INTRODUCTION
d'imagerie langage. Avec l'algèbre, on ne fera jamais que des calculs; avec l'argot, tout ignoble qu'il soit dans sa source, on referait un peuple et une société. »
L'antiquité n'a pas créé d'argot; la langue grecque et la langue latine, si riches en métaphores brillantes et en images pittoresques, semblent incorruptibles comme le Paros et le Carrare des statues, qui ne souffrent pas la caricature : le marbre ne rit pas. Leurs filles, l'italienne, l'espagnole et la française, ont un vocabulaire assez étendu, moins complet cependant que celui de l'Angleterre, dont Forgues parle ainsi dans son étude sur le Cant et le Slang, bien que Shakespeare, le Cygne de l'A von, y ait trempé ses ailes blanches:
« La foule ne lit guère et choisit encore moins le peu qu'elle lit. Elle écoute, curieuse et béante, elle répète, sans trop de discernement, ce qui fait le plus de bruit à ses oreilles. On parle à ses yeux par l'enluminure violente, et non par les nuances délicates, à sa mémoire par la bizarrerie outrée bien mieux que par la grâce élégante. Une trivialité grotesque la saisit, « l'empoigne », vous dira-t-elle, tout autrement que le plus ingénieux sous-entendu. Elle comprend, elle apprécie, elle goûte d'autant mieux le jargon qu'elle en tient fabrique, et qu'en lui parlant ce langage à part, en lui rendant ce qu'on tient d'elle, on flatte son amour-propre en même temps qu'on se place au niveau de son intelligence. »