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II. — Le Capitalisme

Dès cette époque, (1830-1848), les caractère*, essentiels de cet élément capitaliste sont nettement muets pour étudier les rapports autrement fructification apparaissent très clairement.

Comme il n'est pas producteur, ni même répartiteur de la production, il a intérêt à activer la circulation et à multiplier les échanges, puisque c'est sa seule chance de gain et d'accroissement. Il ne crée rien par lui-même et n'apporte aucune nouvelle source de richesse. Il ne peut trouver son bénéfice que dans une différence de valeur. Tout son système tient dans la spéculation, la hausse ou la baisse des prix. Il ne vit que par la fluctuation incessante des cours, non seulement dans le temps, mais dans l'espace. Tout lui est bon de ce qui peut donner lieu à des variations de valeur, où que ce soit et quoi que ce soit.

C'est dire qu'il n'est pas du tout relié à un cadre ou à un milieu. Il peut très bien changer de place et de genre d'opérations, suivant les circonstances. Il n'est même pas tenu par sa clientèle, à la rigueur, car il peut en avoir de rechange, ou même de contradictoires. Qu'est-ce que cela fait? On joue aussi bien à la baisse qu'à la hausse. C'est le mouvement de l'argent qui importe seul et les bénéfices qu'on peut en tirer.

Il en résulte crue le capitalisme n'a pas du tout besoin de continuité sociale ni de stabilité éco-

nomique. Ses intérêts ne sont guère liés à ceux de la patrie. Ils peuvent même lui être parfaitement contraires; cela s'est vu très souvent.

Comme il envisage toujours le gain immédiat maximum, sans s'inquiéter de l'avenir, chaque affaire doit se suffire à elle-même et donner par elle-même son résultat. Une fois celle-ci réalisée on passe à une seconde, et ainsi de suite, dans les genres les plus différents et dans les pays les plus dissemblables. De là à la théorie de l'internationalisme financier il n'y a qu'un pas, et il est vite franchi.

En outre, puisque tout son mécanisme repose sur la spéculation et la différence artificielle de valeur, puisqu'il est incapable d'augmenter la richesse réelle d'un centime, ce qu'il gagne il le fait nécessairement perdre à d'autres, provoquant ainsi des misères, des ruines, des faillites, voire môme des crises nationales. Le capitalisme n'est jamais créateur par lui-même. Il est souvent parasitaire et destructeur. « Les affaires, c'est l'argent des autres, » a dit Alexandre Dumas fils.

Puisque la finance et le capitalisme ne tiennent par définition à rien ni à personne, ils montrent, suivant les circonstances, un aimable éclectisme dans le choix de leurs correspondants et de leurs affaires. Ils appliquent le point d'appui décisif de leur puissance partout où ils y trouvent intérêt, sans s'embarrasser jamais de préjugés et de sentimentalités. Ils se feraient en-

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trepreneurs de socialisme, s'ils y venaient un profit; il y en a même qui l'ont fait. On cite tel grand baron de la finance qui s'est fait le commanditaire d'une publication ultra avancée. Non point certes qu'il voulût influer sur la doctrine, mais il y voyait une bonne affaire pécuniairement: cela seul comptait pour lui. Les bons financiers ne doivent avoir ni cœur ni entrailles.

C'est pourquoi, notamment, ils se sont montrés si implacablement égoïstes dans toutes les questions sociales et ouvrières. L'instinct du travailleur ne le trompe pas lorsqu'il voit dans le capitalisme l'ennemi irréconciliable. C'est pourquoi aussi, ils ont fait fabriquer à leur usage une doctrine basée sur la plus féroce concurrence vitale, tout comme le marxisme, avec le même mélange bizarre de lois biologiques, darwiniennes et scientistes, ce de corollaires financiers. Il est même amusant de constater en passant cette origine commune de doctrine chez les deux adversaires, cégétistes et ploutocrates. C'est un cas bien curieux de ce qu'un grand philosophe a appelé « l'identité des contraires ». Il illustre également ce mot un peu obscur de Taine : « Le bourgeois est un anarchiste repenti ».

La finance n'a d'ailleurs ressenti aucune inquiétude réelle de toutes les manifestations cégétistes, bien qu'elle puisse feindre quelquefois cette inquiétude pour la galerie. Les militants syndicalistes ne l'ont pas du tout terrifiée avec leur politique du pire. Au contraire cette poli-

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tique s'est trouvée directement favorable à ses intérêts, puisqu'elle préconisait hautement la fameuse concentration capitaliste, sous prétexte de pouvoir mieux la détruire ensuite. Quelle singulière tactique que celle qui consiste à accroître volontairement les forces de l'ennemi. La C. G. T. l'aurait fait exprès, que cela n'aurait pu être mieux. Nos grands argentiers ont dû avoir parfois des heures de douce gaîté.

Quant à la révolution, la finance sait ce que c'est et elle ne la redoute pas. Elle qui entretient si soigneusement la terreur des révolutions dans sa clientèle de petits rentiers, et qui sait si bien s'en servir à la Bourse, n'en a jamais peur pour elle-même. Elle en fait même au besoin, comme Laffitte en 1830. Elle est toujours avec le gouvermement quel qu'il soit, et elle sait bien que le gouvernement sera toujours avec elle. Benoît Malon racontait que Rothschild vint en 1871 faire ses offres de services à la Commune.

La révolution de 1848, tout comme celle de 1871, laissa donc la haute banque parfaitement calme. C'est si facile de mettre ses millions à l'abri Quand ils sont rassemblés dans une petite liasse de papiers multicolores. Ce fut même, ironie des choses, le socialiste Louis Blanc, qui fut obligé en 1848, de sauver la haute banque d'une crise financière, au nom de l'intérêt supérieur du crédit public; il raconte le fait lui-même, en l'expliquant et en s'excusant.

Le second Empire fut, comme la monarchie de

Juillet, un terrain de choix pour le capitalisme. Il fut vraiment alors à son apogée. Il agrandit encore son rayon d'affaires par des spéculations sur les terrains et de gigantesques constructions d'immeubles dans tout Paris. Ce fut une fièvre générale de bâtisse et une accumulation croissante du luxe et des commerces du luxe dans tous les compartiments sociaux, entretenues par deux Expositions universelles et la présence incessante de riches visiteurs.

Ce fut aussi le point de départ, encouragé par la mégalomanie de Napoléon III, de cette fureur d'emprunts d'Etats étrangers et de valeurs extérieures, qui nous a fait tant de mal depuis lors. On commence à délaisser l'intérieur, où il ne reste vraiment plus grand' chose à glaner, et l'on porte toute son activité sur le monde ébloui, lequel lend ses mains suppliantes vers l'argent inépuisable de la France.

La troisième République paraît d'abord devoir continuer sur ce point les traditions de l'Empire. Mais il se produit bientôt un petit fait de rien du tout, qui a passé presque inaperçu, et qui aura pourtant les plus grosses conséquences probables pour nos destinées futures et pour celles du capitalisme. Ce fait insignifiant, c'est l'entrée en scène du petit rentier, du classique bas de laine.

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