‹ L'armature sociale;Chapitre 86 sur 98 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Il semble que l'on commence à voir un peu plus clair dans tout ce chaos de doctrines, de faits et d'intérêts contradictoires, dans ce tourbillon de phénomènes confus et d'organismes embryonnaires ou exagérés.

L'évolution économique a sa logique et sa loi, comme tout ce qui est en ce monde. Seulement elle est souvent bien abstraite et bien difficile à démêler. Nous prions donc nos lecteurs de ne pas lui imputer à crime ce qu'il y a d'inévitable insuffisance dans notre argumentation personnelle.

De même qu'au Palais, le juge a la faculté, et même le devoir, de suppléer aux lacunes de la défense, le lecteur voudra bien parfaire luimême le résumé des débats et juger non en fait mais en droit.

Quant à nous, nous nous contenterons de préciser, en quelques dernières phrases, ce qui nous paraît définitivement acquis aux débats.

Contrairement à l'opinion courante, le producteur français n'est ni veule, ni paresseux, ni timoré, ni routinier. Ce sont là peut-être les défauts de certains capitalistes et de certains pa-

rasites sociaux de tous les pays, mais nullement de notre producteur.

Celui-ci, à l'inverse, a donné depuis trente ans maintes preuves de sa hardiesse, de son esprit d'initiative et d'entreprise. S'il n'avait pas mieux réussi jusqu'alors, c'est précisément pour les raisons que nous avons longuement exposées dans ce petit livre, et dont aucune n'est de son l'ait, — en bonne justice.

Il a eu contre lui, pendant toute cette longue période, le mauvais vouloir permanent ou même l'hostilité déclarée de plusieurs grandes puissances sociales qu'il connaît bien. Tout ce qu'il a fait, tout ce qu'il a réussi, c'est malgré elles ; tout ce qu'il a raté, c'est à cause d'elles, — et il ne l'ignore pas.

Il vient en outre de montrer, depuis la guerre et dans la guerre, à l'intérieur comme au front, de remarquables facultés d'adaptation et de ténacité, un sens des réalisations et de la solidarité, une aptitude à décider et à agir vite, résolument et à fond, qu'on ne lui soupçonnait pas.

Aussi ne demande-t-il point qu'on l'aide, car il est payé pour se méfier des interventions. Il demande qu'on ne le gêne plus et qu'on le laisse faire tout simplement, par les voies et moyens qu'il croira devoir adopter. C'est à lui, — il l'entend bien ainsi — , à faire sa destinée et la nôtre, du même coup.

Conscient de sa force, il prétend^ prouver la vitalité économique de la France, comme le philo-

sophe prouvait le mouvement, — en marchant. Il sait très bien où il faut aller et ce qu'il aura à y faire.

Quant aux procédés de réalisation, si ce petit livre a réussi à extérioriser vraiment ce que désirait l'auteur, il ne peut plus y avoir de doute pour personne : c'est l'association et la coordination de toutes les énergies individuelles de production par le syndicalisme, lequel sera bien l'armature sociale dont nous avons besoin.

Nous avons, en effet, déjà un critérium de certitude, V intérêt national; une méthode, V action corporative: un programme, la concentration syndicale: un objectif, le syndicalisme de production. Il n'en faudra pas plus pour conditionner toutes nos applications nécessaires, telles que nous les étudierons bientôt dans un nouvel ouvrage.

Il n'y a dans nos petites pages rien de bien nouveau, c'est vrai. Mais il y a, par une série de petits moyens appropriés et soigneusement soumis au contrôle des faits, la mise en place de chaque chose et la liaison automatique de toutes ces choses entre elles.

Ainsi les cailloux roulés, le sable de rivière, les déchets de fer, — vains débris par eux-mêmes ou masse inerte, — viennent s'agglomérer dans le ciment, et, lorsqu'ils ont fait prise, plus rien ne peut venir ébranler la solidité de l'édifice.

Août 1917-Mai 1918.

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