LES TRAVAUX DES OFFICIERS AU RÉGIMENT
Ces voyages ont lieu chaque année dans les régiments d'infanterie et ont une durée de plusieurs jours.
Pour amener les officiers à se diriger d'après les formes du terrain, Tun des protagonistes les plus ardents de ces exercices en Allemagne, le colonel Litzmann, recommande de ne donner aux officiers que des cartes anciennes, défectueuses, ou à grande échelle (1/200.000 ou 1/500.000). Les erreurs ne constituent qu'une utile leçon pour celui qui les commet, puisque l'absence de troupes leur enlève toute répercussion fâcheuse.
Les voyages â! état-major (Ordre de Cabinet du 29 novembre 1888, modifié par décision du 19 janvier 1900) comportent trois catégories :
1® Le voyage du Grand État-Major.
Il est dirigé par le chef de l'état-major de l'armée, qui est chargé d'en déterminer la durée (autrefois fixée à 21 jours). 11 comprend en grande majorité des officiers du Grand État- Major, puis des officiers des corps de troupe et des étatsmajors des grandes unités et quelques intendants ;
2® Les voyages d'état-major des corps d'armée, exécutés chaque année par tous les corps d'armée, sauf quand ils font un voyage d'état-major de forteresse ;
En principe, tous les officiers d'état-major du corps d'armée, y compris ceux des places fortes, doivent y prendre part.
La durée du voyage est fixée à 17 jours ;
3® Les voyages d'état-major de forteresse, exécutés chaque année par un ou deux corps d'armée. Dans ce dernier cas, les deux corps d'armée peuvent être réunis pour un même exercice (1).
D après la décision de janvier 1900, ces voyages ont une
durée de 12 jours ; les officiers qui y prennent part, au
nombre de 2B, sont divisés en trois groupes : direction
(7 officiers), attaque (Il officiers), défense (8 officiers).
Le directeur du voyage est le chef d'état-major du corps
(1) C'est ainsi qu'en 1900 les XIV* et XV« corps ont opéré ensemble à Strasbourg.
d'armée ; les chefs de parti sont également des otticiers d'état-major. Le reste du personnel comprend des ofBciers d'état-major, de Tartillerie à pied, des ingénieurs et pionniers, de. rinfanterie. Un intendant est également rattaché i la direction.
Quand deux corps d*armée sont réunis pour un même voyage, le directeur est un général ou un des sous-chefs de 1 etat-major de l'armée ; les chefs d'état-major des corps d'armée intéressés commandent les deux partis; ils sont secondés par tous les officiers d'état-raajor de leurs corps d'armée, par un nombre variable d'officiers d'artillerie à pied, du corps des ingénieurs, et par un intendant.
11 est intéressant de remarquer que, dans tous les voyages ou exercices de cadres, l'état-major et les différentes armes travaillent en commun. Des officiers d'état-major dirigent des voyages de cadres dans Finfanterie ou la cavalerie, et inversement des officiers de toutes armes participent aux voyages d'état-major.
Ce contact intime pendant de longues heures sur le terrain ne peut que dissiper les préventions, élargir les idées des officiers trop portés à se particulariser et développer les qualités qui conduisent à ce qu'on a coutume d'appeler : la camaraderie de combat.
Nous terminerons ce paragraphe sur l'instruction des officiers au régiment par quelques indications sur les origines du Jeu de la guerre — ou Kriegsspiel — dont la vogue est si grande dans l'armée allemande, aussi bien dans les corps de troupe que dans les états-majors (1).
La détermination d'une méthode judicieuse et pratique pour l'exécution du Jeu de la guerre fut l'œuvre de plus d'un siècle, et les premiers essais ne pouvaient faire prévoir la forme définitive adoptée acttiellement.
(4) Voir pour plus de détails la Btvut militaire de Cétrangery 2* semestre 1897.
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L'invention du Jeu est due à un maître des pages à la cour de Brunswick, nommé Helwig, et date de 1780; à cette époque où les études militaires avaient pris, en Prusse, un caractère purement scientifique et où, d'après von der Goltz, « un vrai stratège ne croyait plus pouvoir conduire trois hommes au delà d'un fossé sans une table de logarithmes », le jeu de la guerre présente un mélange bizarre des règles du jeu d'échecs et des principes alors admis en tactique : les troupes, représentées par des pions, se meuvent suivant certaines lois sur un terrain figuré par un échiquier couvert de petits carrés de couleurs différentes.
A la suite d'HeIwig, d'autres inventeurs adoptent des systèmes analogues avec plus ou moins de modifications.
En 1824, le lieutenant d'artillerie von Reisswitz remplaça l'échiquier par une carte donnant la représentation du terrain réel; les pions d'échec, ainsi que leur marche conventionnelle furent supprimés, et les troupes figurées par de petits cubes en plomb de dimensions en rapport avec l'échelle de la carte, se meuvent au gré du chef de parti : dès lors le jeu de la guerre prend une forme rationnelle.
Les règles fixées par le lieutenant von Reisswitz furent officiellement approuvées par Mùfling, alors chef de l'étatmajor de l'armée, qui recommanda son étude aux officiers de l'armée prussienne. Malheureusement, ces règles présentaient encore un inconvénient grave : le directeur du jeu ne pouvait donner l'avantage à l'un des partis qu'en tenant compte de conventions compliquées et minutieuses (tableaux de pertes, dés favorables ou non obtenus par chaque adversaire, etc.); elles entravaient considérablement la marche du jeu et lui donnait parfois, avec un directeur peu exercé, un caractère traînant, ennuyeux et sans profit pour personne.
Les principes contenus dans les brochures publiées en 1873 et 1875 par Meckel, alors professeur à l'École de guerre de Hanovre, et en 1876 par von Verdy du Vernois, chef d'étatmajor du 1" corps d'armée, amènent une évolution nouvelle dans le Jeu de la guerre. Le directeur ne connaît plus ni règles, ni tableaux ; il base ses décisions d'après la situation
tactique telle qu'elle résulte des ordres donnés par les deux chefs de parti.
Le Kriegsspiel rencontre de ce fait de nombreux partisans qui font ressortir ses principaux avantages : il présente toute l'utilité d'une leçon de choses, car on peut suivre les troupes dans tous leurs mouvements, il constitue un exercice constant dans la conception et la rédaction des ordres, enfin il développe le goût de l'étude et, par les discussions qu'il engendre,, étend les connaissances de tous les officiers.
La difficulté de Texercice réside dans la manière dont les fonctions de directeur sont remplies; aussi le Service eu campagne allemand, dans son édition de 1901, a-t-il introduit cette recommandation de faire diriger ces exercices par les officiers « qui y sont tout spécialement aptes, sans tenir « compte de l'ancienneté de grade ».
Actuellement tous les casinos — ou cercles des officiers — en Allemagne possèdent au moins un Jeu de la guerre et,, pendant les mois d'hiver, tous les officiers, même les plus élevés en grade, le mettent en pratique.