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LA CUESTA DOMINANT LE VAL DE L'AIRE

Le front, composition géologique et rôle de la structure. — Nous nous trouvons à Varennes en face d'une côte comparable, dans son aspect comme dans la valeur de la dénivellation, à celles de Passavant ou de La Thibeaudette. La ressemblance résulte de l'opposition entre la couche dure du sommet — la gaize, épaisse de 75 m au sud, de 45 m au nord, et forte-

ment burinée par l'érosion — et la couche tendre sous-jacente — le gault imperméable, sur lequel courent les ruisseaux issus du verlancier. Les sables, les brèches et les rognons enlevés aux parois de la pierre-morte | encombrent à peu près partout le pied des versants. Près de la ferme d'Abancourt, ils s'étalent sur plusieurs kilomètres carrés, voïlant les affleurements de l'albien. Leur amoncellement est déjà un des éléments, peutêtre le moins important, de l'ennoyage de la base. og

L'originalité de la tranche décapée provient davantage de l'emplacement qu'elle occupe et des déformations des assises que de la longueur de la barrière festonnée et presque ininterrompue qui se développe du Signal de Waly à Marcq sans autres incidents notables que le col de Clermont et le très léger ensellement livrant passage à la route de Varennes au Four de Paris. - }

Plongée des couches vers la Biesme et la Louvière. — Dans les carrières de Montblanville, les bancs supérieurs du calcaire portlandien, sont sensiblement horizontaux, avec toutefois une faible déclivité vers le nord-ouest. Si nous prolongions à l'œil nu le plan des strates, il viendrait couper le front, distant de 2 km seulement, à 25 m environ audessus de la surface de contact des gaïzes et du gault. Pour que l'albien et le jurassique ne se chevauchent pas, ce qui est le cas, il faut donc que le soubassement s'infléchisse rapidement entre Montblainville et les lisières du Boïs de Bouzon. À titre d'exemple, nous vérifierons aisément que l'argile (C 2) s'enfonce en direction de la Biesme à raison de 1 m pour 100 m en moyenne. Par contre, à l'est d'une rupture générale de la pente, son inclinaison est infime. Le portlandien de Varennes, le kiméridgien de Cornay et le séquanien de Verpel se comportent pareïllement. Ceci revient à dire que la cuesta se trouve installée au point où cesse de se manifester vers l'ouest un palier dont nous constaterons ultérieurement la persistance sur toute l'étendue des vallées de l'Aire et même de la haute Bar, depuis Chaumont jusqu'à Châtillon.

Autres déformations et accidents. — En définissant les lignes tectoniques des plateaux de Beaulieu, de Grand-Pays, de la Haute-Chevauchée et de Cornay, nous avons déterminé l'existence : d'abord, d'une plateforme, entre le Signal de Waly et Clermont; ensuite, d'une série d'ondulations läches. Ces dernières consistent en deux synclinaux séparés par un anticlinal. Le premier passe par Rochamp et La Harazée, le second est situé à cheval sur le défilé de Grandpré. Les cotes de contact du portlandien et des sables verts inférieurs — 150 à Montblainville, 160 à ,Apremont, 155 à La Forge, 150 à Châtel — soulignent, mieux encore que celles, souvent imprécises, du gault et du verlancier, la présence d'un dôme central d'axe est-ouest. Nous savons d'ailleurs que ces sinuosités de l'infrastructure ne sont pas toujours transcrites dans la topographie des crêtes ou des revers. En particulier, dans le secteur compris entre les bois de Bel- Orme et de Marcq où la puissance des gaïizes diminue de moitié, le faîte demeure constamment à l'altitude de 240-250 m.

Si, au Claon, dans une zone où le caractère ruiniforme des blocs de la pierre-morte, leurs cassures et les loupes de glissement de l'argile albienne semblent indiquer que les roches ont été travaillées en profondeur, nous avions envisagé la possibilité de fractures sans pouvoir en préciser l'importance exacte, sur les rives de l'Aire, en revanche, deux petites failles attestent de décrochements verticaux sur les retombées de la bosse d'Apremont. Bien qu'elles soient partiellement nivelées et que les accidents soient à peine sensibles dans le relief, nous pouvons en suivre la trace sur une distance de 2 à 3 km.

La première, celle de Montblainville, est orientée sud-ouest - nord-est. Elle débute au voisinage de l'Aire, près du méandre de Varennes, et

disparaît sous les tables de Bel-Orme, dans le ravin des Sept-Fontaines. La dislocation porte sur les assises gaizeuses, albiennes et portlandiennes; mais la valeur du rejet n'excède pas une dizaine de mètres, c'est-à-dire l'épaisseur des sables verts.

__ La seconde, nord-ouest-sud-est, prolonge, à la limite des territoires communaux de Châtel et de Cornay, le ruisseau d'Exermont. Franchie par le ru de Boulassan dans la prairie des Puisarts, elle va se perdre au fond des Goules. Elle joue sur les mêmes couches que la précédente. Le décalage est ici de 20 m environ. Dee hs Les failles agissent en sens contraire. Leurs plans se font face, si bien que le bombement d'Apremont prend figure de compartiment affaissé. Elles traduisent ici une tendance à l'effondrement, réduite vraisemblablement dans ses effets à cause de la faible amplitude des mouvements ayant déformé le soubassement. Favorisées par la nature même des gaizes, les fractures paraissent en relation avec la rupture de pente transversale d'une part, avec la disparition du portlandien de l'horizon stratigraphique, entre Apremont et Cornay, d'autre part. .

: Position de la côte par rapport à l'Aire. — L'Aire ne coule pas immédiatement au pied des versants, mais à 2 km à l'est de ces derniers, dans ‘un berceau calcaire. En amont de Vraincourt, aucun relief, autune croupe qui s'interpose entre le bas des pentes des Signaux de Waly ou de Rarécourt et le rebord même de la vallée moderne. Vers l'aval, par contre, se dresse un écran composé de petites buttes situées, sur la rive gauche, à proximité de la rivière. Taïllées dans l'argile du gault et couronnées ou "non de lambeaux qgaizeux, elles sont encore rares au sud de Varennes.

Fig. 11. — Coupe de l’ensemble du front de l'Aire, près de la ferme d'Abancourt. — Du

sommet à la base: gaize pierre-morte - gaïze verlancier - argile albienne - sables verts

inférieurs - calcaire portlandien. — Autres signes: - R - extrémité et rupture du palier

- r - replat - ala - calotte de graviers use de grès et de quartz - À éboulis et dépôts e pente.

Ici, nous ne pouvons guère mentionner que les mamelons de Brigiamme (cote 223), relié à la côte par une étroite languette de terre avec un seuil à 205 m, et des Merliers (186), isolé de Rochamp par l'étang de la Fausse Cheppe.

Mais à partir de Montblainville où une lentille d'alluvions anciennes coiffe la plupart d'entre eux, les témoins se succèdent à intervalles plus

rapprochés. Citons en particulier : Le Saul Blanc (204) — Chausse-Monzy (176) — Apremont (176) — Le Châtelet (223) et Montremont (178). ”

De courts ruisseaux que les pluies transforment en torrents, La Cheppe, Vervaux, La Croisette et le ru de Boulassan par exemple, prennent leurs sources au pied des assises gaizeuses, dans lesquelles les hautes vallées sèches découpent de multiples festons, dont le. plus curieux est celui de la Côte Somillon. Après un parcours sinueux, hésitant, sur les sols argileux qui s'étendent en arrière des buttes — certains tronçons sont même subséquents —, ils s'insinuent entre ces dernières et s'encaissent dans les calcaires pour venir rapidement se jeter dans l'Aire. Un ressaut à hauteur des barres rigides du portlandien ou des bancs du kiméridgien, des sections -mal raccordées, des ruptures de pente et des replats à leurs abords, tantôt dans l'albien, tantôt dans le jurassique, témoignent de la reprise des creusements et des rajeunissements. S

Dans les sections supérieures des Vaux des Grès et du ravin de Fausse Cheppe, protégés par les éperons de La Gorgia et du Mont de Villers, se rencontrent des quartz blancs et des blocs gréseux de Châtrices. Comme à Pologne, ils atteignent en amont des sources, la cote 240. Mais, au sud de Clermont où les croupes avancées font défaut, où les obséquences s'écoulent vers l'Aire sans coudes ni détours, nous trouvons rarement dans les thalwegs des formations siliceuses tertiaires démantelées.

Actuellement, l'Aire n'attaque plus directement la tranche des gaizes, arrêtées dans leur recul à la limite occidentale du palier. Les petits émissaires de la rive gauche en mordent à peine le pied: les eaux de la nappe du verlancier ou du gault étant sollicitées vers l'ouest, seul un ruissellement intermittent sape et désagrège la pierre d'Argonne. Nous sommes en présence d'une côte morte.

Hs L'ANCIEN FRONT GAIZEUX SUR LES SERIES CALCAIRES DES BORDURES ORIENTALES

Les trois supports. — Les tables du jurassique qui, de Varennes ou de Buzancy, se relèvent en direction de la Meuse, possèdent plusieurs caractères communs: un relief de pays calcaire atténué par la semi-perméabilité des marnes kiméridgiennes, une permanence des lambeaux transgressifs de l'infracrétacique sur chacun des étages sous-jacents emboîtés et partiellement abrasés au préalable, enfin une couverture plus ou moins fruste de limons, d'argiles, de quartz et de grès.

Les plateaux de la Cousances et de Montfaucon. — Entre Rarécourt et Nixéville, les plans inclinés du portlandien, aux sols pauvres souvent dénudés, montent de la rive droite de l'Aire (220-230 m) aux crêtes de Ville (260-275), puis au delà de la Cousances, à celles qui, vers 315-325 m, surplombent la « Voie Sacrée » d'une hauteur de près de 75 m. Dans ce secteur, large de 10 km, la pente topographique moyenne est de 1/100.. C'est également celle des revers descendant de Septsarges (305) à la Buanthe de Cheppy (215). Si nous faisons provisoirement abstraction du sommet des buttes de la gaize, si nous suivons, sur le faîte et durant 35 km, le rebord du portlandien, nous constatons que les altitudes décroissent légèrement au nord-est de la Forêt de Hesse: Ségnancourt, 325 — Bois d'Ahaye, 315 — Osches, 320 -— Nixéville, 325 — Sivry-la-Perche, 335 — Esnes, 305 — Moalancourt, 290 — Sepisarges, 305. Simultanément, nous assistons à une diminution progressive de la puissance de l'assise (Chaumont-sur-Aire : 60 m, Nixéville: 45, Montfaucon: 15) qui vient se terminer en biseau sur la ligne Montfaucon-Epinonville-Châtel-Chéhéry.

L'enlèvement de la partie supérieure du portlandien sur lequel reposent en discordance les sables verts albiens indique ici, avant leur dépôt, une

première attaque de l'érosion, un début d'émersion provoqué par un moude vement du sol.

Néanmoins, les déformations d'axe ouest-est, auxquelles correspondent Sur les crêtes elles-mêmes de légères variations de cote, procèdent d'influences tectoniques postérieures dans le temps à celles qui ont déter-

miné cette ablation, car elles affectent non seulement l'infrastructure | calcaire, mais encore le gault et les gaizes. Elles prolongent d'ailleurs vers

l'est les ondulations du Châtelier, de La Thibeaudette, de Varennes et d'Apremont. Il s'agit en l'occurrence des bombements de Chaumont-sur- Aire, de Dombasle et de Montfaucon, le dernier étant un peu plus prononcé que les deux autres. Entre le premier et le second: les tables rigides de Lavoye et de Ville-sur-Cousances; entre le second et le troisième : le sillon emprunté par la Buanthe depuis Avocourt jusqu'au coude de Vauquois. L'Aire, dans la zone où elle franchit la cuesta portlandienne pour pénétrer en ÂArgonne, le Wadelaincourt au centre, les ruisseaux de Véry et d'Exermont dont les entailles rectilignes aboutissent respectivement aux failles de Montblainville et de Cornay au nord, ont défoncé les dômes ou leurs retombées. Dans ce cas, le substratum profond, c'est-à-dire les marnes au niveau desquelles s'établit aujourd'hui le drainage régulier, apparaît sur les versants comme dans le fond des vallées.

Le portlandien n'est pas une surface structurale. Mais, à l'exception des ‘ aplanissements antérieurs à la mise en place des sables verts albiens, il n'existe sur les hauteurs que de rare replats dans la roche, dispersés et réduits en superficie : ainsi en est-il de ceux de la région de Saint-André et du Flabas, surmontés vers 280 m d'une pellicule d'argile limoneuse renfer-

mant des grès et des quartz roulés. La topographie ne nous apporte pas

d'éléments permettant de reconstituer une ou plusieurs surfaces d'érosion ayant à nouveau entamé et tronqué les assises calcaires au cours de l'ère tertiaire. À Lavoye comme à Montzéville, nous avons cependant rencontré des débris siliceux — grès sous divers facies, quartzites-grès, concrétions semblables à celles de Stonne, quartz blancs — voilant, tantôt le jurassique, tantôt de petits lambeaux de sables verts. Abondants aux alentours de la courbe 280, ils se retrouvent disséminés aussi bien à proximité de l'Aire — cotes 230 à 250 — que sur les sommets — 300 à 330 — où ils sont presque toujours enrobés, à l'état de granules, dans la masse de l'argile ocre d'âge indéterminé dont les coulées descendent au long des pentes. Nous sommes en présence de formations démantelées qui, franchissant les vallées de la Cousances ou de la Buanthe, ont été vraisemblablement déposées avant leur creusement. Si de très longues périodes d'érosion ont abouti, sur les confins calcaires du sud-est de l'Argonne, à des surfaces cycliques tertiaires, ici manifestées par des dépôts autochtones et des apports, il faut encore que celles-ci aient été, pour le moins, tangentes aux crêtes de Lavoye, de Ville et de Septsarges, et par conséquent situées à une altitude égale ou supérieure à 280-300 m.

Le soubassement à Romagne. — Tout ce qui a été dit du portlandien est valable pour le kiméridgien qui, intercalé en tant que couche moins résistance et moins perméable entre cet étage et le séquanien sur le front de côte de Nixéville, à mi-chemin entre la Meuse et l'Aire, s'amincit ensuite au nord de Montfaucon sous les sables verts, lorsque ceux-ci lui sont directement superposés. L'ablation peut encore être datée comme antérieure à la transgression albienne. Elle a contribué à maintenir horizontal, dans le sens sud-nord, le contact du calcaire marneux et des sables, contact qui s'effectue à 285-290 m sur la rive gauche de l'Andon. Il est toutefois possible, dans le détail, de déceler le passage d'un synclinal évasé, d'axe Marcq- Sommerance-Cunel, et faisant suite à celui qu'utilise l'Aire inférieure de

Grandpré. Le kiméridgien n'offre pas, au regard de la morphologie, le même intérêt que le portlandien, car il est le plus souvent masque par l'infracrétacique argilo-gaizeux. ge : UT

Les plateaux de Buzancy. — Nous savons que le séquanien, calcaire dur et compact, lithographique, supporte à son tour quelques plaques de sables verts essaimées de Boult-aux-Bois à Sassey-sous-les-Côtes. Les tables nues ou coupées de boqueteaux sur lesquelles il affleure largement décapé, s'élèvent vers l'est et le nord-est avec une pente topographique moyenne voisine de 1/100. Citons à ce propos: Imécourt, 195 m — Landreville, 258 — Villers-devant-Dun, 324; de même: Briquenay, 207 — Sivry, 275 — Fosse, 314. La ligne de faîte dominant la Meuse décrit alors un arc de cercle sur l'itinéraire Cunel-Andevanne-Tailly-Fosse, tout en demeurant constamment à 310-330 m. Ici, les profils mettent en évidence, sur les rebords orientaux du séquanien d'une part, sur les revers du raucanien sous-jacent d'autre part, les traces d'un niveau d'érosion assez étendu (280-300). Il convient, en outre, de signaler un élargissement accroché vers 240 m aux flancs des vallées de l'Andon et du ruisseau de Nouart. Parfois mieux conservées dans la région de Buzancy que dans celle de Romagne ou de Montfaucon, les surfaces structurales sont, comme les parties érodées, recouvertes en certains points, tantôt de limons jaunes à quartz ovoïdes ou d'une argile de décalcification, tantôt de grès roux, de quartzites-grès épars, voire de conglomérats volumineux, ceux-ci vers 300 m d'altitude. Inclinés vers la Bar supérieure, les assises ont subi, elles aussi, quelques autres gondolements. Ces ondulations : un anticlinal (ouest-est) allant du Bois de Bourgogne à Villers-devant-Dun et indiqué par une remontée des crêtes à 825-330 m, un synclinal (sud-ouest-nord-est) qui, de la Fournelle, se dirige vers les Grandes Armoires par Chôâtillon-sur-Bar. .

En résumé, les calcaires jurassiques, partiellement usés dans une première étape de l'histoire du modelé et tronqués déjà avant le dépôt des sables albiens, ont ensuite été enfouis sous ces derniers, déformés et finalement exhumés sur de vastes districts, à Buzancy comme à Ville-sur- Cousances. Mais, pour préciser les conditions de structure et de relief ayant présidé à certaines des phases de cette évolution, en fait à l'élaboration puis au démantellement des formations gréseuses tertiaires, il importe d'examiner les lambeaux de l'argile albienne et des gaïizes, encore installés sur les plateaux, entre la Forêt de Hesse et le Bois de La Folie.

Des buttes et de leur emplacement :

Montfaucon d'Argonne. — Nous choisirons comme butte type la croupe isolée de Montfaucon, point culminant de toute la contrée (342 m). Au pied de la tour commémorant la bataille de 1918, on aperçoit d'abord une lentille de gaize verlancier, épaisse de 30 m environ, plus résistante, semble-t-il, que celle du Claon et contenant, inclus dans la masse, quelques rognons siliceux. La coupe en est dissymétrique, les pentes étant plus accusées sur la tranche orientale, faisant face à Septsarges et à la Meuse distante de 9 km seulement, que sur les revers surplombant les tables d'Epinonville et de Véry. Les versants s'adoucissent d'ailleurs avec le gault et les sables verts -— 25 m de puissance — qui reposent sur le socle portlandien en une loupe elliptique de 5 km de long. Mentionnons enfin, à l'extrémité Est des affleurements de l'argile, un autre petit chicot gaizeux (cote 309).

La dénivellation totale, qui n'excède pas 50 m entre le sommet arrondi et la surface des plateaux, est de l'ordre d'une centaine de mètres sur le quadruple escalier (qaïze-portlandien-kiméridgien-séquanien) du front de Septsarges. La butte ainsi mise en valeur est perchée sur l'anticlinal encadré

donc comparable à

par les failles de Montblaïinville et de Cornay. Sa position structurale est à celle du Mont-Sec qui s'avance, au delà des Côtes de

Meuse, dans les plaines de la Wœævre(l). La préservation d'un témoin

gaizeux important, favorisé peut-être par la nature de la roche localement

plus dure, serait ici fonction de son emplacement, l'érosion ayant d'abord

dégagé, dans un relief conforme, les retombées du dôme. Si les grès roux,

- roses ou jaunes, épartillés à la fois sur le gault et le jurassique — ceci à

la base de la colline et à sa base seulement — sont en place, la surface à laquelle ils correspondraient aurait été façonnée, a fortiori, après le démantellement du front gaizeux de Montfaucon. Mais nous ne pouvons exclure une autre hypothèse, celle d'un déplacement des blocs gréseux, au cours de creusements par exemple.

Les autres groupes. — Au sud de la Cousances, seules subsistent deux

minces plaques de sables verts, celles du Bois le Comte (265) et de La

Fouchère (295). Par contre, les buttes se multiplient au nord de la rivière, dans le massif de la Forêt de Hesse : Vauquois, 267 — Côtes de Florimont, 263 — Mont des Allieux, 285 — Bois de Parois, 288 — Hermont, 300 et 307 — Bois de Récicourt, 302. Deux zones sont à considérer : dans la première,

au voisinage de l'Aiïre, les lambeaux encore étendus, mais peu épais, de - Neuvilly ou de Vauquois ne s'élèvent pas au-dessus de 270 m, une forte usure ayant disposé de la majorité des assises gaizeuses; dans la seconde,

comprenant, autour du Hermont, les pointements les plus orientaux et les

croupes les mieux dessinées, la persistance des cotes 280-300, qui sont

également celles des crêtes du portlandien, est remarquable. En reliant les somets du Hermont à ceux des Bois de Parois et de Récicourt, nous obtiendrions un plan sensiblement horizontal, tangent à la ligne de faîte de Montzéville.

Pour expliquer ce dispositif singulier, il convient d'envisager :

— soit un amincissement progressif des qgaizes dans le sens ouest-est,

. semblable à celui du gault sous-jacent et fort ancien. Il serait contemporain

de la transgression albienne sur le calcaire jurassique redressé: — soit un nivellement des points.hauts, réalisé lors d'une étape du modelé plus récente, quoique antérieure au démantellement, l'érosion ayant

‘ d'abord agi à une altitude égale ou supérieure à 280 m;

— soit aussi un simple recoupement des versants. Les trois solutions sont possibles, car les conditions topographiques ou structurales — la Forêt de Hesse est située non plus sur l'axe, mais sur les

- retombées nord d'un anticlinal, celui de Dombasle — ne suffisent pas pour

justifier ici une ou plusieurs surfaces cycliques vers 280-300 m, d'autant plus que les dépôts gréseux semblent faire défaut sur les plateaux compris entre le Wadelaincourt et la Buanthe. Le dégagement des buttes a toutefois précédé la mise en place de l'argile jaune et des limons à quartz de Montzéville — cote 295. C'est le seul indice que nous possédions et l'âge de cette formation est indéterminé.

: Les hauteurs d'Avocourt, encadrant le sillon de la Buanthe, séparent

. le Hermont de Montfaucon. Dans ce secteur légèrement déprimé, la gaize

disparaît, les témoins de l'infracrétacique se réduisant aux placages — argile du gault et sables verts — de Cheppy (240 à 260 m) ou de Malancourt (290 m).

A l'inverse, au nord de Montfaucon, le groupe du Boïs de Gesnes (287), de Romagne (289) et de Cunel (296), installé de part et d'autre de la vallée de l'Andon sur le trajet d'un autre synclinal, comporte des fragments gaizeux aussi importants que ceux du Hermont. Il y a là une anomalie et le relief n'est plus, sur ce point, conforme à la structure. Or, comme en

(1) Géographie universelle, tome VI: France physique, p. 70, planche IVC.

Forêt de Hesse, les sommets demeurent à la même altitude sur une distance d'environ 15 km, alors que la base du verlancier passe de 240 à 285 m. Par ailleurs, c'est justement dans la région de Cunel, entre ce village et Montfaucon, que l'on retrouve des blocs gréseux et surtout le conglomérat soudé à une plaque de grès reposant, vers 290 m, sur le kiméridgien ou les sables verts. Nous avons donc à Romagne un nouvel argument, bien fragile encore mais non négligeable, en faveur de l'existence de surfaces - d'érosion tertiaires aux confins de l'Argonne. s

A l'est de Buzancy, les buttes sont isolées et, à l'exception de celle d'Andevanne (324 et 341 m) placée sur un dôme du séquanien, beaucoup plus petites. Les lambeaux de Bayonville (280), de Chémery (289) — celui-ci affecté d'une faille nord-sud — et de La Folie (315) sont trop dispersés pour que l'on puisse en tirer des enseignements précis sur l'évolution du relief, si ce n'est qu'elle a abouti à une presque totale dénudation du séquanien.

Vallées. — Profondes de 40 à 50 m en moyenne et creusées dans le jurassique, celles-ci drainent les eaux vers l'Aire et, accessoirement, vers la Bar. Les émissaires de second ordre, ruisseaux du Flabas, d'Exermont et d'Imécourt, sont conséquents et obéissent à la pente principale des couches, dirigées vers l'ouest. Il n'en est pas ainsi des rivières un peu plus importantes, la Buonthe et la Cousances, qui a poussé ses têtes de sources au delà du front de Souilly. En aval de Vauquois, d'une part, entre Ippécourt et Parois, d'autre part, leur position est nettement transversale. En outre, si la concentration des eaux se fait, au profit de la Buanthe, dans un synclinal, le Wadelaincourt a, au contraire, défoncé un anticlinal. La constitution du réseau de la rive droite de l'Aire, la préservation des groupes de Hesse ou de Romagne ne peuvent se comprendre sans une mise en place de l'hydrographie sur un modelé différent de celui des plateaux actuels où d'ailleurs les affleurements des sables verts sont toujours séparés du rebord des entailles par une large bande de calcaires.

Les vallées, précédées d'une haute section sèche, semblent, au premier abord, taillées d'une seule pièce : la prépondérance revient à l'érosion longitudinale, la pente est forte. En réalité, une rupture visible vers la cote 145, au nord de Varennes surtout, dans les thalwegs mal raccordés, montre que les creusements se sont effectués en deux épisodes au moins.

Aux niveaux inférieurs, les formes paraissent jeunes, tandis qu'aux niveaux supérieurs correspondant aux témoins, aux plaques usées de l'albien, aux dépôts gréseux ou argilo-sableux et aux crêtes jurassiques, les reliefs sont beaucoup plus évolués. Comment et quand s'est produit le recul de la cuesta gaizeuse? Pour répondre à ces questions, il faudrait pouvoir déterminer les cycles et connaître les conditions dans lesquelles les facies siliceux ont été élaborés, puis remaniés. Quand bien même nous arriverions à reconstituer des surfaces d'érosion tertiaires, tangentes ou non aux crêtes des trois calcaires, nous aurions encore un point à préciser: la fossilisation éventuelle des sommets déjà dégagés par la couverture gréseuse discordante. Selon de Martonne, les buttes résiduelles seraient anciennes, le démantellement du front remontant au paléogène: dans cette hypothèse, un ennoyage partiel ou total des reliefs durant la seconde moitié du tertiaire est possible. Selon Baulig, le nivellement à l'altitude de 280 m découlerait de l'existence de hauts niveaux eustatiques pliocènes sur les bordures de l'Argonne. Quelles que soient les solutions proposées —

et nous reprendrons ultérieurement ces problèmes dans un cadre plus vaste —, un fait mérite d'être retenu :

Plusieurs phases se sont succédées: lorsque le recul de la cuesta est

réalisé, le niveau de base, à l'ouest des HEAR est encore supérieur à

celui de l'Aire moderne. Un rajeunissement à partir de cette rivière provo-

quera un ultime réencaissement de ses affluents dans le jurassique.

a" LA SUBSEQUENCE DE L'AIRE-BAR ET LA CAPTURE DE SAINT-JUVIN

L'Aire conduit les eaux des plateaux vers l'Aisne de Senuc: la Bar,

vers la Meuse de Donchery. Ces deux rivières ne sont que les tronçons,

maintenant désunis, d'un seul et même cours d'eau et la Bar, un émissaire décapité de la Meuse. La dissociation du système Aire-Agron-Bar et le détournement de la majeure partie des eaux vers l'Aisne sont des phénomènes récents, à l'échelle des temps géologiques bien entendu. Maïs la

capture de Saint-Juvin — considéré à juste titre comme typique — n'a-t-elle

pas rejoué, n'y at-il pas eu auparavant, au point où le faite gaizeux s'abaisse, d'autres communications entre les bassins de la Meuse et de l'Aisne par le synclinal de Grandpré?

La vallée de l'Aire en amont de Saint-Juvin :

Profil transversal. — A Cornay-Fléville par exemple, l'Aire coule sur des alluvions modernes — 7 m —, au fond d'une vallée basse à méandres encaissés, encastrée dans le kiméridgien au pied de petites buttes situées

à 2 km environ en avant du front de la pierre-morte.

Sur ces buttes et sur les coteaux de la rive orientale, une série de

dépôts, épais dé 3 à 4 m, masquent les sables verts ou le calcaire entamés

et comprenant: — à la base — les formations gréseuses et quartzeuses

disparates : grès de Châtrices et de Pologne, quartzites-grès, quartz blancs, conglomérats, concrétions siliceuses et poudingues de Stonne; — au sommet — des graviers jurassiques roulés, mélange d'alluvions anciennes, d'origine fluviatile et de provenance, soit locale (portlandien), soit plus lointaine (rauracien). Les deux éléments de terrasse, gradins de la rive gauche et de la rive droite, nivelés à la cote 170 (1), se trouvent exactement à 40 m au-dessus du lit actuel.

Entre Clermont et Chaumont-sur-Aire, le profil serait plus compliqué : ici, de part et d'autre des remblaiements à graviers, très fragmentés eux-. mêmes et plaqués aux flancs de la vallée basse — vers 200-215 m —, il existe des lambeaux d'argile ocre à concrétions, des pellicules de limons

argilo-sableux à grès et à quartz, identiques à celles de Lavoye — ceci

vers 220-230 m. Nous savons qu'une lacune stratigraphique nous interdit de comparer, en toute rigueur, ces dépôts à ceux de l'Aisne, que la coupe

de La Présidence ne se reproduit pas sur les bords de l'Aire, le voile argileux n'étant jamais directement superposé aux graviers.

Les lits anciens, correspondant aux sables verts (+35) et à la terrasse (+ 40), s'inscrivent dans le cadre d'une large subséquence par rapport à la cuesta des gaizes et leurs traces atténuent la dénivellation totale. En joignant les crêtes de Grand-Pays ou de Cornay aux butïtes-témoins de Hesse ou de Montfaucon, en observant le comportement de l'infrastructure portlandienne et kiméridgienne sur le même trajet, nous avons défini un palier transversal qui explique l'orientation sud-sud-est - nord-nord-ouest de l'ensemble Aire-Bar, la pente générale des couches étant dirigée vers l'ouest, palier dont nous avons déjà souligné le rôle : l'arrêt des gouttières à leur emplacement actuel lors du recul de la cuesta. Ceci n'exclue en rien

(1) Toutes ces cotes sont celles du Plan Directeur au 1/20.000.

une influence de la couverture gréseuse discordante, ayant joué dans le même sens avant l'apport des graviers. en 4 Profil longitudinal. — Lorsqu'elle pénètre en Argonne à Chaumont, après avoir franchi le front portlandien de Souilly, l'Aire est plus longue que l'Aisne à Villers, son débit plus rapide, sa pente moyenne plus forte; vers l'aval, cette dernière se révèlera beaucoup plus accidentée aussi: entre Vraincourt et Courcelles-les-Aubréville, une première rupture, à peine indiquée (cote 160), entre Saint-Juvin et Chevières, une seconde rupture, plus nette (cote 120). Elles traduisent, dans le collecteur lui-même comme dans les conséquences et les obséquences, la reprise des creusements. fs

Fleury - Froidos - | Vraincourt - Courcelles-| Chôâtel- Chevrières -| | Froidos | Vraincourt| Courcelles Chätel | Chevrières| : Senuc.

mens msn | îûû" À 7 ———————

D'abord assez rectiligne, la vallée décrit deux méandres très prononcés à Montblainville, puis à Cornay: il est évident qu'ils sont dus au franchissement par l'Aire des deux failles affectant le mésozoïque.

Les lambeaux de terrasse, apparus à Nubécourt, près de la ferme de Monte-Christo (1) — 215 m —, jalonnent irrégulièrement le profil ancien de la rivière jusqu'à Varennes: Autrécourt, 210; Aubréville, 200; Abancourt, 197; Neuvilly, 192. À partir de Varennes, ils se multiplient, couvrant en largeur de 500 m à 1 km: Montblainville, 186: Apremont, 180; Chätel- Chéhéry, 172; Cornay-Fléville, 170, et Marcq, 167. Au moment où, à Saint- Juvin, le palier — qui n'a cessé de se manifester depuis Chaumont — s'élargit soudainement, les dépôts à graviers envahissent les collines calcaires de Marcq, de Champigneulles, de Verpel et de Buzancy. Ils se prolongent, sans interruption, dans la vallée supérieure de la Bar jusqu'à l'étranglement de Chütillon, en aval duquel ils disparaissent. C'est au sein de ces alluvions où se distinguent désormais deux gradins étagés, que s'effectue le partage des bassins de l'Aire et de la Bar, tandis que les escarpements gaizeux continuent à se développer vers le nord au delà de la franche coupure de Grandpré. }

La capture de Saint-Juvin :

Historique de la question. — « L'Aire, tout d'abord de direction sudnord, décrit brusquement, à la hauteur de Grandpré, une courbe vers l'ouest et traverse l'Argonne pour se jeter dans l'Aisne. On passe de plain-pied en remontant le ruisseau de l'Agron dans la vallée de la Bar, affluent de la Meuse. En outre, on est en présence d'un double méandre de Briquenay dont l'ampleur ne cadre pas avec le modeste ruisseau de Briquenay… (2) »

Davis posait ainsi l'essentiel du problème et concluait que les eaux de l'Aire venaient initidlement grossir, près de Sedan, celles de la Meuse. Depuis lors, les divers arguments justifiant le phénomène de capture ont été à plusieurs reprises invoqués et précisés à propos, soit du détournement de la Moselle dans le Val de l'Aisne, soit de la configuration des réseaux hydrographiques de l'Aisne, de la Marne ou de la Seine à l'ère quaternaire. Nous les indiquerons brièvement, tels qu'ils ont été catalogués dans la synthèse de Thillois.

Critères. — Premier argument : pauvreté des émissaires de la Meuse, sur sa rive gauche, à l'est et au nord de l'Argonne.

A EAMR SAHARA

(1) Conférer : Chapitre IV, p. 65.

(2) R. Thillois : Les rivières de l'Argonne au Quaternai k è ig : RE Ag dure g Q ire, d'après Davis : Handbook of

« C'est une anomalie qu'un fleuve aussi important ait un bassin aussi « restreint. La Bar possède un bassin exigu et n'a qu'un faible débit, pourtant elle coule dès sa source dans une vallée plus large que celle « de l'Aïre en amont de Grandpré. À Buzancy… on ne peut concevoir des terrasses de Bar aussi étendues. »

Deuxième argument: continuité du ie Aire-Agron-Briquenay- Hideuse-Bar, malgré la divergence de l'écoulement.

« En quittant la vallée de la Bar à Harricourt, en marchant constam- « ment sur la terrasse inférieure — celle des alluvions a? —, on passe « directement du ruisseau de Briquenay dans la vallée supérieure de « l'Agron. »

Troisième argument : dissymétrie des méandres de Thénorgues-Buzancy, confirmant un cours ancien vers le nord. Thillois insiste d'ailleurs sur la disproportion entre ces vastes boucles et le Faune qui en emprunte aujourd’ hui le tracé.

Fig. 12. — La capture de Saint-Juvin : schéma.

Quatrième argument : les terrasses des l'Aire se raccordent parfaitement à celles de la Bar. Dans les larges surfaces qu'elles recouvrent aux environs de Saint-Juvin et de Buzancy, elles présentent un double étagement. La terrasse supérieure est celle que nous avons observée depuis Nubécourt et que nous retrouvons bien conservée non seulement à Marcq ou à Cham-

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pigneulles vers 160-175 m, mais encore à Autrucke, en aval de Buzancy et à une altitude légèrement inférieure. FE AT LE DR

« 175-200 m dons le val d'Aire, 165-195 dans celui de l'Agron, 165-185 « plus au nord. Le seuil actuel n'existait pas à l'époque des terrasses. »

En contrebas, à ia cote absolue de 135-145 m, un second gradin dont il convient de retenir deux lambeaux très importants, bien qu'ils ne soient pas les seuls: celui de Chevières, au sud du village et à l'est de La Louvière, celui d'Authe entourant une croupe du séquanien à +15 m au-dessus du thalweg de la Bar. | |

Cinquième argument : le coude anormal de l'Agron à Verpel. Ce ruisseau qui coule vers le nord à partir d'Imécourt devait se jeter primitivement dans l'Aire-Bar non loin de cette commune. | :

« Après la capture; il s'est encaissé de 40 m, s'est dirigé vers l'Aire « actuelle: or, ces 40 m, c'est la différence de niveau entre la Meuse et « l'Aisne sur un même parallèle. »

L'Aisne, creusant plus vite que le ileuve lorrain, lui a finalement pris les eaux de l'Aire par l'intermédiaire d'un petit affluent qui aboutissait alors à Senuc et affouillait le défilé de Grandpré. La remarque sur les moyennes terrasses, qui font défaut dans la section Chevières-Senuc et dans la vallée de l'Aisne, a permis à Thillois de situer la capture dans la période qui a immédiatement suivi leur dépôt, c'est-à-dire au moustérien. Bien que cette date — proposée également par Gardet pour la capture de la Moselle dans le Val de l'Asne — ne soit qu'approximative, nous avons bien affaire à un phénomène récent.

Rejeux. — Il est possible que des communications plus anciennes se soient établies entre les régions de Saiïnt-Juvin et de Senuc, non par le goulet étroit dans lequel s'engouffre l'Aire moderne, maïs par la dépression au centre de laquelle s'est formé le « défilé ».

Topographie et structure. — Sur le front de côte, la ligne de faite, interrompue à Grandpré, s'abaisse d'abord dans les Bois de Cornay et de Marcq, pour remonter ensuite dans ceux de Bourgogne et de La Croix: 245, 240, 236, 207 (Négremont), 206 (Bellejoyeuse), 230, 231, 243. Dans cette zone, les assises de la pierre-morte sont incomplètes; vers l'ouest, les plateaux gaizeux de Senuc et de Termes portent, eux aussi, vers 215-225 m, des signes d'usure. En même temps, le synclinal de Grandpré facilite, sur l'axe Saint-Juvin-Senuc, le passage d'une vallée dans l'autre. Il ne s'agit d'ailleurs que d'un sillon évasé et peu profond.

Dépôts. — Les limons argilo-sableux à quartz et parfois les argiles ocres à concrétions, qui atteignaient dans le val d'Aire, au sud de Clermont, l'altitude de 230 m, masquent encore, par lambeaux, les sables albiens ou les calcaires de Briquenay (215), de Verpel et d'Imécourt (225). Enfin, les remblaiements à graviers jurassiques qui se terminent vers 210-215 m près de Nubécourt ont localement une puissance de plus de 10 m au nord de : Champigneulles, là où l'accumulation a été la plus forte. N'ont-ils pas été partiellement déblayés avant que ne se constitue la terrasse supérieure?

Des traces d'usure à 215-230 m ne suffisent pas à ‘expliquer un remaniement du réseau hydrographique sur les plateaux eux-mêmes. Il faudrait alors attribuer à la reprise des creusements au quaternaire récent l'enlèvement des dépôts au cas où ces derniers auraient été limités, en largeur, à une bande coïncidant avec le couloir actuel. L'abrasion de la pierremorte, au voisinage de Grandpré, correspondrait dans cette interprétation à un simple élargissement à hauteur des remblaiements. |

Si vraisemblable qu'elle soit, une hypothèse sur des rejeux, sur une série de captures dont la région de Saint-Juvin aurait été le théâtre, n'est donc pas absolument confirmée.

Conclusions sur les bassins de l'Aire et de la Bar. — Nous examinerons

les débuts de leur histoire quand nous aurons récapitulé les renseignements recueillis, dans l'Argonne entière, sur les surfaces tertiaires, point capital concernant les origines du modelé. Nous pouvons néanmoins, dès à présent, jalonner quelques étapes de sa formation depuis le moment où, le recul de la cuesta étant effectif, les débris des dépôts gréseux et quartzeux viennent

__ tapisser le fond de l'embryon de gouitière.

— L'ensemble Aire-Bar, rivière primitive, s'arrête, à hauteur des sables verts, sur le palier. Les premières phases d'érosion ont amené le profil longitudinal à 200 m à Nubécourt, à 165 m environ à Saint-Juvin et Buzancy; un écoulement très lent se produit vers le nord, vers la Meuse.

. — Un mouvement positif du niveau de base des eaux provoque un alluvionnement important, un apport de graviers jurassiques enlevés, les uns aux plateaux de Lavoye-Montfaucon-Buzancy, les autres à ceux du Barrois de Pierrefitte. Les petites buttes qui précèdent le ont sont ennoyées, les reliefs s'estompent.

— Des variations en sens inverse se traduisent, au quaternaire, par les terrasses à 35 et + 15 m.

— Une capture au profit de l'Aisne et de la Seine réalisée par le

partage définitif des bassins — il reste entendu que des communications ont pu auparavant avoir lieu entre l'Aisne et l'Aiïre, sur les plateaux de Grandpré, au moins à l'altitude 220-230 m.

É — La reprise finale des creusements, consécutive à un réencaissement du thalweg de l'Aire à Saint-Juvin — 40 m —, mettra en valeur le goulet de Grandpré, rajeunira les reliefs des plateaux de la rive droite de l'Aire, la côte morte demeurant en majeure partie protégée par ses avancees et les lambeaux de terrasses.

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