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ASSOCIATIONS VEGETALES. DE LA FORET

Les conditions physiques dans lesquelles vivent et se renouvellent les essences et le tapis végétal d'Argonne, leur confèrent trois caractères susceptibles de les individualiser :

— les substratum fondamentaux, gaize et gault, favorisent les espèces ayant des affinités pour les sols froids siliceux, prédominance qui «se traduit par des peuplements calcifuges exubéranis »; à

— bien qu'agissant sur les précipitations accrues, le relief intervient moins par luimême que par la propriété de la roche d'être poreuse sur les plateaux. Cette sécheresse relative appelle un tapis xérophile; à l'inverse les fonds mouilleux et les collines du Bas-Pays constituent, à l'approche de l'albien, le domaine privilégié des essences amies de l'eau.

— le climat, par ses ingérances lorraines, assure à la contrée le maintien d'espèces continentales et de basse-montagne, sans éliminer toutefois une cortège floristique du centre du Bassin Parisien. Il ne joue d'ailleurs qu'un rôle de second plan, l'influence des roches étant prépondérante.

. D'autres considérations, sur lesquelles nous ne possédons, en dépit du remarquable essai de G. Dubois, que des renseignements épisodiques, indiqueraient, dans le passé, le passage d'une phase à pins à la chênaie actuelle, ceci par réchauffement du climat. ;

Les catalogues locaux, fruits des herborisations, les études de Gardet et Meunier sur les muscinées (1) et celles, contemporaines, de Gaume (2) sur la chênaie ont permis de reconstituer les associations essentielles entre les Argonnelles et le coude de la Biesme à La Harazée. L'étude d'une question délicate entre toutes : la transition entre les flores argonnaises et ardennaïses, a été rendue possible grâce aux nombreux critères recueillis par les soins de la Société d'Histoire Naturelle des Ardennes. Sur le plan technique, nous admettrons la classification de Gaume, auquel nous sommes redevables d'avoir mis en lumière les deux critères de la forêt d'Argonne : l'étage du chêne et de l'aulnaïe.

(1) Gardet et Meunier : Bulletin de la Société Botanique de France, tome 82, p. 34. (2) Gaume : id., tome 90, p. 58 et 76.

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SUBSTRATUM ET ESPECES CALCIFUGES. — Parlant de Champagne voisine, on «a dit qu'à chaque formation géologique correspondait une zone florale particulière. Sans relever ici la valeur relative de cette .assertion, il n'en demeure pas moins vrai que la gaïze et l'argile albienne dictent dans une large mesure les bases chimiques des associations.

Les sols froids. — Une des raisons primordiales du maintien de la forêt sur la gaize est bien la classification de cette roche dans la catégorie des sols froids acides et l'absence notoire d'éléments fertilisants, à l'exception toutefois d'une faible dose de potasse non libre.

Impropres aux cultures, les espaces gagnés jadis sur le bois au cours d'une longue expérience infructueuse ont a nouveau reculé devant l'arbre, fait illustré par le retour au taillis d'une partie de la Côte Collet de Passavant, par le reboisement intégral des champs de bataille, par la disparition de la plupart des censes que le Moyen-Age avait installées au milieu de la futaie et que, seuls les lieux-dits de la carte mentionnent encore.

La couche humifère Vanne de la décomposition des feuilles, des branches mortes et du tapis végétal, atteint rarement 30 centimètres et se réduit le plus souvent à une mince pellicule particulièrement acide, de teinte brune ou jaune foncé, chargée de gaz carbonique. Elle repose sur la roche en place por l'intermédiaire de débris de sables et de brêches gaizeuses.

Nous retrouvons ainsi ces sols peu profonds, presque inexistants en certains districts, dits azonaux, dont Agafonnof explique les caractères moins par les facteurs de climat que par la décomposition des minéraux du substratum. Les longues racines des arbres s'incrustent alors dans les lézardes des blocs.

Dans une même catégorie entrent également les sols froids et lourds du gault lorsque cette couche manque de carbonate de calcium et supporte dans les plaines du sud les massifs boisés de Belval ou de l'Isle. On a pu constater enfin que les sables, que les dépôts argilo-sableux du plateau de qgaize étaient favorables à la forêt. Les reboisements récents de Servon Saint-Thomas en sont la preuve, les terres cultivées ne coïncidant ailleurs qu'avec la présence de poupées lœssiques.

Espèces silicicoles. — L'abondance de ces espèces, leur exubérance en dépit de la pauvreté du tapis végétal sous la futaie et le taillis qui. privent le sol de lumière et de vie, sont le fait non seulement des arborescents et de leurs satellites, mais aussi d'une manière pie probante, des plantes ‘herbacées.

Chênaie calcifuge. — «La gaize constituant un sol siliceux, son peu-

« plement est calcifuge et la chênaie possède les espèces caractéristiques « de ce même groupement dans la région parisienne. »

Parmi les satellites cités par Gaume nous retiendrons : le millepertuis élégant (Hypericum Pulchrum L.) et le carex des sables (Carex Pilulifera) qui présentent de beaux spécimens sur ces sols acides et qu'accompagnent partout la myrtille commune, la fougère grand-aigle dont nous aurons l'occasion de reparler, la véronique médicinale aux fleurs roses (Veronica officinalis L.).

Le chêne-rouvre ou sessile, dont la forêt renferme de magnifiques exemplaires, sans compter les arbres classés de Villers, de la Grange-aux- Bois ou du Roi de Rome, tire profit des terrains argilo-siliceux additionnés de potasse dans lesquels le calcaire ne fait pas totalement défaut. La roche réalise donc quelques-unes des conditions optimum pour que cette variété vienne à exubérance.

Les résineux épars sur les pellicules sablonneuses sont également

accompagnés de satellites amis des sols foncièrement siliceux et de l'humus acide : les scléropodes (Scleropodium Purum L.) et la cincinnale (Cincinnulus Trichomanis). He :

La fréquence du sorbier des oiseleurs dans tous les districts confirme parmi les arborescents l'acidité du milieu. ; Due

Tapis végétal — Muscinées. — Gardet et Gaume ont accumulé les exemples d'espèces silicicoles rencontrées en Argonne. Nous y ferons un double choix, certains sujets étant communément répandus dans la région, les autres plus rares mais apportant l'indice précieux de leurs affinités pour les sols de gaize ou de sables. |

Peuplements calcifuges exubérants. — La myrtille commune (Vaccinium Myittillus L.) n'abonde que sur les rebords sud du plateau où elle gagne parfois les toutes premières pentes. On en rencontre de beaux cantons à la sortie du village de Beaulieu, cachés sous des pins sylvestres, au long de la Côte aux Cerfs, dans les layons de la forêt de Châtrices sous la futaie de chênes. Ailleurs, il n'existe que des plants isolés. Rabougrie, la myrtille a une taille inférieure de moitié à celle des Vosges, mais elle fleurit et fructifie normalement. Les bûcherons de Futeau en pratiquaient la cueillette il y a quelques années encore pour en tirer une eau-de-vie. à

La fougère grand-aigle (Pteris Aquilina L.) et la luzule blanche (Luzula Albida D.C.) la première, très fréquentée en tous lieux, la seconde, prolifère sur les sables jaunes de la tranchée Beaulieu-Clermont près du Signal de Rarécourt, composent avec de nombreuses hépatiques et l'aspérule odorante un ensemble dont Gaordet a pu dire: «en ce point de l'Argonne (du sud) la « végétation arbustive et herbacée simule le plus celle des zones siliceuses « pures. » \

Autres espèces typiques localisées. — Sur les parois du Saut du Boulanger de Beaulieu, Gardet et Meunier ont relevé la présence de plusieurs touffes d'une mousse vivace (Mnium Hornum) ainsi que d'une sorte de lichen à grains rouges (Cladonia Coccifera), réputées comme fuyant en général les terrains calcaires.

Dans le sud toujours, l'impatiente jaune des sous-bois humides (/mpatiens Noli-Tangere) et quelques belles stations de molinie, une graminée amie des sols siliceux.

On a signalé la digitale pourpre (Digitalis Purpurea L.) aux environs de la Harazée et de Varennes. Nous avons eu l'occasion d'en rencontrer quelques plants isolés au sud de Florent, dans le couloir de la Thibeaudette et sur le territoire de Bellefontaine, ce qui laisse à penser qu'elle existe au

moins à l'état sporadique dans toute la moitié méridionale du plateau de gaize (1). #

Si la prédominance des espèces silicicoles paraît établie, elles n'en éliminent point pour autant des sujets moins sensibles à la variation des facteurs édaphiques : «les grandes herbacées sylvatiques, indifférentes et «communes essaiment leurs colonies clairsemées sur les plateaux ombreux.» (2)

Un dernier point mérite d'être relevé : la rareté en Argonne de deux carex mentionnés par Gaume comme constants dans les chénaies à sols siliceux de l'Europe centrale. Il s'agit de variétés (C. Digitata et Montana) poussant dans les boïs et venant à maturité sur les calcaires jurassiques des bordures orientales. Cette remarque s'applique aussi à une

légumineuse (Genista Germanica) et leur élimination semble un fait d'origine climatique.

(1) Recherches en collaboration avec A. Meunier. (2) Gardet, ouvrage cité, p. 37.

Photo P. Acis

B — Hutte de bûcherons, sous la neige, en forêt des Germeries Photo F. Schmitt

C — Un des derniers attelages de mulets, près d'un parc à grumes, sur la route de Moiremont à Binarville

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