SUPERFICIE ET TAUX DES BOISEMENTS PET
Le minutieux travail de Daubrée n'a pas sensiblement vieilli depuis trente années, les districts touchés par la guerre ayant été presque entièrement reboisés en taillis ou en sapinières. Au total, près de 45.000 ha — exactement 44.200 pour les seules masses importantes, les bois situés à l'ouest de l'Aisne étant exclus — soit plus de 75 % des sols de la lentille des gaïzes.
Le taux de boisement des communes forestières y atteint des proportions rarement dépassées dans le Bassin de Paris, semblables et quelquefois supérieures à celles des forêts de la Lorraine orientale, des Vosges et de l'Ardenne. Retenons d'abord quelques maxima :
— de 100 à 90 % : Beaulieu 93 — la Chalade 91;
— de 90 à 80 % : Vienne-le-Chôteau 83 — Florent 81;
— de 80 à 60 % : Boult-aux-Bois — Longwé — le Claon — Sainte-
Menehould — La Croix-aux-Bois — Belval.
Dans cette zone, les territoires communaux sont en majorité couverts de boïs jusqu'à concurrence de 50 % de la superficie totale et rares sont les cadastres, aux Islettes 5 % et au Neufour — village sans un hectare boisé — par exemple, que le hasard des partages a dépourvus de ce capital régional.
L'Argonne sylvestre peut être divisée en trois groupes essentiels, nettement individualisés les uns des autres non seulement dans leur répartition, mais aussi dans leur composition. Nous nous attaquerons d'abord à les situer dans l'espace.
LA FORET DE PLATEAU. — Ce groupement quasi-ininterrompu renferme à lui seul les trois-quarts de l'ensemble des bois et recouvre près de 30.000 hectares. Il coïncide assez exactement avec la lentille de qaize, se termine comme elle aux portes de Passavant, franchit la rive gauche de l'Aisne par quelques petits bois très morcelés et domine majestueusement le front de cuesta de l'Aire. A l'intérieur de ces districts on note déjà: la superficie élevée des principaux bouquets, dix à douze au plus, qui atteignent ou dépassent mille ha, la massivité et la continuité remarquables des tenants que coupent seules les sections transversales de l'Aire et de la Biesme inférieures. Constituant la majorité des sous-sols et des sols, la gaize va leur imprimer la marque de ses caractères spécifiques.
Entre Aisne et Aire:
Groupe Sud. — Du front de Beaulieu-Villers à la Biesme de Vienne-le-
Chüâteau, limité à la zone rouge de querre exclue, un bloc:
PRINCIPAUX ELEMENTS SUPERFICIE Domaniale de Beaulieu ................ 2.617 ha Particulière des Princes (1) .............. 2.300 — Domaniale de Châtrices ...... ét Mira 1.028 — Particulière des Hauts-Bâtis .............. ARS 920 — Particulière de Beauchamp .............. 1.034 — Communale de:Valmy. "10177 Viet 1.300 —
(1) Daubrée : Statistique des forêts de France, 5 « a da à rrondissements de la Marne, de la
(1) Sur le territoire de Sainte-Menehould. N.B.: n i out TS e sont portés ici que les chiffres supé-
Groupe Central. — Indistinct du précédent à l'est de la Biesme, il se nue ainsi :
— deux forêts très éprouvées por la guerre de 1914-1918 :
Particulière de la Gruerie ........ res 2.880 ha
Domaniale de la Chalade .............. 2.176 —
— des bois plus morcelés appartenant pour la plupart aux communes riveraines de l'Aiïre, ceux de Châtel, Cornay et Apremont, par exemple, auxquels viennent s'ajouter sur ce dernier terroir les 900 ha de la Forêt particulière d'Argonne.
Groupe nord. — Au delà de la coupure franche de l’Aïre, un ensemble d'un seul tenant rejoint aux environs du Chesne les premiers bouquets de la forêt de Mazarin, dont certains districts appartiennent encore à cette localité. Il s'agit ici des Particulières (6.976 ha) et Domaniales (712 ha), de Boux, aux lisières très contournées, divisées elles-mêmes en une mosaïque ‘de bois de moindre importance.
Lambeaux sur la rive gauche de l'Aisne. — On doit les rattacher aux groupes sud et centre, dont ils ne diffèrent que par le morcellement beaucoup plus accentué de la propriété. Les enclaves se réduisent à de minces franges entre Villers et le bois d'Haulzy. À partir de ce dernier, vers Autry et dans le méandre de Grandham elles englobent trois ensembles, au total plus 1.500 ha.
Signalons enfin que le fond alluvial d'Aisne et de $es affluents issus de la craie est doté de beaux peuplements de peupliers en pleine croissance et dont la colonisation date de quelques dizaines d'années.
LA FORET DE PLAINE. — La présence de beaux massifs forestiers ” dans le Bas-Pays constitue un des fondements géographiques de son appartenance argonnaise, comme le rappelle le nom d' « Argonnelles » donné à l'un des constituants. Le lien entre les deux groupements: les lanières qui, encerclant la « trouée» de Triaucourt, viennent, par les bois de Villers et d'Ante à l'ouest, de Valmy et du Vieux-Four à l'est, se souder à ceux de Châtrices et de Beaulieu.
Maïs l'espace réservé à l'arbre n'est plus désormais la moitié du terroir. Le morcellement s'accentue, même dans le triangle Triaucourt-Monthiers- L'Isle-en-Barrois où s'étalent, indistinctes l'une de l'autre :
| A l'ouest, la Particulière de Belval ...... | 3.180 ha |
| A l'est, la Domaniale de Lisle .......... | 2.700 — |
Compte tenu des bois adventifs de Monthiers-Charmont-Sommeille et écartés du Haraumont et du Père Bœuf, le groupe méridional couvre 6.500 ha environ, soit encore 16 % de l'ensemble régional. Le substratum a quelque peu changé: gaize argileuse peu silicifiée, alluvions anciennes de la Chée et de la Vière, albien imperméable, nuances qui vont procurer aux associations végétales leurs coloris propres. Le Bas-Pays annonce les forêts qui, au delà de l'Ornain, prolongent celle de l'Argonne: Perthois, Trois-Fontaines, Der, Wassy.
LAMBEAUX RESIDUELS DES BORDURES LORRAINES. — Ils £$e décomposent d'abord en une série de boqueteaux d'importance
moyenne, disséminés tantôt sur les buites gaizeuses qu'ils couronnent, tantôt sur les plateaux calcaires. Au sud, citons: les bois d'Ahaye et de Souhesme: au centre les forêts de Hesse (984 ha) et de Montfaucon (841 ha) délabrées par les guerres, les croupes boisées de Romagne-sous-Montfaucon, de la Folie et de Barricourt. RE
Au nord-est, des tenants beaucoup plus vastes servent de transition avec l'Ardenne :
Belval et Beaumont-en-Argonne .......... 1.795 ha
Mazarin — Le Chesne Populeux ........ 2.845 —
Le Mont-Dieu
Bien que le taux de boisement n'excède plus 20 %, ces districts complémentaires occupent cependant 8.500 ha, c'est-à-dire le cinquième de la capacité totale. ;
La répartition des masses forestières actuelles montre que leur domaine correspond en général à deux formations géologiques : le gault dans les plaines méridionales, la gaize partout où elle affleure. 1
LA GAIZE BERCEAU DE LA FORET — PAYSAGES ET OPPOSITIONS. — Une rapide comparaison entre les cartes géologiques et forestières indique que les bois coincident avec la roche dans la plupart des cas sur le plateau central comme sur les bordures orientales et que les espaces découverts, livrés aux cultures ou à la prairie, y sont très rares. On peut dire que les neuf dizièmes des affleurements de gaize sont cachés sous l'humus épais et sous les feuilles mortes, ce qui constitue un pourcentage fort élevé. La nature de la roche n'y est pas étrangère. Sur les hauts situés en bordure de l'Aisne on rencontre bien quelques surfaces découvertes, mais elles correspondent aux plaques sableuses ou aux alluvions anciennes gréveuses de la rivière.
Nous avons dit qu'en venant de la Champagne une masse, verte en été, sombre en hiver, soulignaït l'horizon sur plus de 40 kilomètres.
Les plantations récentes de pins sylvestres, de pins noirs d'Autriche, les résineux à la sobre parure cessent avec les derniers savarts chauves du mont Yvron ou de Valmy, minces languettes encadrant les statues historiques. Les petits bois de chêne et de charme commencent à faire une timide apparition sur les collines du vallage d'Aisne au milieu de l'avlnaie, des bouquets de saules, des trembles qui ornent le fond des vallées.
À l'extrémité orientale de la région, les plateaux nus du Verdunois laissent entre les îlots forestiers de larges espaces vides dans les paysages à Buzancy comme à Montfaucon:
L'Argonne de la gaïize et son prolongement vers l'Ornaïn leur opposent une forêt hermétique, celle des layons rectilignes et monotones, celle des futaies calmes peuplées de chênes majestueux, des taillis et des brousailles impénétrables. Parfois, quelques trouées suivies par les vallées principales, une clairière, une prairie des fonds sur l'argile. Alors, la forêt aux lisières franches s'arrête très brutalement, cédant la place aux gras herbages vert clair sur lesquels paissent les troupeaux.
Si, durant des heures entières, franchissant les pentes abruptes des gorges, on parcourt les longues allées sous la futaie, les vieux chemins pierreux encombrés par les grumes, jalonnés de bornes à la croisée, dans la solitude et le silence à peine troublés par le bruit sourd des haches à la cognée, on est singulièrement frappé par l'emprise de la nature forestière sur la grande majorité des pays d'Argonne.
Chasser dans les futaies profondes fut pour l'homme de jadis une
nécessité. C'est maintenant le passe-temps favori du paysan, du bûcheron comme du citadin des villes voisines et, si le cerf a disparu depuis le milieu du siècle dernier, chevreuils et sangliers peuplent encore en abondance les triages et les fonds perdus. Sur le bord des étangs en chapelet, vastes nappes d'eau de Châtrices ou de Belval, le chasseur guette aussi la sarcelle ou le canard sauvage.
Tirant enfin profit du calme créé par les grands bois, des plateaux secs dominant la prairie humide, l'homme a cherché récemment en Argonne les lieux de repos et d'air pur, si nécessaires aux malades du poumon, aux habitants des grands centres industriels, Paris, Reims et le bassin de Briey. Sanatorium et préventorium se sont installés à l'écart des sites classiques fréquentés des touristes dans la région des Islettes — Clermont, et tout au nord, à Belleville près des rives de la Fournelle. FAX
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