SCÈNE III
Et nous en aurions vu des effets désastreux.
La perte de leur âme était chose certaine ;
Viens boire aussi, Carlo.
CARLO
Merci, mou capitaine :
Je n'ai pas soif !
LE LIEUTENANT
L'excuse est dun impertinent :
11 faut donc avoir soif pour boire maintenant ?
Morbleu! pour un bandit la maxime est nouvelle !
Je bois à ta santé, ma belle demoiselle.
CARLO
Je ne vous parle pas, lieutenant ; laissez-moi Tranquille, s’il vous plaît.
LE LIEUTENANT
Qu’a-t-il dit? Comment? Quoi?
Tranquille?.. Encore un mot à mettre avec les autres...
Qui veut vivre en repos peut-il être des nôtres ?
Non, morbleu ! Sache bien que le trouble, le bruit,
L'œil et l’oreille au guet, le jour comme la nuit,
Le mouvement sans lin et la lutte obstinée Sont les conditions de notre destinée !
Va, tu n’es qu’un bourgeois et je t’ai toujours dit...
LE CAPITAINE
Mon cher, vous vous trompez. Jamais jeune bandit N’offrit plus d'espérance et plus de garanties.
Et n’a plus mérité toutes nos sympathies.
Jusqu’ici, je l’avoue, inactif, isolé ,
Dans aucune entreprise il ne s’est signalé;
11 vit discrètement, sans bruit, à sa manière ;
Il n’en brûle pas moins d’entrer dans la carrière.
Vienne l’occasion que j’attends avant peu,
Vous verrez si l’enfant pâlit devant le feu.
LE LIEUTENANT
Le feu ! Je sens déjà mon cerveau qui travaille ; Serions-nous au moment d’avoir une bataille?
Tant mieux, morbleu ! Donner et recevoir des coups.
Tel est le vrai bonheur !.. Eh ! vite, expliquez-vous!
LE CAPITAINE
D’avides commerçants, des voyageurs moroses,
A qui nous aurons pris quelques petites choses,
L’ARIOSTE
Des magistrats oisifs qui manquaient de plaideurs,
Ont rempli le duché de leurs sottes clameurs.
Ils ont tant intrigué que le duc notre sire A daigné publier l’ordre de nous détruire;
Et déjà, pour mener l'all'aire avec vigueur.
On dit qu'il a fait choix d'un nouveau gouverneur.
CARLO
Le duc nous fait la guerre ?
, LE LIEUTENANT
Ah ! quelle invraisemblance !
LE CAPITAINE
Je crains qu’il ne se livre à celte extravagance.
Oisons mieux : j’en suis sûr ; mais j’ai fait mon devoir,
Et j’ai tout préparé pour le bien recevoir.
LE LIEUTENANT
Sous ce mot expressif, que faut-il qu’on entende?
LE CAPITAINE
Qu’un allié fameux va renforcer la bande.
LE LIEUTENANT
Quel est cet allié?
LE CAPITAINE
C’est Jean Malatesta !
Jamais autour d’un nom plus de bruit n’éclata;
Et son génie, aussi redouté que ses armes,
En avait fait le chef de nos frères de Parme.
Instruit que des revers, — qui peut s’en garantir? — Contraignaient ce brave homme à s’exiler, à fuir Avec quelques amis connus par leur vaillance,
Je leur ai fait porter un projet d’alliance,
Et j’espère, Messieurs, que, sans difficulté.
Ces illustres proscrits signeront mon traité.
Le nouveau gouverneur peut commencer la guerre I Nous sommes à notre aise et ne le craignons guère.
Avec Malatesta nos succès sont forcés.
Et tous nos ennemis sont déjà dispersés.
LE LIEUTENANT
Vive Malatesta! vive le capitaine !
Guidés par de tels cliefs la victoire est certaine.
Cuvons à leur santé, Messieurs... à leur bonheur!
. (Les bandits boivent, puis se groupent et se mettent à causer avec animation. Carlo se met à lire, assis sur le teetre A droite.)