‹ L'argot ancien, 1455-1850, ses éléments constitutifs, ses rapports avec les langues secretes de l'Europe méridionale et l'argot moderne. Avec un appendice sur l'argot jugéChapitre 65 sur 81 · I. Lire : cambriole · texte numérisé non relu

I. Lire : cambriole

■i. Le verbe piausser, identique à pioncer (qui en est la forme nasalisée), signifie siniplement se mettre dans le piau, nom argotique du lit. 11 n'y a pas trace de poésie ou d'image. Balzac et surtout A'ictor Hugo décovivrent dans l'argot des métaphores qui s'échappent à la i)remière analyse.

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d'images ! Jouer des dominos, signifie manger ; comment mangent les gens poursuivis ?

L'argot va toujours, d'ailleurs ! il suit la civilisation, il la talonne, il s'enrichit d'expressions nouvelles à chaque nouvelle invention. La pomme de terre, créée et mise au jour par Louis XYI et Parmentier, est aussitôt saluée par l'argot à' orange à cochons^. On invente les billets de banque, le bagne les appelle des fafiots garâtes-, du nom de Garât, le caissier qui le signe. 7^^«/?o/.' n'en tendez-vous pas le bruissement du papier de soie ? Le billet de mille francs est un fajîot mâle, le billet de cinq cents est un fafiot femelle. Les forçats baptiseront, attendez-vous-y, les billets de cent ou de deux cents francs de quelque nom bizarre.

En 1790, Guillotin trouve, dans l'intérêt de l'humanité, la mécanique expéditive qui résout tous les problèmes soulevés par le supplice de la peine de mort. Aussitôt les forçats, les ex-galériens, examinent cette mécanique placée sur les confins monarchiques de l'ancien système, et sur les frontières de la justice nouvelle, ils l'appellent tout à coup VAhbaye de Monte-* à-Regret^ ! Ils étudient l'angle décrit par le couperet d'acier, et trouvent pour en peindre l'action, le verbe faucfier ! Quand on songe que le bagne s'appelle le pré, vraiment ceux qui s'occupent de linguistique doivent admirer la création de ces affreux vocables, eût dit Charles \odier.

Reconnaissons d'ailleurs la haute antiquité de l'argot! Il contient un dixième de mots de la langue romane, un autre dixième delà vieille langue gauloise de Rabe-

1. Cette appellation burlesque est inconnue à l'argot. Le vocabtilaire de Vidoeq enregistre orange, dans ce sens.

2 . Le terme fafiot, papier, se trouve d'abord dans le vocabulaire de Vidoeq (1887) : il ne peut donc remonter à Garât.

3. Cette appellation, qui date du xvi" siècle, a d'abord désigne la potence, et elle fut ensuite appliquée à la guillotine.

APPENDICE 3o I

lais. Effondrer (enfoncer), otolondrer (ennuyer), cambrioler (tout ce qui se fait clans une chambre), aubert (argent), gironde (belle, le nom d'un fleuve dans la langue d'Oc), foiiillouse (poche), appartiennent à la langue du xiv" et du xv" siècle ^. h'ajfe, pour la vie est de la plus haute antiquité 2. Troubler Vaffe a fait les affres, d'où vient le mot affreux, dont la traduction est ce qui trouble la vie, etc.

Cent mots au moins appartiennent à la langue de Panurge, qui, dans l'œuvre rabelaisienne, symbolise le peuple, car ce nom est composé de deux mots grecs qui veulent dire : Celui qui fait tout. La science change la face de la civilisation par le chemin de fer, l'argot l'a déjà nommé le routeur vif'^.

Le nom de la tête, quand elle est encore sur les épaules, la sorboime *, indique la source antique de cette langue dont il est question dans les romanciers les plus anciens, comme Cervantes, comme les nouvel- //6'/\^ italiens et l'Arétin^. De tout temps, en effet, la fille, héroïne de tant de vieux romans, fut la protectrice, la compagne, la consolation du grec, du voleur, du tire-laine, du filou, de l'escroc.

I. Dans cette liste, aubert et fouillousc remontent seuls au XV' siècle ; cambriole est cité en 1790 et gironde se trouve d'abord chez Vidocq ; effondrer est purement fran(,-ais, tandis que otolondrer ne se trouve mentionné nulle i^art (Rigaud, qui donne seul ce terme, l'a pris à Balzac).

■2. Le mot a//i' n'est jias antérieur au xvin" siècle : il figure d'abord dans le poème de Granval (1735).

3. Les dictionnaires d'argot donnent roulant vif, dans ce sens.

V Voir sur ce terme tout moderne, les pages 117 et 118 de notre travail.

5. Pour Cervantes, voir ci-dessus, p. i3. Les novellieri ignorent le fourbesque, et quant à l'Arétin, il évite exiiressément dans ses liagionanienti, le gienjo furfante, « de peur de comj)romettre sa réputation. » Voir l'étude déjà citée de 1\. Renier.

Victor Hugo, Les Misérahles, Paris, 18G3. Livre septième : l'Argot.

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