I. — Les Rapports de l'Industrie, du Commerce et du Capital
Il est assez curieux de constater que, malgré l'abondance et la disparité des systèmes économiques, presque tous les écrivains, des physiocrates aux économistes orthodoxes et aux socialistes, pourtant si prolixes pour discuter les rapports du capital et du travail, deviennent subitement cristallisés. Les conditions nécessaires à sa complexes et délicats du capital et de la production.
L'importance de cette question essentielle paraît leur avoir échappé, aussi bien que la distinction nécessaire à établir entre l'industrie et le commerce. Ils ont tous un penchant à identifier de parti pris le commerce et l'industrie et à ne voir dans ces deux catégories cependant si dissemblables, qu'une seule modalité de la loi d'évolution. Quant au capital, ils l'incorporent lui aussi purement et simplement au même groupe, et ilr. en font même le phénomène essentiel sur lequel tout repose.
Les socialistes, partant de leur principe de la
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lulte des classes et transportant telle quelle cette formule sociale sur le terrain économique, mettent d'un côté la classe bourgeoise tout entière sous le nom de capital, comme nous l'avons déjà dit, de l'autre côté la classe ouvrière sous le nom de travail, et ce concept rudimentaire leur suffit.
Les économistes orthodoxes à leur tour partent de la production de la richesse, où ils distinguent très soigneusement l'agriculture de l'industrie et où ils dédaignent déjà de préciser la part contributive de chaque catégorie sociale dans cette production, (main-d'œuvre et mise en œuvre), puis ils passent bien vite à la circulation de la richesse et à sa répartition, rjur lesquelles ils s'étendent complaisamment. A partir de ce moment ils délaissent tout à fait le facteur production, (tant agriculture qu'industrie, tant maind'œuvre que mise en œuvre), pour ne plus s'intéresser qu'au commerce et au capital, réunis par eux sous le nom générique de richesse.
Or il y aurait précisément une étude très intéressante à écrire pour rechercher si ces trois éléments, production, commerce et capital, ont toujours été bien convergents, - — s'il n'y a pas eu au contraire entre eux presque toujours antagonisme plus ou moins latent, conflits d'intérêts plus ou moins conscients, et prédominance tantôt d'un des éléments, tantôt d'un autre, aux diverses époques de l'histoire, mais jamais égalité ni fusion.
La question sociale irréductible n'est peut-être
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point tant, comme on le croit d'habitude, entre le capital et le travail, mais bien plutôt entre la production de la richesse et la répartition de cette richesse, ce qui n'est pas du tout la même chose.
Nous n'avons naturellement ni le temps, ni la place, ni la compétence, ni les matériaux nécessaires pour pousser cette discussion à fond, mais nous relevons cependant à première vue, dans l'histoire des phénomènes économiques et de leurs variations, quelques traits saillants qui paraissent militer en faveur de cette thèse et de cette classification nouvelle.
Cette recherche, nous l'avons d'ailleurs commencée plus haut incidemment (1) et nous l'avons conduite jusqu'aux environs de 1848.
Nous y avons vu tout d'abord l'alliance du grand négoce et de la finance contre les corporations, la mort des corporations, puis la création de la grande industrie, comme vassale de la haute banque et dans sa dépendance absolue, enfin la prépondérance incontestée de la finance, non plus seulement sur l'un ou l'autre des compartiments économiques et sociaux, mais sur tous à la fois et même sur les pouvoirs politiques, par sa constitution définitive en puissance indépendante et superbe sous le nouveau nom de capitalisme.
(1) Voir chap. V.