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BAISSE DE TEMPERATURE EN SAISON FROIDE

Afin d'étendre le champ de nos observations en vue d'une comparaison qui s'impose, car la région est bien petite, nous rayonnerons, à partir de la Champagne — de Châlons-sur-Marne, par exemple —, suivant trois axes qui, traversant le massif des gaizes ou le prenant en écharpe, se dirigent

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vers le nord-est (Charleville), vers l'est (Verdun) et vers le sud-est (Bar- |

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Moyenne annuelle. — Elle descend fréquemment en dessous de 10’, comme l'indiquent les relevés portant, pour cinq stations disséminées, sur deux périodes éloignées l'une de l'autre : 1890-1900 et 1935-1945. Les écarts entre ces décades n'excèdeni pas, sauf à Vouziers, 3/10° de degré.

Ste-Menehould Le Chesne Montfaucon Charleville

— Au droit de l'Argonne, l'isotherme annuelle de 10° décrit par conséquent une courbe vers le sud, incluant dans une zone plus fraîche les plateaux des Islettes, de Clermont, de Montfaucon-Lavoye et de Buzancy. Largement ouverts aux vents froids qui, soufflant du nord-est ou de l'est vers le sud-ouest, viennent butter contre la cuesta gaizeuse de Varennes, ceux-ci accusent une appréciable diminution de la moyenne — 1° environ — par rapport, non seulement à celle de Chälons-sur-Marne ou de Verdun, mais encore à celle de Charleville. Ce caractère est valable aussi bien pour les hauteurs (300 m) que pour les versants, situés face à l'est, des vallées de l'Aire (Châtel : 180 m) et de la Bar (Le Chesne Populeux : 150 m).

— Le maximum régional, atteint à Vouziers, paraît anormal. En 1900, Chantriot y faisait état d'une pointe thermométrique. Les seules évaluations que nous possédions, anciennes (11°2) ou récentes (10°2), ne doivent d'ailleurs être acceptées qu'avec une certaine prudence, car elles ne reposent que sur des observations de trop courte durée: années 1892 à 1894 d'une part, années 1937 à 1939 d'autre part. Il est possible qu'elles soient légèrement supérieures à la réalité. Constatons toutefois que la station de Vouziers, dont l'altitude n'est que de 100 m, appartient, tout comme celle de Sainte- Menehould, au val abrité de l'Aisne. Ce privilège peut expliquer un réchauffement local et, en dépit de la différence de latitude, une température moyenne à peu près égale au long de la rivière encaissée.

Variations saisonnières et mensuelles. — Elles indiquent, en été, un rafraîchissement au contact de la Champagne sèche; en hiver, une emprise des influences continentales qui exagère les écarts.

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- — L'adoucissement de l'été ne saurait, en aucun cas, être considéré comme le trait le plus saillant dés nuances climatiques de la région. Il

présente pourtant l'intérêt de jouer, d'une manière assez uniforme, sur

l'ensemble des surfaces couvertes par les grands bois. Bien que minime et capricieux : 0°5 à 1° en moyenne, 1°5 à 2° lors des saisons chaudes et sèches, l'écart qui intervient entre les stations de Châlons-sur-Marne ou de Suippes d'une part, et celles de l'Argonne d'autre part, est rarement négligeable. Ici, les sols s'échauffent moins vite que ceux de la craie à nu; ici, les pluies sont plus abondantes; une humidité relative continue à régner dans les sous-bois, au fond des gorges, à leurs abords et sur l'argile albienne imperméable, même après plusieurs semaines de sécheresse prolongée. Lorsque le ciel est dégagé de tout système nuageux, une brume très diluée s'élève dans l'air calme au-dessus de la forêt, tamisant les rayons solaires et atténuant la visibilité de 1/10 à 2/10. Observée de l'extérieur, de la tour de Montfaucon par exemple, elle apparaît comme un écran immobile qui se déroule de Revigny au Chesne Populeux et se limite, en profondeur, aux vallées de l'Aire et de l'Aisne: au delà, vers Valmy, le ciel redevient limpide. En juillet 1946, durant un mois exceptionnellement beau, elle a voilé en permanence les plateaux gaizeux; nous relevions alors les maxima mensuels suivants : 19° à Clermont, 20° à Sainte-Menehould, 21° à Givry et à Passavant, 23° à Suippes et à Châlons-sur-Marne. Le maintien d'une température modérée au sol et dans les couches inférieures de

l'atmosphère semble donc en relation, au moins partiellement, avec la présence de masses boisées reposant sur les terres siliceuses où la réverbération est rendue insignifiante.

Il ne faut pas exagérer la portée de cette atténuation. Les mois de juillet et d'août sont, ainsi que le début de septembre, encore suffisamment chauds pour admettre la vigne, maïs sous certaines conditions seulement. Elle n'est cultivée que sur les adrets les mieux exposés du front de Beaulieu et des coteaux du val d'Aisne, là où les dépôts de pente décapés de la gravelle gaizeuse lui permettent de profiter au maximum de l'insolation estivale. Des vignobles médiocres ornent sporadiquement les qgaizettes de La Neuville-au-Pont et de Voncq. Leur limite septentrionale recule au delà de Vouziers. Au pied des corniches méridiongales de Passavant et pour de semblables raisons, le maïs-grain, qui exige un minimum de 20° en juillet, vient régulièrement à maturité. Ailleurs, la récolte est beaucoup plus aléatoire; dans la clairière des Islettes, mal aérée, elle a cependant donné satisfaction en 1938 et en 1946, à la faveur de lourdes chaleurs.

— L'hiver, saison la mieux différenciée, se distingue par son durcissement et par sa durée.

Le refroidissement est attesté, en premier lieu, par une baisse assez prononcée des moyennes de janvier et de février, dès que l'on franchit le talus des craïes : 1°8 à Sainte-Menehould, 1°5 à Chôâtel-Chéhéry et à Montfaucon, 1°3 au Chesne-Populeux. Par les plateaux de Montfaucon, les flux d'air froid orientaux pénètrent sans encombre jusqu'à l'Aiïre; ils envahissent même la cuvette de Givry et se font sentir à Sainte-Menehould avec une perte de 0°5 seulement. La partie ouest du Vouziérois, ouverte sur les plaines de Rethel mais mieux située que les clairières du Chesne Populeux et de Buzancy, serait déjà moins affectée par ces actions.

Si nous comparons les écarts entre les maxima et les minima absolus, nous nous apercevons qu'ils augmentent de 3° d'ouest en est — sauf pour Vouziers —, les différences étant imputables à l'hiver et non à l'été.

La saison froide s'accompagne d'un gel plus prolongé et de chutes de neige réparties sur un plus grand nombre de journées. En moyenne, il faut compter, dans le val d'Aisne, entre 70 et 75 jours de ei sur les plateaux, entre 75 et 80.

La pointe qui correspond au massif des gaizes et à ses avancées est celle qui se retrouve au centre de la Lorraine ou en Ardenne belge. Elle ne joue plus sur la rive gauche de l'Aisne.

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Fig. 15. — Gel (à gauche) et neige (à droite): moyennes pour l'ensemble des périodes 1881-1891, 1891-1901 et 1937-1947.

Même constatation pour !l'enneigement dont la durée à Sainte-Menehould et surtout à Châtel est sensiblement égale à celle des deux régions précédentes. Ici encore, il convient de faire une restriction pour Vouziers (10 à 12 jours). En Argonne, la neige tient plus longtemps au sol qu'en Champagne. Sur les versants gaizeux ou argileux, lents à se réchauffer, des plaques neïigeuses sont visibles, face au nord, lorsque la fonte est ierminée depuis quinze jours à l'ouest de Valmy.

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