‹ L'armature sociale;Chapitre 5 sur 98 · I. — - La Mégalomanie de Guillaume II · texte numérisé non relu

I. — - La Mégalomanie de Guillaume II

C'est bien la folie des grandeurs qui a possédé et inspiré le système impérialiste teuton depuis 1890, date où Guillaume II, acclamé par tout son peuple, s'est débarrassé brutalement de la tutelle du vieux Bismarck et a voulu voler de ses propres ailes.

Tout s'éclaire dans l'histoire des vingt à vingtcinq dernières années, et dans tous les domaines, politique, diplomatique, social, financier, économique, si on examine les faits en donnant toute son importance au facteur Guillaume II. C'est lui, — la comparaison ne serait pas pour déplaire à ce cabotin uécouronné, — qui a été le Deus ex machina de toute la formidable mise en scène boche. Il a voulu passionnément son œuvre, et il l'a faite pareille à lui-même, avec tous sesS^jj défauts, qui lui ont communiqué des germcsjÉjj

latents de décomposition, mais aussi avec ses rares qualités pratiques, qui ont permis un succès immédiat éblouissant.

Chose curieuse, ce Prussien incontestable, élevé à la dure école du plus prussianisant des hommes, Bismarck, et nourri des traditions d'un autre Prussien authentique, Frédéric II, s'est révélé plus Allemand que Prussien, et Allemand du Moyen âge, Allemand du Saint-Empire romain-germanique, de la Diète, de la Ligue Hanséatique, de la Confédération du Rhin. C'est pour cela qu'il a pris, jusqu'à ces tout derniers temps, une telle influence sur son peuple et qu'il l'a identifié à lui, jouissant d'un prestige personnel indéniable aux yeux de Lous, même auprès de ses socialistes et du plus émancipé de ses sujets.

Il faut donc voir dans tout le système économique teuton l'impulsion permanente du Kaiser. Cette progression industrielle et maritime de l'Empire, cet effort perpétuel vers le toujours plus grand, vers le « colossal », sont nés de ses méthodes et cle ses directives. Il aimait à être qualifié le premier commis-voyageur de son peuple, et c'est vrai qu'il ressemblait par bien des côtés aux vaniteux, rapaces et audacieux marchands des anciennes villes hanséatiques.

Parce que Guillaume II voyait grand, l'industrie allemande a voulu être au-dessus de toutes les autres, et dominer partout, Deutchland uber aies. La science livresque ne lui manquait pas, ni l'art d'imitation, ni le sens d'application, ni même les

bons modèles à copier ou à démarquer. Elle s'est lancée à corps perdu dans la production intensive.

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