‹ L'Argonne et ses borduresChapitre 69 sur 162 · LE COURS DE L'AISNE VERS LE NORD · texte numérisé non relu

LE COURS DE L'AISNE VERS LE NORD

Deux hypothèses s'affrontent. L'une, traditionnelle, est basée sur un écoulement primitif non seulement de l'Aisne, mais encore de la Saulx et de l'Ornain, au travers du Bas-Pays, en direction de Saïnte-Menehould, puis de Vouziers. Telle est l'opinion de Buvignier, Fuchs, Denizot, Patte, Gardet et de Martonne, récemment reprise par Pôüque et Cayeux. L'autre, celle de Thillois, suppose à l'inverse un drainage initial vers le sud, suivi d'un renversement des eaux.

Pour expliquer une capture sur le tronçon Sommaisne - Basse-Hotte - Ruiseau des Dignes - Argonnelles - Laheycourt, tronçon qui aurait été abandonné à la fin de l'ocheuléen, Thillois invoque : =

— l'indépendance relative des nappes à graviers vis-à-vis de l'Aisne moderne:

— leur amenuisement et leur disparition progressive dans la région de La Neuville-au-Pont;

— l'existence de galets roulés de gaize dans les alluvions de la Vière.

Nous avons eu incidemment l'occasion de mettre en doute quelquesuns de ces arguments, sinon de les réfuter. L'érosion préalable au niveau de 175-180 m et les rajeunissements rendent compréhensibles deux des

(1) Baulig, ouvrage cité.

(2) Pâque, ouvrage cité.

phénomènes. Le fait de trouver des fragments gaizeux à Possesse ou à Sogny-enl'Angle n'est d'ailleurs pas concluant, remarque à juste titre Pâque. Pourquoi proviendraient-ils plutôt des plateaux de Châtrices, alors que la Vière longe un affluent du même étage ? Re

Revenons donc à la solution généralement admise qui impute à un cours d'eau sud-nord la formation du réseau hydrographique à l'ouest de l'Argonne. Il est possible, à l'appui de cette interprétation, de réunir tout un faisceau d'indices. ,

— La topographie fait ressortir, à propos de leur évolution, quelques différences entre les bassins : HET É

« De part et d'autre de la ligne de partage, la pente est bien plus forte « vers le sud que vers le nord. » ;

Pâque estime que la haute Chée affouille encore les argiles albiennes

et le calcaire portlandien. Il souligne surtout que, pour descendre de 100 m, il faut effectuer un trajet de 30 km dans la vallée de l'Ornain, de 60 dans celle de l'Aisne. Si le détournement de l'Ante de Givry ou de l'Aisne de Vaubécourt lui paraît, en conséquence, invraisembable, il admet la capture de l'Ornain et de la Saulx par un émissaire de la Marne. Auparavant, le premier aurait coulé sur les alluvions des Argonnelles; la seconde, sur celles de Charmont et de Noirlieu.

— Si la morphologie ne permet guère, dans ce milieu instable et uniforme à l'extrême, de repérer l'emplacement approximatif des anciens lits, elle nous apporte en revanche, entre Villers-en-Argonne et Vouziers, un renseignement plus précis : la régularité du dispositif des affluents dé la rive gauche de l'Aisne, orientés vers le nord-est.

— En reportant sur un seul tableau les cotes absolues de la base des remblaiements à graviers, relevées sur une largeur de 10 km et une longueur de 60 au contact des assises d'âge secondaire rabotées, nous ferions encore ressortir la présence d'un sillon primitif, antérieur aux dépôts à elephas antiquus. Horizontal de Laimont à Daucourt (175) où il coïncide avec l'Ante, il s'abaisse ensuite de Chaudefontaine (170) à Vienne-la-Ville (165) et à Autry (155), ceci sans ambiguité. Cette prédisposition n'exclut naturellement pas un ralentissement des écoulements lors de la phase de remblaiement qui « porté le sommet de la nappe quaternaire à l'altitude de 200 m.

— Nous avons noté, avec Cayeux, que la taille moyenne du matériel en provenance des districts jurassiques allait en décroissant de Vassincourt à La Présidence et à Vienne-le-Château. En même temps, le volume des éléments fins augmentait :

« La surface des galets de 1 cm et plus passe de 60 % du total au « sud à 35 % vers Laimont, à 15 % dans les gravières d'Ante. »

— L'argument décisif, qui implique un drainage principal vers le nord, repose sur leur accumulation dans le vallage crétacique de l'Ante, certes: mais aussi dans celui de Sainte-Menehould et d'Autry, plus septentrional encore. Comment les graviers portlandiens et séquaniens, qui n'ont pas accès aux plateaux gaizeux, hormis au voisinage immédiat de l'Aisne, qui n'ont pas pénétré dans le val de Biesme, auraientils pu parvenir à La Présidence sans utiliser le trajet Bas-Pays de Givry et de Laheycourt: Villers, Autry?

Page 1