VALLEES ET COUDE D'ATTIGNY
Capture de la Fournelle. — De Vouziers à Châtillon-sur-Bar, la circulation au travers des plateaux de La Croix-aux-Bois et des Alleux est facilitée de bout en bout par le défilé de Quatre-Champs, gorges continues
- creusées dans la gaize et le gault à l'ouest, dans ces roches et le séquanien à l'est. Etroite d'abord (500 m) entre Chestres et Balay lorsqu'elle est parcourue par la Fournelle, l'entaille s'évase brusquement à partir de Quatre-Champs et s'élargit de plus en plus, au delà des sources, à mesure que l'on s'approche de la Bar, pour atteindre 2 km de section à Chôütillon. Le passage d'un bassin à l'autre se fait, par le seuil de Noirval (170), dans un champ d'épandage d'alluvions qui vont en s'épaississant vers la Bar, se désolidarisant ainsi de la Fournelle, rivière conséquente qui, par l'étranglement de Balay, s'échappe rapidement vers l'Aisne.
Ayant aussi noté que :
— la terrasse de la Fournelle se raccorde à celle de la Bar (1);
(1) Il s'agit ici des alluvions « de la feuille géologique qui, dans l'interprétation de Thilloïis, seraient encore anciennes, tant à Noirval qu'à Briquenay.
__ Ja différence d'altitude entre les deux principaux cours d'eaux — Aisne : 100 m à Vouziers, Bar : 150 m à Chütillon, soit une dénivellation de 50 m au détriment de celle-ci — est comparable au réencaissement de l'Agron dans les calcaires en amont de Saint-Juvin, FA à Thillois conclut justement au détournement de la Fournelle qui « devait se « jeter dans l'Aire au nord de Châtillon. À la suite de la capture de l'Aire « et pour les mêmes raisons, un petit affluent de l'Aisne l'a captée et la « fit couler vers le sud-ouest... ».
Ceci permet d'expliquer l'agencement des courts émissaires de la Fournelle, attribué parfois à une série de failles parallèles, orientées nord-ouest sud-est et dont l'existence n'est pas prouvée en dépit de quelques irrégularités dans le contact des gaizes affaissées et du gault soumis à des glissements. Perpendiculaires à la Fournelle, interrompus par des pertes dans le séquanien et marqués par des résurgences à la base de cet étage (les Fontaines d'Argent), ces ruisseaux ne sont jamais conséquenis. Vers Noirval, certains tronçons seraient même partiellement obséquents, indiquant, comme les alluvions, un drainage primitif vers le nord-est. "
À l'exemple de l'Aire inférieure, la Fournelle semble s'être installée sur l'axe d'un léger synclinal dont nous pouvons, grâce aux affleuréements de l'infrastructure séquanienne au pied du front de cuesta, déceler la présence aux environs de Chôtillon-sur-Bar. L'abaissement des crêtes (245-235- 225-215) au nord du Bois de Bourgogne, nivelé lui-même à 240-245 m, comme les Bois de Cornay auquels il succède, est probablement en rapport avec ce sillon à peine esquissé mais affouillé par l'érosion. Ajoutons que les lambeaux argilo-sableux les plus étendus en suivent la direction et se maïntiennent à sa proximité.
Coude de l'Aisne à Attigny. — Le cours supérieur de l'Aisne prend fin à Attigny, en même temps que l'Argonne, lorsque la rivière, dessinant une courbe vers l'ouest, entre dans les plaines champenoises de Rethel. Le canal des Ardennes, utilisant à Semuy le débouché de la petite vallée du ruisseau de Montgon, s'infiltre dans des hauteurs au sous-sol jurassique et, après avoir franchi un seuil à 170 m d'altitude, rejoint la Bar près du Chesne-Populeux.
C'est bien du Rethelois et donc de la Seine qu'est venue la reprise d'érosion ayant provoqué les captures de la Fournelle et de l'Aire, le rajeunissement du relief par une baïsse (de l'ordre de quarante à cinquante mètres) du niveau de base de l'Aisne.
Les cols de Noïirval et de Montgon étant plus élevés que les replats qui encadrent la rivière, il n'est guère possible de concevoir, au quaternaire, dans les limites de l'Argonne et à son extrémité septentrionale, un écoulement autre que celui vers l'ouest.
Plusieurs hypothèses ont été formulées sur le bassin de la Bar, faisant de celui-ci un affluent décapité de la Meuse, qui aurait perdu ses têtes de sources formées, non seulement par l'Aire, mais encore, éventuellement, par l'Aisne supérieure. Ici, une question se pose : celle des aplanissements à 200-220 m, antérieurs aux oscillations climatiques quaternaires, sur les plateaux de Grandpré, de Quatre-Champs et des Alleux, celle des rejeux de
captures, peut-être à la faveur des synclinaux, celle des dépôts contenant des grès et des quartz.
Bien que nous ne disposions pas de critères suffisants sur la confiquration du réseau hydrographique ancien et sur le renversement des écoulements, l'influence de la Meuse, si elle a été plus importante qu'on ne le suppose, avait cessé de se faire sentir, définitivement, en aval de Senuc, lorsque l'érosion a élargi la vallée de l'Aisne à 40-50 m au-dessus du thalweg moderne. |