‹ L'aristocratie en AmériqueChapitre 31 sur 43 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

PIERRE SOULE A L'ÉLYSÉE, PUIS A MADRID COMMI SADEUR. SON DUEL AVEC LE MARQUIS DE TURGC MORT LAMENTABLE.

Le sénateur de la Louisiane m'était sut apparu à Paris, en 1850. Il n'avait pas revu la depuis vingt ans, et il avait profité, pour s'y d'un voyage qu'il avait voulu faire à Madri( d'accepter une mission diplomatique qui lui i offerte. Je dirai plus tard quel était le but ( mission.

Soulé était naturellement très désireux de c( les hommes politiques de la France républic surtout de voir de près le Président contre 1 avait les plus grandes préventions. Je les co comme exagérées, et il finit par me demander pouvais pas le présenter à l'Elysée, où il sa j'étais reçu, comme à peu près tout le mo jeudis soir. Je lui répondis que cela se pouv

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lement, grâce à sa haute position, et je pris rendezvous avec lui pour le lendemain même, qui était un jeudi. Par prudence et convenance, je crus devoir prévenir M. Mocquart, le secrétaire intime du prince, de la liberté que j'allais prendre et des titres du voyageur que j'allais présenter. Mais quand j'abordai le Président avec M. Soulé, je m'aperçus bien vite que M. Mocquart avait oublié de prévenir le prince. En effet quand je lui nommai M. Pierre Soulé, sénateur des États-Unis, Louis-Napoléon s'inclina très gracieusement et lui dit : « Vous êtes Américain, monsieur? » Cette question blessa évidemment Soulé qui se figurait, à bon droit, que son nom et son origine française ne devaient pas être inconnus d'un homme qui avait passé un an aux États- Unis et était un des parents d'Achille Murât. Je me hâtai d'intervenir, en disant au Président que M. Soulé était ijne illustration française de l'Amérique, représentant un État d'origine française au Sénat de Washington. Louis-Napoléon, qui était d'une nature bienveillante et polie, sentit qu'il avait fait un impair, et, pour sortir de son embarras visible, il fit à Soulé cette question saugrenue : « Puisque vous habitez la Nouvelle-Orléans, où en est donc la crevasse faite à la levée par le Mississipi ? — Elle est bouchée, » monsieur, répondit le sénateur en appuyant sur les deux mots bouchée et monsieur, La conversation en resta là. Soulé me prit aussitôt par le bras et me dit : « Sortons ! » Quand nous fûmes dehors, il leva les

bras au ciel, en s*écriant : « Pauvre France, dans quelles mains es-tu tombée! »

Le souvenir de cette soirée ne fut peut-être pas sans influence sur un autre incident plus grave qui se passa quelques années plus tard, à Madrid, entre Pierre Soulé et le marquis de Turgot. Le coup d'État du 2 décembre 185 1 avait eu lieu.

Louis-Napoléon avait pris le titre d'empereur et avait épousé M"® de Montijo, la belle Espagnole, lorsque Pierre Soulé fut nommé ministre des États- Unis en Espagne par le président Pierce. Il ne fit que • traverser Paris, car il avait en haine l'empire et l'empereur, et il était convaincu que l'ancien « homme de l'Elysée » le lui rendait. Le bruit fut répandu à propos de l'ambassade de Pierre Soulé, qu'elle avait pour but d'amener l'Espagne à vendre l'île de Cuba aux États-Unis.

Il paraît bien avéré que M. Buchanan, secrétaire d'État de M. Polk, offrit à l'Espagne de lui acheter sa colonie moyennant cent millions de dollars ; mais ce trafic ne fut jamais du goût de Soulé. Il croyait trop que les peuples ont le droit de disposer librement d'eux-mêmes pour approuver qu'on leur fît acheter ce droit.

Dans le discours qu'il prononça au Sénat, il fit deux déclarations également précises et honorables. La première, c'est « qu'il était opposé à ce que le gouvernement américain favorisât aucun complot ayant pour • but d'enlever l'île de Cuba à l'Espagne, en violation

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des préceptes les plus stricts des droits des nations» ; et la seconde « qu*il était opposé atout projet d'achat de cette île et que cette idée devait être abandonnée ». Elle lui paraissait inadmissible en fait et en droit : en fait, parce qu'elle blesserait également la suceptibllité nationale des Espagnols, qui n'étaient pas hommes à se laisser acheter, et celle des Cubains qui n'étaient pas hommes à se laisser vendre ; en droit, parce que Tachât serait contraire aux principes fondamentaux de l'Union américaine qui a été établie, par ses auteurs, comme une association volontaire d'États indépendants. Soulé était donc d'avis qu'on laissât la colonie cubaine se séparer d'elle-même de la métropole par la force des choses et du temps, comme un fruit mûr se détache de l'arbre, et qu'ensuite on la reçût dans l'Union américaine, si elle demandait à y entrer. « Mais, ajouta-t-il, l'indépendance de l'île serait tout aussi désirable pour nous que son annexion à notre confédération. Je suis de ceux qui ne déguisent rien : la vérité n'est pas seulement une vertu, elle est la sagesse! »

Un homme qui parle avec cette netteté a droit d'être cru.

Soulé n'avait donc d'autre mission que celle de chercher à hâter l'heure de l'émancipation de l'île de Cuba par l'entente des Cubains et des Espagnols. C'était une tentative chimérique. Soulé s'en aperçut bientôt, et, devant l'inébranlable résistance du ministre Csilderon cje la Barca, il dut sç borner à exiger

impérieusement le redressement de certains griefs maritimes, dont les États-Unis croyaient avo^'*- ^ ^'^ plaindre.

A la mission dont il était chargé en Espagne, le dent Pierce et le général Marcy, son secrétaire c en avaient ajouté une autre : celle d'étudier, d cert avec divers diplomates américains, Tétat po et social de l'Europe, et l'opportunité du co que les révolutionnaires européens avaient s de la République américaine par la bouche de K(

C'était un renseignement que le cabinet d shington désirait avoir, sans aucune intention s< de s'en servir, et comme qui dirait par simple de l'art. Ce fut à'^Ostende que se tint cette conf ou plutôt cette consultation des ministres des Unis près les diverses cours de l'Europe. L( prudents, entre autres ceux de Paris et de Le s'abstinrent toutefois de s'y rendre, sous p d'indisposition. On a fait courir sur ces délibé secrètes beaucoup de versions excentriques, autres celle que Pierre Soulé y avait émis le vi le génie yankee inventât une guillotine à vapei couper d'un seul coup les têtes de tous les roi c'est une plaisanterie qui ne mérite pas qu'or fute sérieusement. Le fait est que ce petit c tenu ail beau milieu de l'ancien monde par les ; de la démocratie américaine, n'aboutit à rier tensibleet d'immédiat ; mais il posa les base: doctrine ou plutôt d'une ambition nouvelle, e

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