‹ L'Arioste comedie historique en un acte en versChapitre 10 sur 35 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LE LIEUTENANT, h Carlo.

Comment! tu prends la chose avec cette froideur?

On nous dit qu’avant peu nous allons en découdre,

Qu'il va sentir ici la fumée et la poudre...

Et tu te mets à lire ?.? Allons, moine, niais !..

(il jette jod lier*.)

CARLO, *e lerant virement.

Misérable coquin !

LE CAPITAINE, ee jetant entre eux.

La paix, Messieurs, la paix !

Vous traitez ce jeune homme avec trop de rudesse,

Lieutenant ; je vous vois le provoquer sans cesse.

Quel motif contre lui vous a mis en fureur ?

Il s’amusait à lire !... Eh bien ! le beau malheur ! Sommes-nous des marauds sans esprit, sans culture?

Le métier de bandit exclut-il la lecture ?

Loin de là I Quand on prend notre profession.

On est homme de goût, d'imagination !

On aime l’idéal, on fuit le terre-à-terre;

Autrement on serait procureur ou notaire !

Gloire aux livres ! non pas quand ils sont ennuyeux...

Que lisais-tu, Carlo ?

CARLO

Le Roland furieux.

LE CAPITAINE

Le Roland furieux? Ah ! lieutenant, quel crime !

Comment, c’est ce poème admirable, sublime.

Que vous avez jeté dans la poudre, à vos pieds ?

Vous le connaissez tous, et vous l’appréciez,

Messieurs; les soirs d’hiver j’en faisais des lectures :

Comme vous écouliez ces belles aventures !

Ces récits tour à tour joyeux, attendrissants,

Mêlés de tant d’esprit, de grâce et de bon sens ;

Dans ce roman d’amour et de chevalerie,

Vous retrouviez les traits de votre propre vie,

- Et cette ressemblance excitait vos transports !

Entre les paladins et nous, que de rapports!

Même ardeur au combat ; même esprit indocile ;

Même goût pour la vie errante et difficile;

Même amour du grand air et de la liberté;

Même horreur de la règle et de l'autorité.

L’ARIOSTE

Le divin Arioste est notre apologiste ,

Et l’on vient l'insulter devant nous I Triste! triste I Lieutenant, vous devez des excuses d’abord A l’Arioste, et puis à nous qui l’aimons fort! Heureusement pour vous, je suis doux par système... Lisez-nous tout à l’heure un chant de son poème. Messieurs, ce jugement vous parait-il sensé?

Celui de Salomon est, je crois, dépassé.

LE LIEUTENANT

L’arrêt sans doute est beau ; mais je n’y puis souscrire..

LE CAPITAINE

Une rébellion ?

LE LIEUTENANT

Non; je ne sais pas lire.

LE CAPITAINE

J'aurais dû m’en douter. Eli bien ! Carlo lira ;

Mais vous écouterez...

(On entend un eon de cor.)]

Un appel ! Qui vient là?..

LE LIEUTENANT, montant sur une éminrnee au fond.

Point de craintes, Messieurs, c’est un de nos lidèles... Mazetto.

LE CAPITAINE

Nous allons apprendre des nouvelles.

Page 1