‹ L'Argonne et ses borduresChapitre 76 sur 162 · CONDITIONS IMPOSEES PAR LA STRUCTURE ET LA TECTONIQUE · texte numérisé non relu

CONDITIONS IMPOSEES PAR LA STRUCTURE ET LA TECTONIQUE

L'ARGONNE DES GAIZES EN POSITION DE FLEXURE CAS DES RIVIERES PRINCIPALES

Pour mesurer l'emprise de l'érosion et son aboutissement, c'est-à-dire un relief monoclinal où les fronts du jurassique, des gaizes et, à un moindre titre, des craies ont été énergiquement dégagés, face à l'est, en arcs de cercle concentriques laissant de larges revers plus ou moins usés s'abaisser progressivement en direction de la Champagne, nous avons tenu compte, non seulement de la résistance relative des terrains mésozoïques et des contrastes qui découlent de leur disposition, mais encore de leur inclinaison dans le sens est-ouest et des accidents qui interrompent momentanément cette plongée.

Les assises s'enfoncent vers l'ouest à Sainte-Menehould, puis vers le sud-ouest à Attigny. Voilà bien le fait dominant, maïs il n'est pas propre à l'Argonne. Ce qui la distingue des régions de l'est du Bassin Parisien dans lesquelles elle s'intègre, ce sont plutôt les deux paliers qui se manifestent sur son territoire, une première fois au pied de la cuesta qgaizeuse de Varennes, une seconde fois en avant des talus crayeux de Valmy. Orientés sud-sud-est - nord-nord-ouest, ces derniers, étroits en général, s'élargissent, l'un près de Buzancy, l'autre dans le Bas-Pays de Givry.

Ïls sont suivis sur toute leur longueur par l'Aire et la Bar à l'est, par l'Aisne à l'ouest. L'installation des cours d'eaux les plus importants sur ces paliers demande néanmoins quelques explications complémentaires. Il n'est pas certain d'abord que l'amenuisement de la pente soit seul responsable de l'arrêt de l'écoulement des eaux issues des plateaux calcaires à hauteur de Clermont, de Varennes et de Buzancy, comme de la fixation de l'Aire à son emplacement actuel lors du recul de la côte des qgaizes. En particulier, si les reliefs en voie de formation ont été fossilisés, ceci n'est peut-être qu'une hypothèse, les influences qui ont joué ici ont pu être, à un moment donné, indépendantes de la structure. Le cas de la Biesme supérieure serait, à cet égard, plus significatif encore : entre la plateforme de Beaulieu et l'Aisne, la déclivité garde une valeur presque constante, forte de 1 m pour 100 m; pour qu'une goutïtière ait creusé un sillon perpendiculaire à

la pente des couches, il faut envisager, rappelons-le, la présence à l'origine, sinon d'un gradin de faille sud-est-nord-ouest, du moins d'une couverture dont il reste d'ailleurs des traces à l'altitude minimum de 240 m. L'Aisne primitive enfin était subséquente, le turonien supérieur s'avançant alors jusqu'à Villers, Sainte-Menehould et Autry, voire même au delà de cette ligne. Maïs c'est à partir des nappes quaternaires à graviers que la rivière s'est encaissée dans la pierre-morte, y dessinant parmi iant d'autres l'ample méandre de Lançon. |

Ceci posé, la mise en place de l'Aire et de l'Aisne sur les paliers transversaux n'a pu se faire que lorsque ceux-ci existaient. Quels que soient

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donc les antécédents et les remaniements :

__ Les grands axes du réseau hydrographique, sous l'aspect qu'ils offrent aujourd'hui, seraient postérieurs ou, au plus tôt, contemporains de ces déformations. ;

11 s'én faut de beaucoup que les données de la structure aïent toujours été les mêmes. Elles ont quelque peu évolué depuis le milieu de l'ère secondaire, modifiant à diverses reprises les conditions du travail de l'érosion. |

Plusieurs mouvements du sol seraient intervenus, semble-t-il, avant que les assises, d'abord horizontales, prennent l'inclinaison qui est actuellement la leur. Les premiers ont eu pour effet de basculer légèrement, dès la fin de la période jurassique, les calcaires de Montfaucon, ce qui a permis leur exondation suivie de leur abrasion partielle. Ils sont ies seuls que nous puissions assez exactement dater. D'autres ont eu lieu après le dépôt des gaïzes; ils ont accentué le pendage et provoqué le gauchissement des couches mésozoïques sur les méridiens de Varennes et de Sainte-Menehould.

Encadrée par les paliers, une flexure se profile au centre de l'Argonne. De ce fait, les plateaux gaizeux de Clermont, de la Biesme, de Cornay et de La Croix-aux-Bois sont situés en contrebas par rapport aux tables de Montfaucon et de Buzancy d'une part, à la craie turonienne d'autre part. Sitôt que ce dispositif a été réalisé, ils ont été protégés contre les attaques de l'érosion, tant que l'Aire n'a pas défoncé les sables verts inférieurs à Varennes, tant que le front des craies n'a pas été sapé en dessous de 180-200 m à l'ouest de l'Aisne.

Des conditions originales ont ainsi placé la région de l'Argonne comprise entre l'Aire et l'Aisne dans une situation favorable à la formation d'une couverture siliceuse, à l'élaboration des facies gréseux de Châtrices notamment. Les phénomènes qui ont déterminé la flexure remonteraient alors au début de l'ère tertiaire — date approximative — et auraient par conséquent facilité le façonnement, le développement de surfaces d'érosion. Le démantellement de ces dernières pourrait-il être également imputé à de nouveaux mouvements du sol? Ce n'est pas impossible, car il existe d'appréciables différences d'altitude entre les restes des dépôts gréseux et quartzeux, aussi bien à Lavoye (300-240) qu'à Cunel ou à Châtrices (240-200), laissant supposer que des déformations se seraient encore pro-

duites, dans le même sens que les précédentes, au cours du tertiaire et vraisemblablement de sa seconde moitié.

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