LA REGION DES ETANGS
Liés aux terrains imperméables, les étangs se présentent tantôt sous forme d'étendues d'eau étroites et allongées, nichées dans les remblaiements au fond des gorges encaissées du massif des qgaizes, tantôt comme de belles nappes ovales ou circulaires établies librement sur le gault ou la craie glauconieuse.
— Parmi les premiers, au nombre d'une trentaine dont vingt en eau, signalons le groupe de Saint-Rouin aux sources de la Biesme : le Canal et les Deux-Busines qui constituent un des aspects les plus pittoresques de l'Argonne: ils bordent une route ombragée et les grands chênes viennent se perdre jusque dans les joncs où pullulent canards sauvages et sarcelles; ils furent, nous l'avons dit, régularisés en vue d'alimenter le chenal de la Biesme. Un autre chapelet non moins attrayant est celui de Châätrices comprenant huit étangs, œuvre de l'abbaye, logés dans le Longeval et dans cinq vallons adjacents; sept d'entre eux, consécutifs, sont encore en eau; mentionnons, entre autres : les Porcheries, l'Etang Neuf et la Grande Rouillie aménagée autrefois en pièces cultivées. L'ensemble couvre plus de 115 ha, nécessite un gros entretien. Mais la pêche, bi ou trisannuelle en couvre largement les frais; elle donne de 4.000 à 5.000 kg de poison: 80 % en carpes, 10 % en brochets, le surplus en anguilles, perches et brêmescarpées.
Presque tous ces étangs sont d'anciens marécages asséchés auprès desquels des Noues s'étaient établies. Plusieurs sont retournés depuis un siècle à l'état primitif, ainsi ceux de Dame-Aude et de l'Homme-Mort,
respectivement situés en forêts de Sainte-Menehould ou de Binarville. Ce sont maintenant des aulnaies boueuses traversées par un ruisseau. Signalons enfin, près du Chesne Populeux, le magnifique réservoir de Baiïron, irès poissonneux, dont la raison première est d'alimenter le canal des Ardennes.
— Bien plus nombreux — 96 — sont les étangs du Bas-Pays et du vallage d'Aisne. |
Au nord de Villers-en-Argonne, on n'en rencontre encore qu'une dizaine dont les plus importants sont ceux d'Elise et du Roy. Ce dernier, pêché tous les quatre ans environ, peut produire dans les meiïlleures années jusqu'à 9.000 kg de poisson: les deux-tiers en carpes, le reste en brochets.
La cuvette de Givry est sans conteste la zone par excellence des étangs, qu'il s'agisse des vastes nappes des Grandes Rouillies, de Belval, du Grand Rû et du Morinval, ou d'une poussière de petits réservoirs groupés sur le gault dans les forêts de Belval et de Belnoue, là où s'effectue le partage des eaux de l'Aisne, de l'Ante, de la Vière et de la Chée.
Au total, dans le seul arrondissement de Saïinte-Menehould, les statistiques de Collet dénombrent 104 étangs dont 14 à l'état sec, les cinq plus grands couvrant 350 ha. Le travail de colmatage réalisé entre le XI° et le XIV® siècles et l'entretien permanent supposent un effort remarquable de l'Argonnais pour draîner les eaux, assainir un milieu par trop humide, y établir temporairement des cultures et en retirer aujourd'hui profit par l'application rationnelle de la pisciculture. Ces activités se sont exercées dans un paysage plus spacieux, celui de la forêt qui encercle presque partout les étangs.