Livre ouvert (Lire à). — Lire à première vue. (Argot musical
Pour lire à Jivre fermé, il faudrait nécessairement être doué de la seconde vue.
«Il ne faut jamais, dit Krisostauphe Clédeçol, refuser de déchiffrer devant ceux qui n'entendent rien à la musique: on joue ce qu'on sait par cœur et Ton passe pour habile homme. On peut faire placer adroitement de la musique étudiée à l'avance dans un paquet qui vous sera présenté pour déchiffrer.» (Dictionnaire burlesque.)
(Voir Déchiffrer.)
L'Op. — Abréviation usitée chez les gavroches pour désigner l'Opéra.
Pourquoi ne fait-on pas une pension aux vieux musiciens, comme aux artistes de l'Op,, afin de ne pas les laisser mourir à VHop?,
Loups. — Nom donné, autrefois, aux intervalles altérés par tempérament et qui font ressembler le clavier à une mâchoire d'où les dissonances sortent en hurlant.
Lullistes. — Nom des fanatiques de la musique de Lulli dans la guerre qui se fît autour des partisans de Rameau.
Voici un échantillon des aménités que les Lullistes prodiguaient au maestro français.
l'argot musical 2i5
Distillateurs d'accords baroques Dont tant d'idiots sont férus, Chez les Thraces et les Iroques Portez vos opéras bourrus.
Malgré votre art hétérogène, LuUi, de la lyrique scène, Est toujours Tunique soutien.
Fuyez, laissez-lui son partage, Et n'écorchez pas davantage Les oreilles des gens de bien.
J. B. Rousseau.
(Voir Ramistes.)
Ltirelure (A). — Au hasard, à Tétourdie. (Argot populaire.)
Lure-lure, mot servant de refrain à beaucoup de vieilles chansons, est une onomatopée du son de la lourCy nom patois de la cornemuse *.
Faire une chose à lure-lure, c'est ne pas y donner plus d'importance qu'à un air de musette, c'est la faire machinalement comme le cornemuseux prend son instrument pour jouer la première bourrée qui lui vient à l'esprit.
Lriiron. — Boute-en-train , ami de la bonne chère et des joyeux refrains et pratiquant la maxime: «Quand la cornemuse (loure) est pleine, on en chante que mieux.»
1 Pour nos musiciens modernes, ïourer c'est accentuer la première note de chaque temps de certains airs rustiques, à la façon des cornemuseurs.
2i6 l'argot musical
Dans Targot des voleurs, luron signifie Thostie consacrée. Fr. Michel dérive cet argotisme de le rond, qui a la même forme que le profil de la hure.
Luthier. — Fabricant d'instruments à archet, violons, altos, basses, contrebasses, guitares, mandolines, en un mot, de toutes sortes d'instruments à cordes, hormis des luths. (Argot industriel).
Cet argotisme peut aller de compagnie avec perruquier: barbier, et arquebusier: fabricant de fusils.
Choron avait proposé de remplacer luthier par violinier. Mais l'usaaage!...
Si jamais le bon sens parvient à chasser le luthier du vocabulaire musical, ce ne sera pas sans lutte.
Lyre, luth, théorbe, etc. — Instruments de parade employés dans le jargon des poètes.
O muse ! je t'invoque. Emmielle-moy le bec Et bande de tes mains les nerfs de mon rebec.
M. Régnier. Le souper ridicule.
J'ai chanté sur la cornemuse Maint dizain, voire maint onzain ; Mais jamais l'effort de ma muse Ne m'a pu produire un douzain ^
Saint-Amand.
* Douzain, pièce de monnaie.
«Le poète chantait, quand la lyre fidèle S'échappa tout-à-coup de sa débile main ;
Sa lampe mourut et, comme elle,
Il s'éteignit le lendemain. »>
MiLLEVOYE. Le poète mourant,
«Au moment du travail, chaque nerf, chaque fibre Tressaille comme un luth que l'on vient d'accorder.»
A. DE Musset.
(cNe rougis pas, ô mon génie !
Quand ta corde n'aura qu'un son, Harpe fidèle, chante encore Le Dieu que ma jeunesse adore.
Car c'est un hymne que son nom.»
A. DE Lamartine. Harmonies,
ft L'homme est petit, ingrat et vain.
Dans les champs tout vibre et soupire.
La nature est la grande lyre, Le poète est V archet divin. »