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L'ARGILE DU GAULT (C

Répartition. — La carte montre que ses affleurements occupent deux

L secteurs bien distincts :

— de Possavant à Revigny-sur-Ornain, soit 20 kilomètres dans le sens des méridiens, le gault couvre de vastes surfaces. Les couches mises à nu ont une largeur rarement inférieure à 4 kilomètres. Et si, dans le triangle Louppy-Givry-Revigny, l'argile disparait souvent sous des dépôts

complexes beaucoup plus récents, elle en forme le substratum immédiat,

décapée dans les vallées aux fonds marécogeux. En amont d'Aubréville, de grandes plaques du wealdien voilent également le portlandien sur la rive gauche de l'Aire;

— ailleurs, sur les tables calcaires, coiffées à Montfaucon de témoins gaizeux, ou dans les principaux couloirs du massif comme au pied du front de l'Aire et de la Bar, l'argile, constamment présente sous les gaizes, étire ses rubans allongés ou ses auréoles semi-circulaires. On a coutume de faire coïncider le plan de contact des deux roches avec la limite de la forêt et de la prairie. Il faudrait bien se garder de tenir le fait pour absolument général. Les niveaux de sources seraient peut-être, à cet égard, un indice plus déterminant.

Puissance, composition, facies. — Mesurée du sud au nord, la puissance du gault, qui en son maximum ne dépasse guère une trentaine de mètres, décroît de plus de moitié entre Givry et le bois des Loges. De l'Aisne à l'Aire et au delà de cette rivière, elle s'amenuise lentement :

Belval Beaulieu Le Claon Varennes Grandpré

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Les multiples carrières ouvertes au sein du gault dans des buts diffé rents attestent son utilité : ss in ES — les argiles « tégulines » ont toujours fourni une excellente matière première, recherchée pour les arts plastiques et la construction. Mais la majorité des ateliers fabriquant tuiles et briques, poteries et canalisätions, ont cessé leurs activités depuis 1920; &

— à la fin du XIX° siècle, l'exploitation eut pour objet temporaire d'extraire les nodules de phosphates de chaux répartis en deux lits plus abondoants que ceux de la craie glauconieuse, l'un au sommet, l'autre — 30 à 50 centimètres — reposant à la base sur les sables verts sous-jacents. Les gisements, dont le rendement commercial est tombé aujourd'hui à zéro, furent jusqu'en 1925 à l'origine d'une petite industrie prospère, établie le long de la Biesme, de l'Aire ou aux environs de Triaucourt.

Du simple point de vue externe, le gault se présente comme une roche tendre, compacte et malléable à l'extrême. Onctueuse au toucher, l'argile colle aux doigts comme à la semelle des souliers et se pulvérise sous l'action du gel et des intempéries. Matériau instable, incapable de résister à la moindre pression, elle dessine de beiles loupes de glissement, si bien que les routes du val de Biesme ou de la Fournelle doivent être munies d'une protection solide contre les affaissements répétés. :

Par sa nature, celle d'une couche tendre sous la gaize, par son imperméabilité, l'assise albienne est appelée à jouer dans le relief de l'Argonne un rôle de premier plan. La nappe phréatique qui lui correspond et qui alimente des sources fraîches est la plus importante de la région. Elle se prolonge loin dans l'infrastructure sous le vallage de l'Aisne: les sondages la situent à Sainte-Menehould vers la cote —35 en dessous des alluvions modernes de la rivière. L'eau suinte à chaque pas, et ou cours des plus fortes périodes de sécheresse estivale on retrouve un sous-sol humide à quelques centimètres sous l'herbe à peine brûlée des prairies. Le ruissellement est de règle : les marécages et les étangs se multiplient, tandis que le réseau hydrographique se signale par l'imprécision de son chevelu.

Moins uniforme qu'elle ne le paraît, la formation est en outre caractérisée par de sensibles nuances de facies :

— la ieinte grise ou verdâtre du sommet de l'argile comporte des tons bleus tirant parfois sur le noir. A Bellefontaine, hameau du val de Biesme, il arrive que le noir devienne dominant. Maïs les coloris moins foncés, blancs mêlés de reflets verts ou jaunes, se rencontrent dans les deux tiers inférieurs des couches, là où la rétention de l'eau, qualité majeure du sédiment tend à diminuer;

— de son côté, la composition chimique du minéral se modifie, non seulement dans la puissance, mais encore dans l'étendue du dépôt: il renferme d'abord une quantité plus ou moins élevée de gypse et de- pyrites de fer. Plusieurs dosages effectués par Collet établissent ensuite qu'entre deux gisements distants de 15 kilomètres, la teneur en carbonate de calcium, faible à Futeau au point de rendre le sol impropre aux cultures non amendées, est sujette à de sérieux écarts.

Constituants Val de Biesme . Passavant L11 POOSEn SEA PR 12,75 LOT ENSES A 94,5 87,25

Des prélèvements opérés aux Islettes et à Triaucourt sur une tranche verticale accusent enfin une proportion dé grains glauconieux plus considérable au sommet qu'à la base déjà sableuse.

SA

— Classé des l'albien moyen et supérieur, le gault offre en Argonne un beau choix de fossiles appartenant en majorité à l'ordre des Ammonites | et des Hamites (1). Parmi ces mollusques Buvignier fait état de trois espèces au moins qui fréquentent à la fois les gaizes et l'argile. À Passavant comme qux Senades elles abondent surtout dans les premiers mètres de cette Fe roière roche à partir du plan de contact des deux étages.

450 Une détermination précise de la position des genres dans les gisements À demanderaiït à être étendue à de plus grandes surfaces, de Triaucourt à la Fournelle par exemple. Néanmoins un tableau comparatif des fossiles communs, en particulier l'Ammonite Inflatus et l'Hamite d'Orbigny, nous per- mettra de vérifier un indice précieux de la transition lente du facies à l'intérieur du gault puis des bancs gaizeux immédiatement voisins (2).

# Nous reviendrons sur cette remarque fondamentale pour préciser le es degré de parenté entre les dépôts, parenté que Buvignier exprimait ainsi en définissant les strates supérieurs de l'albien :

| « Cette ‘argile paraît faire le passage du gault aux grès verts. »

LES SABLES VERTS INFERIEURS (CI). — Dix mètres de sables séparent enfin le gault du portlandien sans passer par l'intermédiaire du néocomien. Leurs affleurements se réduisent à des liserées qui prolongent vers l'est les avancées extrêmes de l'argile, et à quelques hectares décapés dans le Doro des Islettes par un affluent de la Biesme. Exceptionnellement de

minces pellicules résiduelles ornent seules les plateaux calcaires entourant

les villages de Montzéville, Avocourt et Andevanne.

Une certaine similitude de composition rapproche ces sables de ceux

qui s'intercalent entre la craie glauconieuse et les gaïzes : l'analyse décèle

en effet des grains de quartz, des noyaux vert sombre de glauconie et de

rares nodules de phosphate de calcium disséminés dans la masse. Néanmoins

des sables plus grossiers, de couleur grise, apparaissent avec les strates inférieurs de l'assise.

… Les premiers étages de l'infracrétacique font presque totalement défaut aux, confins de l'Argonne et sur son propre territoire. Signalons toutefois la présence d'un petit pointement isolé d'argiles jaunes aptiennes contenant du fer oolithique exploité à la minière du Bois des Loges près de Saiïnt-Juvin.

Pour retrouver les argiles ostréennes du néocomien, il nous faudrait traverser la région entière en direction du sud, et atteindre Louppy-le- Château, localité située à 40 kilomètres de Grandpré. Maïs les dépôts de l'aptien et du barrémien ne prennent une place importante dans l'échelle statigraphique que sur la rive gauche de l'Ornaiïn, c'est-à-dire en dehors du cadre de cette étude.

(1) Buvignier: Statistique géologique du département de la Meuse, p. 531 et sq. (2) Chapitre III, p. 37

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