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COMMENT ON S' AMÉRICANISE EN FRANCE

Ainsi, nous autres Français, nous avons pris des Américains ce qu'ils appellent le culte du dollar, c'està-dire de l'argent gagné rapidement et dépensé de même, le goût du luxe, de la vie en plein air, l'habitude des villes d'eaux, etc.. Les fortunes se font, non plus dans le commerce régulier, mais dans les jeux de Bourse. C'était autrefois l'affaire de toute une vie, on veut aujourd' hui que ce soit l'affaire d'un jour. Mai ce qui s'est élevé ainsi s'écroule de même. Cette passion du lucre, ce besoin des jouissances matérielles ont affaibli en nous, par une conséquence naturelle, l'esprit militaire qui était le signe distinctif de notre race et qui impose la nécessité de la frugalité, des privations et des sacrifices. Le métier de soldat est regardé comme le pire de tous, et le premier effort de la République radicale a été d'en restreindre les plus possible la durée. Le recrutement des sous-of-

liciers est devenu de plus en plus difficile. En un mot, nous perdons chaque jour les vertus viriles qui ont fait la France ce qu'elle a été, et nous nous habituons à ne plus penser aux deux provinces que nous avons perdues.

Eh bien, cela n'est pas du tout américain. On croit généralement que ce peuple de marchands n'a pas l'esprit militaire. On se trompe. Son armée régulière est excessivement faible, mais cela tient à ce qu'elle lui est inutile. Il n'a pas de voisins à craindre, pas de frontières à protéger, si ce n'est contre les Indiens. Si son armée de terre est faible, ^a marine militaire est toujours forte. Elle trouve facilement à se recruter, car les Américains sont des marins de naissance, comme les Anglais, leurs ancêtres. Ils sont aussi soldats par divers côtés de leur caractère que j'ai déjà signalés, leur amour de la règle, leur respect de la discipline. Tandis que chez nous, naguère, le service de la garde nationale était regardé comme une corvée à laquelle chacun cherchait à se soustraire, et que les gardes nationaux faisaient l'objet des caricatures des Daumier et des Traviès, les exercices des miliciens sont populaires aux États-Unis. Ce n'est pas seulement un plaisir, une distraction, comme je l'ai dit, c'est un devoir de patriotisme. Le sentiment de ce devoir est puisé dans l'immense or- . gueil national de ce peuple. Il ne veut se croire inférieur à aucun autre, au point de vue de la défense de son pays et de ses droits. Il veut être prêt à toute

éventualité et il n'abdique pas son patriotisme devant les idées d'humanitarisme. La paix lui convient comme manufacturier exportateur, mais il ne reculerait pas devant la guerre, au moindre accroc fait à sa fierté.

Il n'y a pas de plus grands patriotes que les Américains. Cependant, ils sont issus de plusieurs patries, et il semble que les filiations diverses eh rendent la fusion difficile. Ehl bien noni Le Nouveau-Monde a une puissance d'assimilation merveilleuse. C'est un creuset dans lequel les divers métaux se fondent pour n'en plus former qu'un, le bronze américain.

Les étrangers qui se prêtent le plus facilement à cette fusion sont les émigrants de race anglo-saxonne et des peuples du Nord, Allemands, Suédois, Norvégiens. Les Anglais ont surtout une propension merveilleuse à épouser la terre qui a su fixer leurs pas et à divorcer avec le sol natal. Une fois abandonné, celui-ci ne vient plus qu'en second lieu dans leur affection. Un frappant exemple de cette ingratitude filiale a été donné par la révolte des Américains contre l'Angleterre» leur berceau.

Il en est tout différemment de l'élément français. Il est le plus réfractaire de tous à l'alliage américain ; il existe entre eux moins d'affinité de nature et d'éducation. Mais, si les pères de famille, débarqués de France, résistent à une complète fusion, leurs fils s'y prêtent et deviennent les vrais citoyens du sol sur lequel ils sont nés ! C'est justice après tout.

La preuve de cette assimilation a été offerte par Tentrain avec lequel les gardes Lafayette, milice composée principalement de jeunes Français et descendants de Français, à New- York, ont combattu sous le drapeau de TUnion contre les planteurs du Sud pour lesquels ils avaient au fond plus de sympathies que pour les marchands du Nord.

Voilà la séduction que le grand air de la Liberté et des vastes espaces produit sur les étrangers dans le Nouveau-Monde. Les derniers venus s'éprennent de ce pays et de ses destinées. Ils croient bien vite, eux aussi, à la manifest destiny, et acceptent facilement la devise : « L'Amérique aux Américains ». Cest ce qui fait que cette fourmilière laborieuse et admirable dans son ensemble, malgré ses taches de détail, est appelée à être, si elle ne Test déjà, le plus grand. peuple du monde.

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