RELATIONS ENTRE LA TOPOGRAPHIE, LA STRUCTURE ET LES DEPOTS
Absence d'aplanissements étendus. — L'idéal serait évidemment de rencontrer, sur les revers ou à défaut sur les rebords des plateaux gaïzeux et calcaires, de vastes secteurs usés, identifiables à l'aide de dépôts gréseux en place. Il n'en est malheureusement rien. Quand nous voulons définir les formes cycliques, nous nous heurtons à un premier obstacle.
— Le niveau de 175-180 m qui a raboté le turonien et la craie glauconieuse à l'ouest de Sainte-Menehould envahit le Bas-Pays de Givry où il ne trouve devant lui que des couches meubles, cénomaniennes et albiennes. Par contre, dès qu'il arrive, vers Triaucourt, au contact de terrains plus résistants, comme le portlandien, il s'arrête net. Ailleurs, le burinage de l'érosion n'a été ni assez efficace, ni assez prolongé pour entamer sérieusement les bastions relativement solides de la pierre-morte. L'altitude correspond à celle de la plaine de niveau de base pliocène du centre du Bassin Parisien; maïs aux confins de l'Argonne, il semble que nous ayons plutôt affaire, vers 175 m, à un épiclycle localisé sur lequel seraient venus reposer, après un remaniement et avant l'apport de graviers jurassiques, les restes démantelés du stampien de Charmont au sud, des facies gréseux ou quartzeux de Châtrices, de La Tibeaudette et de Pologne au nord.
— Si nous gravissons maintenant les pentes qui accèdent aux tables gaizeuses elles-mêmes, que voyons-nous? Sur les versants des vallées, quelques élargissements à hauteur des remblaiements, quelques formes étagées. En certains endroits, tantôt vers 240-250 m entre le carrefour de La Croix de Pierre et le bois de Cornay, tantôt vers 200-220 m entre Grandpré et la Fournelle, l'érosion a eu raison des sommets de la pierre-morte, c'est entendu; maïs les parties abrasées et souvent dénudées alternent avec des éléments conservés de la surface structurale des gaizes. Même impression
(1) A. Cholley : Les surfaces tertiaires du Bassin de Paris.
à l'est de l'Aire, où les calcaires, nivélés, certes, avant le dépôt des sables verts, paraissent intacts vers 240 m, sauf au voisinage des vallées.
— Puisque nous faisons apparemment fausse route lorsque nous cherchons, à 240 m et au-dessous de cette cote, des aplanissements de grande envergure, une topographie ancienne capable de traduire une action géné- ralisée de l'érosion, il nous faut regarder ce so se passe plus haut, dans la zone de fort relief.
Ici, deux propositions : Ou bien, les grès se trouvent toujours, sur les hauteurs, à l'emplacement qu'ils occupaient initidlement, soit vers 240- 260 m à la Côte Collet, 270-280 à la Guillemine de Courupt et à Béllefontaine, 280-290 au Poirier de Lavoye et 290-300 à la base des témoins gaizeux de Montfaucon-Cunel. Dans ce cas, les surface cycliques auxquelles ils seraient liés, tangentes d'abord à l'est de l'Argonne aux crêtes du porilandien, du kiméridgien et du AA nr — les buttes de la rive droite
de l'Aiïre faisant figure déjà de reliefs résiduels —, se seraient ensuite
raccordées à la plateforme structurale de Beaulieu entourée d'une couronne de grès, aux sommets de la Fille Morte et aux plateaux de la Côte aux Cerfs.
a Grés + Quartz … Coilloutis
BIESME ' COUSANCES
Fig. 14. EE Dispositif des grès et des or sur l'itinéraire Chôtrices, Beaulieu, Ville-sur- FORRÉDCCEs
Si nous relions les uns aux autres ces divers points remarquables, nous obtenons, n'est-il pas intéressant de le noter, une surface peu ondulée et légèrement inclinée vers l'ouest avec une pente moyenne égale à 1 m pour 350-450 m et notablement inférieure à celle des assises mésozoïques. Ou bien, les grès, même ceux qui ornent les crêtes, ont été déplacés. Alors rien ne s'opposerait à ce que les surfaces tertiaires se soient constituées, non pas au niveau des rebords calcaires ou gaizeux, mais à une altitude plus élevée encore.
De toutes façons, il est difficile de suivre une topographie mûre à 150 et 200 m au-dessus des thalwegs de l'Aire, de la Biesme et de l'Aisne.
Rôle joué par la structure. — Nous progressons quelque peu dans nos recherches en invoquant trois faits qui nous sont devenus familiers :
— plusieurs cours d'eaux, la Biesme et la Cousances sont à ranger dans cette catégorie, n'obéiront pas, lorsqu'ils commenceront à s'encaisser dans le portlandien, les sables albiens ou la pierre-morte, aux directions imposées par la pose des couches vers la Champagne: d'où l'idée d'une coRverure;
— l'élaboration dea grès « pu être grandement facilitée, comme nous l'avons vu, par la flexure ayant protégé contre les effets de l'érosion le centre affaissé du massif des gaizes: mais, pour qu'il y ait localisation, au sens étroit de ce terme, il faudrait encore que les séries gréseuses autochtones soient concentrées dans la bande de terrain effilée comprise entre l'Aisne et l'Aire, ce qui n'est pas toujours le cas, les blocs de Châtrices eux-mêmes ayant accès aux plateaux de Lavoye:
— éparpillement des débris siliceux à toutes les altitudes, mélange des facies, remaniements et démantellements, de telles modifications se sont-
elles produites sans qu'interviennent d'autres déformations, postérieures à la flexure, mais agissant en sens inverse de cette dernière, c'est-à-dire provoquant l'ouverture d'un nouveau cycle? Ê
Considérons enfin les conditions structurales sous un angle un peu différent. Mille Alimen a montré que les cordons dunaires dans lesquels les grès stampiens ont pris naissance coïncidaient avec des anticlinaux; d'où des alignements de blocs chaotiques, des lanières allongées suivant les bosses, d'où aussi, dans les synclinaux, des accumulations de sables blancs, gris ou violets, à l'exclusion des facies gréseux. En admettant, à titre provisoire, qu'il y ait une certaine parenté, sinon identité, entre les formations de Charmont ou de Fontainebleau et celles de l'Argonne, pouvons-nous établir une semblable relation entre leur emplacement et les “ondulations lâches qui traversent cette région d'ouest en est? Ici, le dispositif réalisé n'a pas la même régularité qu'au centre du Bassin de Paris.
Les grès sont rassemblés, pour la plupart, dans des entailles profondes, sensiblement parallèles entre elles vers l'amont et orientées est-ouest, ou se groupent aux abords des hautes sections sèches de ces vallées conséquentes dont le faisceau, ramifié vers l'aval, ira aboutir, soit à la Biesme, soit à l'Aisne. Leur fréquence augmente même, aïnsi que leur volume, au fond et sur les versants du couloir transversal de Beauchamp-La Thibeaudette-Les Islettes, là où justement une boutonnière a été creusée dans un dôme. Nous les retrouvons pareïllement à Montfaucon et à Cunel, installés sur l'axe ou les retombées d'un autre anticlinal. Les blocs semblent, au contraire, se raréfier en Forêt de Hesse, dans le sillon de la Buanthe, à La Harazée et Vienne-le-Chôteau, dans le val inférieur de la Biesme — tant au sommet de la pierre-morte qu'au sein des remblaiements — là où passent des synclinaux. ‘
Gardons-nous toutefois de pousser trop loin la comparaison, car la conception d'alignements gréseux se trouve souvent en défaut sur le territoire de l'Argonne : de Dombasle à Aubréville par exemple, le Wadelaincourt suit l'arête d'un dôme; mais le bassin de cette rivière ne paraît pas renfermer de grès, tandis que les tables rigides de Lavoye, de Courupt et de Chôûtrices, qui en sont parsemées, n'ont pas été gondolées. L'ordre primitif, si ordre il y a eu, aurait-il été à ce point bousculé avant le creusement des vallées actuelles? Ce n'est pas impossible. Autre écueil enfin, où sont donc les sables stampiens?