AVENTURES EXTRAORDINAIRES D UN MATHEMATICIEN
Le baguenaudier se trouve mentionné pour la première fois, je crois, parmi Tun des deux cent vingt-deux Traités de Cardan
172 Chapitre quatrième.
dans rOuvrage intitulé : De subtilitate libriXXl, dont la première édition parut à Nuremberg en i55o; il existe plusieurs autres éditions de cet Ouvrage, et notamment une traduction française publiée par Richard Leblanc, à Paris, en i556, sous le titre : Les livres d'Hieronymus Ca7~damis, de la Subtilité et subtiles Inventions, ensemble les causes occultes et les raisons dHcelles,
La vie de Jérôme Cardan est l'une des plus étranges et des plus extraordinaires dont il soit fait mention dans l'histoire des Sciences; c'est un tissu d'aventures, d'extravagances, d'actions incohérentes^ viles et parfois criminelles, puisqu'il en vint à assassiner un homme qui l'avait volé au jeu. Scaliger a dit de lui qu'il était supérieur à tous les hommes, mais que souvent il descendait plus bas que les petits enfants. Leibniz, qui Ta déclaré fou et insensé, n'en admirait pas moins la supériorité de son esprit. L'un des premiers, Cardan trouva la résolution de l'équation du troisième degré et démontra la formule qui porte encore son nom; il a imaginé un appareil employé dans la marine pour la suspension des boussoles, ainsi que Tappareil connu sous le nom de joint universel,
NéàPavie, en i5oi, il fut jeté par sa mère sur le fumier. Elevé et instruit on ne sait comment, il professa successivement la Dialectique, la Métaphysique, les Mathématiques; il exerça la médecine à Milan, de 1 529 à 1 55o; après avoir parcouru l'Ecosse, l'Angleterre, les Pays-Bas et l'Allemagne, il revint à Milan, où il vécut encore quelques années, partageant son temps entre le travail, la débauche et le jeu. Son fils aîné, médecin comme lui, empoisonna sa femme et fut décapité; son second fils tomba dans de -rands désordres; il le fit incarcérer plusieurs fois, puis lui
Les progressions géométriques. 173
coupa l'oreille, et finalement le chassa de sa maison. Enfin, il termina son existence infortunée à Rome^ à l'âge de soixantequinze ans; il était alors pensionné par le pape Grégoire XIII. Scaliger et de Thou prétendent qu'ayant fixé lui-même l'année et le jour de sa mort, il se laissa mourir de faim pour que sa prédiction fût justifiée.