‹ L'armée allemande; étude d'organisationChapitre 66 sur 192 · OFFICIERS · texte numérisé non relu

OFFICIERS

Saxe

Wu rtembcrg

Bavière

TOTACX

Lie Grand État-Major.

Dans son livre sur le Service d'état-major (1), le général Bronsart von Scheilendorf fait remonter les origines du Grand État-Major prussien à l'année 1655, sous le règne du Grand Électeur, lors de la création d'un quartier-maître général {Greneralquartiermeister), Cet officier était chargé de veiller à la défense du territoire et d'inspecter les forteresses.

En réalité, ses fonctions se rapprochaient bien plutôt de

(1) Dcr Bierat des ^eneraUtabes, Berlin ië98.

celles d'un inspecteur général des fortifications que d'un chef d'état-major, telles que nous les concevons aujourd'hui. Aussi le roi Frédéric II n'utilisa nullement cet officier général auprès de lui au cours de ses campagnes : il fut lui-même son propre chef d'élat-major, rédigea de sa main les projets d'opération, les ordres et instructions pour ses subordonnés; il disposa comme auxiliaires de ses officiers d'ordonnance, de quelques officiers ingénieurs et, pour transmettre ses ordres et guider les colonnes, des chasseurs de campagne (4).

La situation du quartier-maître général et de ses officiers garde le même caractère pendant tout le XVIII* siècle, et dans les instructions qu'il rédige à leur usage, le grand Frédéric attire spécialement leur attention sur la « Castramétrie », l'attaque et la défense des places fortes et des camps retranchés.

En 4796, les opérations relatives aux levés de terrain et à la confection des cartes furent placées sous la dépendance du quartier-maître général : ce fut là une première organisation du service géographique.

Une orientation nouvelle se fait jour dans les premières années du XIX® siècle ; en 1800, le général Lecoq rédige une instruction sur le service des officiers placés auprès du qu€trtier-maître général. En plus de l'établissement des camps, de la conduite des colonnes, il vise la reconnaissance des positions ennemies, le service auprès du général en chef pendant le combat, le service des renseignements et l'emploi des espions.

Mais, en réalité, l'entraînement physique et l'activité intellectuelle faisaient défaut aux officiers installés à Potsdam, sous la direction nominale du général von Gensau, alors quartier-maître général ; ce dernier cumulait ses fonctions avec celles d'inspecteur du corps des ingénieurs, de directeur au Ministère de la guerre, etc. Déjà affaibli par l'âge, il ne pouvait suffire à ses nombreuses occupations.

(1) Voir plus loia le rôle des chasseurs de campagne ou Feldjdger.

Ce fut le colonel von Massenbach, qui, en sa qualité d'aidequartier-maître, donna quelque vie à cet organisme qui végétait. Il dirigea Tinstructiqp de ses officiers vers les questions militaires, leur fit étudier des plans de campagne, reconnaître des positions — indépendamment il est vrai de toute idée tactique — et leur enseigna les « principes fondamentaux » de l'art de la guerre. Pour juger de renseignement du futur chef d'état-major du prince de Hohenlohe, à léna, il suffit de citer la phrase dans laquelle il résumait — dans le style du temps — les opérations du prince Henri de Prusse, après la bataille de Kiinersdorf : « Le prince courtisa la chance par des marches hardies et plus heureux que César à Dyrrhacium, plus grand que Condé à Rocroy, semblable à rimmortel Berwick, il remporta la victoire sans combat. »

Mais il faut reconnaître que les plans d'organisation présentés par Massenbach au roi Frédéric-Guillaume II en 1802, et qu'il commença à appliquer en 1804, étaient fort bien conçus ; les officiers qu'il avait réunis autour de lui surent profiter des habitudes de travail qu'il leur avait inculquées ; ils s'appelaient Mûffling, Boyen, Scharnhorst, etc.

L'œuvre de Massenbach survécut à la tourmente de 1806- 1807; reprise par Scharnhorst en 1808, dans son plan de réorganisation de l'armée prussienne, elle est encore vraie dans ses grandes lignes à l'époque actuelle.

Après 1815, les officiers d'état-major furent répartis en deux groupes : le plus nombreux, placé sous la direction d'un chef particulier, constitua le Grand État-Major à Berlin ; les autres officiers d'état-major étaient répartis dans les commandements de corps d'armée ou de division ; l'ensemble du service était placé sous la dépendance du Ministre de la guerre.

Cette situation prit fin en 1821, lorsque le général von Miiffling fut mis à la tête de tout le personnel des officiers d'état-major avec le titre de chef de l'état-major de l'armée : cet officier général fut placé sous la dépendance directe du souverain au même titre que le Ministre de la guerre.

Dès lors le Grand État-Major a trouvé sa vraie place dans

Torganisme militaire prussien : il accomplira sa tâche sous la direction de chefs éminents qui, se succédant à de longs intervalles (1), lui donneront des traditions et des méthodes de travail, dont l'armée prussienne est fîère ajuste titre.

Les seules modifications à signaler au cours du siècle qui vient de finir concernent :

l^ L'augmentation successive du nombre des officiers d'état-major, afin de répondre aux besoins du temps de guerre (2);

2® La séparation (en i 867) de Pétat-major en deux grandes divisions : le Haupt-Elat . — ou cadre principal — comprenant 88 officiers, en y comptant ceux des états-majors de corps d'armée et de division, et le Neben-Etat — ou cadre latéral — « pour les questions scientifiques », comprenant 21 officiers.

Le cadre latéral disparut en 1898, de nom sinon de fait, et les officiers qui en faisaient partie furent classés au Grand État-Major sous une autre rubrique ;

3° La création, en 1881, d'un quartier-maître général, comme aide du chef de Tétat-major de l'armée. Cette fonction fut supprimée en 1889, lors de la création de trois emplois de « Oberquartiermeister » (sous-chefs de Tétatmajor de l'armée). Le titre de Generalquartiermeisier fut rétabli en 1896 et attribué au chef du service géographique.

Le chef de Fétat^major de r armée. — En temps de paix, le chef de Tétat-major de Tarmée a pour mission principale d'étudier l'emploi de l'armée en campagne, de préparer son transport et sa concentration sur les divers théâtres d'opéra-

(1) De 1821 à 1889, l'état-major de l'armée n'eut à sa téta que quatre chefs : Muffling (1821-1829), Krauscneck (1829-1848), Reyher (1848-1857), Moltke (4857-1889).

(2) En 1821 l'ensemble de l'état-major comptait 46 officiers ; en 1870, H était de 109 : la mobilisation des états-majors exigea au début de la campagne 161 officiers (dont 138 pour les états-majors mobiliaés, 23 auprès des autorités territoriales). Les officiers nécessaires furent pris dans les corps de troupe parmi les officiers ayant passé par l'étatmajor.

J.E GRAND ÉTAT-MAJOR. 37i

tioDs. Il soumet au souverain les desiderata qui en découlent pour TorganisatioD, refTectif, remplacement, la mobilisation des troupes, mais il n'interviônt dans Texécution qu'en ce qui <îoncerne les manœuvres, les mouvements de troupes, le service militaire des chemins de fer et les travaux techniques de son ressort particulier. Le recrutement, Tinstructiou et remploi des officiers d^état-major rentrent également dans ses attributions.

Eu temps de guerre son action commence à la mobilisation pour prendre les troupes dans leurs garnisons et les transporter sur la base de concentration, en vue des opérations ultérieures. Au cours des opérations, il est le conseil constant du souverain (1).

En résumé, suivant un aphorisme allemand bien souvent cité : « Le Ministre de la guerre forge et acéré les traits, Tétat-major les lance et les dirige. »

L'autorité morale dont jouit en temps de paix le chef de Tétat-major de l'armée tient justement à la situation prépondérante qui lui est faite en temps de guerre.

La répartition des affaires au Grand État-Major prussien, — « Le chef d'état-major de l'armée et ses officiers « préparent de longue main toutes les campagnes qui pa- « raissent possibles dans l'avenir. Ils suivent les progrès des « armées voisines en même temps qu'ils étudient les théâtres « d'opérations ; ils approfondissent ensemble les méthodes de

(1) De MoUke a pn écrire les phrases suivantes : <c J'afHrme que jamais aucun conseil de guerre ne fut convoqué pendant les campagnes de 1866 etJ870. Sauf les jours de marche et de bataille, Sa Majesté faisait soo rapport chaque matin à dix heures. Accompagné du sou^-cbef du Grand État-Major, je rendais compte des événements survenus et soumettais des propositions en conséquence. Le chef du Cabinet militaire, le Ministre de la guerre, et, tant qu'il séjourna à Versailles, le prince héritier assistaient à ce rapport, mais en simples auditeurs. Parfois le Roi leur demandait des renseignements ; je ne me souviens pas qu'il leur ait jamais demandé le moindre avis sur mes propositions. Mes projets élaborés avec le concours de mes officiers étaient examinés par Sa Majesté. Ces propositions furent toujours acceptées. »

372 CHAP. vu. — LE COMMANDEMENT ET SES AIDES.

« guerre. Ils apprennent à connaître les rouages de l'armée « et retournent de temps à autre se retremper dans la pra- « tique des corps de troupe ; ils font sentir leur influence « sur toutes les questions d'organisation et d'instruction; ils « forment un organisme dont les artères pénètrent toute « Tarmée pour y recueillir des enseignements pratiques, en « même temps qu'elles y apportent un courant commun de « principes et de doctrine. »

« L'organisation est inattaquable, grâce à l'indépendance <c du chef qui lui donne l'impulsion » (Bronsart von Schellendorf, Le Service (T état-major).

Ainsi, par ses travaux et les propositions de son chef le Grand État-Major prend une part importante à la solution des questions intéressant l'armée ; mais son rôle principal est d'une part une mission d'études et de préparation à la guerre, d'autre part une mission d'instruction pour toute l'armée.

Nous verrons plus loin comment le Grand État-Major constitue le centre du haut enseignement dans l'armée ; nous indiquerons simplement ici l'organisation donnée au Grand État- Major pour lui -permettre de remplir sa première mission : études e\ préparation à la guerre.

Le Grand État-Major comprend :

1 bureau central ;

8 sections placées deux par deux, sous la direction de généraux portant le titre de sous-chefs d'état-major (Oberquartiermeister) ;

1 section dépendant directement du chef du Grand État- Major.

De plus la section historique et le service géographique sont rattachés au Grand État- Major.

Le tableau suivant donne la nomenclature des affaires traitées dans chaque section.

Le personnel du Grand État-Major prussien, — Les officiers faisant le service au Grand État-Major comprennent :

a) Les officiers du cadre du Grand Élat-Major proprement dit, au nombre de 9o (1).

b) Les officiers « détachés pour faire le service » au Grand État-Major, au nombre de 114.

Cette catégorie d'officiers est constituée presque exclusivement par les officiers stagiaires sorteint de l'Académie de guerre, et accomplissant leur !'•, 2« ou 3* année de stage. Elle comprend en outre quelques officiers de l'artillerie ou du génie (une dizaine environ), non sortis de l'Académie de guerre, mais ayant fait partie des Inspections de forteresses et qui sont attachés aux sections du Grand État-Major s'occu* pant des forteresses étrangères.

c) Les officiers « attachés au Grand État-Major » au nombre de 30.

Cette dénomination apparaît pour la première fois dans l'Annuaire de 1898, en même temps que disparaissait le Neben État,o\i cadre latéral du Grand État-Major. Les officiers désignés sous cette rubrique, font presque tous partie soit du Service géographique, soit de la Section historique.

d) Les commissaires de ligne et les commissaires de chemins de fer, au nombre de 22.

En résumé, le personnel officier du Grand État-Major prussien comprend actuellement ;

(1) Les chiffres cités ci-après sont tirés de TAnnuaire de rarmée prussienne de 1902.

Officiers du cadre du Grand- Etat-Major

Officiers <Iétach<$9 au Grand- ElalrMajor

OfQciers attachés au Grand- Etat-Major

Commissaires de lignes ou de chemins de fer

Totaux.

(à) Y compris le fén«ral-Ueatenant chef du service gi^ograpbiqae. {b) Dont S retraités.

Ces chiffres comprennent les officiers d*état-major wurtembergeois détachés au Grand État-Major prussien, mais non les officiers d'ordonnance des généraux-lieutenants ou généraux-majors ; de plus il existe en Saxe, une « Section centrale d'état-major », et en Bavière un « Ètat-Major de l'armée bavaroise ». Leur personnel est le suivant :

Section saxonne

lE

H ri

Etat-major bayarois

Total

{b) Doat 3 retraités. De plus 88 orBciers retraites sont employés i la bibllotbëqae de l'armée, ■ox archives de la iraerre et au masée de l'armée qai dépendent de l'étatHDajor de l'armée.

â76 CHAP. VII. — LE COMMANDEMENT ET SES AIDES.

Le personnel, non officiers, employé au Grand État-Major prussien comprend :

a) Les employés du Grand État-Major proprement dit, qui sont :

Employés tapérieors. Employés sabaltemes.

1 archiviste. 19 portiers, garçons

2 cartographes. de bureau, etc.

1 chef de bureau.

23 archivistes.

13 secrétaires de chancellerie.

3 secrétaires surnuméraires.

b) Les employés du Service géographique, qui sont :

Employés supériflors. Employés subalternes.

1 inspecteur. 37 imprimeurs, méca-

7 chefs de levé. niciens, garçons 125 Irigonomôlrcs, topographes et cartogra- de bureau» etc.

phes.

5 chefs de section (dont 1 photographe). 34 graveurs. lithographes, photographes, etc. 1 comptable.

8 archivistes.

1 1 secrétaires de chancellerie.

Le budget contient en plus des allocations pour 31 topographes, 12 graveurs et 19 ouvriers techniques auxiliaires.

Le personnel de la section saxonne compte :

16 employés supérieurs, 6 auxiliaires et 3 employés subalternes.

Celui de Tétat-major de l'armée bavaroise coitiprend : 12 employés supérieurs et 13 employés subalternes.

Le Grand État-Major, centre du haut enseignement dans r armée, — Le Grand État-Major prussien constitue pour une grande partie des officiers sortant de l'Académie de guerre

aae sorte d'école d'application permettant de les classer — ou non — dans le Service d'étal-major. Mais en raison du grand nombre d'officiers ainsi détachés comme stagiaires au Grand État-Major, ce dernier devient un véritable centre d'instruction permettant à toute l'armée de connaître ses méthodes de travail et ses idées militaires (1).

Comment se fait, au Grand État-Major, l'éducation de ces officiers ?

Déjà, avant i870, le maréchal de Mollke recommandait d'exercer les jeunes officiers à développer des problèmes stratégiques et tactiques de toutes sortes, à rédiger des critiques d'événements de guerre, à apprécier les mémoires militaires, etc., sous la direction d'officiers déjà habitués à tirer parti des matériaux existants.

Dans le même ordre d'idées et pour faire utiliser les travaux des différentes sections dans l'intérêt général, il prescrivait d'établir et faire imprimer des aperçus sur la situation des armées étrangères, leurs effectifs de guerre, etc., et de les communiquer à tous les officiers du Grand État-Major. Dans l'armée allemande, où les traditions ont force de règlements, de pareilles mesures sont encore appliquées à l'heure actuelle et, dans son livre sur rofficier(2), le major Faller signale « que le chef d'état-major indique personnellement les questions tactiques à traiter, et fait lui-même la critique des travaux des jeunes stagiaires . »

Le séjour au Grand État-Major des officiers sortant de l'Académie de guerre, ne peut d'ailleurs que les confirmer

(1) C'est ainsi qu'en 1901, le nombre des stagiaires s'élevait à 99 lieutenants dont :

48 stagiaires de 1 '* année 42 â« —

(2) Dos Buch der Berufe: Der Offizier, par Ernest Faller, major z.D.

dans les principes qui leur ont été exposés à cet établissement, puisqu'ils y retrouvent ceux qui les leur ont enseignés. La moitié des professeurs de l'Académie de guerre sont, en eflfet, des officiers du Grand État-Major, et les sous-chefs du Grand État-Major font partie de la Commission des études de cette école.

L'Académie de guerre elle-même est placée sous l'autorité du chef du Grand État-Major et ne dépend pas de l'Inspection générale des établissements d'instruction et d'éducation.

Cette mesure exceptionnelle, prise en 4 872, a eu pour résultat de mettre entre les mains du chef du Grand État- Major et de ses officiers le haut enseignement de l'armée, puisque la grande majorité des officiers qui passent par l'Académie de guerre rentrent dans leurs régiments, soit après leurs trois années de cours, soit après un stage plus ou moins long au Grand État-Major. Dans Tun et l'autre cas ils rapportent dans les corps de troupe et répandent dans leur entourage les conceptions et les idées du Grand État-Major. Ainsi se forme une unité de vue — une doctrine — dont les principes admis par tous, serviront à résoudre d'une manière uniforme, tous les problèmes rencontrés au cours de la vie militaire.

Les Inspections permanentes d'armes.

Les différents corps de troupe sont sous les ordres des commandants de corps d'armée pour tout ce qui concerne la discipline et l'emploi tactique ; mais pour assurer leur instruction technique il existe, en Allemagne, des Inspecteurs permanents, sorte de « grands maîtres de l'arme » et représentants directs de l'Empereur. Ce sont :

L'Inspecteur général de la cavalerie ; L'Inspecteur général de l'artillerie à pied ; L'Inspecteur général du corps des pionniers et des ingénieurs ;

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