LES ORIGINES
SURFACES D'EROSION TERTIAIRES ET SIGNIFICATION MORPHOLOGIQUE DES FORMATIONS GRESEUSES
La mise en place du sous-sol de l'Argonne et son émersion, point de départ de tout système d'érosion, se sont effectuées en plusieurs étapes, tandis que se modifiait la structure.
Avant le tertiaire, avant même que les gaizes aient été déposées, les” calcaires des bordures orientales sont temporairement exondés; la transgression albienne vient ensuite les recouvrir. Nous savons ce qui en est résulté et nous ne reviendrons pas sur ces avant-propos, qui ont trait à la genèse des roches gaizeuses d'une part, à leurs déformations d'autre part. Un peu plus tard, c'est au tour d'autres séries marines, dont l'ensemble constituera l'ossature de la Champagne crayeuse, de s'empiler à l'ouest -de l'Argonne. La craie glauconieuse franchit l'Aisne localement, au sud de Villers, où elle masque les facies profonds du verlancier; les étages plus récents, turonien, coniacien et santonien, affleurent sur la rive gauche de cette rivière, des lambeaux de la craie grise s'avancent même de quelques centaines de mètres sur les plateaux gaizeux, entre Saïnte-Menehould et Moiïremont. Faut-il limiter à l'Aisne les nouveaux rivages ou les reporter plus à l'est, au delà de la Biesme, au delà de l'Aire? Si une telle poussée a eu lieu, il n'en reste pas de traces certaines et la présence d'argile rouge dans les limons sableux de la Grange-aux-Bois, de Courupt et des Alleux ne paraît pas devoir être attribuée à une décalcification. Toujours est-il que la stratigraphie ne permet pas de déterminer exactement l'époque où s'est produite l'émersion définitive de l'Argonne. Si les facies gréseux sont bien, soit lagunaires, soit continentaux, celle-ci serait toutefois antérieure .à leur élaboration.
Durant la majeure partie du tertiaire, l'évolution morphologique du centre du Bassin de Paris a été caractérisée par le façonnement de plusieurs surfaces ayant tronqué en biseau les assises préalablement inclinées ou se raccordant avec les surfaces structurales. Elles furent l'aboutissement de très longues périodes d'érosion, maintenant reconnues, différenciées et datées. A. Cholley est parvenu à distinguer trois cycles: le premier à l'infra-
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oligocène, le second à l'infra-éocène, le troisième à l'infra-miocène, phénomènes assez généralisés pour que des signes de leur extension soient également visibles sur le pourtour du Bassin. Aux approches de la Lorraine et de l'Ardenne notamment, <
« ils semblent se recouper en des cycles d'érosion polygéniques » POP
dans le domaine desquels devrait, par son emplacement, être englobée l'Argonne. Pouvons-nous reconstituer ici de semblables surfaces, s'abaissant régulièrement, en direction de la Champagne par exemple, et moins rapidement que les couches mésozoïques ? Au quel cas, ont-elles entamé ces dernières, y laissant des reliefs résiduels ? AN
Nous ne manquons pas d'indices, recueillis au cours de l'étude fragmentée de l'architecture régionale. Par leur nature comme par leur répartition, non seulement en zones, mais aussi en altitude, les formations siliceuses — que nous connaissons déjà — sont susceptibles de nous fournir de précieux renseignements sur les conditions de climat et de modelé dans lesquelles se trouvait alors située l'Argonne. Cependant, bien des problèmes restent encore à résoudre, ne serait-ce que celui des dates, posé par l'azoïcité des blocs et des galets. De même, les profils ou les cartes ne nous donnent pas aujourd'hui une idée précise de la configuration des surfaces et de leur développement. Il convient donc de faire, pour chaque chose, la part du fait et celle de l'hypothèse.