SCÈNE V
L’ ARIOSTE , seul; il entre par le fond & droite, et lit »nr «es tablettaa.
« Cos fioles que Dieu même arrangea de ses mains a Contenaient le bon sens qu’il départ aux humains;
« Mais tel fut en tout temps lour goût pour la folie.
L’ARIOSTE
« Que chaque fiole était plus d'à moitié remplie.
« L'amour du plus grand nombre égare la raison;
« Celui-ci las de vivre heureux dans sa maison, a Veut s’enrichir et voit sur quelqu’aride plage,
« Son esprit et ses biens faire un commun naufrage; « Celui-là devient fou, qui, sensible à l’honneur,
« Comptait sur l'amitié de quelque grand seigneur.
(Une pense.)
— Oui, cette invention est un coup de fortune; Astolphe retrouvant son bon sens dans la luue Fournit à mon poème un récit amusant!
— Où suis-je? Les beaux bois et quel site imposant! Je me suis en rêvant écarte de ma route.
Petit malheur ; je vais la retrouver sans doute.
(il fait quelque» pat et revient.)
Conçoit-on le major! quel retard ! quel oubli 1 Dans l'auberge champêtre où je suis établi,
11 devait me venir retrouver dès l'aurore;
Sept heures sonnent; rien. Huit heures, rien encore. Ni major, ni soldats : irrité, plein d'ennui,
Je sors et bravement marche au-devant de lui.
Le temps était superbe et sa beauté me gagne.
Qui ne devient poète en voyant la campagne?
Ces montagnes, ces bois, cet air pur, ce beau ciel. Emportent mon esprit hors du monde réel.
Je m’engage au hasard dans un sentier agreste;
Et quand je sors enfin de ce rêve céleste,
Un chant de mon poème est presque refondu;
Mais je me suis perdu, complètement perdu.
Monsieur le gouverneur, pour votre entrée en scène, Vous n’êtes pas heureux. Assailli dans Modènc De bruits extravagants, de contes inouïs,
Sur les brigands fameux qui troublent ce pays,
Je conçois un dessein peut-être téméraire,
Et viens examiner ici ce qu'il faut faire.
J’arrive sans tumulte, en bourgeois ingénu;
Et me voilà causant avec un inconnu Dont le naïf langage et la bonne figure Annonçaient un esprit franc comme la nature.
Notre entretien fort long ne m’apprend rien du tout ; Puis ce bon campagnard disparaît tout à coup