I. Les banques allemandes et le crédit fictif
Or tout se fait à crédit dans l'Empire germanique depuis 1891.
L'industrie et la banque d'outre-Rhin sont dans cette situation qu'elles fonctionnent, non pas accidentellement, mais normalement, avec des capitaux empruntés et des signatures de complaisance. Ils appellent cela des Spéculations accepte (1). En bon français on peut traduire papier fictif.
Contrairement à ce qui se passait chez nous, où nos grandes banques, surtout depuis quinze ans, c'est-à-dire depuis qu'elles étaient passées au
(1) Georges Diouritch.
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service de l'étranger, se sont si manifestement )rouvées les ennemies réelles de notre industrie. îii Allemagne les banques et l'industrie font ïause commune et marchent systématiquement la main dans la main, avec la protection effective et clairvoyante de l'Etat, pour le plus grand )rofit de tous.
Les banques soutiennent l'industrie de pluieurs manières, toutes très efficaces et bien laptées. Elles achètent des actions de sociétés les gardent en portefeuille, tout le temps qu'il st nécessaire pour asseoir la nouvelle entreprise, en exerçant leur contrôle sur son foncionnement. Ou bien elles font acheter ces ictions au public par voie d'émission et d'introiuction en Bourse. Ou bien, — et c'est le cas le )lus fréquent, — elles consentent à leurs clients les crédits sur simple signature, des prêts d'ar- ;nt à longue échéance, de véritables découvris (1). La même opération en un mot qu'elles miandent à leur tour aux établissements français d'exécuter à leur profit, si bien que finalement et par le fait ce sont nos capitaux français qui consentent le découvert aux entreprises teutonnes.
Un industriel veut s'établir, ou bien il veut agrandir son usine, ou même la rebâtir de fond en comble, envie irrésistible qui prend aux Allemands tous les six ou huit ans. Il n'a pas d'ar-
(1) Victor Bérard.
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gent, mais cela ne fait rien, il emprunte. Son banquier lui prête tout de suite les fonds nécessaires, sur simple signature à 90 jours, renouvelable naturellement, ou sur émission de titres. Le banquier lui-même n'a pas de fonds liquides, ce qui arrive fréquemment aux banquiers boches. Cela ne fait rien encore. Il signe à son tour une nouvelle traite pour un banquier supérieur, ou remet des titres en garantie, et ainsi de suite jusqu'à la Reichsbank, (banque d'Etat).
Les entreprises s'organisent, s'enflent, se patronnent, s'enchevêtrent, se syndiquent, se soutiennent mutuellement, d'un bout à l'autre du territoire. Le crédit de l'une est garanti par le crédit de toutes les autres, même de ses concurrents apparents. La finance et l'industrie sont ainsi indissolublement liées et complètement solidaires.
En 1903, la Deutehe Bank était représentée dans les conseils d'administration ou de surveillance de 221 entreprises, la Disconto Gelleschaft de 92, la Darinstaedter Bank de 101, la Dresdner Bank de 1S3, etc. Ces entreprises concernent toutes les branches de la production, mines de charbon, sociétés métallurgiques, transports, textiles, produits chimiques, caoutchouc, papier, cuirs et peaux, bois, brasseries, produits alimentaires, construction, ameublement (1).
(1) Victor Bkrard.
De 1871 à 1912, l'Allemagne a engagé, rien que pour ses émissions nouvelles de sociétés, 36 milliards 118 millions, dont 13 milliards et demi dans ses établissements de crédit, et 22 milliards 620 millions dans ses entreprises de transport et industries diverses, — et il faudrait ajouter à ce chiffre toute l'innombrable floraison des petites entreprises qui n'ont pas donné lieu à des émissions publiques.
Tous ces crédits particuliers se font à leur tour garantir, nous le répétons, mais cette fois en bonnes espèces sonnantes et trébuchantes, par les prêteurs étrangers; nous avons vu de quelle manière et dans quelles proportions.
Et l'Etat allemand intervient à son tour pour couvrir son industrie, son commerce et leur crédit artificiel de l'aile protectrice de sa diplomatie agressive et de son armée menaçante, toujours prêt à proférer le Quos Ego foudroyant contre tout adversaire possible.
Cela a réussi admirablement pendant vingtcinq années.