‹ L'armée allemande; étude d'organisationChapitre 36 sur 192 · VII. — Les Sociétés d'anciens militaires. (Kriegerverelne · texte numérisé non relu

VII. — Les Sociétés d'anciens militaires. (Kriegerverelne

Le but de ces sociétés est d'entretenir Tesprit de camaraderie parmi les anciens militaires, et de fortifier leur patriotisme par la célébration en commun des anniversaires glorieux.

Ces sociétés ont constitué des fonds de secours pour venir en aide aux anciens soldats dénués de ressources, ainsi qu'à leurs veuves ; elles ont également fondé des maisons de refuge pour les orphelins. Ces fonds s'alimentent par des cotisations,

148 CHAP. m. — LES HOMMES DE TROUPE ET LES CADRES.

par la vente de leurs annuaires et par la publication d'un journal spécial Die Parole (le mot d'ordre.)

Les membres des Kriegervereine ont également formé des sociétés de secours aux blessés (Sanitàts-Kolonnen), destinées, en temps de paix, à assurer le transport des malades ou des blessés, et à organiser les secours contre les incendies, épidémies ou inondations. En temps de guerre, cette organisation renforcera les services ambulanciers de l'armée. Placées sous l'autorité des comités de la Croix-Rouge, instruites par leurs soins, et pourvues de tout le matériel nécessaire à leurs exercices, ces colonnes fourniront en campagne un personnel préparé à ses fonctions spéciales et apte à rendre de précieux services.

Lq gouvernement protège ces sociétés avec une grande sollicitude, car il leur attribue une fonction sociale importante. Tous ces anciens soldats ont appris au régiment qu'un étroit attachement au souverain est la première des vertus. Il convient d'entretenir chez eux ces sentiments de fidélité à l'Empereur et à la patrie. On constitue ainsi des foyers de loyalisme qui apportent dans la société civile l'esprit et les traditions de l'armée, et qu'on oppose aux éléments avancés de la nation.

Dans cet ordre d'idées, on a cherché à en faire des instruments de combat contre le socialisme, mais des conseillers plus sages les mettent en garde contre toute introduction de la politique dans leur existence, et les engagent à rester simplement fidèles à leur rôle primitif de bienfaisance et de patriotisme.

Il existait, à la fin de 1897, sur le territoire*de l'Empire 18,295 associations de vétérans, avec i, 502, 914 adhérents. Vers cette époque, on créa à Berlin, une fédération générale des vétérans allemands (Deutscher Krieger Bund)^ qui centralise sous une direction unique, l'action de presque tous les Kriegei^vereine de l'Allemagne ; il est dirigé par un Comité central comprenant 6 membres pour la Prusse, 3 pour la Bavière, 3 pour la Saxe, 2 pour le Wurtemberg, 2 pour

LES SOCIÉTÉS d'anciens MILITAIRES. 149

Bade et 1 pour chacune des autres fédérations d'État. Ce comité siège au lieu où se trouve le monument élevé par ses soins à la gloire de Guillaume I®', sur la montagne de Kyffhâuser (d'où son nom de Kyffhàuser Ausschuss) .

Les sociétés de vétérans de Bavière, de Wurtemberg, de Saxe, de Bade et de Hesse qui avaient jusque là gardé leur indépendance, sont entrées en 1900 dans la fédération générale.

D'après V Internationale Revue de mai 1902, le Deutscher Krieger Bund comprend actuellement 22,972 sociétés avec 4,940,000 adhérents ; la Prusse à elle seule fournit 42,453 sociétés.

Cette centralisation, peut-être excessive, à l'image de la Constitution politique du pays, risque de nuire à la vitalité des sociétés primitives. Elle fait accuser le Krieger Bund de ne plus être qu'une dépendance de l'administration et de vouloir jouer un rôle politique. Quelques membres s'en détachent pour conserver leur liberté et vont former des sociétés locales indépendantes (sociétés d'anciens artilleurs, d'anciens cavaliers, etc..) revenant ainsi à l'esprit initial de ces institutions.

Recherclie d'emplois pour les militaires libérés.

L'autorité militaire s'est occupée, en 1897, de faciliter aux soldats libérés, les moyens de se procurer du travail. Des essais furent faits dans certains corps d'armée prussiens, d'après les bases suivantes :

Les commandants de district de Landwehr furent chargés d'établir, d'après les renseignements fournis par les sociétés d'anciens militaires, des listes d'emplois vacants dans leurs districts. Ces listes étaient communiquées aux corps et par leurs soins aux soldats libérables. On attirait également leur attention sur le fait que les places dans les grandes villes étant fort demandées, ils avaient peu de chances d'y trouver des emplois et que le retour dans leurs foyers leur procurerait des avantages beaucoup plus grands. Le rôle des corps s'arrêtait là, les négociations devant uniquement se produire entre les intéressés , toutefois, les commandants d'unités

étaient autorisés à délivrer, comme par le passé, des certificats de bonne conduite et à répondre aux demandes de renseignements qui leur étaient adi-essées par les patrons sur des hommes placés sous leurs ordres,

La presse n'a pas fait connaître si les résultats ainsi obtenus avaient été satisfaisants, et si la mesure a été étendue à tous les corps d'armée prussiens.

Dans rallocution qu'il adressait aux Officiers de la garnison de Berlin, réunis le l«f janvier 4900, dans la grande salle de l'Arsenal, TEmpereur d'Allemagne Guillaume II rappelait en ces termes la situation de Tarmée prussienne au commencement du siècle :

« La glorieuse armée de Frédéric le Grand s'était endor- « mie sur ses lauriers ; absorbée jusqu'à l'engourdissement « par les minuties du service de détail (1), elle avait à sa tête « des généraux affaiblis par l'âge et inaptes à la guerre. Son « corps d'officiers, déshabitué des fatigues, s'était amolli « dans le luxe et le bien-être ; il était aveuglé par une vanité « insensée. En un mot, cette armée n'était pas seulement K au-dessous de sa tâche : elle l'avait oubliée. »

Puis, célébrant l'avènement du nouvel empire allemand fondé par son grand-père, Guillaume II ajoutait :

« C'est à vous. Messieurs, dans le siècle qui s'ouvre, qu'il « appartient de conserver et de pratiquer ces belles qualités « qui ont permis à nos prédécesseurs de faire grande notre « armée : simplicité et modestie dans la vie de chaque jour, « loyalisme inébranlable envers la dynastie, consécration de « toutes vos forces physiques et morales à un labeur inces- « sant, pour développer l'instruction des troupes. »

(i) L'expressîoo employée par l'Empereur est plus imagée et plus expressÎTe : « Gamaschendienst » le service de boutons de guêtres.

L'empereur Guillaume II fait donc retomber sur le corps des officiers prussiens la responsabilité des défaites du commencement du siècle, aussi bien que la gloire des victoires de 1866 et de 1870. C'est qu'en effet, la force d'une armée réside plus dans la valeur de son personnel que dans le nombre de ses soldats et le perfectionnement des engins matériels mis à sa disposition. Or, — surtout dans les armées modernes, — le corps des officiers représente presque exclusivement l'élément permanent. Chargé de procéder à Tinstruction des hommes pendant leur présence temporaire sous les drapeaux, il leur communique, au moins en partie, l'esprit qui l'anime ; en un mot, d'une foule sans entraînement physique, sans cohésion morale, il fait une armée.

Les pages suivantes nous montreront les mesures prises par l'autorité allemande pour l'organisation de son corps d'officiers.

Conditions générales.

Les conditions de recrutement des officiers de l'armée prussienne sont réglées par l'ordonnance du 11 mars 1880, dont les principales dispositions ont été étendues à l'armée bavaroise, par décision royale du 17 décembre 1883.

Aux termes de ces règlements, tout soldat ayant 17 ans révolus et moins de 23 ans, possédant l'instruction générale et l'aptitude militaire nécessaires, peut être proposé pour enseigne.

Les connaissances générales sont justifiées par la possession de divers diplômes, dont le moins important est, en Prusse, un certificat constatant que le jeune homme a terminé avec succès sa deuxième supérieure (classe correspondant à peu près à la Seconde en France). De plus, le candidat doit, en principe avant son entrée au service, avoir passé l'examen

d'enseigne (Fàhnrichsprufung) devant la commission supérieure d'examens militaires.

L'aptitude militaire est constatée par un certificat (Dienstzeugniss) délivré par les chefs hiérarchiques du candidat, au plus tôt après cinq mois de service effeclif dans la troupe.

Ces diverses pièces sont envoyées par le corps à la commission supérieure d'examen militaire qui délivre le certificat de capacité pour enseigne (Zeugniss der Reife zum Fàhnrich 00 Reifezetigniss) : alors seulement le candidat peut être proposé par le corps pour le grade d'enseigne, puis nommé par décision du souverain.

L'enseigne est alors envoyé dans une école de guerre — souvent avant d'avoir reçu son brevet — et il en suit les cours pendant huit mois. A la fin de son séjour dans cette école, il est présenté à la commission supérieure pour passer l'examen d'olTScier (OyJÇzier^ prûfung)^ à la condition qu'il soit enseigne titulaire depuis au moins six mois et qu'il n'ait pas 25 ans révolus.

A la suite de l'examen d'officier, la commission supérieure délivre un certificat d'aptitude pour officier [Zeugniss der Reife zum Offizier) et l'enseigne revient à son régiment, où il attend généralement deux à trois mois, sa nomination de lieutenant.

11 lui reste, en effet, à subir une dernière épreuve : le vote du corps d'officiers déclarant qu'il est digne d'être accepté parmi les officiers du régiment. Le procès-verbal relatant le résultat du vote, accompagné d'un certificat des chefs militaires attestant que le candidat possède les connaissances pratiques du service d'officier, est soumis au souverain, qui signe la nomination au grade de lieutenant.

Telles sont les règles générales : elles sont différemment appliquées suivant que les jeunes gens proviennent de l'une ou de l'autre des catégories fournissant la majeure partie des officiers allemands :

Les cadets.

Les faknenjunker (anciennement acantageurs).

Les cadets.

Les enfants que leurs parents destinent à la carrière d'officier peuvent faire leur éducation dans une école de cadets (\). Ce sont pour la plupart des flls de fonctionnaires, et surtout d'ofBciers, qui profitent de cette latitude ; ils entrent dans une école de cadets à partir de l'âge de dix ans. Tandis que les élèves des écoles saxonne et bavaroise achèvent leur éducation dans la maison qui les a reçus enfants, les élèves des huit écoles prussiennes passent tous à Tâge de quinze ans à rétablissement de Gross-Lichterfelde, où ils reçoivent un commencement d'instruction militaire.

Tout élève de l'établissement principal de Gross-Lichterfelde, âgé de dix-sept ans, présentant un développement physique suffisant, qui a terminé sa deuxième supérieure, peut passer l'examen d'enseigne; s'il subit cet examen avec succès, il est envoyé dans un régiment comme enseigne caractériséf c'est-à-dire qu'il porte les insignes de ce grade sans le posséder effectivement et sans en toucher la solde.

Le candidat officier provenant des cadets entre donc au régiment comme sous-officier ; au bout de six mois il pourra recevoir le titre effectif d'enseigne et être détaché dans une école de guerre : sa carrière se déroulera dès lors dans les conditions générales exposées plus haut.

Le cadet qui aura réussi dès le premier essai à ses divers examens, aura donc accompli un an à un an et demi de service (dont huit mois dans une école de guérite), avant d'arriver officier : dans les circonstances les plus favorables il sera promu entre dix-huit ans et demi et dix-neuf ans.

Exceptions. — Telle est la voie généralement suivie par les cadets ; notons les principales exceptions.

(i) Pour Torganisation des écoies de cadets, voir au chapitre VI, Écoles.

û) Les Seie/Uaner, — Parmi les meilleurs élèves de la classe de deuxième supérieure, Tautorité militaire désigoe un certain nombre de cadets pour faire partie d'une classe spéciale, dite selekia. On apprend à ces jeunes gens les matières enseignées dans les écoles de guerre ; à la fin du cours (soit au bout d'un an), ils passent Fexamen d'ofGcier et entrent directement au régiment comme enseigne. Ils reçoivent le brevet d'officier au bout de trois mois (1), sans avoir à sabir l'épreuve du vote du corps d'ofQciers.

Les Selektaner ont donc fait trois mois de service au régiment pour arriver ofBcier, et sont nommés vers dix-huit ans et demi.

b) Les Primaner. — Les élèves de la classe de deuxième supérieure qui n'ont pas, à la fia de leur année de cours, Tâge nécessaire ou ne possèdent pas un développement physique sufQsant, ou encore ceux qui désirent continuer leurs études, passent dans la classe de première inférieure (2).

A la sortie de cette classe ils peuvent subir l'examen d enseigne; dans ce cas ils suivent successivement la même filière que leurs anciens condisciples de la classe de deuxième supérieure, et passent officiers entre dix-neuf ans et demi et ringt ans.

c) Les Abiturienten. — Enfin, certains jeunes gens peuvent entrer dans la classe de première supérieure.

Cette dernière classe marque la fin des études dans les établissements d'instruction, aussi bien à Técole de Gross- Licliterfelde que dans les gymnases et collèges de l'Empire. La consécration en est marquée par l'examen d'abiturient {AbiiurieTUenexamen)^ qui correspond sensiblement à notre baccalauréat complet.

(1) Jusqu'à ces dernières années, les Selektaner étaient généralement nommés lieatenants dès leur sortie de l'école de Lkhterfelde, Par un ordre da Cabinet du 13 février 1900, dont nous reparlerons plus loin» i'Cropereur a retardé de trois mois, poar les Selektaner, Tobtention du grade d'officier.

f2) Les candidats saxons passent tous par la classe Prima avant de se présenter à Pexamen d'enseigne.

Le cadet pourvu de ce certificat entre dans rarmée comme enseigne effectif, et est envoyé directement dans une école de guerre.

S'il obtient la note « bien » en passant Texamen d'officier à la sortie de Técole de guerre, le cadet abiturient reçoit un brevet d'officier daté de son entrée dans l'armée (soit antidaté d'environ un an).

Jusqu'à ces dernières, années, le cadet abiturient avait donc au moins un an de retard sur ses anciens condisciples.

Afin d'attirer dans l'armée les jeunes gens possédant une instruction générale complète, l'empereur Guillaume II, par un ordre de Cabinet du 13 février 1900, a modifié les conditions de nomination au grade de lieutenant, au grand avantage des Abiturienten. En particulier, il a décidé que les cadets abiturienten « qui montrent un caractère ferme et une « aptitude militaire spéciale, en satisfaisant aux exigences de « l'examen d'officier, recevront leur brevet d'officier dans les « mêmes conditions que les élèves de la classe selecta, avec « lesquels ils ont passé leur examen d'enseigne. »

Cette catégorie de jeunes gens pourra ainsi arriver au grade d'officier après un an de service (dont huit mois dans une école), et obtenir vers vingt ans et demi un brevet de lieutenant antidaté de deux ans.

liSS Fahnenjanker (anciennement Avaniageurs),

Tout jeune homme remplissant les conditions d'âge et d'instruction générale énoncées au commencement du présent chapitre, et ayant passé l'examen d'enseigne, peut se présenter à un chef de corps comme aspirant officier ou fahnenjunker (autrefois avanlagew*).

Après visite du médecin du corps constatant le développement physique du candidat, ie colonel décide de son admission.

L'aspirant officier fait au minimum six mois de service dans la troupe ; au cours de cette période il est nommé gefreiie

(généralement au bout de trois mois) et peu après sousofficier.

Lorsqu'il a obtenu le certificat d'aptitude militaire, Tavantageur peut être proposé pour enseigne, et envoyé à une école de guerre dans les conditions générales exposées plus haut.

En admettant dix-huit ans comme âge moyen des aspirants officiers à leur arrivée au régiment, on voit qu'ils sont nommés officiers vers dix-neuf ans et demi, après un an et demi de service au minimum (dont huit mois dans une école de guerre).

Exceptions. — a) Les aspirants munis du diplôme d^abiturient sont dispensés de Texamen d'enseigne.

C'était le seul avantage dont profitaient ces jeunes gens jusqu'à ces dernières années. Par Tordre de Cabinet du 43 février 1900, l'Empereur a décidé que les aspirants officiers provenant des établissements d'instruction de l'Empire, et pourvus du certificat d'abiturient, qui feront preuve « d'un caractère ferme et d'une aptitude militaire particulière » en passant leur examen d'officier auront leur brevet antidaté.

La décision impériale n'indique pas, comme pour les cadets, dans quelle mesure le brevet sera antidaté ; il est probable que cette faveur sera variable dans chaque cas particulier.

b) Les aspirants ayant suivi pendant une année les cours d'une université peuvent, aussitôt nommés enseignes, passer l'examen d'officier et, après un vote favorable du corps d'officiers, être proposé pour le grade de lieutenant.

Ces jeunes gens peuvent donc être promus officiers au bout de cinq mois de service (comme homme de troupe ou sousofficier) sans passer par une école de guerre.

c) Les officiers de r^se?T^ peuvent dans certains cas, passer dans l'armée active. Ils doivent être acceptés par le colonel, faire un stage assez long dans le régiment, et posséder soit le certificat d'enseigne, soit celui d'abiturient.

d) Certains candidats peuvent être dispensés du certificat

de fin de Seconde supérieure. Cette faveur est accordée par le souverain aux jeunes gens dont le cours régulier des études a été entravé par des changements de résidence trop fréquents ou un état de santé précaire.

Ces jeunes gens possèdent en général Je certiBcat d*études pour volontaires d'un an (fin de Seconde inférieure) ; quelques-uns même peuvent n'avoir suivi que des classes inférieures. Beaucoup de ces .candidats obtiennent Je certificat d'enseigne en passant par des établissements qui les préparent spécialement à cet examen et qui reçoivent ironiquement en Allemagne le nom de aPressen ».

e) Enfin, en temps de guerre, les sous-officiers qui se sont distingués devant l'ennemi, peuvent être nommés lieutenants s'ils sont feldwebel, ou proposés tout d'abord pour enseigne s'ils ont un grade inférieur. Ces sous-officiers sont naturellement dispensés de l'examen d'enseigne et de l'examen d'officier, mais il est recommandé de ne pas introduire, par ce moyen, dans les corps d'officiers des éléments qui pourraient s'y trouver déplacés.

Certaines catégories spéciales d'officiers se recrutent en dehors des cadets et des fahnenjunker ; ce sont :

l** Les officiers artificiers, les officiers des arsenaux et les officifers de construction des fortifications qui, par exception, proviennent exclusivement des sous-officiers; il en sera parlé au chapitre IX (Direction générale du matériel et Service des Constructions) ;

2® Les chasseurs de campagne, provenant des candidats à la carrière forestière, et servant de courriers de cabinet ; on en parlera au chapitre VII, à propos de l'état-major.

Une remarque s'impose à la fin de cet exposé succinct des difl^érentes voies offertes aux jeunes gens en Allemagne, pour entrer dans la carrière d'officier : c'est la diversité même de ces voies. « L'unité d'origine » des officiers allemands ne répond pas à l'idée simple que s'en fait si souvent le lecteur français, et le recrutement des officiers allemands est dans la

réalité beaucoup plus complexe qu'on ne le croit d'ordinaire.

Notons tout d'abord l'importance relative des catégories signalées plus haut.

En dehors de tout renseignement statistique officiel, les nombres suivants ont été déduits de divers articles parus dans les revues militaires (i) ; ils représentent des chiffres arrondis :

Sur 900 lieutenants nommés au cours d'une année dans larmée prussienne,

SOOproviennentdes ( J^ ^/^ ^\^^^ ^^ ^^ ^J^«*« ^f *'«• , . cadets soit i ^00 des élèves des classes de i" supérieure,

( i", ou 2* supérieure.

50 des jeunes |2;ens ayant suivi les cours d'une . A \ Uoiyersilé.

600 proviennent des I ^qo des jeunes gens avant lerminé leurs études avanUgeurs, soit ^ ^^ ^^^j^ ^^ certificat d'abiturient.

300 des élèves de la classe de 2** supérieure. 50 des élèves n'ayant pas atteint cette classe.

Ces jeunes gens doivent tous — ou presque tous — remplir deux mêmes conditions qui justifient, dans une certaine mesure, le terme de communauté d'origine :

a) Quelle que soit leur arme, les candidats officiers passent tous le même examen, dit examen d'officier;

b) Leur nomination est soumise au vote du corps d'officiers de leur régiment.

L'examen d'officier se passe devant la commission supérieure d'examen militaire, qui se transporte successivement aux sièges des différentes écoles de guerre, et pour les Selektaaer à Gross-Lichterfelde. Il porte sur les connaissances acquises pendant les huit mois passés à l'école de guerre, savoir sur des notions de tactique, d'artillerie, de fortification.

(1) Notamment, l'article <( Die Vorbildung unseres Of/izierersatzes », paru dans les Neue Mititdrische Blâtter, livraison de mai 1900.

de topographie, d'organisation militaire. II laisse de côté l'histoire militaire, la géographie, les mathématiques.

Cet examen est donc simple; il ne saurait constituer une épreuve sufGsarament sérieuse, témoignant d'une maturité d'esprit, ou d'une puissance de travail assurées en faveur de ceux qui l'ont subi victorieusement. Le passage dans une école de guerre ne pourrait marquer d'une empreinte identique les futurs officiers allemands que si ces jeunes gens possédaient, avant d'y entrer, une même instruction militaire et une même instruction générale.

Examinons les candidats ofQciers en Allemagne à ces deux points de vue.

li'instructioii militaire des candidats officiers.

Le temps passé par le futur officier en contact avec la troupe avant d'être détaché à une école de guerre, pour se préparer à l'examen d'ofGcier, est d'environ six mois^ soit pour le cadet, 8oit pour Tavantageur.

Le cadet arrive déjà comme sous-offîcier (enseigne caractérisé) et profite naturellement des prérogatives attachées à ce grade. L'avantageur entre dans l'armée comme simple soldat ; il habite pendant un mois environ dans la chambrée, puis il couche dans une salle spéciale. Il passe gefreite, puis est promu sous-officier après quatre ou cinq mois de service : il remplit donc les fonctions de sous-officier pendant cinq à six semaines. De plus, afin de • « parfaire son éducation et « d*acquérir des sentiments d'honneur et de fidélité au « devoir », il prend ses repas de midi avec les officiers et les fréquente autant que possible.

On conçoit que, dans ces conditions, les futurs officiers ne doivent connaître qu'assez superficiellement les exigences et les détails du service comme simple soldat et comme sousofficier. Certaines parties leur sont même totalement inconnues, car l'instruction pratique reçue est très variable, suivant que les jeunes gens sont présents au régiment pendant la période d'hiver, ou pendant la période d'été. Les premiers ont suivi

riostructioD des recrues, maris D^ont jamais fait de service à lexlérieur ou aux manœuvres ; les seconds, peuvent difficilement se rendre compte de la pratique du service intérieur ou de garnison.

Les écrivains militaires allemands ne se font pas illusion à ce sujet, ils reconnaissent que Ton ne peut, en six mois, faire un sous-officier connaissant pratiquement tous les détails du service, et certains auteurs (i) réclament pour l'aspirant officier un an de service au régiment avant l'entrée à l'école de guerre.

L'instruction militaire se poursuit évidemment à l'école de guerre pour la majorité des candidats officiers, cependant une minorité importante, 15 p. 100 environ, ne passe pas par ces écoles.

Ce sont :

l^ Les Seleklaner, qui sortent directement de l'établissement de Gross-Lichterfelde.

2® Les universitaires qui peuvent, dès leur promotion au grade d'enseigne, être nommés officiers sans passer par une école de guerre.

L'instraotion générale des candidats officiers.

Les jeunes gens qui se destinent à la carrière d'officier en Allemagne n'ont pas à faire preuve d'un ensemble de connaissances générales très considérable ; nous avons vu, en effet, qu'ils peuvent se contenter de passer l'examen d'enseigne et de produire un certificat montrant qu'ils ont suivi avec fruit les cours d'un établissement d'instruction jusqu'à la « Seconde supérieure » {Obersekundà). Cette classe correspondant à la Seconde en France, les candidats officiers peuvent entrer dans l'armée avec un bagage de connaissances générales inférieur à celui de nos bacheliers, 1" partie.

(1) Ntue Mditarische Blàtter, « Die Vorbereitung tmseres OffizierfnatKt », JQillet 1899 ; Midtàr Wochenblait, n<» il3, décembre 1899.

Les candidats officiers — cadete ou avaatageors — peavent être rangés dans Tordre suivant, au point de vue de leur instruction générale :

i* Ont saivi k oours d'une Université, environ 6 1^. iOO des candidats.

2^ Possèdent le eertifieat à^abiturient

' (correspondant à nos bacheliers). — 25 p. 100 —

3** Ont sa 'm la classe de 1"^ sopé- Heure, soit par goût, soit pour défaut de développement physique — iîp. iOO —

4° Ont suivi, légvlîèreiaent et dans de bonnes conditions, leurs classes jusqu'à la 2« supérieure, et passent ensuite leur examen d'enseigne après un séjour de quelques mois dans un établisscmenl de préparation militaire. (Les Selektaner sont compris dans celte catégorie) — 40 p. 100 —

5° N'ont suivi que très imparfaitement leurs classes jusqu'à la 3^ sapérieure, ou ne possèdent qu'une instruction générale médiocre, et ont obtenu le certificat d'enseigne grâce à une préparation mUasive dans des établissements de préparation militaire dénommés Preaen — 17 p. 100 —

Jusqu'à ces derniers temps, les futurs ofBciers n'avaient aucun intérêt à poursuivre leurs études classiques jusqu'au bout et à passer l'examen d^abiUirieni (qui en est la consécratioQ et correspond sensibleoîeot à notre baccalauréat complet) puisque ces années d'études et de travail supplémentaire étaient autant d'années de retard sur leurs anciens condisciples pour obtenir le grade d'officier.

Nous avons vu que l'Empereur Guillaume II, a, le 13 février 1900, modifié cette situation au grand avantage des abiturienten.

Déjà, par un ordre de Cabinet du 28 mars IS99, il avaî

recommandé de se montrer plus sévère pour la délivrance du certiâcat d'enseigne. '

Ces mesures sont faites pour relever le niveau général de rinstruction dans le corps d'ofiiciers ; la plupart des organes de la presse allemande les ont accueillies avec une faveur marquée, mais presque tous ont vu dans les prescriptions impériales un acheminement vers une mesure plus radicale : robligation pour tous les candidats officiers de posséder le certificat d'abiturieni. Cette obligation existe déjà dans larmée bavaroise, et la Bavière attribue de ce fait à son corps d'officiers une supériorité marquée sur celui des autres contiDgents.

Ijes oonditioiis sociales des candidats. officiers.

L'ordre de Cabinet, publié par l'Empereur Guillaume II, le 29 mars 1890, donne, mieux que tout autre document, un aperçu très net du milieu social où s'alimente le corps d'officiers, des obligations matérielles et des devoirs moraux de chacun de ses membres. Il s'exprime ainsi :

(( Assurer le recrutement des officiers en nombre suffisant, '( et à l'aide d'éléments bien choisis, constitue l'un des devoirs ♦< les plus importants des chefs de corps.

c( Les aspirants officiers doivent provenir des milieux où « régnent les sentiments élevés qui ont de tout temps animé « le corps d'officiers. A côté des descendants des familles « nobles, à côté des fils de mes braves officiers et fonction- •< naires, je vois aussi, comme dignes d'assurer l'avenir de " mon armée, les fils de la bourgeoisie, auxquels d'honorables « familles ont pris soin d'inculquer l'amour du roi et de la •< patrie, une vocation sincère pour le métier des armes et une •< éducation chrétienne.

« Les chefs de corps ne doivent pas exiger des candidats, '< comme condition indispensable, le certificat A'abiturient. '' ni des revenus personnels trop élevés. En principe on ne <' peut demander par mois plus de 56 fr. 25 dans les troupes '^ à pied, 87 fr. 50 dans Tartillerie de campagne et 187 fr. 50

164 CHAPtTRE IV. — LES OFFICIERS.

dans la cavalerie (4). Les nécessités des grandes garnisons et particulièrement de la garde peuvent autoriser de légères augmentations de ces chiffres,

« J'estime d'une manière toute particulière les régiments dont les officiers savent organiser leur vie avec de faibles ressources, et cependant remplir leur devoir avec le plaisir ;< et le contentement, qui ont de tout temps distingué l'officier prussien. Le devoir des chefs de corps est d'agir de toute leur autorité dans ce sens. Qu'ils soient convaincus qu'aujourd'hui plus que jamais, il faut développer les caractères, et entretenir chez leurs officiers les sentiments d'abnégation : pour atteindre ce but, le meilleur moyen est de prêcher d'exemple. Ils s'opposeront aux habitudes prises de donner des cadeaux précieux, des fêtes coûteuses, des réceptions ou autres réunions luxueuses. Tout officier peut bien mériter de ses camarades en entretenant avec eux des relations simples, conformes à son état ; il appartient aux commandants de corps d'armée seuls de représenter. « On devra me signaler les officiers qui ne répondront pas aux indications de leurs supérieurs à ce sujet; d'autre part, je noterai les chefs de corps d'après la manière dont ils sauront assurer dans leur régiment le recrutement d'officiers bien choisis en nombre suffisant, et rendre la vie de leurs corps d'officiers simple et peu coûteuse. « Je désire de tout cœur que chacun de mes officiers, une fois son devoir accompli, soit heureux de son sort. Mais il faut porter une très sérieuse attention à combattre énergiquement le luxe sans cesse grandissant, »

La naissance et la fortune interviennent donc dans le

(1) Les officiers qui désirent se marier doivent justifier, en plus de leur solde, mais en v comprenant rapport dotal de la future, d'un revenu égal à :

4^875 francs pour les capitaines de 2<> classe; 3,135 francs pour les lieutenants.

(Décision du 12 janvier 1899.) L'autorisation de mariage est accordée aux officiers et aux médecins par l'Empereur.

recrutement des officiers allemands : leur action n'est pas seulement platonique, car elle amène des difîérences sensibles dans la composition du corps d'officiers des différents régiments. C'est ainsi que la cavalerie de la garde se recrute exclusivement dans la noblesse. D'une manière générale, on peut dire que dans les corps de cavalerie, l'élément noble domine par rapport à l'élément bourgeois; la proportion inverse se rencontre dans Tartillerie et les pionniers.

Quant aux revenus exigés par certains chefs de corps des jeunes gens qui désirent entrer dans leur régiment, ils varient bien au delà des limites fixées par la décision impériale, et certains régiments « riches », de même que certaines garnisons « chères » sont interdits à bien des candidats.

Notons encore que l'esprit et le caractère des jeunes officiers — au moins à l'arrivée au régiment — diffèrent sensiblement, suivant qu'ils proviennent des cadets ou des fahnenjuuker.

Presque tous fils d'officiers, les enseignes sortant du corps des cadets — « du corps », comme on dit en Allemagne — ont porté dès l'enfance « l'habit du roi », ils ont la fierté de leur origine et le culte de la fidélité au drapeau. Mais à un sentiment militaire plus développé, à une endurance physique plus grande, ils joignent une connaissance insuffisante de la société qui les entoure, et n'ont qu'une considération toute relative pour l'élément civil.

Les enseignes provenant des abiturienten et des universitaires, ont plus de maturité d'esprit, étant d'ordinaire plus âgés. Us ont une compréhension plus nette de la vie, un esprit plus ouvert, un caractère moins tranchant. Quant à la masse des aspirants officiers, provenant des jeunes gens qui abandonnent le collège au plus tôt pour entrer dans l'armée, ils possèdent également ces qualités, mais à un degré moindre, étant plus jeunes de deux ou trois années. Beaucoup semblent mettre leur gloire à copier les façons et les attitudes de leurs jeunes camarades sortant « du corps ».

Toutes ces causes, qui différencient les jeunes officiers et qui tiennent soit au caractère, soit à l'instruction générale ou

166 CHAPITRE ÏV. — LES OrFICIERS.

professionnelle^ s'atténuent évidemment à mesure que les jeunes gens pénètrent plus avant dans la vie et prennent le contact avec leurs camarades plus âgés. Les occasions de réunion ne manquent pas, grâce à la vie en commun menée au Casino, cercle des officiers du régiment faisant partie de tout casernement en Allemagne, utilisé aussi bien pour les réceptions telles que dîners, fêtes, etc que pour le service : conférences, jeu de la guerre, etc.

La diversité d'origine ou d'instruction des candidats officiers, trouve d'ailleurs un contrepoids puissant dans la dernière épreuve que doit subir tout aspirant avant d'être admis à porter l'uniforme : le vote du corps d'officiers du régiment dans lequel il a servi comme soldat ou sous-officier, puis comme enseigne au sortir de l'école de guerre (I).

Ce vote a lieu dans les formes prescrites par l'ordonnance du 11 mars 1880, § 9.

En cas de divergences d'appréciations, il y a lieu de distinguer :

1^ Si la majorité des officiers se déclare contre l'admission du candidat, on passe immédiatement au vote concernant le candidat suivant.

^ Si, au contraire,. la minorité des officiers se proDonce (fontre le candidat, ces officiers doivent motiver leur vote : le général commandant le corps d'armée décide.

Ni la naissance, ni la fortune, ni le savoir ne suffisent donc au jeune homme pour être promu officier, il doit y joindre des qualités de caractère et d'éducation qui entraîneront le jugement favorable de ses pairs.

L'obligation de subir ce vote écarte du corps d'officiers tous les éléments qui, par leur condition sociale, leur religion même, etc., pourraient en troubler l'harmonie ou en rompre la cohésion.

(1) Les cadels de la classe SeUkta sout seuls dispensés du voteda corps d'officiers où ils vont entrer ; mais on peut considérer comme équivalent le choix dont ils ont été l'objet de la part de leurs officiers instructeurs à l'école de Gross-Lichterfelde,

Le corps des officiers allemands est . donc un corps fermée choisissant lui-même ses propres membres : c'est là qu'il faut chercher principalement la cause de son unité.

Il possède, à un degré peut-être exagéré, le sentiment de sa supériorité sur le reste de la nation. Cette situation du corps d'officiers est une conséquence des traditions et des institutions de l'Allemagne. L'Empereur se déclare volontiers le premier de ses officiers ; d'après le règlement sur les préséances à la Cour, les feldmaréchaux ne cèdent le pas qu'au grand chambellan, et les majors passent avant les représentants des deux Chambres prussiennes.

Cette sitnalion exceptionnelle, jointe à une conception très affinée de Thonneur militaire, peut occasionner parfois des exagérations entraînant des conséquences regrettables ; de pareils faits sont rares, car J'ofûcier sait qu'il n'est pas seulement responsable de sa dignité personnelle, mais encore de celle de tout le corps.

ffiéraiefaie des officiers allemands.

Les officiers allemands sont répartis en quatre classes, savoir ;

!• Les généraux

Grade fsonnpondtfit en France.

General feldmarschall, ou gênerai oberst Maréchal.

General der infanterie (ou der liavallerie ou^ Général commandant

der artillerie) ) de corps d'armée.

Generellentnant Général de dWision.

Geoeralnwjor. Général del>rigade.

2<^ Les officiers supérieurs :

Oberst Colonel.

Oberstleutnant Lieutenant-colonel .

Major Commandant.

3° Les capitaines :

Hauptmann (dans les troupes à pied) ) Q^nji^jng

Rittmeister (dans les troupes à cheval) ) ^

4® Les officiers subalternes:

Oberleutnanl Lieutenant.

Leutnant Sous-lieutenant.

La supériorité du grade confère des droits aussi bien dans le service qu'en dehors du service ; mais chacun doit rester dans sa sphère et se garder d'empiéter sur celle de ses subordonnés. L'ordre de Cabinet du 16 décembre 1858, destiné à fixer la règle de conduite des officiers dans l'exercice de leurs fonctions, garde encore toute sa valeur actuellement :

« Les chefs à tous les degrés de la hiérarchie, sont respon- « sables de la stricte application des règlements ; ils doivent « veiller à ce que les occupations des officiers soient telles « qu'ils puissent compléter eux-mêmes leur instruction ; l'en- « traînement, résultat des manœuvres et des exercices, ne « doit pas être poussé à un point qui devienne préjudiciable .< à leur santé. Mais en même temps, il y a lieu d'exiger « impérieusement que chacun regarde comme un devoir « d'honneur l'accomplissement intégral et zélé des fonctions « de son grade.

« Une action trop directe du supérieur a pour résultat de « diminuer le contentement, le plaisir et l'amour du service; « elle rend impossible chez l'inférieur le développement « indispensable de sa personnalité ; enfin elle expose le supé- « rieur lui-même à s'immiscer dans les détails, il se place « dans la situation de son ancien grade et juge les faits à ce c( point de vue, au lieu de s'exercer à les voir de haut.

« Les généraux ont pour devoir de s'opposer énergique- « ment à de pareilles tendances, et ils doivent en faire men- « tion sur les feuilles de notes. »

Les insignes communs aux divers officiers sont :

Les épaulettes pour la tenue de parade ou de cérémonie,

Les pattes d'épaule, en tresses d'or ou d'argent, pour la tenue de service, L'écharpe ou la ceinture en tissu de soie mélangé d'argent, La dragonne d'or ou d'argent.

Les signes distinctifs pour les différents grades sont :

a) Pour les généraux :

Épaulettes d'argent à grosses franges, ou pattes d'épaule en larges torsades or et argent, portant : Pas d'étoiles, pour le général-major,

1 étoile pour le général-lieutenant,

2 étoiles pour le général de Tinfanterie,

3 étoiles pour le generaloberst,

2 bâtons de maréchal en croix, pour le generalfeldmarschall ; ,

b) Pour les officiers supérieurs :

Épaulettes à franges d'argent flottantes, ou larges pattes d'épaule à torsades d'argent, portant :

Pas d'étoile, pour le major,

1 étoile, pour le lieutenant-colonel,

2 étoiles pour le colonel ;

c) Pour les capitaines et lieutenants :

Épaulettes sans franges, ou tresses de pattes d'épaule plates, portant :

Pas d'étoiles, pour le lieutenant,

1 étoile pour le oberleutnant,

2 étoiles, pour le capitaine.

Les officiers de hussards n'ont jamais d'épaulettes et ne portent que des pattes d'épaule.

L'ofQcier allemand doit constamment être en uniforme, la tenue civile n'est autorisée qu'en permission (sauf restrictions prescrites par les généraux commandants de corps d'armée), en cas de maladie, pendant l'exécution de levés de la section géographique du grand état-major et pour certains sports (chasse, canotage, tennis, course de longue durée à bicyclette, etc.). Les officiers montant en course sont toujours en tenue.

li'avancement des oMciers.

Le droit de conférer l'avancement est l'une des prérogatives des chefs des divers contingents allemands : roi de Prusse, roi de Bavière, roi de Saxe, roi de Wurtemberg. Aucune loi ne restreint leur autorité dans l'exercice de ce droit ; c'est donc la tradition seule qui consacre le principe de l'avancement à l'ancienneté.

Cet avancement se fait suivant les cas par régiment, par arme o\\ sur l'ensemble de l'armée, comme l'indique le tableau ci-dessous :

Pour le grade de lieutenant en J«'. Par arme (1).

iPar régiment, dans l'infanterie, la cavalerie, rartitterie.

ail 1

Par arme, dans les chasseurs, le génie, le train.

Ponr te gnde de major <l" "^««"f *>»»« ^'i^^*''^

i Par arme dans les autres armes.

Pour les grades supérieurs à celui

de major Sur toute l'armée.

Dans les cas où ravanceroenl a lieu par régiment, les vacances provenant de suicides, désertions, morts en dueU expulsions de l'armée ne profitent pas au corps dans lequel elles se produisent et restent à la disposition de l'Emperear- Cette mesure a pour but de solidariser le corps d'officiers dont le coupable faisait partie et de l'engager ainsi à veiller sur la conduite de ses membres et à prévenir les fautes graves.

Les règles énoncées plus haut sont généralement suivies, mais elles ne sont pas absolues, et dans l'application elles souffrent un certain nombre d'exceptions. Afin de pouvoir égaliser les conditions de Tavancement dans les divers régiments et les différentes armes, ou accélérer l'avancement de certains officiers, l'autorité militaire dispose de moyens spéciaux*

(I) Ordre du Cabinet du 2 août 1897. — Avant celte date, Tavancement au grade de lieutenant en 1« se faisait par régiment.

AVAITOEMENT DES OFFICIERS. 171

Ce sont les suivants :

{^ Mutations d'officiers d'un corps de troupe dans un autre ;

Cette mesure aura ponr effet :

a) Soit de ralentir Tavanceraent dans un régiment, en faisant passer dans ce régiment les officiers anciens d'un autre corps ;

6) Soit de favoriser exceptionnellement un officier en l'affectant à un régiment où son ancienneté l'appellera à passer dès la première vacance du grade supérieur ;

2° Le brevet du grade occupé par un officier peut être antidaté.

Ce moyen peut servir soit à favoriser un officier, soit à accélérer Tavancement dans une arme où il est en retard sur les autres.

Il arrive également qu'au moment du passage au grade supérieur, on antidate le brevet de ce grade. •

L'avancement hors tour, sans employer Tun des moyens indiqués ci-dessus, est excessivement rare, il fait exception absolument à la règle de l'avancement à Tancienneté et n'est en général donné qu'aux aides de camp de l'Empereur;

3« Inversement, pour retarder l'avancement dans une arme trop favorisée, on peut nommer des officiers au grade supérieur « ohne Patentirung » (c'est-à-dire sans remise du brevet de grade). La remise du brevet à une date ultérieure permet de placer ces officiers dans les mêmes conditions que leurs camarades des autres armes (1).

L'indépendance du grade et de la fonction remplie par un officier, procure à l'administration allemande un moyen de plus d'uniformiser l'avancement dans les différentes armes.

(1) C'est ainsi, par exemple, que la créalion de 54 nouvelles batteries prussiennes, par application de la loi du 25 mars 1899, aurait amené une poussée anormale dans Tavancement des officiers d*artillerie en Prusse. Aussi trouve-t-on, dans la « Liste d'ancienneté » {Dienstalters-Liste) de mai 4900 : 49 majors, 135 capitaines, 89 lieutenants en 1" ohne Pat.

Cette mesure est d'un emploi très fréquent. C'est ainsi qu'en mai 1902:

Dans rinfanterie. .

i colonel commandait une brigade.

7 lieutenants-colonels commandaient des bataillons de chasseurs.

Les autres lieutenants-colonels classés dans les corps de troupes faisaient partie de Fétat-major du régiment.

'' 17 colonels commandaient des brigades. Dans la cavalerie. . ) '^^^^ ^^^ lieutenants-colonels classés dans

i la troupe commandaient des régiments.

^ 8 majors commandaient des régiments.

i13 colonels commandaient des brigades.

Tous les lieutenants-colonels commandaient des régiments.

19 majors commandaient des régiments.

La situation a brusquement changé pour cette dernière arme avec la réorganisation du 1" octobre 1899. Avant cette date aucun lieutenant-colonel ne commandait de régiment et 14 officiers de ce grade commandaient encore des groupes d'artillerie : la création des états-majors de brigade et de régiments effectuée à cette époque a eu pour résultat de faire monter d'un échelon les fonctions dévolues aux officiers supérieurs d'artillerie sans amener d'à-coups dans l'avancement.

Grâce à cet ensemble de mesures, les conditions d'avancement sont très sensiblement les mêmes dans les différentes armes, comme le montre le tableau suivant établi au moyen de la « Liste d'ancienneté » de mai 1902,

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Ësiî. -g-

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Le principe de ravancement par ancienoeté étant posé, comment est-il appliqué ?

Les nominations au grade supérieur sont faites en suivant l'ordre d'ancienneté, mais en omettant les officiers qu'on ne juge pas aptes à Favancement en raison de leur état physique ou intellectuel. L'officier, dont le tour est ainsi passé, est tenu de quitter Tarmée.

Il s'opère ainsi un choix parmi les officiers appelés par leur ancienneté à passer au grade supérieur, qui a fait donner à ce système d'avancement le nom de : avancement à l'ancieaneté par sélection.

L'officier qui ne doit pas être promu est prévenu à l'avance qu'il ne fera pas partie de la prochaine promotion. Il demande alors sa retraite et on lui délivre un certificat d'incapacité de service lui donnant droit, s'il a plus de 10 ans de service, à une retraite proportionnelle. Il touche la solde entière du mois courant pendant lequel il est retraité et un mois de solde en plus, la solde de grâce : Gnadengekalt.

L'officier quittant ainsi le service actif reçoit parfois à titre de faveur le caractère du grade supérieur ; quelquefois il est retraité avec la mention z, D, « à la disposition » ce qui lui permettra d'occuper encore dans l'armée certains emplois spéciaux.

Les conditions dans lesquelles l'officier allemand obtient actuellement ses différents grades sont indiquées dans le tableau ci-après, établi en tenant compte seulement des officiers pourvus du brevet de leur grade.

Conditions d'&^e et d'avancement des officiers en Allemagne

en 1902

(armée p^rnssienne, y compris )eX[II« eorps mirtembergeeîs).

LienteMDt

LieuteBaot <ni t"

Ca^taine

Sfajor

Lientenant-colonel . .

Colonel

Général de brigade . . .

Général de drrisioii. . .

Glanerai

▲QB MOYBN

<te la promotion

49 aoJL 2& ans.

34 ans.

42 ans.

48 ans.

50 ans.

53 ans.

55 ans.

58 ans ^/i.

■nxM HOTKN

dans le yrade

9 ans.

7 ans.

9 aits \lt.

6 ans f /2.

t ans 1/2.

3 ans 1/1

3 ans.

4 ans 4/2.

AOBff iiaiTms ■&!<• u ca&DB MT :

Age

48 aBfi.

38 ans.

38 ans.

44 ans.

46 ans.

49 ans.

51 ans.

57 ans.

A«e dos piM âgés.

29 an».

35 ans.

46 ans.

54 ans.

53 ans.

56 ans.

58 ans.

61 ans.

68 ans.

XoTA. — fl) Le temps moyen passé dans chaque grade est calculé en tenant compte seulement des officiers promus au grade immédiatement supérieur, et non de ceux quittant ce grade par démission, retraite, etc.

h) La différence des Ages moyens p^ur deux grades successifs ii« représente pas le temps moyen passé dans le grade inférieur ; la raison en est que tous les ofHciers d on grade ne parriennent pas an grade sapériear et que ceux qui FoMieftnent sont habituellement les plus jeunes d'âge.

Prenons, par eiemple, six ofticiers promus majors ; deui à 43 ans, deoi k 42 ans, deux à 41 ans, soit à Tâge mo};en de 42 ans. S'ils passaient tous lieutenants-colonels, l'âge moyen de promotion à ce dernier grade serait évidemment 42 «I» -)» 6 a«» 4/2 (tenpâ moyen passé dans le grade de major), soit 48 ans 4/2. Mais sur les six majors, devx, par exemple, ne passeront pas lientenants-colonéts, rélifflinatioa portera poar la plupart des cas sur les pins Agés, ceux de 43 ans, et les quatre autres passeront lieutenants-coLooels Ters 4î ans 1/2 -|- 6 ans 1/2, ^it 48 ans.

Les officiers les plus jeaaes, à partir da grade de capitaine, sont, à de très rares exceptions prèSy des officiers d'état-major. Ceux-ci gagnent généralement quelques mois sur leurs camarades du régiment pour passer capitaines; puis en raison de la constitution des cadres dans Fétal-major (forte proportion des commandants par rapport aux capitaines), les officiers d'étatHSiajor prennent une avance moyenne d'eayiron 3 i 4 ans sur les officiers des autres armes pour passer comman-

(lanls. Us gardent nécessairement cette avance par la suite puisque l'avancement, à partir du grade de major, se fait sur Tensemble de l'armée et non plus par arme.

Officiers saxons et bavarois. — Les résultats donnés jusqu'ici s'appliquent aux officiers prussiens et wurtembergeois ; la comparaison des dates de promotion des officiers les plus anciens dans chaque grade en Prusse, en Saxe et en Bavière, permet de .constater que les officiers saxons possèdent une légère avance sur leurs camarades prussiens.

Le tableau ci-dessous établi au moyen des listes d'ancienneté contenues dans TAnnuaire saxon permet de vérifier cette conclusion :

Officxen saxons :

Majors

aOB 11 0 T B K

au mosaent

de la promotion

au grade de :

TBMM liOIBH

passé

dans le grade de:

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