L. Jullien. Chansons
Tambour (Roulement de). — Aboiement.
(Argot des voleurs.)
C'est le garde à vos ! et l'appel aux armes des propriétaires.
Tambourin des crapauds (Le). — Le tonnerre. (Argot de Marseille.)
(Voir Tambour des escargots.)
Tambour ni trompette (Sans). — Sans cérémonie, sans accompagnement. (Argot populaire.)
Au jour de jugement dernier, Quand finira le monde entier,
Effroyable tempête!
Tous les morts se réveilleront Et de la tombe sortiront
Au son puissant,
Retentissant De la grande trompette.
Mais au bruit d'un fracas pareil Si tel doit être le réveil
De Thumaine planète, Du moins le jour où je mourrai, En attendant je m'en irai
Tranquillement,
Tout simplement, Sans tambour ni trompette.
A. Vacher. Chansons.
Edouard Ourliac, consulté par un de ses amis sur le titre qu'il convenait de donner à un roman que celui-ci voulait publier, eût avec lui ce dialogue.
— « Est-ce que dans ton histoire il y a du tambour.
— Non. — Et de la trompette? — Pas davan-
tage.
— C'est parfait. Alors appelle-la : « Sans tambour ni trompette. »
(L. Loire. Anecdotes de la vie littéraire.)
Tambourineux. — Joueur de tambour. (Argot des paysans.)
Tam-tam. — Vacarme; dispute. (Argot populaire.)
Allusion au bruit étourdissant produit par le gong chinois.
Tap ou tapin. — Pilori. (Argot des voleurs.) Allusion au poteau cylindrique auquel étaient
enchaînées les mains du condamné, ce qui lui
donnait l'air de battre du tambour.
Faire le tap, c'était être exposé au pilori.
(Voir Psaltérion.)
Tape-à-mort. Tapin. — Tambour. (Argot populaire.)
Notre tapin est une sorte d'anagramme du tympan, nom du tambour au moyen âge. Le peuple aime ces piquants rapprochements de mots. C'est
l'argot musical 35g
peut-être ce qui nous a valu le traditionnel lapin battant du tambour.
Il faut les chanter Ces tambours simplement sublimes,
Ces petits tapins Qu'on a surnommés des lapins ;
Sans même lutter, Ils vont au feu, tombent victimes,
Et sans le savoir, Sont les vrais héros du devoir.
Ch. Vincent. Chansons.
Tapoteur de piano. — Pianiste.
Quand il est au clavier, on croirait voir Vulcain Maîtrisant sur l'enclume et le fer et l'airain; A frapper tant qu'il peut, il met toute sa gloire, Et l'on dirait qu'il forge et l'ébène et l'ivoire.
A. Michel. Uart musical.
Il faudrait, dit A. Karr, trouver quelque part une île pour y transporter tous les pianistes et ceux qui veulent le devenir. Tant qu'un pianiste ne serait pas immense, on ne lui permettrait, sous aucun prétexte, de sortir de l'île. Quand il serait immense et qu'il voudrait donner un concert, on le transporterait à Paris dans une voiture dite panier à salade. Le concert fini, on le serrerait immédiatement dans le même véhicule qui le reporterait dans l'île des pianos à grande vitesse.
36o l'argot musical
Tapotoir. — Piano.
De ses accords il nous inonde:
Si je vais dîner dans le monde, Le monstre m'attend au dessert; Sous un prétexte de concert, Au salon, qu'est-ce qu'on nous sert?
Une fillette à mine ingrate Qui nous écorche une sonate; Pour le papa, pour la maman, C'est peut-être plein d'agrément Mais pour d'autres c'est assommant.
E. Grange Chansons.
(Voir Chaudron. Pianotage.)
Taquiner les dents d'éléphant. — Jouer du piano. Argotisme un peu cherché, applicable seulement au pianoteur qui ne joue qu'en ut, persuadé qu'une touche blanche en vaut deux noires.
Un cornac arrive avec son éléphant dans une ville de l'Union. Il fait afficher sur les murs :
Grand concert de musique de chambre.
«Un éléphant jouera sur le piano un concerto de Chopin, 'comme un premier prix du conservatoire.»
Le bureau de location est pris d'assaut. On s'entasse dans la salle. Enfin l'éléphant fait son entrée!... Mais à peine a-t-il touché le clavier du bout de sa trompe, qu'il pousse un hurlement et s'en va.
l'argot musical 36i
Réclamations du public. Le cornac intervient.
«Messieurs et Mesdames, dit-il, vous voudrez bien nous excuser. L'éléphant était dans les meilleures dispositions; mais un événement fâcheux le prive de tous ses moyens. En s'approchant des touches du piano, il a reconnu les dents de sa
mère ! ... »
(Voir Jouer au dominos, tapoteur.)
Tarabuster. — Bousculer, frapper, faire tourner... en bourrique.
Argotisme tirant son origine d'un claquoir nommé tarabat, planchette de bois sec dont les deux faces sont munies d'une pièce de fer mobile contre lesquelles elles choquent rapidement quand on imprime à cette planchette un mouvement de va-et-vient.
En vieux français, tarabat se disait pour bruit, tapage, et tarabuster était employé, au figuré dans un sens libre.
L'individu que l'on tarabuste joue donc l'office de la pièce de fer du tarabat.
Les juifs emploient encore cet instrument dans
leurs synagogues.
(Voir Dit-tout.)
Tarare. — Traduction polie de « Allez vous faire lanlaire.»
Tarare est une onomatopée du son de la trompette.
3Ô2 l'argot musical
Tarare est le titre d'un opéra de Beaumarchais, musique de Salieri, joué en 1787, ouvrage que Ton parodia sous le titre de Lanlaire.
— Que dites-vous du nouvel opéra?
— Et de sa parodie! — Un bon mot sur cela!
— Un bon mot! Soit. Mais quoi, la chose est claire: De l'un je dis Tarare et de l'autre Lanlaire.
A. Honoré.
Tarare-ponpon! — On emploie ces deux onomatopées du son de la trompette et du tambour pour se moquer d'un vantard.
Te Deum raboteux (Chanter un). — Battre quelqu'un. — (Argot populaire.)
«Sa femme l'a bousculé, ils se sont cognés, il lui a fait chanter un Te Deum raboteux, que c'était ça.»
{Le Sublime. D. Poulot.)
Tenir le piano. — C'est, dans notre jargon moderne, accompagner sur cet instrument pendant la durée d'une séance musicale.
Presque toutes nos affiches de concert se terminent par cette phrase burlesque :
Le piano sera tenu par M. ***
La séance commence; M. *** entre, salue, ôte ses gants, s'assied devant le piano que, loin de
ljargot musical 363
tenir à tenir, il ne daigne toucher que du bout des doigts. Le morceau terminé, M. *** se lève, remet ses gants, resalue et, pendant que la salle croule sous les bravos, deux hommes de peine empoignent le piano qu'ils roulent dans un coin. De sorte que, pendant toute la séance, le malheureux instrument, en dépit des promesses de l'affiche, n'a été réellement tenu que par des mains calleuses.
Ténor. — Les journalistes ont emprunté ce vocable aux musiciens pour désigner l'écrivain qui tient la corde dans le journal en y rédigeant les articles à sensation, et dont les notes de copie sont les plus élevées.
Tierce mineure. — Argotisme désignant la situation d'un mari... battu et content.
Le coucou, dit le rabelaisien auteur du Dictionnaire burlesque, chante avec une parfaite justesse la tierce mineure ut-la, ut-la, ut-la; coucou! coucou! coucou ! avec de petits repos entre chaque cri, pour donner à ceux qui l'écoutent le temps de réfléchir sur le sens profond de ces deux syllabes : coucou ! D'après nos conseils, lorsque dans le grand monde on veut désigner une personne mâle ou femelle entortillée à tout jamais dans les bois indestructibles du cornuage, on ajoute au nom de cette personne l'épithète de tierce mineure au lieu de dire populairement coucou.
Ajoutons que le coucou a la réputation de s'emparer du nid des autres oiseaux et d'y pondre ses œufs. On voit que la dénomination fréquemment employée par nos pères, s'applique, par antiphrase, à la victime.
Timbale. — Gobelet en métal.
(Voir Chaudron.)
Timbale. — En argot de cuisine, mets préparés dans une petite marmite ou dans une croûte de pâté dont la forme rappelle le chaudron de la timbale d'orchestre.
On dit une timbale de macaroni, des ris de veau en timbale f etc.. l
Timbale (Faire bouillir la). — Faire bouillir la marmite. (Argot militaire.)
Au XVIIIe siècle, les régiments de cavalerie furent dotés d'un timbalier portant, attachées à la selle de son cheval, une paire de timbales garnies d'une riche tapisserie.
Les soldats, ayant remarqué l'analogie qui existait entre les chaudrons de leur timbalier et les marmites de leur cuisinier, et peut-être aussi, pour narguer malicieusement leur contenu qui n'était
1 Les chanteurs de l'Opéra-Comique ont donné à leur réunion gastronomique mensuelle le nom de la Timbale.
souvent que du vent, ne manquèrent pas de donner un synonyme à leur maigre popotte en créant l'expression : faire bouillir la timbale.
Timbalier du roi de Maroc. — Cuisinier. (Argot populaire.)
Certains régiments prenaient pour timbalier un nègre qu'on revêtait d'un costume turc ou marocain, ce qui explique le sobriquet de timbalier du roi de Maroc, donné au coq fricotant, la figure enfumée, autour de ses chaudrons.
Timbré. — Un peu fou, toqué. (Argot populaire.) Cornud. — Timbre, en terme d'armoirie, signifie
le casque; par extension et familièrement la tête.
De là, timbre fêlé, pour indiquer un homme fou, un
cerveau à bourrelet, un individu qu'il est difficile de
concilier avec lui-même.
Carpalim. — Alors ceci s'applique spécialement
aux musiciens.
(Clédeçol. Dictionnaire burlesque.)
Ajoutons que le blason donna ce sobriquet au casque à cause de son analogie avec le timbre, sorte de cloche hémisphérique employée autrefois dans les horloges pour sonner les heures et encore usitée de nos jours dans la sonnerie des pendules.
Delvau prétend qu'à l'origine, un homme timbré signifiait, au contraire, un sage homme ayant bonne tête.
L'acteur Gavaudan, pour mieux étudier le principal rôle dans le Déliref opéra de Berton, s'enferma dans une maison de fous ; quand il joua la pièce, l'illusion fut telle qu'une partie du public crut qu'il avait perdu la raison.
Si Ton en croit H. Berthoud, dans ses études sur Bicêtre, le père de Gavaudan, après avoir été fou à lier, aurait été guéri au moyen d'une sérénade par un cor de l'opéra, devenu fou lui-même quel-^ que temps après la cure merveilleuse qu'il avait accomplie. (Voir Musée des familles, i835.)
Tintamarre. — Bruit désordonné.
D'après Estienne Pasquier, ce mot dérive de tinter et de marre, sorte de houe employée par les vignerons du Berry.
Le vieux commentateur raconte, dans ses Recherches sur la France, que ces vignerons, éparpillés dans la campagne, loin du clocher de leur village, se donnaient le soir, de proche en proche, le signal de la cessation des travaux, en poussant des clameurs et en faisant tinter leur marre, « tellement qu'en toute la contrée s'entendait une grand< huée et clameur, par laquelle chacun estait finalement adverty qu'il fallait faire retraite en sa maison. »
L'esprit gaulois a popularisé ce mot en le prenant pour titre d'un spirituel journal parisien. Depuis Commerson jusqu'à Bienvenu, les rédacteurs de cette feuille amusante font joyeusement tinter leur marre y et, comme leurs devanciers du Berry, ils provoquent dans tous les coins de la France un tintamarre de rires et de bravos.
(Voir Charivari.)
Tintouin. — Contrariété, préoccupation pénible. (Argot populaire.)
Ce mot vient de tinter ; c'est-à-dire sonner lentement et faiblement, de façon que le battant ne touche qu'un des bords de la cloche.
Tintouin est une extension donnée au sentiment de tristesse et d'inquiétude que l'on éprouve en entendant tinter un glas.
Les cloches comme l'a dit Boileau,
« Pour honorer les morts font mourir les vivants, »
car leur tintement a l'air de rappeler à chacun, riche ou pauvre, la fameuse devise des Chartreux : «Frère, il faut mourir!»
ce Depuis quatre ans que dure la Révolution, raconte Grétry dans ses Mémoires, j'ai la nuit, lorsque mes nerfs sont en mouvement, un son de cloche, un son de tocsin dans la tête, et ce son est toujours le même. Pour m'assurer si ce n'est
pas le tocsin véritable, je bouche mes oreilles; si alors je l'entends encore et même plus fort, je conclus qu'il n'est que dans ma tête.»
Selon un préjugé populaire, quand l'oreille gauche vous corne, c'est un ennemi qui parle mal de vous; quand c'est la droite, c'est un ami qui fait
votre éloge.
(Voir Donner, Corner aux oreilles,)
Tire-flûte (Boire à). — Boire à tire-larigot. (Vieil argot.)
Remarquons que tous les argotismes bachiques : chalumer, siffler, flûter, boire à tire-flûte ou à tirelarigot, ; sont tirés de la famille des instruments à vent et en bois. Si les cuivres ont été soigneusement bannis du glossaire des buveurs, c'est que leur usage en matière de beuverie, eût été aussi incommode que dangereux, à cause de l'évasement de leur pavillon et de l'oxyde contenu dans leur tube.
Il était, au contraire, agréable et facile aux ménestriers d'introduire leur flûte ou leur larigot dans la bonde de quelque vieille futaille et d'en tirer une bonne gorgée de vin, en soufflant à rebours. Selon nous, boire à tire-flûte et à tire-larigot ne doit pas avoir d'autre origine.
Tire-larigot (Boire à). — Boire avec excès. (Argot populaire.)
l' ARGOT MUSICAL 36g
Le larigot ou Varigot était un flageolet, à six trous et sans clef, en usage vers le XVe siècle. Ce nom ne sert plus qu'à désigner le jeu le plus aigu de Torgue.
Morellet prétend que larigot vient du grée laruguè, larynx; Kastner pense qu'il vient de laruggas, braillard.
•Les parémiographes ont expliqué chacun à sa façon, l'origine de la locution : boire à tire-larigot.
Fleury de Bellingen prétend que cette expression naquit parmi les soldats de Clovis, après la victoire qu'ils remportèrent à Vouillé, contre Alaric. Suivant ce commentateur fantaisiste, les Francs pour se réjouir de la mort du prince ennemi, buvaient en s'écriant : « Je be à ti, re Alaric Goth. » (Je bois à toi, roi Alaric Goth.)
D'après un autre étymologiste, Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, au XIIIe siècle, aurait doté son église d'une cloche, baptisée la Rigaude, si difficile à mettre en branle que les sonneurs en étaient assoiffés au point que l'archevêque dut mettre, chaque dimanche, une futaille à leur disposition. D'où le proverbe. «Boire à tire la Rigaude. »
G. Kastner raconte un commentaire qu'il doit à un brave paysan. Celui-ci, au souvenir encore tout récent d'un repas de noces, s'écriait : « J'ai bu, dame, à tire Varicot. » Le savant parémiographe l'ayant prié de lui expliquer ce qu'il entendait par
cette expression. « C n'est pas bien malin, reprit l'homme des champs; la légume farineuse dessèche le gosier, tout le monde sait ça. Quand, sauf vot' respect, j'ons mangé d'z'aricots, ça n'coule pas volontiers dans l'estomac. Yen a toujours queuques uns qui restent fichés dans la gorge, et pour les tirer de là, il faut boire un p'tit coup, deux p'tits coups, trois p'tits coups, sans compter les autres. C'est pourquoi qu'on dit boire à tire-l'aricot. »
Tirelire. — Onomatopée du chant de l'alouette.
Elle, guindée du Zéphire, Sublime en l'air et revire, Et y décligne un joli cri.
Qui rit, guérit et tire Vire Des esprits mieux que je n'écri.
Ronsard.
Cette locution tire-Vire (ire, chagrin) est passée dans quelques-uns de nos vieux refrains :
Les, canards l'ont bien passée Tire lire lire Fa liron fa.
On a baptisé de ce nom la cagnotte du pauvre, où les sous, entassés un à un, tirent Vire quand, un jour de gêne, on les en tire.
Tirelire avait une autre acception.
C'est Guimard qu'on vient d'élire Trésorière à l'Opéra:
On a raison, car elle a La plus grande tirelire.
(Mémoires de Bachaumont.)
Tirer la ficelle. — Chanter faux. (Manuel des
coulisses.)
(Voir Ficelles, Détonner.)
Ton. — «Le Protéedes monosyllabes. Jugez-en: Ton. — Intervalle de seconde majeure (un ton, un demi-ton.)
Ton. — Gamme (ton de ré, ton de fa.) Ton. — Mode (tons majeurs, tons mineurs.) Ton. — Le diapason (prendre le ton.) Ton. — Echelle du plain-chant (les tons authentiques, les tons plagaux.)
Ton. — Tube de rechange du cor et de la trompette.
Ton. — Air consacré de la vénerie (les tons de
chasse.)
Ton taine tonton. »
(Dr Aldo. Dictionnaire musico-humoristique.)
En présence de cette prodigieuse consommation de ton faite par les musiciens, la foule avide se rua
sur ce noble rejeton du grec tonos, issu lui-même du verbe teineiny tendre. Les peintres l'étalèrent avec amour sur leur palette, les estomacs délicats se l'administrèrent en guise de cordial, les marins le hissèrent au haut d'un mât, les gens du bel air en firent le la de leurs manières et les lexicographes inscrivirent gravement ce nouveau peloton de tons entre leur adjectif possessif et leur poisson-mouche.
Ton (Donner le). — Donner le la en matière d'art, de goût, de mode, d'excentricité, etc..
Un savant et un poète discutaient sur la prééminence à accorder à leur marotte.
— Monsieur, dit le savant, c'est la science qui donne le ton du progrès. Le mot est de Newton.
— Hé ! riposte le poète, si vous avez Newton,
n'avons-nous pas Milton?
(Musicorama.)
Ton (Faire baisser le). — Rabattre le caquet. (Voir Hausser et baisser le diapason.)
Ton (Faire changer de). — Faire transposer moralement.
Elisabeth, reine d'Angleterre, assistant à l'office divin dans sa chapelle, pendant que Tye touchait de l'orgue, lui fit dire qu'il ne jouait pas dans le ton des chantres.
— « Dites à Sa Majesté qu'elle veuille bien amener ses oreilles au ton, elles n'y sont pas. » Telle fut la réponse de l'organiste.
(Castil-Blaze. L'Opéra italien.)
Ton (Faire chanter sur un autre). — Faire changer quelqu'un de gamme, le faire moduler moralement, avec ou sans accompagnement.
Ton (Le prendre sur un). — Se fâcher, prendre la mouche.
Ton (Se donner un). — Affecter une allure et des manières qui s'éloignent du diapason normal.
Toquade. — Manie.
La toquade est au coup de marteau ce que le tic-tac de la toquante est au bim-bom delà battante.
Chaque maestro a sa toquade caractéristique. Carpani raconte que Gluck, pour échauffer son imagination et se transporter en Aulide ou à Sparte, avait besoin de se trouver au milieu d'une belle prairie : là, son piano devant lui, et deux bouteilles de Champagne à ses côtés, il écrivait en plein air ses deux Iphigénies et son Orphée.
Sarti, au contraire, ne pouvait composer que pendant la nuit, enfermé dans une chambre vaste, obscure, éclairée à peine par la lueur d'une lampe funèbre suspendue au plafond.
Sacchini ne pouvait trouver la moindre mélodie s'il n'avait auprès de lui ses jeunes chats et sa dame de cœur.
Paisiello composait dans son lit. Cest entre deux draps qu'il trouva son Barbier de Séville.
Haydn ne se mettait jamais au piano pour improviser sans avoir au doigt la bague que le grand Frédéric lui avait envoyée.
Beethoven avait la toquade des déménagements et Berlioz celle des orchestres monstres. Auber était atteint d'équitatiomanie, Rossini de gastromanie et Meyerbeer de retouchomanie.
Toquante. — Montre. (Argot populaire).
A cause du tic-tac qu'elle chante.
(Voir Pendule à plumes.)
Toqué. — Atteint d'une toquade.
Un jour que Vivaldi disait la messe, il lui vint en tête un thème de fugue. Il quitta, sur le champ, l'autel où il officiait, et se rendit dans la sacristie pour écrire son thème; puis il revint finir sa messe. On le déféra à l'inquisition qui heureusement le regarda comme un musicien, c'est-à-dire comme un fou, et se borna à lui défendre de dire la messe dorénavant.
(Choron et Fayolle. Dictionnaire des musiciens,)
(Voir Coup de marteau.)
Tord-boyaux. — Fabricant de cordes à violon, etc. (Argot des boyaudiers.)
«Les instruments animaux, dit A. de Lasalle, étant faits de substances organiques, sortent de leur assoupissement sous l'impulsion du virtuose et, pour ainsi dire, donnent signe de vie en vertu d'un galvanisme particulier. D'ailleurs qui pourrait affirmer que ce boyau de chat transformé en chanterelle est absolument mort? II est vrai qu'il a été arraché à son centre d'action naturelle ; nous accorderons encore qu'une partie de ses propriétés a dû périr à la suite d'un déplacement si brusque. Cependant la décomposition, qui est le signe le plus probant de la mort, ne l'a pas atteint. »
{Dictionnaire de la musique appliquée à l'amour.)
La seconde acception de l'argotisme tord-boyaux, eau-de-vie, semble venir à l'appui de ce spirituel paradoxe.
Tortue-luth. - Nom donné à une tortue de la Méditerranée dont la carapace aurait, suppose-t-on, servi de caisse sonore à la lyre mythique inventée par le Mercure des Grecs. Les Latins avaient une lyre qui portait le nom de ce chélonien, la testudo. L'origine de cette fable se retrouve chez les Indous dont l'instrument national, la vina, portait autrefois le nom de catch'hapi ou tortue.
(Voir Jones. On the music mod. of the Hind.)
Torture (Instruments de). — Nom donné aux appareils de gymnastique destinés à assouplir les doigts des jeunes instrumentistes afin de faciliter leur jeu sur les cordes ou sur le clavier. (Argot musical.)
Les tortionnaires du moyen âge mettaient leurs patients au psaltérion, les étendaient sur le chevalet, leur faisaient faire le tap ou leur écrasaient les doigts dans leur terrible/^ de flûtes.
Aujourd'hui, les plus farouches tourmenteurs de la main appartiennent à la phalange des pianistes dont les victimes sont condamnées à subir le supplice du dactylion ou du chirogymnaste.
Voulez-vous acquérir de la dextérité
Et faire des progrès avec rapidité?
Il faut que vos deux mains, à force de science,
Nivellent leur pouvoir et leur indépendance;
Que le chirogymnaste égalisant vos doigts,
Sur la touche en suspens leur donne un même poids.
(Uart musical. Michel.)
M. O.Comettant décrit en ces termes Y instrument de torture auquel Henri Herz fut condamné dans sa jeunesse.
« A onze heures, une domestique se présentait. Elle tenait dans ses mains un appareil singulier de l'invention du père de Henri Herz. Cet appareil se composait d'une poulie fixée au plafond, et sur laquelle roulait une longue corde dont l'extrémité
soutenait une planchette d'une longueur d'environ un demi-mètre. A chaque extrémité de la planchette étaient attachés deux bouts de ficelle retenant deux anneaux. Le petit prodige passait le médium et l'annulaire de ses mains dans ces anneaux, et la domestique mettait l'appareil en mouvement en faisant courir la corde sur la poulie. Par ce moyen les deux doigts les plus rétifs de la main se trouvaient soulevés, et il fallait, pour les ramener au niveau du clavier, un effort de l'enfant très propre, suivant M. Herz père, à favoriser l'indépendance du troisième et du quatrième doigts.
(Musique et musiciens,) (Voir Instrument de persécution.)
Touche. — Physionomie, allures. — Dans l'argot du peuple moins ambitieux que les psychologues qui ont inventé le clavier des passions humaines.
La touche est l'accessoire indispensable de Y orgue de la langue des voleurs.
En dépit du proverbe « l'air ne fait pas la chanson», les émules de Lavater prétendent juger des orgues humaines par la seule inspection de leur touche.
Pour juger d'un orgue, J. S. Bach en tirait tous
les jeux, désirant avant tout, disait-il, savoir si
l'instrument avait de bons poumons.
(Voir Orgue.)
Toucher du piano ou de l'orgue. — Jouer du piano ou de l'orgue.
Ces expressions sont presque aussi surannées que donner du cor et pincer de la harpe.
Les Allemands disent battre V orgue, battre le claviery parce qu'autrefois les touches étaient si dures qu'on ne pouvait les baisser qu'à coups de poings.
On peut classer les pianistes en deux catégories : celle qui touche l'âme de son public et celle qui ne touche que les touches du clavier.
Bien que Commerson ait défini le piano un billard sur lequel on ne manque pas de touche, il n'est pas rare d'y voir se produire cet accident.
Mlle Latifol Si b ! Vous faites un si naturel.
Octavie C'est mon doigt qui a glissé sur la touche noire.
Mrae Godet
J'ai toujours dit qu'on les faisait trop étroites, ces touches-là, le doigt ne peut pas tenir dessus. (H. Mon nier. Les Bourgeois de Paris.)
Touches de piano. — Dents. (Argot populaire.)
Expression qu'il serait risqué d'appliquer à une
jolie femme, bien qu'il soit de la dernière galanterie de faire l'éloge de ses dents d'ivoire. Les touches d'ébène gâtent la métaphore.
Faisons remarquer, par parenthèse, que la fameuse clef de Garengeot, surnommée baume d'acier par les dentistes, a le même aspect que la clef des accordeurs de piano.
L'une arrache les dents, l'autre les oreilles.
(Voir Jouer aux domino s, taquiner les dents d'éléphant.)
Tour du bas ton. — Gain secret et illicite.
Les faiseurs qui se livrent à ce genre d'industrie prennent généralement la précaution de s'entendre à voix basse et de faire leurs coups à la sourdine.
On dit également tour du bâton, argotisme que l'on croit une allusion au petit bâton des escamoteurs.
Peut-être le peuple, qui aime à jouer sur les mots, a-t-il trouvé plaisant de poser la proportion suivante :
Bas ton , , Pot de vin
égale
Ton haut Tonneau.
Tourlourou. — Fantassin. (Argot de régiment.) Turelure, toureloure est un mot imitatif se rapportant au son de la hure, nom patois de la cornemuse.
38o l'argot musical
Dans Pargot des voleurs, tourlourer, c'est tuer, éventrer, c'est-à-dire, crever la cornemuse.
Tours de force. — « On désigne ainsi quelques moyens d'exécution extraordinaires qui servent à pétrifier les auditeurs. Pour échantillons, nous citerons les horrifiques manœuvres de deux artistes célèbres: Konig, le guitariste et Fringuenel, le violoniste. Le premier exécutait un long point d'orgue par la seule impulsion des doigts de la main gauche, tandis que de la droite il fouillait à sa poche, en tirait sa tabatière et son mouchoir, prisait, se mouchait, puis enfin continuait son morceau à deux mains. A l'opéra, Fringuenel faisait mieux encore; dans un certain passage de son concerto en fa double quadruple bémol, il lançait son archet sur le lustre, et tandis qu'on allait le chercher, il exécutait de la main gauche un adagio deçiô mesures en faisant la basse avec ses deux genoux. » m
(Clédeçol. Dictionnaire burlesque.)
Plaisanterie à part, on a vu des pianistes jouer à la fois sur plusieurs pianos. Burney n'a-t-il pas raconté que le célèbre Bach affectionnait tant la pleine harmonie que, non content d'employer sur l'orgue la pédale, il portait un bâton à la bouche pour s'en servir sur les touches que ses mains ou ses pieds ne pouvaient atteindre.
Vivier, le Paganini du cor, exécutait sur son
l'argot musical 38 i
instrument des fanfares à plusieurs parties simultanées.
Le violon est l'instrument qui se prête aux tours de force les plus fantastiques.
Une des excentricités familières à Paganini consistait à prendre simultanément, sur les quatre cordes du violon, quatre do à l'octave Tun de l'autre. On a vu des violonistes jouer un solo sur la même corde sans y mettre les doigts et en tournant simplement la cheville. D'autres remplaçaient leur archet par une canne ou même la bougie de leur pupitre.
Le goût du public se prononçant en faveur de ces charentonnades instrumentales, on vit des clowns exécuter des duos de violon en faisant des exercices de trapèze, jouant la tête en bas, leur instrument posé entre les jambes, entrelaçant leurs archets de mille façons bizarres.
Enfin le dernier mot du tour de force a été dit par Unthan, le violoniste sans bras, qui exécutait une fantaisie d'Alard avec ses pieds.
Trac (Avoir le). — Avoir peur devant le public.
En public tu ne trembleras Ni devant les rois mêmement.
(Les commandements du violon. Woldemar.)
A Tune des soirées de Rossini, une dame invitée à chanter, faisait beaucoup de manières pour s'y
décider. Elle devait* chanter un air de la Sémiramide.
— Ah! cher maître, que j'ai peur! s'écria-t-elle.
— Et moi donc ! dit Rossini.
(Voir Battre la générale, Trémoloter.)
Tralala. — Air, chanson. (Argot populaire.)
— Quel malheur! mère Pochu. Notre locataire du quatre, vous savez la chanteuse, qui vient de mourir à c'matin, d'un concert à l'estomac...
— Elle embêtait assez toute la maison avec ses tralala.
— C'est égal, pauvre femme! Partir comme ça...
la veille des étrennes...
{Études de cloportes.)
Tralala. — Toilette de cérémonie. (Argot populaire.)
Se mettre sur son grand tralala, c'est revêtir son plus beau costume, comme le fait le chanteur avant d'entrer en scène pour faire ses tralala.
(Voir S'affistoler, Flafla.)
Traviata. — Fille perdue, dans l'argot des élégants qui n'osent pas dire cocotte.
(Delvau. Dictionnaire de la langue Verte.)
Cet argotisme est né du succès d'une œuvre de Verdi, la Traviata, jouée en i856 au Théâtre
Italien et donnée en 1864 au théâtre lyrique sous
le nouveau titre de Violetta.
Le sujet de cet opéra est tiré de la Dame aux
Camélias, d'Al. Dumas fils.
(Voir Dame du lac.)
Trembleuse. — Sonnette électrique. Le trémolo obligé des drames de chemin de fer.
(Voir Bran aillante.)
Trémoloter. — Au propre, faire un trémolo, c'est-à-dire répéter la même note en agitant rapidement l'archet sur la corde. Au figuré, trembler, avoir le trac en public. (Argot d'orchestre.)
Trio laid. — Équivoque de mauvais goût sur le triolet musical, servant à qualifier trois personnes dont la beauté n'a qu'un rapport vague avec celle des trois Grâces. (Argot populaire.)
Triton. — Non donné à certaines coquilles marines que l'on suppose avoir servi de trompette primitive et que les légendes mythiques donnent comme attribut au dieu Triton.
Les harmonistes ont donné le nom de triton à l'intervalle de quarte majeure, fa, si, comprenant trois tons.
Trois-pieds. — Triangle. (Argot populaire.) Allusion à la forme triangulaire du trépied nommé, dans l'argot de cuisine, trois-pieds.
Le triangle qui fait aujourd'hui partie de la batterie de nos musiques militaires, s'appelait, au moyen âge, trépie.
Trombone. — Figure humaine. (Argot populaire.)
En jouant de cet instrument, Le visage se décompose; Or, d'un certain rapprochement Ce fait est sans doute la cause.
Les gamins ne disent-ils pas D'une face grosse et bouffonne, En ricanant, même peu bas :
«Tiens!., excusez!., p'us qu'ça d'trombone ! o
E. Granger. Chansons.
(Voir Pif.)
Trombone (Faire). — Faire semblant de vouloir payer en extrayant andantino de la monnaie de sa poche et en l'y réintégrant prestissimo, après que les camarades ont payé la consommation. (Argot de cabaret).
Le mouvement alternatif du trombone, désavalant sa coulisse et la réavalant, a pu donner aux buveurs l'idée de lui comparer le mauvais payeur, ne dépochant son cuivre que pour le rempocher instantanément.
Tromper. — Au propre, sonner de la trompe; au figuré, capter par la ruse la confiance de quelqu'un. (Argot officiel.)
Les commentateurs sont loin d'être d'accord sur l'origine de ce vocable. Génin le dérive de la trompe de Béarn ou guimbarde. P. Paris le rattache à la trompe de chasse. Lequel se trompe? Lecteurs, méfiez-vous des racines pivotantes que vous tirent les étymologistes. Demain, peut-être, l'un d'eux tentera-t-il de vous faire accroire que tromper se rattache à la trompe de V éléphant, à cause de la confiance aveugle que s'attire le trompeur et de la défense d'y voir qu'il impose astucieusement à sa victime.
— «Comment t'y prendrais-tu, Jocrisse, pour faire jouer une fanfare à un éléphant?
— Ma foi! maître, je n'en sais rien.
— Tu le conduis devant une porte où pend une sonnette et tu lui fais tirer le cordon.
Alors l'éléphant sonne de la trompe. »
Trompette. — Gazette du quartier. (Argot populaire.)
Lorédan Larchey prétend que c'est une allusion à la trompette allégorique de la renommée à qui cependant Voltaire fait emboucher deux de ces instruments.
On disait autrefois, par moquerie: secret comme un trompette. (Voir Trompetter.)
Trompette. — Nez moucheur ou éternueur.
(Argot populaire.)
(Voir Nef en trompette , Tuyau d'orgue.)
Trompette. — Instrument à vent/ se jouant avec la même embouchure que le basson. (Argot populaire.)
(Voir Jouer du basson, Sonner de la trompette.)
Trompette. — Figure humaine. (Argot des faubouriens.)
Extension de l'argotisme ci-dessus, par métonymie.
(Voir Trombone.)
Trompette. — Cigare.
Argotisme faisant allusion au fume-cigare extravagant au bout duquel le bourgeois aime à planter son Havane.
Un bon cigare^ disait le chanteur Mario, est
aussi rare qu'un bon ténor ; il coûte assez cher et,
dans sa courte durée, ainsi que le ténor, le souffle
de la poitrine le fait vivre et le tue, et des deux il
ne reste guère qu'un peu de fumée et peut-être un
agréable souvenir.
(Voir Pipe, piper.)
Trompette d'arrière-garde. — ■ Infirmier. (Argot des soldats de cavalerie.)
Trompettes de cimetière. — Les cloches. (Argot populaire.)
Trompette de la mort. — Toux sèche des poitrinaires. (Argot anglais.)
Trompettes de mer. — Sorte d'épongés dont le nom est dû à leur forme.
Trompette (Bon cheval de). — Homme inaccessible à la peur et aux mauvais bruits qu'on peut répandre sur son compte. (Argot populaire.)
Allusion au cheval de régiment qui ne s'effraye pas du taratantara de la trompette.
Trompette (Nez en). — Nez retroussé, à la Roxelane. (Argot populaire.)
Sobriquet dû moins à la forme particulière de ce genre de nez qu'à ses propriétés musicales. Les nez retroussés sont des ronfleurs et des éternueurs de premier ordre.
Trompette (Sonner de la). — Au sens propre, on sait ce que cela veut dire; Voltaire, dans sa Pucelley nous édifie ainsi sur l'autre sens.
La Renommée a toujours deux trompettes:
L'une à la bouche, appliquée à propos, Va célébrant les exploits des héros;
L'autre est au..., puisqu'il faut vous le dire; C'est celle-là qui sert à nous intruire De ce fatras de volumes nouveaux.
(Voir Barytoner, Jouer du basson, Musique ^éphirienne.)
Trompetter. — Divulguer un secret aux quatre coins de la ville. (Argot populaire).
Allusion au crieur de ville qui s'annonçait autrefois aux sons de la trompette.
(Voir Trompette.)
Troubadour, Troubade. — Fantassin. (Argot de régiment.)
« Comme le troubadour, dit L. Larchey, le fantassin fait en tous pays résonner sa clarinette.»
{Les excentricités du langage.) (Voir Tourlourou.)
Tube. — Gosier. Argotisme que l'on trouve trivial dans la bouche du peuple et savant sur les lèvres des physiologistes qui l'accommodent à des sauces variées: tube laryngien , tube pharyngien, tube intestinal, etc. . .
Le tube rappelle vaguement le tuyau de gouttière, théâtre ordinaire du Matou-concert.
(Voir Galoubet, Musette, Siffle, Sifflet.)
Tube (Ramoner son). — Nettoyer son instrument à vent, après en avoir joué. (Argot d'orchestre.)
Comparer une clarinette ou un trombone à un tuyau de poêle, quelle plaisanterie de fumiste!
Tubulaire-chalumeau. — Polype singulier que Ton trouve sur les côtes de la Provence et dont la forme rappelle la structure de la flûte de Pan et d'un buffet d'orgue.
Turlutaine. — Ancien sobriquet de la serinette et de l'orgue à manivelle servant à désigner un mauvais instrument de musique.
Turlutaine se dit encore pour caprice, lubie.
Turluter. — Imiter avec la bouche la flûte ou le
flageolet. (Argot populaire.)
(Voir Turlututu.)
Turlututu! — Synonyme de « laissez-moi tranquille! flûte! tarare! zut!»
Onomatopée du coup de langue des flûtistes.
Les enfants disent: turlututu! chapeau pointu! En Picardie, on dit: turlututu, rengaine!
Turlututu. — Sifflet, petite flûte, jouet d'enfant. (Argot populaire.)
G. Kastner raconte que Frédéric le Grand demandait un jour à ses officiers qui, à leur avis, s'était montré le plus brave dans la journée.
— C'est Votre Majesté, répondirent-ils unanimement.
— Vous vous trompez, répliqua Frédéric, c'est un fifre auprès duquel j'ai passé vingt fois pendant le combat et qui, depuis la première charge jusqu'à la dernière, n'a cessé de souffler dans son turlututu.
Tutu-panpan. — Surnom donné, par moquerie, aux tambourinaires de Provence.
Cet argotisme est une double onomatopée du son du galoubet et du bruit du tambourin.
Tuyau. — Larynx ou pharynx, ad libitum, dans l'argot du peuple qui n'y regarde pas de si près.
Se jeter quelque chose dans le tuyau, c'est boire ou manger.
Avoir le tuyau bouché c'est être enrhumé.
En acoustique, les tuyaux bouchés sonnent à l'octave supérieure des tuyaux ouverts de même longueur.
(Voir Avoir une Carotte dans le plomb, Tube.)
Tuyau. — Oreille. (Argot populaire.)
Le tuyau se soude logiquement au pavillon des
physiologistes.
(Voir Oreilles, Ouïsme.)
Tuyau d'orgue. — Nez ronfleur. (Argot populaire.)
Peine du talion infligée aux organistes qui ont baptisé un de leurs jeux du nom de nasard.
(Voir Jouer de Porgue, Trompette.)
Tuyaux d'orgue. — Se dit, par exemple, de ces familles anglaises dont les nombreux rejetons, rangés par ordre de taille comme des tuyaux d'orgue, rendent si difficile la circulation sur nos boulevards.
Tympaniser. — Assourdir quelqu'un de ses plaintes ou de ses réclamations, l'agonir d'injures.
Cet argotisme, synonyme de tanner, assimile la membrane du tympan de l'oreille à la peau du tambour anciennement nommé tympan.
Tympaniser , en vieux français, c'était battre du tambour.
Tympanite. — Enflure du ventre. Argotisme démontrant jusqu'à quel point la caisse préoccupe ÛM. de la Faculté.
Unisson (Être à T). — Agir, parler ou penser d'accord avec quelqu'un, idéal difficile à réaliser dans le mariage, à cause de la constitution vocale
des conjoints, fatalement séparés par un abîme: l'octave. (Voir Moitié.)
Enfin Damon s'est fait connaître, Et, dans son dernier opéra, Il vient de faire un coup de maître Que n'eût jamais tenté Campra; C'est plus qu'il n'osait se promettre, Quoiqu'il soit tant soit peu Gascon, Car il a trouvé l'art de mettre Tous les sifflets à l'unisson.
{Anonyme.)
Usine musicale (1/). — Le Conservatoire de musique. (Argot des élèves du n° i5 de la rue du faubourg Poissonnière.)
Ut! — D'après le glossaire du centre de la France, cette interjection signifierait: Hors d'ici! Va-t-en ! applicable à un chien ou à une personne méprisable.
Dans quelques contrées on dit ust ! •
Suivant le comte Jaubert, ut dériverait de l'anglais ont (dehors), et serait une importation des guerres d'invasion.
G. Kastner suppose que le peuple, ayant perdu de vue l'origine anglaise de cet argotisme, l'aura, pour lui donner un sens, rattaché à la musique, en le donnant pour conclusion au quolibet:
«Sais-tu la musique? Oui. Eh, bien, ut/))
Ajoutons que les compagnons imprimeurs avaient coutume de choquer leurs verres en prononçant la syllabe ut.
Suivant M. E. Boutmy, cet ut serait le premier mot de la phrase latine : « Uttibi prosit meri potio/» (Que ce verre de vin pur te soit salutaire!)
Il est regrettable que Fauteur de l'Argot des typographes ne nous ait pas indiqué la source de cet usage en ut, pris pour tonique, selon le vœu des buveurs.
Nous pensons plutôt que cet ut était pour les imprimeurs un simple mot de ralliement, une abréviation de leur patron G-ut-enberg.
« Dans une réunion d'artistes, on discutait sur la préséance à accorder aux beaux-arts.
— La poésie, dit un rimeur, passe avant tout.
— Permettez, riposte un peintre, la poésie n'arrive qu'après la peinture, comme l'a reconnu luimême votre poète Horace dans ce vers :
« Ut pictura poesis. »
— Traduisez, dit le poète: ce La poésie est comme la peinture.» Elles sont sœurs, je l'accorde.
— Pardonnez, ajoute un musicien, la musique les précède, représentée dans ce vers par la première note de la gamme, ut.» (Musicorama.)
(Voir Zut.)
Vacarmini (Il signor). — Sobriquet donné à Rossini, à ses débuts en France.
On prétend que Rossini, ayant remarqué la somnolence de l'Opéra pendant l'exécution des plus belles œuvres, jura de n'en pas subir l'affront.
« Je saurai bien vous empêcher de dormir, » dit-il. Et il chargea la grosse caisse et les cymbales du soin de tenir constamment le public en éveil. Ce procédé valut au maestro une grêle de quolibets dont la perle fut // signor Vacarmini.
(Voir Rossinisme.)
Vaudeville. — Pièce de théâtre à couplets, la première étape de notre opéra comique.
Cet argotisme, qui d'abord a désigné une chanson, est une corruption de Vau de Vire , val situé en Basse-Normandie, patrie de l'ouvrier-poète Olivier Basselin.
Au vieux temps où Ton aimait
Chanter, boire et rire, Basselin improvisait,
Sans savoir écrire,
l'argot musical 3ç5
De bons couplets bien chantants Que Ton répéta longtemps
Dans le Val de Vire O gué
Dans le Val de Vire.
Fr. Sarcey. Le mot et la chose.
Vent (Du) ! — Synonyme de Tarare ponpon ! Flûte ! Zut !... (Argot populaire.)
Ha ça! voulez-vous me payer,
Disait un harpiste au caissier
D'une scène parisienne?
Est-ce qu'on prend mon instrument
Pour une harpe éolienne?
On me répond toujours: Du vent!
(Musicorama.)
Vent (N'y entendre que du). — Ne rien comprendre à la musique. (Argot populaire.)
Quoique longuement serinés, certains chanteurs n'y entendent souvent que du vent.
En 1474, Tinctor dans son terminorum musicœ diffinitorium , employait une expression plus énergique :
Musicorum et cantorum magna est differentia. Illi sciunt ipsi dicunt quae componit musica. Et qui dicit quod non sapit reputatur bestia.
3ç6 L ARGOT MUSICAL
Ce qu'un proverbe de la même époque traduisait crûment par : « Un âne n'entend rien en musique. »
(Voir Blague, Puff.)
Vent (Instrument à). — Argotisme burlesque par lequel les musiciens désignent les instruments dont les sons proviennent des vibrations de la colonne d'air contenue dans leur tube de bois ou de métal. Telles sont la flûte, la trompette, les orgues, etc., que C. Blaze proposa vainement de baptiser instruments à souffle,
A proprement parler, on ne connaît que deux instruments à vent \ et précisément ils sont à cordes: la harpe d'Eole et la contrebasse, donnant naissance à la musique éolienne et à la musique zéphirienne. (Voir ces mots.)
V.E.R.D.L —Devise argotique forgée en 1860 par les Italiens, du nom de leur célèbre compatriote Verdi, formant les initiales de leur revendication contre la papauté :
« Victor Emmanuel Roi D'Italie. »
Vesse. — Musique de basson.
Allusion au vent sçrtant de la Vèse, outre de peau dont les cornemuseurs bourguignons garnissent leur instrument.
Leurs ancêtres aimaient à vanter leurs plus
habiles virtuoses en disant' de chacun : « Il a un faux-bourdon au fond de ses chausses. »
(Voir Barytoner , Billevesée, Jouer de basson, etc.)
Veste (Remporter une). — Se faire chuter ou siffler en jouant mal ou en chantant faux. (Argot de coulisses.)
Si Ton en croit Delvau, l'origine de cette locution remonterait à la Promise, opéra-comique de Clapisson, joué en 1854, dans lequel Meillet chantait, au ier acte, un air (Pair de la Veste) qui fut peu goûté du public ; d'où cette expression attribuée à Gil-Peréz au sortir de la ire représentation : Meillet a remporté sa Veste,
Vicarier. — , Aller chanter d'église en église. (Argot des chantres.)
Vielle ou violé (Bœuf). — Le héros de la promenade du jeudi gras.
Autrefois le cortège était précédé d'une troupe de musiciens jouant de la vielle et de la viole. Ce vieil argotisme s'est conservé dans quelques villes de province, bien qu'on n'y viole plus que les lois de la tempérance.
M. Weckerlin raconte dans son Musiciana, que sous Louis XVIII, les bouchers et le bœuf gras vinrent, selon l'usage, saluer Leurs Majestés aux Tuileries. Le roi, qui, comme on le sait, était énorme,
les complimenta du haut de son balcon. Les braves bouchers en étaient touchés jusqu'aux larmes; le bœuf lui-même en avait les paupières humides. Les musiciens; tenant à ne pas rester les derniers dans cet attendrissement où le vin bleu jouait son rôle, se mirent à entonner: ((Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille?» Le chœur des bouchers et des sauvages y mit des paroles, le bœuf les accompagna de sa basse profonde et la fête fut complète.
Vielles (Accorder ses). -— La flûte ayant détrôné le piano des Savoyards, on dit aujourd'hui: ((Accorder ses flûtes.» (Voir ce mot.)
Vielles (Être du bois dont on fait les). — Cet
argotisme a également fait place à «Etre du bois dont on fait les flûtes.» (Voir ce mot.)
Vielleux, Vielleuse. — Joueur de vielle. (Argot populaire.)
Une petite fille, venue de la Savoie en France au commencement du XVIIIe siècle, n'ayant d'autre titre que ses quinze ans, d'autre recommandation que son joli minois, d'autre talent que celui de la vielle, joua sur les boulevards de Paris un certain rôle. Elle eût des admirateurs et acquit une fortune brillante. Le bon usage qu'elle en fit la rendit célèbre encore cent ans après. Elle fut au commen-
cernent de ce siècle mise en scène, sous le nom de Fanchon la Vielleuse, avec une figure, des talents et un entourage qui firent des enthousiastes. Pendant longtemps on n'entendit plus dans les rues, à la promenade et dans les sociétés, que ce refrain:
« Quinze ans, ma vielle et l'espérance. »
Violon. — « On appelle violonf à Paris, et aujourd'hui dans beaucoup de départements, une prison que chaque section a dans son enceinte, pour enfermer ceux qu'on arrête la nuit et qui sont, le lendemain, transférés dans une maison d'arrêt.»
(Guadet. Mémoires de Bmot.)
Il est peu de mots sur lesquels se soit autant exercée l'imagination des commentateurs.
Le peuple de Paris, dit l'un, gouailleur par bécarre, par bémol et par nature, se sera écrié un jour en regardant la prison préventive, où il expie maintes peccadilles: «C'est là qu'on la danse, ou c'est là qu'on me fait danser, et cette idée ayant éveillé en lui celle de l'instrument contredansier par excellence, il aura £f>pelé ironiquement violon cette cellule où il va quelquefois passer la nuit comme au bal1.
1 Les maîtres à danser du XVIII0 siècle avaient pour enseigne un violon, avec cet écriteau: «Céans on danse»
Pour être rais au violon, dit un autre, il faut y être conduit; or; conduit au violon signifie conduit avec un violon, par antiphrase et moquerie, parce dans les villages on mène la noce avec un violon.
Jadis, hasarde un autre commentateur, le violon s'appelait rebec; et comme d'ordinaire ceux qu'on conduit en prison se rebecquent, on a dit qu'on les mettait au violon.
Du tout, s'écrie un quatrième; sachez que dans la prison se trouve toujours une lucarne garnie de quatre barreaux, rappelant les cordes tendues sur le violon.
Erreur, messieurs, fait un cinquième, Etre mis au violon est une allusion à la danse des morts conduits, vous le savez, par le sinistre violoneux camard.
As-tu fini? clame un intrus. On appelle la prison un violon parce que jadis on y était conduit par un archer.
A côté de ces conjectures fantaisistes, il y a le commentaire grave et précis, avec fable à la clef. Ce document fait remonter au temps de Louis XI * l'expression de mettre au violon. Il paraît qu'à cette époque, les nombreux plaideurs qui assiégeaient le palais de justice faisaient un tel tapage dans la salle des pas-perdus, qu'ils troublaient Thémis dans son sommeil. Un bailli du palais, nommé Viole, fit
1 Galeries du palais de justice de Paris. A. de Bast.
enfermer les plus tapageurs dans une salle de la conciergerie. Seulement, l'excellent bailli, en sa qualité de Viole, ordonna qu'un Violon restât constamment suspendu aux murs de la prison, afin que les captifs de quelques heures pussent se divertir honnêtement. On dit même que Lulli daigna un jour honorer les prisonniers de sa présence et qu'ayant décroché le Violon de Viole, il leur joua un air d'Orphée qui radoucit à un tel point les plus violents qu'ils jurèrent de ne plus violer le règlement.
Dans ses Récréations philologiques , F. Génin prétend que mettre au violon dérive d'une expression usitée au moyen âge: mettre au psaltérion, c'est-à-dire « mettre en pénitence, en lieu où l'on a tout le temps de méditer sur ses sottises, de s'en repentir et de réciter une sept psaumes. »
Le bon peuple Gaulois, ajoute le même commentateur, aura si bien tenu à cette expression équivoque que « voyant le psaltérion passer de mode, il a baptisé la prison transitoire du nom de l'instrument qui avait remplacé le psaltérion dans la faveur publique : le violon. Les tapageurs nocturnes, ramassés par le guet du moyen âge, allaient passer la nuit au psaltérion) au XIXe siècle, ils vont la passer au violon, mais, ajoute le philologue, je crois qu'il leur arrive rarement d'y réciter une sept psaumes. »
Quelque ingénieuses que soient toutes ces conjectures, elles nous semblent néanmoins pécher par
la base. Ce n'est pas le lieu de détention, mais le détenu lui-même que les commentateurs auraient dû prendre pour objectif. Cest le prisonnier et non pas la prison qui joue le rôle de violon.
La plupart des gens qu'on dépose au violon se. font pincer à la suite de rixes qui ont lieu à la sortie des bals et des cabarets, rixes dont la gamme argotique : Donner le bal, flanquer une valsey administrer une frotteska, etc., semble un écho des bruits du bastringue.
Poussant donc la comparaison jusqu'au bout, la police fait jouer à ces tapageurs nocturnes le rôle du violon que le ménétrier empoigne, après la danse, pour le mettre au clou ou l'enfermer dans sa boîte, le coffrer.
Remarquons que ces deux argotismes coffrer et mettre au clou sont encore, de nos jours, les synonymes de mettre au violon, ou plutôt mettre en violon, ainsi qu'on a dû le dire primitivement *.
Violon. — Plaque de métal ou de bois, en forme de violon, percée de plusieurs trous, pour recevoir la tête du foret, et que l'on met sur son estomac quand on fore à l'archet.
{Grand Dictionnaire du XIX siècle.)
1 Dans le violon militaire, appelé grosse caisse, c'est également le prisonnier qui remplit le rôle de l'instrument; autrement l'argotisme serait inexplicable.
l'argot musical 4o3
Les ouvriers donnent quelquefois à ce violon le sobriquet de conscience.
Violon. — Nom donné à un quadrupède de la Guyane, le Tatou, dont le corps écailleux, arrondi et terminé par une queue, rappelle, vu de dos, la forme et la dimension d'un violon. (Argot zoologique.)
Violon. — Planche carrée garnie de fils de fer parallèles, dont chacun correspond à une des boîtes de couleur dont on se sert dans Fimpression des tissus.
Violon de bourrique. — Le secret du pont aux ânes, autrement dit, un bâton. (Argot picard.)
Cette métaphore sent son grand siècle et semble avoir été inspirée par le Florentin qui, dé temps à autre, cassait un violon sur la tête de ses symphonistes en les traitant de bourriques.
(Voir Rossignol d'Arcadie, Sirène de moulin.)
Violon (Jouer du). — Forer à l'archet. (Argot des métiers.)
Violon (Jouer du). — Scier ses fers. (Argot des voleurs.)
Par contre, on dit d'un joueur de violon, qu'il scie du bois.
Violon (Jouer du). — Se dit dans l'argot des écrivains fantaisistes, — à propos des mouvements de systole et de diastole du cœur humain en proie à l'Amour, ce divin Paganini.
(Delvau. Dictionnaire de la langue Verte.)
Citons à ce propos une page charmante que A. de Lasalle nous donne comme la révélation du secret d'un grand virtuose :
«J'entre en scène et je salue. Le public daigne manifester qu'à mon aspect un courant de plaisir Ta traversé. Puis je vérifie une dernière fois l'accord de mon instrument. Enfin le chef d'orchestre frappe trois petits coups de son bâton sur n'importe quoi de sec , ce qui veut dire: «Attention!)) C'est pendant cette pantomime préalable que je fais choix d'une des cinq cents têtes de femmes qui me regardent. Et je m'impose d'en tomber immédiatement amoureux; et je me jure, en faisant les serments les plus terribles, de lui être fidèle une bonne demiheure pour le moins. . .
« Les âmes simples s'imaginent que j'exécute un solo, tandis que je fais ma partie dans un duo incandescent. Car c'est pour elle que je me mets en dépense de fluide, c'est vers elle (point de mire charmant!) que je projette le million de notes brûlantes contenues dans mon instrument. C'est encore à elle que j'adresse de pressantes déclarations en cette langue des oiseaux appropriée aux besoins de
l'argot musical 4<d5
l'homme sous le nom de mélodie !... Et la pauvrette ne se doute guère du rôle que je lui impose. Elle est comme un miroir inconscient devant lequel je me cherche et je m'interroge.
«Pourtant il est rare qu'avant mon fortissimo final, je ne la voie éprouver quelque embarras et fléchir sous mon étreinte magnétique. Il semble que des lèvres invisibles chuchotent à son oreille des mots d'un idiome inconnu. Elle se défend d'abord, mais pour céder bientôt, vaincue par le charme de mon archet. Une sorte d'inquiétude vague la galope et se trahit par des soubresauts nerveux. Miracle! elle a tressailli... Alors je deviens beau dans la victoire; je m'échauffe, j'éclate, je vois rouge ; et tout ce feu dont je suis envahi se communique à la foule qui frémit à son tour et crie de joie!»
(Dictionnaire de la musique appliqué à V amour.)
Violon (Sec comme un). — Maigre. (Argot populaire.) On disait autrefois sec comme un rebec.
Violoneux. — Ménétrier de village. (Argot des paysans.)
Violoniste (Le). — Crabe velours, ainsi nommé parce que ses membres antérieurs, aplatis aux
extrémités, font le service de rames ou de roues à palettes. Leurs coups répétés, dit le Dr Franklin, permettent à l'animal de se pousser dans l'eau avec quelque vélocité. Ce mouvement particulier a été comparé à l'action du bras d'un violoniste.
Violoniste (Le). — Surnom ornithologique donné au Pouillot dans le pays messin.
Violon-répétiteur. — «C'est le cahier de musique sur lequel le musicien fait les répétitions d'opéras ou de vaudevilles, et apprend les airs aux acteurs.
Dans les vaudevilles du temps de Désaugiers, un violon -répétiteur était presque toujours un in-folio où se trouvaient trente ou quarante couplets. Depuis la nouvelle école , le violon -répétiteur d'un vaudeville-drame est une feuille volante de papier sur laquelle se trouve un couplet et un chœur général par acte. Dans le vaudeville à la mode, le copiste de musique a beaucoup moins d'occupation que le fabricant de poignards et de pistolets.»
{Dictionnaire des coulisses. Jacques le souffleur. i835.)
Violons. - Nom donné, sur les paquebots, aux cordes disposées parallèlement d'une extrémité de la table à l'autre, pour permettre aux assiettes, aux
verres, aux bouteilles, etc., de se tenir sans trébucher, malgré les mouvements du navire.
(Littré. Dictionnaire.)
Violons (Donner les). — Offrir un bal ou une soirée musicale. (Argot des mondains.)
Les précieuses traduisaient donner les violons par donner les âmes des pieds.
Au figuré, donner les violons, citait autrefois faire bâtonner quelqu'un par des laquais, lui faire donner une danse. (Voir Violon de bourrique.)
Violons (Payer les). — Dépenser pour autrui son argent, son temps et sa peine sans en tirer aucun profit.
Non seulement, disait C. Varnol, les grands condamnent le peuple à danser devant le buffet (c'est-àdire, à se brosser le ventre), mais ils lui font encore payer les violons.
Virtuoses du pavé. — Musiciens ambulants. (Argot littéraire.)
« Un jour, un membre de l'Institut, traversant le pont des Arts, s'entend appeler par le fameux culde-jatte accordéoniste.
— Pardon, monsieur l'académicien/ dit celui-ci, seriez-vous assez bon de m'expliquer pourquoi l'on nous surnomme les virtuoses du pavé?
— Rien de plus simple, mon ami. Virtuose vient
4o8 l'argot musical
d'un mot latin, virtus, qui veut dire vertu, courage, parce qu'il faut vraiment de la vertu et du courage pour se faire musicien dans notre siècle.
— Je vous remercie, monsieur l'académicien, et permettez-moi pour la peine de vous jouer...
— Attendez, fait le savant en saisissant le bras du virtuose. Je n'ai pas fini: virtus vient lui-même du mot grec areté. . .
— Ce qui veut dire?
— Grâce ! Arrêtez ! Ne lâchez pas la détente, fit l'académicien en s'esquivant à toutes jambes.»
(Musicorama.)
Voix (Avoir de la). — Posséder un capital vocal, un diamant; avoir du creux, du zinc, etc.. (Argot des chanteurs.)
Voix (Être en). — Être disposé à chanter.
Le deuxième consul, Cambacérès, donnait une fête à laquelle se trouvaient beaucoup d'artistes. Elle touchait à sa fin, lorsque le consul invita Garât à chanter. Celui-ci, piqué de ce qu'on ne se fût pas adressé plus tôt à lui, tire sa montre et répond : «Impossible, citoyen consul; il est minuit: ma voix est couchée. »
Voix (Se faire la). — Se gargariser de roulades et d'exercices propres à assouplir les cordes vocales.
Voix blanche. Voix sombrée. — Argotisme que les chanteurs ont emprunté au lexique des peintres pour différencier la voix au timbre clair de la voix au timbre sombre ou voilé.
On emploie également la dénomination de voix blanche pour désigner les voix de femmes, en opposition avec les voix graves ou voix d'hommes.
Pourquoi n'avoir pas qualifié celles-ci de voix sombres y ou mieux encore, de voix noires'* La voix de femme, chantant à l'octave de la voix d'homme et produisant un nombre double de vibrations, justifierait la fameuse définition: une blanche vaut deux noires,
(Voir Chromatique, Sombré.)
Voix de Centaure. — Voix de Stentor. Dans l'argot du peuple trouvant le timbre éclatant du fameux guerrier grec moins énergique que le mugissement formidable de l'homme-cheval de la fable, dont la massue légendaire achève de caractériser le chanteur abusant de son organe pour assommer le public.
Voix de fausset. — Registre succédant à la voix de poitrine et comprenant la voix mixte et la voix de tête. (Argot musical.)
En musique, dit avec raison Castil-Blaze, rien de faux n'est et ne peut être admis.
Ce mot, dont on a faussé l'orthographe, devait s'écrire faucet, du latin faux,faucis, la gorge.
A l'Op', quand un Arnold débute, Si, de tête, il lance son ut, On lui répond par un long chût!...
Au bout du fausset... la culbute.
(Musicorama.)
Voix de macaroni. — Argotisme forgé par le sopraniste Crescentini pour désigner les chanteurs qui empâtent leur phrase musicale de portamenti saugrenus.
Voix de poitrine. Voix de tête. — « Façons de s'exprimer que l'on a adoptées pour pouvoir s'entendre. En effet, la voix ne se forme pas plus dans la poitrine qu'elle ne se forme dans la tête, elle vient du larynx. Lorsque je dis : son de poitrine ou son de tête, j'entends un son qui, parti des cordes vocales, comme tous les sons, va résonner plus particulièrement dans la poitrine ou dans la tête...
(E. Grosti. La voix des enfants.)
Les anciens, croyant que l'inflammation des membranes muqueuses était produite par un flux d'humeurs descendant de la tête, baptisèrent cette maladie du nom de catarrhe (Kata, en bas ; rhéô, couler) argotisme que nous avons conservé pré-
cieusement et dont nous désignons le premier degré par la métaphore bizarre de rhume de cerveau.
Les Hindous avaient nommé Cérébrales cinq lettres de leur alphabet sanscrit, parce que, dit F. Bopp, « on prononce ces lettres en repliant profondément la langue vers le palais, de manière à produire un son creux qui a l'air de venir de la tête. s>
{Grammaire comparée des langues Indo-européennes .)
Vrille. — Son ou instrument perçant. (Argot musical.)
On a surnommé le piccolo la petite vrille de l'orchestre. (Voir Perce-oreille.)
Vriller le tympan. — Abuser des sons perçants. (Argot des musicistes.)
Wagnérien. — Partisan de la musique de Richard Wagner.
Wagnérisme. — Argotisme servant à désigner la poétique dramatique et la manière musicale de R. Wagner dont le puissant génie et l'immense orgueil, formant une dissonance de seconde mi-
neure, firent saigner autant d'amours-propres que d'oreilles routinières.
Wagnérolâtrie. — Culte exagéré du système musical de R. Wagner.
X. — Virtuose modeste, chanteur satisfait de ses appointements, maestro applaudissant sincèrement l'œuvre d'un confrère encore en vie, opéra éternel, époque où les Français posséderont un dictionnaire de musique, etc. (Argot des algébristes.)
Ze-ze. — Chanteur ou chanteuse qui blèse, en plaçant la langue entre les dents pour prononcer les s ou les/, ce qui fait parler ze-ze. (Argot populaire.)
Zéphyrienne (Musique). — Chompré, dans son dictionnaire de la fable, qualifie Zéphyr e de vent d'occident. «Il était, dit-il, fils d'Éole et d'Aurore.
l'argot musical 4i3
Il souffle avec tant de. douceur, et cependant tant de puissance, qu'il rend la vie aux arbres et aux fruits. Il épousa la déesse Flore dont il eût plusieurs enfants. On le représente sous la figure d'un jeune homme ayant un air serein.» {Textuel,)
Sur le trône ou sur Tais rustique, Quel mortel, o Vent bien aimé, N'a point de ta douce musique Senti le souffle parfumé?
Voyez à quoi tiennent les destinées de l'art; il n'a tenu qu'à une note de musique zéphyrienne que la fondation définitive de l'Opéra français fût peutêtre retardée d'un siècle. Sans cette note providentielle, Lulli restait à jamais marmiton dans les cuisines de Mlle de Montpensier.
Voici en quels termes galants Bourdelot raconte cette histoire: «Venu en France, Mademoiselle le prit chez elle, parmi ses officiers de cuisine, s'il vous plaît: il était sous -marmiton. Dans les moments libres de sa cuisine, il raclait un méchant violon, que le violent penchant qui le poussait à la musique lui fit trouver. On Fentendit. Ce fut, je pense, le comte de Nogent. Il dit à Mademoiselle que son marmiton avait du talent et de la main. Elle lui fit apprendre: il monta à la chambre, d'où sa figure, qui n'était pas ragoûtante, l'avait d'abord écarté, et le voilà musicien en titre. Mais une aventure de sa maîtresse où il se mêla, mauvais
courtisan pour un homme de sa nation, le fit chasser. — Qu'est-ce que fut, monsieur, cette aventure? Ne voyez-vous pas qu'il faut nous la conter, après nous avoir donné envie de la sçavoir ?... — Vous la conter, Madame? C'est justement ce que je voulais éviter. L'historien la sait, mais il est embarrassé comment la dire. Vous souvenez- vous de ces stances de Bardou, entre lesquelles il y en a une citée par plusieurs gens polis :
Mon cœur outré de déplaisirs, Était si gros de ses soupirs, Voyant votre cœur si farouche, Que l'un d'eux, se voyant réduit A ne pas sortir par la bouche, Sortit par un autre conduit.
Un soupir de cette nature que fit dans sa garderobe Mademoiselle, amoureuse ou non, et qui fut très clairement entendu dans sa chambre, fut la cause de la disgrâce de Lulli. Il courut des vers sur cet accident; et Lulli s'étant avisé d'y faire un air, qui donna encore du cours aux paroles, Mademoiselle le congédia sans récompense. Il entra dans les violons du roi. »
(Histoire de la musique et de ses effets, 1726. Tome III.)
Zinc. — Voix métallique et de bon aloi. (Argot des chanteurs.)
Peut-être a-t-on choisi le zinc de préférence à
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tout autre métal, à cause de son rapprochement avec le verbe anglais to sing, chanter.
(Voir Mannesingue.)
Zinc (Avoir du). — Avoir un organe vocal bien timbré.
L'argot semble avoir choisi de préférence les métaux pour caractériser la voix humaine. On connaît le proverbe : la parole est d'argent et le silence est à' or. Pierre Dupont, dans sa chanson des louis d'or, gratifie le diable d'une voix de cuivre. Le peuple qualifie de platine une langue bien affilée.
Plus modestes, les chanteurs se sont réservé le zinc, sans doute parce que ce métal entre dans la composition des gouttières, hantées la nuit par les chats.
(Voir Avoir une carotte dans le plomb, avoir un chat dans la gouttière.)
Zut! — Exclamation populaire dont la traduction polie est: Laisse-moi tranquille! Va te promener !
On a vu comment Vont (dehors), dont la fière Albion nous fit cadeau pendant ses guerres d'invasion, se transforma dans la bouche du peuple français en note de musique. Eh bien, cet ut, cette première syllabe de la fameuse hymne de saint
4ï6 l'argot musical
Jean-Baptiste, est devenue une des perles du glossaire du gavroche parisien.
Le contemporain du chemin de fer et du téléphone pouvait-il adopter la plaisanterie kilométrique de ses pères:
« Sais-tu la musique? Oui. Eh bien, ut! »
L'hiatus final « Eh bien, ut!i> choquait son oreille délicate; il réduisit ce quolibet à sa plus simple expression, il Peuphonisa et fit du vieux mot anglolatin, l'expressif et harmonieux vocable : Z'ut!
(Voir Flûte! Tarare! Ut!)
TABLE ALPHABETIQUE