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LE FRONT DES CRAIES ET SON RECUL

Comparées à celles de la Côte de Biesmèé, les rampes que l'on gravit en quittant l'Argonne pour aborder les plaines champenoises de Suippes semblent à peine indiquées dans la topographie. L'absence, au sommet, d'une assise plus résistante que les autres réduit la cuesta turonienne de Valmy à un simple talus. Sur les revers, à quelques kilomètres en arrière, les ressauts festonnés de la craie coniacienne sont encore moins perceptibles. Entre les crêtes de La Lune (205), du Mont-Yvron (211), de la Main de Massiges (197) et du Mont-Cuvelet (192), d'une part, le bas des pentes encombrées de débris crayeux, d'autre part, les dénivellations n'excèdent pas: une trentaine de mètres. Elles deviennent un peu plus accusées (35 et -- 50 m) si nous progressons vers le nord, dans la région de Vouziers où cependant les monts : Croix des Soudans (197), Monts Chéry (205) et Côte de Bourcq (190), ne répondent guère à ce déterminatif. Au sud, dans le secteur de Saint-Mard-sur-le-Mont, les reliefs sont mieux soulignés, avec les Monts de la Serre (- 45) et la Croix-Molveau (+60). En même temps, la ligne de faîte, presque horizontale de Bourcq à La Lune, passe de 195-205 à 230-245 m.

Déiformations. — Le plan inférieur de la craie blanche sans silex (C6b) monte lentement, maïs très distinctement, d'Attigny à la Bionne. A partir de cette rivière, les cotes de contact se maintiennent, à quelques excep-

(1) M. Pâque : ouvrage cité, p. 197.

tions de détail près, entre 175 et 180 m. Au long de l'auréole, ce sous-étage se comporte donc comme ceux du vallage. Les faibles ondulations dont il est affecté paraissent prolonger celles de la Champagne voisine. Ainsi en est-il du bombement anticlinal, d'axe nord-ouest-sud-est, aboutissant à Somme-Tourbe et Valmy (1). Visibles sur les versants des obséquences, les

affleurements jalonnent une plongée de l'assise en direction de l'ouest,

mais la pente ne dépasse que localement une moyenne de 1 m pour 350 m. Le PALIER amorcé à hauteur de la vallée de l'Aisne, élargi sous les collines de la rive gauche, concerne aussi le turonien supérieur, c'est-à-dire le sous-sol du talus de Valmy. É : AI Aplanissements. — Ceci posé, le niveau d'érosion observé à La Présidence s'étendrait, selon Baulig, au front de côte lui-même :

« Malgré l'inclinaison des couches et les déformations diverses qu'elles « ont subies, le sommet de la cuesta est nivelé vers 180-200 depuis le « parallèle de Vouziers jusqu'à celui de Chäâlons-sur-Marne, sur une lon- « queur de 60 km et sur une largeur de 10 à 20 km de l'est vers l'ouest. « Au sud de Saïnte-Menehould, cette plateforme nivelle à la fois les craier « blanches et marneuses. Plus au nord, elle disparaît avec la craie blanche « et ceci évidemment : l'érosion au voisinage de l'Aisne a déterminé de la « craie marneuse. Au sud, des cotes sensiblement plus fortes; mais l'allure « tourmentée de la topographie montre qu'il ne s'agit pas d'une portion « relevée de la surface, mais plutôt de reliefs résiduels correspondant à « une zone particulièrement résistante de la craie. »

Il convient toutefois, au sujet de cette usure, de formuler quelques remarques :

— une partie du turonien supérieur a été enlevée, comme le laissent supposer le biseau absolument plat de la Main de Massiges et le replat taillé dans la roche en place sur les versants de l'éperon de la Croix- Molveau:

— les remblaiements à graviers ayant atteint approximativement, au maximum de leur puissance, une altitude de 195 m à Valmy, il pourrait y.

avoir ici confusion entre un élargissement à leur hauteur et l'épicycle antérieur proposé par Baulig. Un fait est certain : les galets roulés calcaires n'ont pas franchi les crêtes de La Lune, de Somme-Bionne et du camp de Tahure.

Front ancien. — En avant du talus et réduisant d'un tiers la distance :

qui le sépare de l'Aisne, existent des croupes de la craie blanche, épargnées

lors du déblaiement de cette formation: La Justice, la Côte de Malmy, le :

Mont-Trémois et le promontoire du Mont-Yvron. Plus à l'est encore, des lambeaux de la craie marneuse parviennent, aux environs de La Neuvilleau-Pont, à l'aplomb même de la rivière. |

L'ennoyage de la plupart des petites buttes-témoins par les dépôts quaternaires qui les recouvrent ou les encadrent indique que le recul de la cuesta est, au plus’ tard, contemporain de la phase d'érosion ayant précédé ces apports.

Un FRONT ANCIEN du turonien et un PALIER STRUCTURAL constituent par conséquent les APPUIS sur lesquels repose le drainage principal à l'ouest de l'Argonne. Si l'emplacement actuel de l'Aisne peut ainsi s'expliquer, il ne faudrait pas pour autant oublier que l'encaissement de cette dernière dans les qgaizes s'est effectué, après fossilisation, à partir des nappes à graviers, ceci dans une seconde étape. Dans tous les cas, comme

nous l'avions laissé entendre, un modelé différent a conditionné cette installation.

(1) Dollfus : Recherches sur les ondulations des couches tertiai d i Paris. Bulletin de la Carte Géologique, n° 14. A NN ASS

. Les affluents de la rive gauche. — Un réseau bien ordonné de courts émissaires traverse le vallage, lé remonte à contre-pente et attaque le talus des craïies, en arrière duquel vont : se perdre, au delà des « sommes », les hautes sections sèches.

. Ces rivières sont en général orientées du sud-ouest au nord-est, que ce soit la Loire ou le ru des Daims dans le secteur de Vouziers, la Dormoise, la Tourbe, la Bionne, l'Auve — grossie de la Yèvre — ou l'Ante dans celui de Saïinte-Menehould. Ajoutons que le second groupe présente, en amont d'une vallée basse envasée, un tronçon moyen presque rectiligne, tantôt franchement subséquent, tantôt même encastré à l'intérieur des districts, au pied des affleurements de la craie coniacienne.

Le parallélisme de ces cours d'eaux, la simplicité de leur tracé et surtout la direction à laquelle ils obéissent sans exception, tels sont ici les arguments d'ordre topographique qui, d'après Pâque et Cayeux (1), militent en faveur d'un écoulement primitif de l'Aisne vers le nord. Mais, pour traiter pleinement de cette question, encore faut-il connaître les lignes essen-

tielles du modelé au sud du goulet de Villers-en-Argonne.

(1) A Pâque et A. Cayeux : Compte rendu à l'Académie des Sciences. A propos des alluvions anciennes entre Aisne et Ornain. VI, p. 157 et sq.

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