IX. — Les zones d'influence économique
Ces mesures de légitime défense contre les manœuvres teutones devront se compléter par une entente générale méthodique entre alliés sur leurs relations économiques réciproques, c'est-à-dire sur leurs importations et exportations respectives et leur zone d'influence rationnelle.
On entend dire souvent qu'un pays est d'autant plus riche que le chiffre de ses exportations est plus considérable. Présentée sous cette forme simpliste, celle opinion est radicalement fausse, et l'exemple de l'Allemagne est là pour nous le prouver : chiiïre d'affaires ne signifie pas nécessairement bénéfices, nous l'avons vu plus haut.
Ce qui est vrai, c'est qu'une nation démontre d'autant mieux sa capacité d'expansion que le total de ses exportations dépasse davantage le mentant de ses importations. C'est la balance du commerce et elle était défavorable à l'Allemagne.
Théoriquement l'idéal serait de réduire les importations à zéro et d'exporter, au contraire, sur le monde entier. Il va sans dire que dans la pratique, ceci est purement impossible, car il faut tenir compte des intérêts et des capacités des autres pays. La meilleure politique internationale serait précisément celle qui trouverait le moyen d'accorder entre eux tous ces intérêts divergents.
En fait, le terrain d'entente pourrait être très facilement déterminé entre nos alliés et nous, si chaque peuple arrivait à se spécialiser pour ses exportations dans les fabrications pour lesquelles il est le mieux qualifié, soit en vertu de la nature de son sol et de son sous-sol, soit par suite d'aptitudes techniques particulières, soit enfin, en raison de sa situation géographique et de ses commodités de transport.
Ainsi, la France est naturellement très bien placée pour les créations de la mode et du. goût, les confections, les produits de marques, les articles de Paris, les spécialités alimentaires et pharmaceutiques, les vins et liqueurs, pour lesquels elle aura toujours la situation prépondérante. A l'inverse elle se trouve souvent en état d'infériorité pour la grosse métallurgie et les industries mécaniques, faute de charbon.
Au reste, cette adaptation et cette spécialisation n'auraient pas besoin d'être réglementées par la loi et par les conventions internationales. Elles se feraient toutes seules, par la force des choses et par le jeu des lois économiques invariables, lesquelles décrètent qu'un concurrent moins qualifié est toujours destiné à disparaître, quel que soit le régime douanier protecteur ou les mesures artificielles prises à son profit.
Mais nous n'en aurons pas moins intérêt entre alliés à ne pas attendre cette justice immanente et à nous éviter des concurrences inutiles et coûteuses, «n délimitant le mieux possible, of-
ficiellement et officieusement, nos zones d'influence respective.
Ces zones d'influence devront être à la fois professionnelles et géographiques, c'est-à-dire qu'il ne nous faudra pas avoir la prétention de réussir pour tous les articles dans les pays favorables à notre pénétration, pas plus qu'il ne nous faudra renoncer à fournir certains produits avantageux au pays non compris, en principe, dans notre zone géographique.
Comme nos alliés agiront logiquement de même de leur côté, l'harmonie économique se créera très vite entre nous tous, à l'usage, poulie plus grand bien commun.
Nous avons énuméré plus haut les principaux articles de notre zone d'influence professionnelle. Quant à la zone d'influence géographique, elle était déjà très bien caractérisée avant la guerre, et elle changera d'autant moins que nous n'y aurons plus à subir la ruineuse concurrence boche.
Sans parler de nos alliés anglais et américains, qui ont été de tous temps de gros consommateurs de nos produits de marques, nous avons et conserverons nos excellents clients de l'Amérique latine, Argentine, Brésil, Pérou, Chili.