‹ L'argot musical: curiosités anecdotiques et philologiquesChapitre 22 sur 30 · IS · texte numérisé non relu

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Ce canon est composé pour 96 voix à 24 chœurs !... Chérubini exerçait sa patience à deviner ces rébus.

Pendant longtemps, les dernières productions de Beethoven ont été jugées indéchiffrables.

Un musicien de Técole des incohérents présentait un jour une de ses élucubrations à G. Kastner pour en connaître son avis.

— «Votre musique, répondit celui-ci, est aussi difficile à déchiffrer qu'à défricher,^

Un jour Rossirii déchiffrait une partition d'un compositeur allemand. Un ami s'approche et remarque que le maestro tenait la partition à l'envers.

— «Mais, que faites- vous ? Vous lisez à rebours ?js> Et Rossini, avec un zézayement malin, répondit :

— «J'ai essayé de l'autre côté, ça n'allait pas.>^

(Voir Déchiffrer^ lire à livre ouvert.)

2o6 l'argot musical

Ingrat (Instrument.) — Se dit d'un instrument qui ne sait pas reconnaître la peine qu'on se donne pour l'apprendre. (Argot des bourgeois).

«Je connais un violon de l'opéra qui aune grande reconnaissance pour le mont-de-piété; c'est un fameux démenti au proverbe qui dit que le violon est un instrument ingrat, y>

(Gommerson. Rêverie d'un étameur.)

Injouable. — - L'idéal du virtuose compositeur.

A. Blondeau raconte que Pierre Locatelli avait dans sa jeunesse une aversion insurmontable pour le violon et que, dans un accès de colère, causé par la persévérance de son père à lui faire travailler cet instrument malgré lui, il se coupa les chairs entre le quatrième et le cinquième doigt de la main gauche, avec un canif, espérant que cette blessure le délivrerait pour toujours du violon qui lui était odieux. On lui laissa effectivement le temps de se guérir de sa blessure et on ne lui parla plus de cet instrument; mais, plus tard, le goût lui vint de travailler le violon et il s'y mit avec passion. La blessure qu'il s'était faite, loin de l'estropier, comme on aurait pu le craindre, lui avait procuré, à l'avantage de cette main, un écartement extraordinaire. Il composa entre autres des Caprices pour le violon, dont l'exécution est une espèce de problème qui ne peut s'expliquer que par la disposition accidentelle

de sa main qui lui permettait de faire ce qu'aucun autre ne pouvait ou ne pourrait tenter.

(Histoire de la musique.)

Voici un échantillon d'un de ses Caprices énigmatiques, intitulé «le Labyrinthe.»

àà.Àààà.Àààiàà

-etc.

Jambon; Jambonneau. — Violon. (.Argot d'orchestre.)

La couleur et la forme de ces deux objets ont quelque analogie. A ceux qui, trouvant ce rapprochement bizarre, s'indigneraient de voir la charcuterie envahir le domaine de l'art nous rappellerons qu'au XVII» siècle, la contre-basse du hautbois était appelée cervelas et qu'au moyen âge, on se servait d'un^ violon à trois cordes , la gigue (de B^ë^t jambe, cuisse), ainsi nommé à cause de sa ressemblance avec un gtgot. En allemand, le violon se nomme ^^/^^.

2o8 l'argot musical

Les Espagnols ne disent-ils pas gratter le jambon (rascar el jamon), pour jouer de la guitare?

Jeton (Chanter ou jouer faux comme un), — '

Les jetons représentent, au jeu, des valeurs de convention. De plus, la plupart de ces jetons sont fabriqués, dît-on, avec les vieilles touches des pianos mis au rebut, instruments accordés par tempérament, c'est-à-dire possédant une justesse approximative qui justifie pleinement la métaphore.

Jeunes (Les). — Compositeurs de musique que Témotion de voir enfin reçu un de leurs opéras, rend subitement sourds et chauves. (Argot des directeurs des théâtres lyriques.)

Un prix de Rome (Retour d'Italie).

Composerai-je Cet opéra ?.. Si j'avais su. . .

. . . poserai-je Longtemps avant d'être reçu?

.... oserai-je Faire valoir ce que je vaux?

serai-je

Couvert de chut ou de bravos?

ai-je

Le toupet qu'il faut pour... ma foi!

je

Leur dis Flûte I et me tiens coi.

Paris- Orchestre. E. Gouget.

— Persévérons, nous percerons, disait un vieux compositeur à Tun de ses confrères. Rameau était presque sexagénaire quand il cueillit ses premiers lauriers.

, — Hélas ! fît l'ami découragé, il est aujourd'hui aussi difficile de percer à l'Opéra que l'isthme de Panama.

Jouailler. -^ Jouer négligemment ou médiocrement d'un instrument. (Argot musical.)

Jouer. — La musique instrumentale, étant considérée comme un art d'agrément, du moins par ceux qui la pratiquent, ceux-ci trouvèrent tout simple d'exprimer cette distraction par le verbe jouer.

Pourtant on disait autrefois sonner d'un instrument, lui faire produire des sons.

Peut-être jouer ne s'appliqua-t-il, dans le principe, qu'aux seuls instruments à vent qui se sonnaient en gonflant la Joue, ou dont le pavillon menaçant avait l'air de tenir l'auditoire en joue.

(Voir En mouiller, en patiner , en pincer.]

Jouer en si. — Pendant les entr'actes, ou même pendant la représentation d'un opéra, les musiciens ont l'habitude de se livrer à une série de jeux de mots tintamarresques.

— « Quelles sont les notes de la musique le plus en désaccord? demande un violon.

2IO l'argot musical

— Si et ré, répond une contre-basse, car il y a toujours Put entre elles. »

— « Quel est le comble de Tart du copiste? fait à son tour le timbalier.

— C'est, riposte une clarinette, copier de la musique sur une portée de chats. »

Débiter ces calembredaines c'estyoï^r^w 5/ (scie).

Jouer le second violon. — Remplir un rôle subalterne. (Argot anglais.)

Kaléidoscope. — Musique faite pour l'œil plutôt que pour l'oreille. (Argot des musicistes.)

Le Kaléidoscope (du grec Kalos, beau; eidos, forme ; skopeô, voir) est un instrument d'optique composé d'un tube où sont disposés des miroirs. plans destinés à réfléchir de petits objets de toutes les couleurs placés au fond du tube.

Dans la musique kaléidoscopique des compositeurs sans idées, chez lesquels l'inspiration est remplacée par la réflexion, les notes de la gamme semblent réfléchies comme par des miroirs dans toutes les tonalités et, au moyen des artifices du contrepoint, le dessin harmonique de la partition

affecte mille formes bizarres qui intéressent Tœil de l'amateur.

«Ceux qui entassent des notes sans plan, sans ordre, imitent les peintures chinoises dont le beau coloris frappe seulement les yeux, mais où Ton chercha en vain la régularité du dessin. »

{La musique; Yriarte, ^779')

Kaléidoscope s'applique également aux opéras dont la musique est entourée d'un luxe exagéré de mise en scène.

Voici une des mille épigrammes que fît éclore l'apparition du chef-d'œuvre d'Halévy :

* — Non, non, je ne veux plus attendre,

A rOpéra j'irai ce soir ; On y joûra la Juive^ et je voudrais l'entendre. — L'entendre? dites-vous.. Moi,j'y vais pour la voir. »

(Le Pianiste, 1834.)

On a comparé la harpe éolienne à un Kaléidoscope, à cause des combinaisons aussi variées qu'imprévues que le courant d'air tire de ses sons harmoniques.

Kyrielle. — Longue suite, ribambelle. (Argot des bourgeois.)

Allusion à l'interminable chapelet d'ora pro nobis dont se compose le chant des litanies, comment çant par les deux mots grecs consacrés: Kyrie eleison. Seigneur, ayez pitié de nous.

La (Donner le). — Au propre, c'est mettre les instruments de musique au diapason. Au figuré, c'est donner le ton en matière de modes et d'usages mondains. (Argot.)

Le diapason musical est d'acier, celui du monde est rond et juste comme de l'or. On pourrait lui donner le nom de chrysophone. C'est à ce diapason universel que s'accordent toutes les prétentions. Le chrysophone fait baisser tous les scrupules et hausser les plus basses convoitises.

La (Prendre le). — Se mettre au ton de quelqu'un, le copier dans ses manières et jusque dans ses défauts. (Argot mondain.)

Allusion au la que les musiciens prennent sur la fourchette harmonique, afin d'accorder leurs instruments.

(Voir Diapason^ Fourchetle.)

Lanlaire (Envoyer faire). — Envoyer promener. (Argot populaire.)

Littéralement faire lanlaire signifie chanter un refrain insignifiant.

l'argot musical 2x3

On le mit dans un collège Pour apprendre le. latin; n jouait, le sacrilège !

H fumait, le libertin I

Lanlaire, lanla.

Et quand le maître sévère Le condamnait au pain sec, Sa nourriture ordinaire.

Il lui répondait en grec :

Va te faire

Lanlaire !

G. Nadaud. Chansons populaires.

Larynx (Jouer du). — « Un opéra, dit Berlioz, n'est souvent. qu'un prétexte pour faire briller des chanteurs venant sur la scène jouer du larynx comme, dans un concert, les virtuoses y viennent jouer de la clarinette ou du hautbois. »

{A travers chants.)

Litanies (Chanter des). — Kyrielle de plaintes ou d'injures. (Argot des bourgeois.)

Allusion à la ribambelle de saints qui défilent à la queue leu leu dans le chant monotone des litanies. (Encore un mot tiré du grec, litaneia, prière, supplication.) {VoW Kyrielle, Ritournelle.)

Lit-notes (Tête .de). — Jeu de mots que les envieux appliquent quelquefois aux jeunes lauréats du Conservatoire de musique.

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