A PROPOS DE QUELQUES ETAPES DE L'HISTOIRE DU MODELE
Notre description du relief de l'Argonne s'est, jusqu'à présent, bornée, dans la plupart des cas, à enregistrer de nombreuses formes de détail:
— tables inclinées avec modelé en creux, éléments conservés de la surface des qgaizes ou niveaux étagés ici sur les versants des vallées, là sur les plateaux, élargissements au voisinage de l'Aisne, concentration des facies gréseux dans les entailles ou à leurs abords, ceci pour le massif principal;
— atténuation de la pente des couches, recul du front uronien, aplanis-. sement étendu au sud de la Bionne où les nappes quaternaires s'étendent sur les collines du vallage, rajeunissement provoqués par l'encaissement de l'Aisne, ceci pour les bordures. champenoises;
— abrasion des calcaires antérieurs à la transgression albienne, recul du front des gaizes avec buttes résiduelles, palier et côte de Varennes, présence des grès sur les tables, voire sur les crêtes, terrasses de l'Aire et capture de Saïnt-Juvin, ceci pour les bordures lorraines.
Nous avons aussi retenu ou proposé quelques dates, incidemment émis plusieurs hypothèses, tant sur l'existence d'une couverture tertiaire discor- dante que sur celle de surfaces d'érosion, tant sur la mise en place de la Biesme que sur le cours de l'Aisne vers le nord.
Il reste à dégager les grandes lignes de l'architecture et à coordonner les phases de l'évolution. Une synthèse s'impose au préalable: définir la position structurale de l'Argonne, telle qu'elle résulte des déformations auxquelles ont été soumises les assises, et chercher dans quelle mesure le drainage est adapté à la structure. Mais si le relief d'une région
« compose un ensemble dont toutes les parties sont solidaires »,
gardons-nous bien de perdre de vue, en passant du plan local à celui de l'Argonne entière, que nous nous trouvons précisément dans une zone de contact où surgit l'accident gaizeux dans la succession régulière des auréoles lorraines et champenoises, où les influences — ne serait-ce que celles qui ont contribué au partage hydrographique, par exemple — ont pu être, selon les lieux et les temps, aussi diverses que nuancées.
Nous croyons utile de distinguer, dans les étapes du modelé, deux périodes fort différentes. Durant la première, se pose, après émersion des calcaires, puis des gaïzes, la question des surfaces d'érosion dont l'identification sera délicate, car elle se rattache à l'histoire du tertiaire en Argonne. Durant la seconde, s'ébauche — avec des épicycles antérieurs aux phénomènes climatiques quaternaires -—, se construit — avec les remblaiements de l'Aisne et de l'Aire — et se précise — avec les creusements et les rajeunissements finaux — le relief actuel, combinaison des formes anciennes et récentes.