied même du Moulin de Valmy, près du Four à Chaux, on peut voir, accrochée aux flancs d'une carrière de la craie turonienne (cote 195), une pellicule de sables gris ou jaunes contenant des graviers jurassiques roulés. Ainsi la nappe s'est étendue en travers de tout le

(1) R. Thillois : B.S.G.F., tome XVI, fasc. 2, p. 79 et sq.

vallage de Sainte-Menehould, gagnant vers les districts gaizeux ou crayeux comme à Ante, et couvrant en largeur près de 7 km.

DAUCOURT ; LE CHÊNE TONDU 1 182: À 172 - Rides Chambres. Aisne HR TIAUN PURE

Co] Gare . Es &rés — E Craiemsrn C2 Graviers UN Crsegrise M Argre

CR Quartz Allüvions mod.

Fig. 10. — L'Aisne, l'Ante et leurs coiffes complexes, à hauteur de Daucourt.

L'enlèvement partiel des dépôts après la mise en place de la couverture argilo-limoneuse, ablation qui tend à faire croire à leur amenuisement du sud au nord, ne peut être ici imputable qu'aux rajeunissements, à la reprise de l'érosion attribuée, selon Gordet, Patte, Pâque et Thillois, à la fin de l'acheuléen ou aux débuts du moustérien, date que confirmerait l'existence, à la partie supérieure des limons de Remicourt (1), de vestiges d'une indus-

trie humaine de cette époque:

Le caractère anormal des terrasses provient, en définitive, de leur construction à partir des collines et non du thalweg de l'Aisne moderne, sur les rives de laquelle nous chercherions vainement des niveaux décroissants. L'inversion est d'ailleurs matérialisée, nous ne l'ignorons pas, par la superposition, aux terrains les plus anciens — graviers —, des plus modernes — argiles. De là résulte l'opposition brutale entre la vallée de - l'Aisne, aux escorpements abrupts, aux méandres encaissés, et le modelé .des hauteurs, estompé encore par les coulées de solifluction:.

Page 1