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LES CORNICHES DE PASSAVANT-BEAULIEU

Le passage des plateaux de Châtrices au Bas-Pays de Triaucourt est aussi soudain que leur raccordement au vallage de La Présidence était insensible, ;

Structure. — De Villers-en-Argonne au Signal de Waly, la route de Sainte-Menehould à Lavoye, par Passavant et Brizeaux, longe le pied d'une

côte escarpée dont les corniches, aux lisières de la forêt et des vergers,

surplombent le ruisseau du Hardillon d'une hauteur de 80 à 100 m. Cette dénivellation est d'autant plus remarquable que, immédiatement au sud de cette barrière, les différences de cote sont minimes : 10 à 30 m seulement. Vu de face, avec un recul de 5 km par exemple, l'ensemble du front peut être décomposé en deux parties :

— Entre le Four au Verre (200), la Côte Collet (230) et la Tête de

4 Brémont (263), les crêtes montent assez régulièrement, sans ‘rupture de

| pente, sans traces d'aplanissements.

— La surface de la pierre-morte, précédée maintenant d'un chapelet de buttes, continue à s'élever vers l'est de Grande- Goutte (270), à Beaulieu (280) et au Signal de Waly (304). “ Ù Au centre, une coupure franche, celle de l'entaille du Charlevaux qui, est-il nécessaire de le rappeler, prolonge exactement, au delà du seuil de Saint-Rouin, la haute vallée de la Biesme.

Si la plongée du gault vers l'Ouest (Waly, 230 — Chevaux, 185 — Pont aux Vendanges, 150), égale en valeur moyenne à celle de la ligne de faîte, nous permet de vérifier la conformité du relief à la structure sur le parallèle de Passavant, la dislocation très profonde des blocs de la pierremorte ou du verlancier et la forme trapézoïdale de la plupart des grands versants seraient-elles en rapport avec un champ de fractures, plus ou moins lié à l'élimination quasi totale des dépôts gaizeux dans le Bas-Pays de Senard? L'examen de la tranche décapée des deux assises, dure et tendre, les renseignements fournis par les sondages, même poussés jusqu'au jurassique, ne nous apportent ici aucun indice décisif en faveur d'une telle hypothèse, si séduisante soit-elle.

Pour mieux comprendre le travail des forces de la tectonique, il faut nous transporter, sans vouloir trop anticiper, dans la région de Givry. Un léger dôme, d'axe est-ouest, traverse, en déformant toutes les couches d'âge secondaire, le bois des Argonnelles et les territoires du Châtelier, puis de Noirlieu. Cette ride est visible sur les rives de l'Evres comme sur celles de la Malche, affluent de la Chée, où le plan de contact des sables verts inférieurs et du calcaire portlandien passe de 200 m (Evres) à 235 m (Vaubécourt), pour revenir ensuite à 215 et 200 m près de Louppy-le-Chôteau. Entre ce bombement et le front de Passavant, la craie glauconieuse transgresse sur la gaize et vient, à Senard, reposer directement sur l'argile albienne. Il n'est donc pas exclu de supposer, dès la période crétacique et sur la retombée nord de l'anticlinal, une ablation des formations supérieures de la pierre-morte. Les influences structurales, envisagées sous cet angle, pourraient alors expliquer le dégagement ultérieur, par l'érosion, du flanc méridional de la lentille des gaizes.

Modelé. — De l'Aisne à la route Brizeaux-Saint-Rouin, les corniches, après un tronçon rectiligne, décrivent un arc de cercle, en avant duquel se dresse la petite croupe isolée du Rotomont (200-175) (1).

À partir du Brémont, une suite de buttes au profil accusé, masquant, à 2 km au sud de l'ancienne abbaye, les escarpements de Beaulieu : L'Epinaïie (240-205), La Sainte-Maxe (276-210), le Pain de Sucre (270-210) et le piton (240-215) détaché du Signal de Waly. Cette dernière hauteur est d'ailleurs reliée à la plateforme de Clermont par un pédoncule que franchit, à 240 m, le chemin forestier de Lavoye à Courupt. Au pied de ces témoins, quelques replats sur le gault, à la même altitude que celle des ensellements voisins, c'est-à-dire à la cote 210 environ. Nous retrouvons ici, semble-t-il, quelquesunes des étapes de l'histoire du val de Biesme, inscrites non seulement vers 240 m sur les plateaux qui l'encadrent, maïs plus bas encore, dans la gouttière elle-même. Faut-il donc attribuer à la Biesme les creusements au-dessus de 200 m dans le secteur de Brizeaux et la mise en valeur des buttes-témoins? C'est possible, étant donné ce que nous savons de l'entaille du Charlevaux, de la Côte aux Cerfs et du seuil de Saint-Rouin. Toutefois, en dépit de la fréquence de certaines cotes caractéristiques, nous ne pouvons

(1) Pour le Rotomont comme pour les autres buttes, la première cote est celle du sommet, la seconde celle des ensellements qui les unissent.

affirmer si noùs sommes en présence, soit de phénomènes consécutifs à un début d'aplanissement, soit d'un simple recoupement des versanis. # CI 1 F4 A - .

Une autre difficulté provient de l'absence de dépôts, en particulier de

graviers jurassiques à l'ouest de la Tête de Brémont. Les volumineux grès

roses de Châtrices, qui abondent dans les prairies ou les rues de Passavant et de Brizeaux, ne sont vraisemblablement pas en place. Nombre d'entre eux ont pu être, en outre, retirés par les habitants des gorges Saint-Martin et du Neufour. Dans quelle mesure les formations tertiaires et quatèrnaires ont-elles été déblayées lors de la phase de rajeunissement provoquée par l'encaissement de l'Aisne dans les gaïizes de Villers? Bien que nous ignorions tout de cet épisode, notons qu'il n‘y a pas aujourd'hui, au pied du front de Beaulieu ou de la Côte Collet, de cours d'eau conséquent, dont l'importance justifierait la vigoureuse érosion ayant déterminé des falaises gaizeuses sur une puissance de plus de 75 m. La rivière d'Evres, même grossie du Hardillon, n'est au demeurant qu'un petit émissaire de l'Aisne, logé au sein des collines informes de l'albien.

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