XX PRELUDE
Les argotismes, comme les mélodies populaires, en roulant de bouche en bouche, se dépouillent peu à peu de leur gangue grossière et acquièrent quelquefois le poli et l'éclat du diamant Nos plus grands écrivains et nos plus illustres compositeurs n'ont point dédaigné d'enchâsser ces joyaux dans leurs œuvres dont ils rehaussent V éclat et dont ils popularisent le succès. l
Il est à remarquer qu'en matière d'invention néologique, le peuple se montre plus patriote que les savants. Dans son argot, il fait rarement appel à l'étranger. Ce n'est pas le peuple qui a inondé la France de cette armée d'héllénismes et d'anglicismes dont l'invasion lente et continue menace de dénationaliser notre langue.
On trouve encore dans la bouche de nos paysans
1 Un savant qui a profondément étudié les écoles de musique du moyen âge, Bottée de Toulmon, dit qiûà côté de la musique compliquée des musiciens proprement dits, il existait encore une autre musique, asse% méprisée, du reste. « Celle-là, dit-îl y é était celle du peuple, et malheureusement pour les prétentions de nos ancêtres connaisseurs , il faut le dire, c était la vraie; c'est elle qui a produit Vart moderne. »
Un autre savant musicographe , M. Danjou, ajoute que «non seulement la musique populaire n'avait pas voulu subir le joug de la science, mais pendant que cette dernière s'efforçait de créer une nouvelle tonalité, ou plutôt de retrouver les genres enharmoniques et chromatiques des anciens, les compositeurs populaires devançaient toutes les réformes et réalisaient par indépendance ou par instinct, ce que les efforts des savants n'avaient pu produire»