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LES MEURTRES POLITIQUES

Si la barbarie a fait place à des conspirations organisées plus ou moins légalement dans les classes ouvrières, elle a reparu dans le monde politique dont elle semblait exclue à jamais par l'intronisation du self govemment sur les débris du gouvernement royal.

Le grand avantage que Ton accordait jadis au régime républicain sur le régime monarchique, c'est qu'il rendait inutile l'assassinat pour se débarrasser du chef de l'État, puisqu'on pouvait le faire, tous les quatre ans, avec un simple bulletin de vote. Le meurtre politique semblait donc être une production étrangère au sol américain qui s'en enorgueillissait. Mais ce sujet d'orgueil lui a été retiré par le meurtre du président Lincoln et celui du président Garfield, deux chefs d'État assassinés en moins de dix ans ! Il y a là une aberration logique qui a com-

plètement troublé les Américains. La République n'est donc pas à Tabrî des crimes qui ensanglantent la monarchie ? Hélas, non I Les républicains de l'Amérique du Sud nous l'avaient déjà démontré. Cependant, le gouvernement électif, à courte échéance, doit évidemment moins solliciter le poignard que le gouvernement à vie. Mais il y a des fous partout, et la folie des peuples s'est accrue avec le radicalisme, qui est impatient de sa nature. Il est pressé de supprimer l'obstacle qui retarde la jouissance à laquelle il aspire. On ne sait plus attendre aux États-Unis. Sous ce rapport, ce peuple, jadis impassible et patient, a dégénéré. Il s'européanise. Par contre, l'Europe s'américanise chaque jour, mais les deux races s'empruntent leurs défauts et non leurs qualités.

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