SOSTHÈNE
Je ne sais pas où il demeure.
Bilboquet Ça suffit; je t'annoncerai comme son élève.
Les Saltimbanques. Dumersan et Varin.) (Voir Raquette, Charivarius .)
Saboter. — Au propre, faire du bruit avec des sabots ; au figuré, exécuter un morceau de musique avec autant de goût que les paysans de la Savoie dansent la sabotière.
Saboteur. — Mauvais exécutant. « Il en est des musiciens comme des champignons : pour un bon, dix mille mauvais.» (Proverbe chinois.)
Sabrer. — Verbe s'appliquant au jeu d'un violoniste dont l'archet a les allures d'un bancal de cavalerie. (Argot des professeurs.)
S... musique. — Mauvaise musique.
— Je vous présente, disait M. G*** à l'archevêque de X***, mon ami Alfred G***, un organiste de beaucoup d'avenir et qui compose de la musique sacrée.
— Monseigneur, reprit modestement Alfred G***, mon ami oublie de vous dire une chose.
— Et laquelle?
— C'est qu'il a l'habitude de toujours mettre la charrue avant les bœufs.
Sangsue (Poseur de). — Jeu de mots burlesque que les perruquinistes avaient le mauvais goût d'appliquer aux propagateurs des œuvres de Beethoven.
Savante (Musique). — Dénomination servant de circonstance atténuante au jugement que certains connaisseurs prononcent contre un genre de musique ennuyeux ou incompréhensible. (Argot des dilettantes.)
La musique savante doit nécessairement être produite par un musicien savant. Or l'on connaît cette définition du savant : un homme qui sait tout ce que le monde ignore et qui ne sait rien de ce que tout le monde sait.
« Un commissionnaire chargeait sur ses crochets un ballot de papier à musique, comprenant toutes les parties d'un opéra en cinq actes qu'il devait porter au théâtre.
— Surtout, mon ami, lui dit le maestro, ayez bien soin de ce paquet, car vous ne vous doutez pas de ce qu'il contient.
— Si, bourgeois, c'est des cahiers de chansons, dit le commissionnaire en ficelant son colis.
— Mieux que cela, mon ami, c'est de la musique savante, ça.
— Savante ?
— Hé ! oui, où il entre de la science. Mais vous ne pouvez pas comprendre... .
— Pardon, bourgeois, on dit de la science parce que c'est quelque chose de sciant. »
Savonner. — Se dit d'un apprenti ménétrier qui, en jouant, promène son archet sur la touche de son instrument à cordes, imitant ainsi le mouvement de va-et-vient des lavandières promenant leur savon sur la planche à laver. (Argot des professeurs.)
Savonner. — Abuser des ports de voix. (Argot des chanteurs.)
Peut-être cet argotisme moderne, désignant ces sortes de glissades de sons, dérive-t-il du savon, appelé glissant dans la langue bigorne.
A moins qu'on ait voulu faire allusion au barbier qui a l'habitude de savonner son public pour mieux le raser.
Saxons et Carafons. — Noms donnés aux champions du fameux tournoi musical qui eut lieu, en 1845, au champ de Mars, entre la musique de Sax et celle du Gymnase militaire dirigée par Carafa. Ce duel avait pour but la comparaison des anciennes musiques militaires avec l'organisation nouvelle que le célèbre facteur belge proposait de faire adopter par le ministre de la guerre.
Voici en quels termes humoristiques le Charivari raconta cette lutte mémorable.
«A midi, les deux camps étaient en présence ; les membres de la commission, des généraux et des compositeurs avaient pris position sous le pavillon de l'Horloge, afin de juger des coups... de piston ! «Avant que l'action ne s'engageât, de sourdes rumeurs circulèrent sur des manœuvres d'embauchage qui auraient eu lieu précédemment dans le camp des Saxons. On parlait de désertions qui se seraient déclarées comme à Waterloo, la veille même de la bataille.
« On voyait des deux côtés les généraux ranger leurs troupes en ordre de bataille, les animer de la voix et du geste. Tous les combattants se montraient disposés à soutenir la lutte jusqu'à leur dernier souffle.
c< Les cors ne paraissent nullement disposés à baisser pavillon et les bassons étaient fermes à leur poste comme de vieux grognards qu'ils sont.
«Notons que les deux armées se trouvaient disposées parallèlement, à quelques pas de distance Tune de l'autre: les clarinettes, placées sur les ailes, se touchaient presque; elles pouvaient se canarder à bout portant.
((Enfin la bataille commença; ce ne furent, dans les premiers instants, que de simples accords dans tous les tons, comme qui dirait des fusillades de tirailleurs. Puis, la mêlée s'échauffa; chaque armée exécutait à son tour le même morceau, et, par parenthèse, les vieux instruments avaient jugé à propos de soutenir leur charge harmonique par des roulements continuels de tambours. Le combat dura plus d'une heure. Sous le rapport du moelleux, de la flexibilité, l'avantage appartint incontestablement aux Saxons* C'était donc comme à Lutzen: Des conscrits de bugles avaient vaincu de vieilles moustaches trombonistes.
((On n'a eu à regretter que quelques oreilles blessées par des couacs égarés. Après cette lutte d'ophicléides, aucun débris ne jonchait le champ de bataille. Sans doute, à l'exemple des Arabes, les vaincus avaient enlevé leurs cors morts. » 1
1 Voir les détails intéressants de cette bataille instrumentale dans l'Histoire d'un Inventeur, par M. O. Comettant.
Scier du bois. — Jouer d'un instrument à archet. (Argot d'orchestre.)
On a assimilé l'archet à une scie à cause de l'analogie du mouvement de va-et-vient de ces outils et de l'agacement que leur bruit produit sur le tympan.
Remarquons qu'autrefois le bois de chauffage, destiné à être scié, se mesurait par corde.
Les Italiens disent « scier du violon » et les Allemands a gratter du violon. » Par contre, les pègres disent d'un prisonnier sciant ses fers qu'il « joue du violon. »
(Voir Bran de scie, Jouer du Violon. Râcleur.)
Scierie. — Orchestre. (Argot d'orchestre.) Un commentateur fantaisiste a prétendu que cet argotisme datait du second empire, époque à laquelle les musiciens jouaient, à toutes les solennités, l'air national :
Partant pour la Syrie.
« Les fictions des poètes anciens et l'argot du peuple ont, depuis longtemps déjà, uni par des liens mystérieux la scie et le violon.
On sait que les oiseleurs attachent une perdrix femelle pour attirer les mâles par ses chants. Cette perdrix a reçu le sobriquet de chanterelle.
D'un autre côté, si l'on en croit la fable, l'inven-
teur de la scie serait un certain Perdix (nom latin de la perdrix), neveu de Dédale. Cet oncle dénaturé, fut si jaloux de l'invention, qu'il en précipita l'auteur du haut d'une tour, mais Minerve le sauva, en le métamorphosant en perdrix. »
(O. Choux.)
Scieur de bois. — Joueur d'instrument à archet. (Argot d'orchestre).
Bien que l'archet des scieurs de bois scie les cordes en travers et même parfois de travers, on pourrait, à la suite d'une répétition prolongée outre mesure, qualifier ces martyrs de scieurs de long.
Ajoutons que le tréteau des scieurs de long se nomme chevalet, absolument comme celui des violonistes ; cependant les scieurs sont mieux rétribués au chantier qu'à l'orchestre.
Certains chefs d'orchestre facétieux ne manquent jamais, pour entraîner leurs violons, de leur crier : « Allons, mes scieurs ! »
Secouer la commode. — Jouer de l'orgue de Barbarie. (Argot populaire.)
Le joueur d'orgue, obscur soliste, Et le dernier sur l'échelon, Ne se pose pas en artiste, En virtuose de salon;
Cette caste aristocratique Fait de Fart... et des embarras; Pour exécuter la musique, Au joueur d'orgue il suffit d'un bon bras.
Montariol. Chansons.
(Voir Rémouleur de buffet, Etre au bout de son rouleau, Moulin à café, Orgue de barbarie.)
Se l'extraire. — Opération douloureuse qu'un ténor est forcé de se faire subir pour donner un ut de poitrine. (Argot de coulisses.)
Serinade. — Répétition faite au personnel d'un théâtre/ corvée moins agréable que de pincer de la guitare sous le balcon d' « une Andalouse au sein bruni. »
Serinage. — Seule méthode de musique des
serins avec ou sans plumes.
(Dr Aldo.)
Seriner. — Répéter sans relâche une chose à quelqu'un jusqu'à ce qu'il la sache par cœur.
Seriner. — Divulguer. (Argot des voleurs.)
(Voir Faire chanter, Serinette.)
Serinette. — Instrument de serinage.
Pour seriner les canaris, on recouvre leur cage
d'un voile et on leur moud le même air, matin et soir, sur le petit orgue à cylindre traditionnel. Grétry propose, dans ses Essais, de leur seriner des petits canons composés des notes du corps sonore, dans le genre suivant :
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E£gjsggl=ff»=i33#£]a à.
Pour seriner les chanteurs, on emploie généralement le violon ou le piano.
A chaque classe de la Société est affectée une serinette spéciale.
Certain député du centre Voulant un bout de ruban Va se traîner à plat ventre Chez un ministre puissant.
Pour ce hochet que Ton guette Il faut s'assouplir les reins; La croix est la serinette Qui fait chanter les serins.
Fouache. Chansons.
La serinette dont l'usage est universel, car elle fait chanter les gogos des cinq parties du monde, c'est la grosse caisse.
Serinette. — Malfaiteur se livrant au chantage. (Argot des voleurs.)
(Voir Chanteur, Sirène, Sonnette.)
Seringue (Chanter comme une). — Qui se serait imaginé que Syringa, la chaste nymphe de Diane, transformée eu roseau après sa mort, puis en flûte de Pan, ou Syrinx, fût un jour devenue la marraine de l'instrument favori des apothicaires, la Seringue, dont Molière a tiré un si grand parti !
Mais hélas ! Clyso a détrôné Seringuinos et/ de tout ce passé glorieux, il ne reste plus qu'une locution que l'on applique aux invalides de l'art du chant : « II chante comme une seringue. »
Nicolo est le seul compositeur qui ait su rajeunir l'emploi de cet instrument de musique de chambre.
«L'auteur de Joconde partageait ses moments entre son piano et ses casseroles : il apprêtait luimême les macaronis qu'on servait sur sa table, et injectait chaque tuyau de moelle de bœuf, à l'aide d'une petite seringue, y mettait du foie gras, du filet de gibier, des truffes, et mangeait toujours avec le plus profond recueillement, une main sur les yeux, pour éviter les distractions. »
(Almanach des gourmands. i83o K)
1 La seringue fut employée, dès le XVe siècle, comme tgin propre à éteindre les incendies. «On pratiquait, dit iollet-le-Duc, de petits réservoirs sous les combles des
Serpent.— Sobriquet zoologique d'un instrument à vent tortillé en 5 comme un serpent. Longtemps employé dans les églises, le serpent rappelait aux fidèles la vieille légende de Satan que Ton forçait ainsi à chanter les louanges du Seigneur.
Cet instrument barbare fut détrôné par l'ophicléide ou serpent à clés.
Siffle. — (S. f.). Voix, dans l'argot des voleurs habitués à siffler avec leurs lèvres, pour se donner un signai.
Siffler. — Boire. (Argot populaire.)
On dit encore chalumer pour boire avec un chalumeau. Peut-être les bergers avaient-ils coutume de boire ensemble en pompant le liquide avec le chalumeau qui leur servait de sifflet. Ils auront trouvé piquant de confondre dans le même vocable, siffler } ces deux attributions de leur instrument champêtre.
Voici les liquides que l'auteur du Violon de Crémone propose aux musiciens de siffler , afin de fouetter leur imagination : «Je conseillerais qu'on se versât du vin de France ou du Rhin pour écrire
grands monuments, destinés à recueillir les seringues. En 1618, un commencement d'incendie causé par la foudre fut éteint parle grand chantre de la cathédrale de Troyes, Pierre Dadier, qui alla quérir une seringue.» (Dictionnaire du mobilier.)
la musique sacrée ; pour un opéra sérieux, le meilleur vin de Bourgogne; du vin de Champagne pour une pièce comique; mais pour une création terrible et tendre, comme Don Juan, je proposerais un verre de punch.)) (Hoffmann.)
(Voir Flûter^ Piper.)
Siffler. — Vider sa bourse comme comme on vide un verre à boire. (Argot populaire.)
(Voir Flûter.)
Siffler la linotte. — Perdre son temps à attendre vainement quelqu'un dans la rue, autrement dit, faire le pied de grue.
Cet argotisme eut d'autres acceptions.
Selon Oudin, siffler la linotte, c'était «boire, yvrogner.» Selon Leroux, c'était «instruire une entremetteuse pour la faire réussir dans une intrigue. »
Le peuple, au lieu de faire le pied de grue, s'est mis à siffler la linotte, parce qu'il n'ignore pas qu'on perd son temps et sa peine en voulant siffler cette bête évaporée. Une tête de linotte ne se prête pas au serinage.
«Dans une représentation de la Juive, à Bordeaux, la prima donna s' étant trouvée indisposée, on se vit obligé de la remplacer au pied levé par une artiste de Paris qui se trouvait par hasard dans la salle. Le régisseur qui fit part de ce changement
au public, termina son annonce en disant que la remplaçante lirait son rôle et qu'il espérait néanmoins qu'on ne sifflerait pas la lit-notes. Cette artiste était la Malibran. (Musicoramà.)
Sifflet. — Voix, gosier. (Argot populaire.)
Le diamant de quelques chanteurs a mérité d'être qualifié de sifflet. Ainsi, la célèbre cantatrice Grassini sifflait un air aussi bien qu'elle le chantait.
Un violoniste donnait un concert à Londres. Après avoir salué l'assistance, il commençait à jouer un adagio, quand l'assemblée, mécontente, se prit à siffler. John Bull a l'oreille si délicate.
Que fait l'artiste? Sans changer de visage, il dépose son archet à terre, replace lentement son violon sur son estomac, puis se met à siffler son air interrompu et s'accompagne en pinçant avec les doigts les cordes de son instrument. A cette vue, les rires et les applaudissements éclatent.
Toujours calme, le musicien s'incline alors vers le public : Messieurs, dit-il, je vous présente mes excuses; j'ai cru tout à l'heure que vous aimiez les sifflets et non la musique, et je vous ai montré que je savais siffler comme un autre. Maintenant, je vois que la plupart d'entre vous préfèrent la musique et je vais vous en faire.»
Et, sans sourire, sans se hâter, il reprend son
archet et continue son morceau.
(Voir Sifflé.)
Sifflet cTébène. — Habit noir. (Argot des bourgeois.)
L'habit de cérémonie, dit à queue de pie, est taillé en biseau comme l'embouchure d'un sifflet !
Sifflet (Couper le). — Au sens propre, couper la gorge. Au sens figuré, empêcher quelqu'un de parler.
«A la suite delà première représentation d'un opéra outrageusement sifflé, les deux auteurs vont trouver le directeur du théâtre :
— Soyez tranquille, mon cher, demain tout ira bien; nous allons faire de larges coupures.
— Tâchez, surtout, de vous couper le sifflet. »
(Musicorama.) (Voir Couper la musette.)
Sirène. — Criminel se livrant au chantage et jouant le même rôle que ces monstres de la fable, moitié femme, moitié poisson, dont le chant attirait les passants dans un piège pour les dévorer.
(Voir Chanteur, Serinette.)
Sirène de boulevard. — Hétaïre parisienne.
Cette sirène est une invention renouvelée des Grecs. Les anciens avaient forgé ce monstre de deux moitiés formant l'antithèse la plus invraisemblable: une tête de femme et une queue de poisson,
c'est-à-dire ce qu'il y a de plus bavard et ce qu'il y a de plus muet au monde. Cet amphibie fut doté par les poètes de la fable, du pouvoir de charmer les navigateurs par la douceur de son chant et de leur donner la mort dans une extase irrésistible.
La Sirène du boulevard parisien ne chante pas, elle flûte, elle joue de l'harmonica mieux que Désaugiers, elle adore la musique des cigales et, comme sa devancière, elle finit en queue de poisson.
(Voir Cigale, Queue.)
Sirène de moulin (Chanter comme une). —
Variante de chanter comme un rossignol d'Arcadie.
A la campagne, le chant de la Sirène de moulin est souvent accompagné par le violon de bourrique, mais en ville, on lui préfère généralement le sifflet.
Au XVIIe siècle, l'Opéra obtint qu'on défendît la musique aux Italiens. Les acteurs de ce théâtre firent paraître sur la scène une sirène de moulin qui se mit à braire.
— « Insolente, veux-tu bien te taire, lui dit Arlequin, ne sais-tu pas que la musique nous est interdite...»
(Voir Rossignol d'Arcadie, Violon de bourrique.)
Sirènes ou Musicos. — Noms donnés à un genre de poissons musiciens habitant la baie de Pailon,
dans la République de l'Equateur. « Cest au coucher du soleil et pendant la nuit, raconte M. de Thoron, que ces poissons se font entendre, en imitant les sons graves et moyens de l'orgue entendu, non sous les voûtes, mais du dehors, comme lorsqu'on est près de la porte de l'église. »
(Comptes rendus de V Académie des Sciences, Tome 52- 11, page 1073.)
Sombré. — Timbre vocal en opposition avec le timbre clair. (Argot des chanteurs.)
La voix sombrée comprend le sombré-dur et le sombré-doux.
Ce qui peut justifier cette dénomination c'est que la voix des chanteurs qui abusent du sombré ne manque pas de sombrer rapidement. Le ténor Duprez en est le plus illustre exemple.
(Voir Voix blanche.)
Sonner. — Produire des sons à l'aide de la voix ou d'un instrument de musique.
Vieil argotisme qui exprimait à merveille ce qu'il voulait dire et qu'on a logiquement remplacé par le verbe jouer qui ne signifie plus rien.
Aujourd'hui il n'est plus permis de sonner que les cloches ou de la trompe de chasse, mais seulement en temps de carnaval.
Chassé du territoire français, ce vieux vocable
s'est réfugié chez les montagnards écossais qui lui ont accordé leur hospitalité proverbiale :
« Sonnez, sonnez, cors et musettes. »
(Voir Jouer.)
Sonner. — Être à l'agonie.
Rapprochement entre le râle du mourant et le tintement de la cloche qui sonnera son glas.
Pour pauvre personne Guères on ne sonne !
disait mélancoliquement un vieux dicton. Aujourd'hui, comme le chante A. Gouffé, on est las des glas,
Et loin de craindre l'avenir, Chacun, à l'aventure, N'aperçoit plus que le plaisir De partir en voiture.
Sonner la grosse cloche. — Employer les grands moyens, faire mouvoir les plus hautes influences, les plus puissants ressorts pour la réussite d'une affaire.
Sonner le tocsin. — Au figuré, donner l'alarme, ameuter par le bruit ou le scandale.
Sonnet. — Pièce de poésie, composée de quatorze vers, que Ton écrivait autrefois sonnez parce qu'elle se chantait.
De nos jours le sonnet a été rerais à la mode, sans musique, par des poètes mélophobes qui blaguent les poèmes en VII chants, également dépourvus de doubles croches, des vieux classiques.
(Voir Chant. Mélophobes.)
Sonnette. — Ce que Balzac nomme le troisième sexe. (Argot des voleurs.)
(Voir Chanteur, Serinette, Sirène.)
Sonnettes. — Lettres ou mots mal justifiés qui tombent d'une forme qu'on lève au-dessus du marbre. Les sonnettes diffèrent des sentinelles en ce qu'elles ne restent pas debout comme ces dernières.
(E. Boutmy. Dictionnaire de Vargot des typographes.)
Sonnettes. — Argent de poche.
Tintin rimant à son argentin, le rapport ne fut pas long à trouver.
Quand le duc d'Orléans fut devenu roi des Français, un de ses anciens amis, M. D*** se fit solliciteur d'un bon emploi.
Le roi promettait toujours; il proposait D***; mais les ministres disposaient des places. Enfin un
35o l'argot musical
jour, D*** trouva moyen de s'introduire auprès du roi, et ses instances furent si pressantes que Louis Philippe lui dit :
— Tenez, je n'ai rien de vacant en ce moment, mais je vous réserverai la première place dont il sera possible de disposer. Comptez sur moi. En attendant, je vais vous nommer chevalier de la légion d'honneur.
— Oh ! Sire, gardez-vous en bien. Je refuse.
— Pourquoi donc cela ?
— Je n'aime pas les cordons sans sonnettes.
Sortir les sons (Faire). — L'idéal d'un apprenti musicien aux prises avec l'anche ou l'embouchure d'un instrument â vent. (Argot des professeurs.)
Haydn découvrit un moyen original de faire sortir les sons de tout un orchestre.
L'Empereur d'Autriche, ne voulant plus garder la musique, le fit savoir au maestro qui en était le maître. Haydn demanda la faveur d'organiser un dernier concert. Toute la cour voulut assiter à cette soirée d'adieux. Haydn prit place à la tête des musiciens, donna le signal et tout l'orchestre entonna une mélodie mélancolique, puis, après quelques mesures, les contrebassistes éteignirent leurs bougies et s'en allèrent. A mesure que la Symphonie s'avançait, les musiciens déposaient leurs instruments et quittaient, la salle de concert;
l'argot musical 35 i
la mélodie s'affaiblissait de plus en plus ; et, à la fin, Haydn, demeuré à sa place, saisit un violon et joua seul le motif que l'orchestre avait exécuté au commencement de la symphonie. Puis le grand maître salua l'empereur et sortit.
Soufflant. — Trompette de régiment.
Que les élèves trompettes se souviennent toutefois que souffler n'est pas jouer.
Soufflet (Crever son). — Mourir.
Cette métaphore était un complément nécessaire de V orgue. En effet, quand le soufflet est crevé, l'orgue, c'est-à-dire l'homme, ne fonctionne plus.
(Voir Avaler ses baguettes, cracher son embouchure, décrocher ses cymbales.)
Soufflet. — Nom donné aux signes du crescendo et du decrescendo
dont le profil angulaire rappelle vaguement celui du soufflet de cuisine. (Argot des théoriciens.)
(Voir Crescendo.)
Soufflets (Paire de). — Jeu de mots par lequel les chanteurs facétieux aiment quelquefois à désigner les poumons.
Souliers à musique. — Craquant la première fois qu'on les chausse.
Quand on les a longtemps portés, ils commencent à déchanter; on dit alors qu'ils se livrent à la boisson, parce qu'ils prennent l'eau, opération peu goûtée des musiciens .
(Voir Boîte à cor, boîte à violon.)
Sourdine (A la). — Sans bruit.
G. Kastner prétend que, pour faire décamper une armée sans bruit, on se servait d'un instrument aux sons voilés, appelé sourdine.
(Voir Déménager à la cloche de bois; sans tambour ni trompette.)
Sourdine (Mettre une). — Au propre, c'est
affaiblir le son d'un instrument à l'aide d'un petit
appareil nommé sourdine. Au figuré c'est baisser
le ton de son langage, rabattre son caquet ou ses
prétentions.
(Voir Mettre un bémol.)
Souricière. — Violon de pacotille. (Argot populaire.)
Triple allusion aux trous percés en forme ô!S sur la table d'harmonie, aux souris qu'attire le jeu des virtuoses, et aux chats dont leur instrument se rend parfois le complice.
Spé. — Argotisme tiré par apocope du latin spesy espérance, par lequel on désignait le plus ancien des enfants de chœur, l'espoir du lutrin.
(Voir Enfant de chœur.)
Succès étourdissant. — Épithète ironique que l'envie applique invariablement à toute œuvre magistrale qui fait du bruit dans le monde artistique. (Argot des musicistes.)
Syncope. — Encore un argotisme forgé avec la langue d'Homère.
« Mais quand on prend du Grec On n'en saurait trop prendre.»
En musique, la syncope est un son articulé sur un temps faible ou sur la partie faible d'un temps, et prolongé sur un temps fort ou sur la partie forte d'un temps.
Il y a des musicastres, disait Azevedo, qui font la syncope de manière à vous y faire tomber.
Il nous semble que la syncope, à cause de son :tymologie Koptô, je coupe, sun, avec, serait mieux
sa place dans l'argot des joueurs pour désigner in atout.
Tabatière (Musique de). — Se dit du jeu de certains petits pianistes prodiges que Ton a longuement serinés et dont les notes grêles et correctes rappellent le timbre et le style des boîtes à musique dont on ne prise guère le répertoire.
Tablature (Donner de la).— Variante de donner du fil à retordre.
Cette métaphore dérive de la peine que les élèves de musique étaient forcés de se donner pour entendre la tablature, c'est-à-dire pour déchiffrer le tableau (du latin tabula, table) des signes baroques employés dans la musique.
Aujourd'hui la tablature est le tableau indiquant le doigter des instruments à vent.
Tagnards. — Choristes d'opéra-comique. (Argot populaire.)
Ce sobriquet date de la première représentation de la Dame blanche. On y chante, au premier acte, un chœur de montagnards où ce mot est répété un grand nombre de fois. La syllable mon, quoique
accentuée sur le temps fort, se trouvant plus sourde que les deux autres, et les choristes voyant là une occasion de faire une charge, le morceau se trouva transformé pour le public en un chœur de tagnards.
Talon. — Extrémité de l'archet opposée à la pointe. Argotisme que les luthiers ont poétiquement emprunté à Fart de la cordonnerie.
C'est la revanche de la boîte à violon et de la boîte à cor.
Tambour. — Chien. (Argot des voleurs.)
Dans une maison menacée par les grinches, c'est
le chien qui donne l'alarme en battant la générale
avec ses mâchoires.
Tambour. — Métier à broder, d'origine chinoise, composé d'un cylindre de bois creux, recouvert d'une lisière de drap sur lequel on tend l'étoffe à broder au moyen de courroies ou de cerceaux.
Tambour. — Nom populaire d'un poisson de mer du genre pogonia, également appelé grondeur, parce qu'il fait entendre un bruit ayant quelque analogie avec un roulement de tambour.
Tambour battant (Mener). — Malmener quelqu'un, le faire marcher avec autant d'égards que l'on mène les recrues à l'exercice.
Tambour des escargots. — Le tonnerre.
«Métaphore burlesque extrêmement juste, car les escargots, qui aiment beaucoup le temps humide, sortent de leurs trous pendant la pluie d'orage et le tonnerre qui gronde alors semble les appeler comme le tambour appelle les soldats. »
(Quitard. Études sur les proverbes.)
Tambour (Battre du). — Aboyer. (Argot des voleurs.)
Ce qui fait souvent battre la pègre en retraite.
Tambour (Crever son). — Se ruiner, se tuer par les excès.
Les bons conseils de la sagesse Près de nous ont peu de succès; Même en dehors de la jeunesse, Combien d'hommes, par leurs excès, Hélas ! avancent leur décès !
Quoique vieux, on veut rester crâne...
Je crois, messieurs, sans calembour, Qu'il faut ménager sa peau d'âne, Pour ne pas crever son tambour.