‹ L'armature sociale;Chapitre 22 sur 98 · X. — L'avenir de l'Afrique française · texte numérisé non relu

X. — L'avenir de l'Afrique française

Nous aurons surtout à faire un effort nécessaire, légitime et fructueux pour la mise en va-

leur de nos très importantes colonies, et plus particulièrement de notre splendide Afrique française, ce magnifique prolongement naturel de la métropole, bloc désormais compact, de Tanger à Tunis, de Dakar au Tchad et d'Alger au Congo.

Nous devrons appliquer toutes nos énergies économiques et financières à l'exploitation de cet admirable domaine, lequel est presque vierge d'industrie et où l'agriculture et même le commerce sont encore bien insuffisants.

Nous devrons chercher non seulement à y exporter la plus grande somme de nos activités et de nos produits utiles, mais aussi d'en importer désormais la plus grande masse possible des produits qui noua manquent, tels que minerais, bois, caoutchouc, coton, tabac, café. Important et exportant ainsi sur sol français, nous serons bien assurés que la balance du commerce ne pourra que nous être favorable. Notre change, en particulier, en ressentirait aussitôt l'heureuse influence, et cette question du change n'est point négligeable.

Le premier débouché tout indiqué pour un accroissement de production de nos terres africaines, ce sera la France elle-même.

Avant la guerre, nous importions pour 8 milliards et demi de marchandises diverses, (statistique de 1913). Or, la plupart de ces importations pourraient parfaitement provenir de nos colonies, nous évitant ainsi de payer un lourd

tribut à l'étranger et nous permettant de favoriser la prospérité industrielle de nos possessions. Double bénéfice.

En effet, sur ces 8 milliards et demi, à côté de 3 milliards d'objets fabriqués, (que nous ne pouvons espérer logiquement trouver de longtemps à Madagascar ou au Congo), il n'y a pas moins de 5 milliards et demi de matières premières et de produits d'alimentation, que l'on peut très facilement y récupérer.

Un récent rapport officiel, signé du Vivier de Streel, renferme à ce sujet des précisions intéressantes.

En alimentation, nous avons importé en 19 13, 272 millions de vins, (dont 153 millions d'Algérie) et le reste de l'étranger), 4*31 millions d'huiles et graines oléagineuses, (dont 127 millions seulement du Sénégal). Nos achats de céréales ont atteint 565 millions, dont 85 millions seulement dans nos colonies. Or, les riches terres marocaines offrent à la culture des possibilités à peu près illimitées; l'Algérie, la Tunisie, l'A.-O.-F., peuvent fournir des appoints considérables d'orge, d'avoine, de gros mil.

Pour les cafés et le eacao, même situation et même solution possible, d'autant plus indiquée que nos colonies bénéficient pour leur entrée en France d'avantages douaniers considérables. Mais sur 207 millions de cafés reçus en 1915', à peine 1 million et demi, et pour les cacaos sur

55 millions, à peine 1 million venaient de nos possessions.

En outre, nous avons importé le total énorme de 1 milliard 85 millions de bestiaux, viandes, graisses, peaux, cornes, dont 88 millions seulement venaient de Madagascar ou du Sénégal. Madagascar, à lui tout seul, serait capable de réaliser cette immense production.

Passant maintenant aux matières premières, nous constatons que des forêts immenses couvrent tout notre Congo et une grande partie de l'A.-E.-F. Elles pourraient facilement subvenir à nos importations de 236 millions de bois divers et de 123 millions de caoutchouc. Nous n'en lirons cependant que 12 millions de bois et 19 millions de caoutchouc.

Quant aux soies brutes, aux cotons et aux laines, sur 938 millions, 2 millions à peine viennent de nos colonies. Enfin Madagascar, Flndo- Chine, le Maroc, le Congo, la Nouvelle-Calédonie renferment dans leur sous-sol de prodigieuses réserves minérales, en cuivre, plomb, étain, zinc, etc., qui sont à peu près inexploitées.

Cette mise en valeur complète de nos colonies, et plus particulièrement du bloc africain, pourra être réalisée beaucoup plus facilement et plus rapidement qu'on ne pense. C'est plutôt une question de capitaux et de moyens de transport que de main-d'œuvre, et les capitaux industriels ne manqueront plus en France après la guerre.

Nous n'en sommes plus à faire la preuve de

nos aptitudes colonisatrices aux divers points de vue politique, social, administratif et indigène. Cette démonstration est faite et bien faite depuis quelques soixante ans pour l'Algérie et nos vieilles possessions, et depuis quelques trente ans pour les autres.

On peut signaler tout particulièrement les méthodes par lesquelles nous avons su nous assurer le loyalisme de nos indigènes de toutes races et de toutes religions, et leur inculquer pour la France et le drapeau français une réelle affection. Ils viennent d'en offrir le magnifique témoignage sur nos champs de bataille depuis quatre ans, ces tirailleurs algériens, spahis, divisions marocaines, Sénégalais, Malgaches. « Moi, Français, comme toi. disaient-ils tous au front », et ils avaient parfaitement raison.

Il convient, pour tous ces motifs, de faire rentrer notre France africaine dans le cadre do notre future expansion et dans le plan de notre réorganisation économique générale, telle que nous allons avoir maintenant à l'étudier.

Page 1