CONVENTIONS MILITAIRES- H
de son administration propre, elle ne possède par contre ni état-major, ni établissements d'instruction supérieure (1), ses officiers sont formés dans les écoles prussiennes.
IVurtemberg.
Convention des 21 et 25 novembre 1870.
La convention conclue avec le Wurtemberg est, dans ses grandes lignes, la même que celle conclue avec la Saxe; toutefois, le Roi de Wurtemberg ne soumet .à l'approbation préalable de l'Empereur que la nomination du général commandant le corps d'armée.
Les crédits nécessaires à l'entretien du corps wurtembergeois sont, comme pour la Saxe, mis i la disposition du ministre de la guerre wurtembergeois dans un budget spécial voté en détail par le Parlement; mais les économies réalisées dans l'administration de l'armée ne font pas retour à la caisse de l'Empire. Elles restent à la disposition du Wurtemberg, sous la réserve toutefois d'être intégralement employées pour l'armée.
Le royaume n'a aucun établissement d'instruction ni d'éducation militaire.
Les contingents des autres Étais sont entièrement administrés par la Prusse, Toutefois, dans les conventions interve- Dues, on a stipulé que les contingents de ces États seraient ou versés dans des corps de troupe nettement spécifiés ou qu'ils formeraient des unités homogènes comme le XIV® corps badois, la 25® division hessoise. Ces États ne possèdent ni ministre de la guerre, ni budget spécial, ni écoles, etc.
(1) La Saxe possède une école d'équilation, une école de cadets, une école de sous-officiers et une école préparatoire de sous-officiers.
12 CHAP. l«^ — ORGANISATION MILITAIRE DE L'EMPIRE.
III. — Aperçu succinct des transformations de l'armée depuis 1871.
Les forces militaires dont disposait à la fin de 1871 l'Empire d'Allemagne s'élevaient à 18 corps d'armée comprenant chacun deux divisions d'infanterie, excepté le XI® corps qui en comptait trois par suite de l'adjonction de la division hessoise.
Ces corps étaient les suivants :
Le corps de la Garde et ceux numérotés de I à XI, tous prussiens; le XII* (saxon), le XIII* (wurtembergeois), le XIV* (badois), le XV« (Alsace-Lorraine), les I«' et II« bavarois.
Le nombre des corps de troupe était le suivant :
Infanterie : 148 régiments (dont un à 2 bataillons) et 26 bataillons de chasseurs, au total, 469 bataillons.
Cavalerie : 93 régiments à 5 escadrons, soit 465 escadrons.
Artillerie : 20 régiments, avec un total de 269 batteries de campagne et 116 compagnies ou batteries de forteresse.
Pionniers : 18 bataillons, plus les troupes de chemin de fer, soit 1 bataillon prussien, 1 compagnie bavaroise.
Traiii ; 18 bataillons et 1 compagnie hessoise.
L'effectif budgétaire pour l'année 1873 était fixé aux chiffres ci-après :
Officiers 16,955
rp ^ *Aj aur. A . ( 52,394 sous-officiers.
Troupe 401,659, dont \ ^.'a,^^,
^ * (349,265 hommes.
Chevaux 94,742 .
L'effectif de la troupe était conforme aux prescriptions de l'article 60 de la loi sur la Constitution de l'Empire, c'est-àdire à un pour cent de la population. Celle-ci s'élevait à 41,058,139 habitants d'après le recensement du 1«' décembre 1871.
Mais cette situation n'était que transitoire, le Parlement devant, d'après la Constitution, doter l'Empire d'une loi militaire complète et fixer chaque année les effectifs à entretenir.
Les travaux du Parlement exigèrent ua certain temps et la loi militaire ne fut votée que le 2 mai 1874. Elle constitue la première loi du septennat.
Loi dn 2 mai 1874 (1).
Les dispositions principales de cette loi sont les suivantes :
Article !•'. — L'effectif de paix en sous-officiers et hommes de troupe est fixé à 401,659 hommes, non compris les volontaires d'un an, pour la période comprise entre le l^*" janvier 1875 et le 31 décembre 1881.
Article IL — L'infanterie comprend 469 bataillons, la cavalerie 465 escadrons, Tartillerie de campagne 300 batteries formant des groupes de 2 à 4 batteries, l'artillerie à pied 29 bataillons, les pionniers et le train chacun 18 bataillons.
En principe, les bataillons se composent de 4 compagnies; seuls, les bataillons du train comptent de 2 à 3 compagnies.
Les articles suivants ont trait à la division de l'armée en 18 corps, à leur groupement par 3 ou 4 en inspections d'armée, à la composition des divisions, brigades, régiments, etc.
On remarquera que, si l'effectif des sous-officiers et homnoes de troupe a été fixé à un chiffre ferme pour une période de sept années, il n'en a pas été de même pour les officiers, fonctionnaires et employés. Tous les changements relatifs à leur nombre devaient être discutés et leur effectif déterminé lors de l'établissement annuel du budget de l'Empire.
En résumé, cette première loi, sauf une augmentation dans le nombre des batteries de l'artillerie de campagne (31 batteries en plus), ne modifiait pas les effectifs existant à la date du 1«' janvier 1871.
(1) La partie de la loi concernant l'organisalion et la répartition des nnitës a seule été anaivsée. Les prescriptions relatives au recrutement el aux réserves ont été intentionnellement laissées de cdlé ; il a paru préférable de ne donner, en-fait de recrutement, etc., qu'un aperçu de la loi actuellement en vigueur. Voir le chapitre qui lui est consacré.
ii CHAP. I^*. — ORGANISATION MILITAIRE DE l'eMPIRE.
IiQA;du 6 mai 1880.
Jusqu'en 1880, aucune modification ne fut apportée à cette organisation. Mais, le 22 janvier 4880, le Conseil fédéral fut saisi d'un projet de loi portant augmentation de Tarmée.
Les principaux motifs présentés à Tappui'de ce projet furent les suivants :
« La loi militaire promulguée en 1874 n^a pas augmenté la puissance de l'armée allemande, elle n'a fait que sanctionner l'organisation existante. Or, depuis cette époque, des réformes n]^Iitaires considérables ont été efTectuées dans d'autres États; ces réformes ont une importance capitale pour l'Allemagne. Bordée sur une immense frontière par trois grandes puissances et quatre États secondaires, accessible du côté de la mer sur une longue étendue de côtes, l'Allemagne doit être constamment prête à défendre sa liberté et sa sécurité. Il est absolument indispensable d'augmenter les effectifs et le nombre d'unités de son armée, si l'on ne veut pas que les efforts du temps de paix restent stériles par suite de la supériorité numérique et de l'organisation plus solide que des armées adverses pourraient lui opposer en temps de guerre. »
Enfin, s'appuyant sur le chiffre de la population en 1875 (42,729,000 habitants), le projet fait remarquer que l'effectif de paix n'est plus en rapport avec la base admise par la Constitution, soit un pour cent de la population.
La loi fut adoptée le 6 mai 1880; ses dispositions essentielles sont les suivantes :
L'effectif des hommes sur le pied de paix est fixé au chiffre de 427,274 pour la période comprise entre le !«'' avril 1881 et le 31 mars 1888.
Les volontaires d'un an ne sont pas compris dans cet effectif.
A partir du 1" avril 1881, l'infanterie comptera 303 bataillons, l'artillerie de campagne 340 batteries, l'artillerie à pied 31 bataillons, les pionniers 19 bataillons.
Les hommes classés dans la catégorie de recrutement dite
<c Ersatzreserve » (1), qui, jusqu'alors, ne faisaient aucun seirice en temps de paix, seront astreints à quatre périodes d'instruction : la première ne devra pas dépasser une durée de 10 semaines, la seconde une durée de 4 semaines et les deux dernières chacune une durée de 2 semaines.
Les dates du passage de la réserve dans la Landwehr et de la fin du service dans la Landwehr sont fixées, en temps de paix, à la revue d'appel du printemps qui suit immédiatement Tannée dans laquelle le service légal a été terminé.
Examinons rapidement les résultats obtenus par la loi de 1880 :
1* Au point de vue des eflectifs budgétaires, on trouve une augmentation de 25,615 hommes. La comparaison avec les chiffres de 1874 donne :
1874 1880 AagmenUtioa.
SoasK)ffîciers 52,394 57,699 5,305
Troupe 349,465 369,575 20,3i0
Totaux 4(il,659 427,274 25,615
2« Le nombre des unités du pied de paix a été augmenté pour encadrer cet excédent d'hommes mis à la dispositioD de l'autorité militaire; seuls, la cavalerie et le train ne sont pas modifiés. L'infanterie compte 34 bataillons, Tartillerie de campagne 40 batteries, Tartillerie & pied 2 bataillons, les pionniers 1 bataillon de plus qu'en 1874;
3^ Mais, en plus de ces ressources nouvelles, l'autorité militaire se décida également à utiliser les meilleurs éléments des hommes de l'Ersatzreserve 1^'ban. Les hommes classés
(1) L'Ersatzreserve comprend les hommes reconnus bons pour le service en excédent du contingent annuellement incorporé.
La loi de i874 spécifiait (art. 24) : « Les hommes de 1* Ersatzreserve, 1** ban sont destinés à compléter l'armée en cas de mobilisation et à former des unités de dépôt. Il y a lieu de classer chaque année, dans cette catégorie de recrutement, un nombre d*hommes suffisant pour qu'avec dnq classes on puisse suffire aux besoins de la mobilisation.
dans cette catégorie de recrutement, soit par suite du numéro élevé qu'ils avaient obtenu lors du tirage au sort, soit en raison d'un léger défaut de constitution, ne recevaient aucune instruction en temps de paix, et cependant ils devaient être incorporés en temps de guerre. Dorénavant, ils seront soumis à quatre périodes d'instruction et, en 1881, on en appela 39,381 pour une première période de 10 semaines;
4® D'après les dispositions en vigueur, le service actif était décompié à partir de l'arrivée effective sous les drapeaux ; toutefois, les hommes entrés au service entre le 2 octobre ei le 31 mars suivant étaient considérés comme incorporés à la date du l^*" octobre précédent. Le § 62 de la loi militaire de i 874 spéciGait que la durée du service dans la réserve et la Landwehr serait comptée à partir de ce même jour. Par conséquent, pour la grande majorité des hommes, les passages de la réserve dans la Landwehr et de celte dernière dans le Landsturm s'effectuaient aux revues d'appel qui ont lieu en automne.
L'application de cette prescription présentait un inconvénient sérieux. Avant que les recrues (incorporées généralement en novembre) fussent suffisamment instruites pout* pouvoir partir en campagne avec les troupes mobilisées, une classe entière passait de la réserve dans la Landwehr et une autre de la Landwehr dans le Landsturm. L'armée de campagne subissait donc, pendant toute la période d'instruction des recrues (de novembre à mars), une diminution d'environ 100,000 hommes, diminution qu'il était urgent de faire disparaître.
La loi de 1880 y remédie en reculant de 6 mois (1) les dates de passage et en les fixant au l^*" avril de Tannée qui suit celle où le service légal a été accompli dans la réserve et dans la Landwehr.
La durée du service dans les réserves était ainsi prolongée
(1) Un homme, entré au service en novembre 1880, comptait ses services à partir du i«' octobre. Il passait dans la réserve le i«' octobre 1883, dans la Landwehr le i" octobre 1887, dans le Landsturm le 1" octobre 1892. Dorénavant, il passera dans la Landwehr le 1*' avril 1888 et dans le Landslurm le 1" avril 1893.
de 6 mois contrairement aux prescriptions de la loi militaire de 1871, mais la mesure fut adoptée sans hésitation à cause du double avantage qu'elle présentait. L'armée de campagne n'était plus diminuée d'une classe pendant la période d'hiver et, par suite, il n'était plus nécessaire de prévoir deux périodes bien distinctes, celle d'hiver et celle d'été, dans l'établissement du plan de mobilisation.
Loi du 11 mars 1887.
Le projet de loi, soumis en 1886 au Parlement, était précédé d'un exposé des motifs qui peut être résumé ainsi qu'il suit :
« Malgré les augmentations successives de son armée, l'Allemagne se trouve dans une situation militaire qui n'est plus en rapport avec celle d'autres grands États de l'Europe.
« La France, par son dernier projet de loi militaire, a renforcé son armée de 44,000 hommes.
« La Russie, de son côté, a complètement réorganisé son armée après la guerre d'Orient ; elle a encore augmenté Teffeclif de ses combattants déjà numériquement supérieur à celai des autres armées, elle a systématiquement complété le réseau de ses chemins de fer et perfectionné son système de mobilisation.
« Cette situation est d'autant plus grave que, pour faire face à toutes les éventualités, l'Allemagne doit se préoccuper des forces que pourraient lui opposer plusieurs des États qui lavoisinent. Il faut que sa situation militaire soit rapidement et complètement mise à la hauteur des circonstances nouvelles.
« Sans doute, il en résultera de nouveaux sacrifices, mais il faut que l'Allemagne fasse autant, sinon plus, que ses voisins. L'Empire, né d'une guerre glorieuse, courrait sans cela le danger de n'être plus en mesure de faire prévaloir sa politique, tendant au maintien de la paix générale, le jour où un conflit européen menacerait de se produire. »
Le projet de loi qui suivait ces considérations fut discuté
18 CHAP. Ie^ ~ ORGANISATION MILITAIRE DE L'EMPIRE.
avec acharnement par ropposition ; pour vaincre la résistance du Parlement, il fallut en prononcer la dissolution.
En fin de compte, la loi fut votée le 9 mars et promulguée le 11 du même mois.
Elle était ainsi conçue :
Article P*". ... — L'efifectif du pied 4e paix est flxé, à partir du 1«' avril 1887 jusqu'au 31 mars 1894, à 468,409 hommes, non compris les volontaires d'un an.
Article II. — A partir du l®' avril 1887, l'infanterie comprendra 534 bataillons; la cavalerie, 465 escadrons ; l'artillerie de campagne, 364 batteries; l'artillerie à pied, 31 bataillons; les pionniers, 19 bataillons, et le train, 18 bataillons.
Les augmentations d'effectif de la nouvelle loi sont sensibles : 1124 officiers et 41,135 hommes. 11 en résulte un accroissement du nombre "des grandes unités ; deux nouvelles divisions d'infanterie sont créées : la 32« au XII* corps (saxon) et la 33* au XV® corps (Alsace-Lorraine). Le nombre des corps d'armée reste, comme par le passé, fixé à 18.
Les deux armes qui profitèrent de l'augmentation furent l'infanterie et l'artillerie de campagne.
Le nombre des bataillons d'infanterie fut augmenté de 31, qui formèrent : 5 nouveaux régiments à 3 bataillons, 15 quatrièmes bataillons affectés principalement aux régiments stationnés en Alsace-Lorraine, et enfin 1 bataillon de chasseurs saxon.
L'artillerie de campagne fut augmentée de 21 états-majors de groupes et de 24 batteries.
Loi du 11 février 1888.
Jusqu'à présent, les modifications apportées à l'organisation de l'armée, n'avaient affecté que le nombre des unités; les prescriptions de la loi du 16 avril 1871, relatives à la durée totale du service, étaient toujours en vigueur.
Le projet de loi de 1888 en demanda la modification pour les motifs suivants : l'Allemagne ne peut opposer que 12 classes aux 20 classes de la France et aux 15 classes de la
Russie. Il est donc indispensable d'augmenter le nombre des hommes disponibles en cas de mobilisation en utilisant une partie de la Landwehr dans les formations de réserve.
Le projet de loi, qui fut adopté le 14 février 1888, fixa la durée du service dans Tarmée active, sa réserve et la Landwehr à 19 ans au lieu de 12 (avec effet rétroactif sur 8 classes) ; on rétablit la Landwehr 2® ban et le service dans le Landsturm fut augmenté de 3 ans, les hommes y étant astreints jusqu'à 45 ans au lieu de 42.
En résumé, la loi fixait ainsi qu'il suit la durée du service :
Dans l'armée active, 7 ans, dont trois sous les drapeaux et quatre dans la réserve; dans la Landwehr !«' ban, les cinq années suivantes; dans la Landwehr 2« ban, jusqu'au 31 mars de Tannée dans laquelle l'homme a atteint 39 ans accomplis.
Toutefois, les dates de passage dans la réserve et la Landwehr restaient toujours fixées d'après les prescriptions de la loi de 1880.
Nous ne donnons aucun autre détail sur la loi, les principales dispositions qu'elle contenait étant encore en vigueur aujourd'hui et faisant l'objet d'une étude détaillée au chapitre du Recrutement.
Loi du 27 janvier 1890.
Création des XVI^ et XVIh corps.
L'exposé des motifs annexé au projet de loi présenté au Parlement peut se résumer ainsi qu'il suit :
« Lors du renforcement de l'armée, en 1881 et 1887, les effectifs du contingent prussien ont été augmentés, sur le pied de paix, de 52 bataillons d'infanterie et de 49 batteries, soit de 51 ,045 hommes.
M L'organisation des grandes unités n'a pas marché de pair avec cette augmentation numérique : on n'a formé qu'une brigade d'artillerie de campagne en 1881, une division et deux brigades d'infanterie en 1887; le tout pour le XV® corps d'armée.
« Cette situation, provoquée uniquement par des considéra-
20 CHAP. I«f. — ORGANISATION MILITAIRE DE L'EMPIRE.
lions d'ordre financier, a occasionné, dans les corps d'arncîée de la frontière, un encombrement qui rend la tâche de leurs commandants très difficile.
« Il est donc urgent de procéder à la formation de nouvelles unités, en se rapprochant autant que possible de l'organisation des anciens corps d'armée prussiens, organisation qui a fait ses preuves.
« A cet effet, on projette de diviser le contingent prussien en 16 corps d'armée (jusqu'ici il n'en formait que ii). Les deux nouveaux corps seront stationnés : le XVI* en Lorraine, le XYIl*^ dans l'est de la Prusse.
« Cette innovation n'est pas incompatible avec la loi du H mars 1887, relative aux effectifs de l'armée allemande. Il suffira de créer les états-majors nécessaires et de former des régiments à trois bataillons avec les 15 bataillons créés en 1887. Cette dernière mesure s'impose dans tous les cas, une expérience de deux ans ayant prouvé qu'il est impossible à un colonel de surveiller et de diriger un régiment à quatre bataillons. »
Présentée dans ces termes, la loi fut votée sans difficulté. En voici la teneur :
En temps de paix, les forces armées de l'Empire allemand comprendront 20 corps d'armée, composés de deux à trois divisions chacun. Le contingent du royaume de Bavière est fixé à deux corps d'armée; les royaumes de Saxe et de Wurtemberg fourniront un corps d'armée chacun; la Prusse avec les États restants formera 16 corps.
Le territoire de l'Empire allemand est divisé, au point de vue militaire, en 19 (1) districts de corps d'armée. Pour l'organisation de la Landwehr ainsi que pour le recrutement de l'armée, les districts de corps d'armée sont divisés en districts de division et de brigade, et ceux-ci, selon leur étendue et le chifTre de la population, en districts de Landwehr et districts de contrôle. •
(1) La garde prend ses recrues sur toul le territoire prussien et en Alsace-Lorraine.
La création des deux nouveaux corps n oËFrait pas de difficultés au point de vue de Tinfanterie, les régiments nécessaires existant déjà à peu de chose près, mais il n'en était pas de même pour Tartillerie, le génie et le train. Aussi pouvait-on prévoir d'ores et déjà que de nouvelles formations seraient, à bref délai, demandées au Parlement.
Loi du 15 juiUet 1890.
L'effectif et la composition de l'armée allemande avaient été fixés pour une durée de sept années par la loi du H mai 1887, mais la nouvelle organisation présentait, en unités d'artillerie surtout, des déficits tellement importants, que l'autorité militaire ne voulut pas rester sous l'empire de cette loi, qui empêchait encore pendant quatre ans toute augmentation de l'armée.
Le 6 mai on présenta au Parlement un projet de loi destiné à combler les lacunes existantes. Ce projet rencontra quelques résistances en première lecture. La succession rapide des augmentations de dépenses que les contribuables avaient à subir ne pouvait évidemment manquer de provoquer des critiques. Mais, finalement, les arguments donnés par le gouvernement rallièrent les suffrages de la majorité et la loi suivante fut adoptée :
ARTICLE !•'. — Les effectifs de paix de l'armée allemande sont fixés au chiffre de 486,983 hommes, du 1«' octobre 4890 jusqu'au 31 mars 4894.
Article IL — A partir du l^' octobre 1890, l'infanterie comprendra 538 bataillons, la cavalerie 465 escadrons, l'artillerie de campagne 434 batteries, l'artillerie de forteresse 31 bataillons, le génie 20 bataillons, le train 21 bataillons.
Comparées avec les dispositions du septennat de 1887, celles du 15 juillet augmentaient les unités de : 4 bataillons d'infanterie, 70 batteries d'artillerie de campagne, 1 bataillon de pionniers et 3 bataillons du train. L'effectif du pied de paix était accru de 18,574 hommes; un nouveau groupement
22 CHAP. 1^^ — ORGANISATION MILITAIRE DE l'EMPIRE.
de ses unités permettait à la Bavière de créer une 5® division d'infanterie affectée au II* corps bavarois.
Loi du 15 juiUet 1893.
Les augmentations successives d'effectif en hommes et en unités n'étaient pas encore sufBsantes aux yeux de l'autorité militaire. Celle-ci soumit au Parlement un projet de loi dont l'adoption devait introduire des modifications profondes dans l'organisation de l'armée.
Ces modifications ont encore, en grande partie, leur effet, et il paraît nécessaire d'étudier la loi de 1893 d'une manière toute particulière.
L'exposé des motifs rappelait que la loi du H mars 1887 avait Gxé, jusqu'au 31 mars 1894, l'effectif à 468,409 hommes, puis que, le 15 juillet 1890, était intervenue une nouvelle loi élevant l'effectif de paix à 486,983 hommes, à partir du l®' octobre de cette même année. Dès lors, le terme du d«' avril 1894 devait être marqué par une nouvelle organisation.
<c D'autre part, ajoute l'exposé, la situation militaire et politique s'est modifiée à notre désavantage ; elle nous met dans l'obligation de prendre des mesures en conséquence. La supériorité que nous avions acquise, en devançant les autres puissances dans l'adoption du service obligatoire, a maintenant disparu; nos voisins nous ont dépassés.
« La loi française de 1889 a étabU le service obligatoire de la manière la plus rigoureuse. La moyenne de l'effectif de paix pendant ces trois dernières années a été, en France, de 819,000 hommes; le nombre des incorporations en 1890 a été, en chiffre rond, de 230,000 hommes. Dans ces conditions, 25 classes donneront 4,053,000 hommes instruits, défalcation faite d'un déchet de 25 p. 100.
« La Russie progresse non moins activement; en 1889, son effectif de paix était de 926,000 hommes; en 1892, il s'élève à 987,000 hommes, dont 100,000 seulement sont sta
tioDnés en Asie. Le nombre des recrues, en 1891, a été de 281,000 hommes, dont24,000 pour TAsie. Dans ces conditions, 23. classes donneront à TEmpire russe 4,556,000 hommes instruits, défalcation faite d'un déchet de 25 p. 100.
« En présence de cet état de choses, nous n'avons qu'un moyen de pourvoir à notre sécurité et d'assurer notre indépendance : c'est d'utiliser complètement nos ressources en hommes pour la défense nationale.
« Nous devons adopter une organisation comportant l'emploi de tous les hommes véritablement bons pour le service. C'est alors seulement que, assurant à notre armée toute la paissance possible, nous pourrons envisager avec calme réventualité d'une attaque.
« Le système qui consiste à procéder lentement dans la voie du progrès doit être maintenant abandonné pour faire place a l'application immédiate des principes sur lesquels repose notre constitution militaire, et cette application sera poussée aussi loin que le permettent les ressources économiques et ûnancières de l'Empire.
« Le moyen le plus simple consisterait à créer un nombre suffisant de nouvelles unités, mais il est incompatible avec les exigences budgétaires. Il ne reste donc d'autre solution que de conserver, autant que possible, les cadres actuels et d'y incorporer un nombre plus considérable d'individus bons pour le service.
« Cette mesure entraîne la nécessité de réduire le temps de présence sous les drapeaux, sans toutefois constituer une dérogation à nos traditions. Le service légal de 3 ans subsiste en principe^ mais on admet la possibilité (T établir y pour les troupes àpiedj un temps de service plus courte à la condition de rendre l'instruction plus intensive. Dans ce but, on augmentera les eifectifs de paix et l'on créera des formations destinées à décharger les corps de troupe d'une partie de la tâche qui leur incombe annuellement.
«r En principe, les hommes des troupes à pied seront envoyés en congé, à la disposition de l'autorité militaire, au bout de deux ans.
24 CHAP. I^r. — ORGANISATION MILITAIRE DE L'EMPIRE.
« 11 convient d'attribuer aux variations de l'effectif de paix une élasticité plus grande que par le passé; on ne fixera donc plus un chiffre maximum ou normal. En effet, au moment de l'incorporation, l'effectif doit nécessairement être plus élevé que pendant une période plus avancée de l'année. C'est dès l'incorporation des recrues qu'il faut tirer de la réserve de remplacement (Nachersatz) le nombre d'hommes nécessaire pour combler les vacances à prévoir, si l'on veut éviter que la durée du service ne soit encore diminuée pour les individus incorporés dans ces conditions. Par suite, au lieu de fixer un chiffre maximum ou normal pour l'effectif, on adoptera une moyenne d'effectif (sous-officiers non compris) pour une période déterminée, moyenne dont le budget assurera l'entretien pour tous les jours de l'année.
« Il déterminera de même le nombre des sous-officiers, ainsi que celui des officiers, médecins et fonctionnaires militaires.
« Il semble à propos de substituer au septennat, adopté jusqu'ici, une période quinquennale correspondant aux recensements et aux élections législatives. Ce laps de temps assure d'ailleurs une stabilité suffisante aux institutions militaires.
« L'augmentation des effectifs et la réduction du temps de service nécessitera également l'augmentation du corps des cadets, des écoles de sous-officiers et des écoles préparatoires. L'instruction des troupes devra être menée d'une manière plus intensive et il faudra doter plus largement les crédits concernant l'allocation des munitions, les écoles à feu et les périodes d'instruction des hommes des réserves.
« L'instruction des hommes de l'Ersatzreserve, telle qu'elle est réglée par la loi de 1880, est supprimée,
« Si l'Allemagne incorpore chaque année 235,000 recrues, plus 9,000 volontaires d'un an, 24 classes lui donneront, défalcation faite d'un déchet de 25 p. 100, 4,400,000 hommes instruits. Nous aurons alors acquis une certaine supériorité sur la France, qui est arrivée à la limite extrême de ce
qu'elle peut faire, et nous ne serons que peu inférieurs à la Russie.
« La seule comparaison des chiffres ne donne évidemment qu'une idée très imparfaite de la force respective des armées sur le pied de guerre. L'effectif des classes de recrutement fournit, à cet égard, des données plus exactes. En effets FÊtat^ qui dispose des classes les plus fortes, a, poui' la lutte décisive, r armée la plus jeune. Si l'adversaire veut lui opposer un effectif égal, il doit faire appel, dès le début, à des classes déjà anciennes. C'est dans cette dernière alternative que nous place notre organisation actuelle; nous devons nous attacher à y remédier, en adoptant des dispositions permettant d'éviter l'emploi de classes anciennes dans les opérations actives sur le théâtre de la guerre.
« Les augmentations proposées visent principalement l'infanterie, l'artillerie de campagne et l'artillerie à pied. Les autres armes y participeront également dans la mesure que comportent les conditions de leur instruction et le rôle prévu pour elles en temps de guerre. Il n'est pas question de créer de hauts commandements.
« Le renforcement de l'infanterie s'effectuera au moyen de quatrièmes demi-bataillons, auxquels incombera essentiellement l'instruction de tous les hommes bons pour le service. Cette organisation rendra possible la réduction du temps de présence sous les drapeaux.
« Dans la cavalerie, le besoin de cadres pour les formations de réserve se fait sentir d'une manière indéniable. L'artillerie de campagne est numériquement inférieure à l'artillerie française; quant à l'artillerie à pied, les principes nouveaux admis pour son emploi en campagne rendent nécessaire un renforcement sensible de cette arme ».
Le projet de loi fut repoussé par le Parlement, dans sa séance du 6 mai 1893, et aucun des amendements proposés par divers députés en vue d'arriver à une entente ne put réunir une majorité. Le Parlement fut dissous et ce fut le 15 juillet seulement que la loi militaire, légèrement modiQée
par le gouvernement, fut enfin adoptée avec la teneur suivante :
Article I•^ § l*'. — L'effectif de paix de l'armée allemande, en tant que gefreite et soldats, est fixé à une moyenne annuelle de 479,229 hommes pour la période comprise entre le {^^ octobre 1893 et le 31 mars 4899. Les États confédérés contribuent, en proportion de leur population, à l'entretien de cet effectif.
Les volontaires d'un an ne sont pas compris dans ce chiflFre, non plus que les sous-ofBciers. Le nombre de ces derniers est, comme celui des officiers, déterminé chaque année par le budget. Les incomplets en sous-officiers ne doivent pas être comblés par Tincorporation de soldats en surnombre.
§ 2. — A partir du l*' octobre 1893, la composition de l'armée allemande sera la suivante :
Infanterie 538 bataillons et 173 demi-bataillons.
Cavalerie 465 escadrons.
Artilierie de campagne. . . «494 batteries.
Artillerie à pied 37 bataillons.
Pionniers 23 bataillons.
Troupes de chemin de fer. 7 bataillons. Train 21 bataillons.
Article II. — Du 1«' octobre 1893 au 31 mars 1899 le service militaire sera réglé par les dispositions suivantes :
§ 1*"^. — Pendant la durée du service dans l'armée active, les hommes de la cavalerie et de l'artillerie à cheval restent trois ans, ceux des autres armes, deux ans sous les drapeaux, sans interruption.
Au cas où des renforcements seraient nécessaires, l'Empereur peut ordonner de maintenir sous les drapeaux les hommes qui, d'après Talinéa précédent, doivent être renvoyés dans leurs foyers. Cette prolongation de service est comptée pour une période d'instruction (1).
(1) Chaque réserviste est astreint, pendant la durée du service dans la
§ 2. — Les hommes renvoyés dans leurs foyers au bout de deux ans de service peuvent se voir refuser l'autorisation d'émigrer dans le cours de la première année qui suit leur libération.
Toutefois, ils ne sont pas soumis aux dispositions pénales édictées par le § 60 de la loi du 2 mai 1874, contre les hommes envoyés au bout de deux ans de service en congé à la disposition (1). {Dispositions Urlauber).
En outre, ils peuvent changer de domicile sans l'assentiment préalable de l'autorité militaire.
§ 3. — Les hommes de la cavalerie et de Fartillerie à cheval, qui sont restés trois ans sous les drapeaux, ne sont astreints qu'à trois ans de service (au lieu de cinq) dans la Landwehr 4 •'"ban.
Article III. — Durant la première année de l'entrée en vigueur de la présente loi, les dispositions de l'article II, § !•', ne seront pas applicables aux hommes qui, ayant actuellement deux ans de service, seraient susceptibles d'être renvoyés dans leurs foyers.
Cette prolongation de service leur sera comptée pour une convocation, au même titre qu'un appel pendant cette période.
Article IV. — Les dispositions de la loi du !5 juillet 1890 concernant les effectifs de paix sont abrogées.
Article V. — La présente loi est applicable aux autres
réserve» à deux périodes d'instruction, dont la durée ne doit pas excéder huit semaines. Tout rappel sous les drapeaux ou dans les équipages de la flotte compte pour une période d'instruction.
(1) Les hommes en congé, à la disposition des corps de troupe» peuvent, pendant la troisième année de service, être, à toute époque, rappelés sous les drapeaux; ils sont en outre tenus, pour tout changement de résidence, de demander une autorisation à l'autorité militaire.
Les peines édictées pour absence non autorisée, désertion, mutilation ou simulation d'infirmités sont applicables aux hommes en congé à la disposition au même titre qu'aux militaires de l'armée active.
Sous le régime de la loi de 4893, il n'y a plus que des hommes de la cavalerie ou de l'artillerie à cheval qui puissent, le cas échéant, être envoyés en congé, à la disposition des corps de troupe, après leur deuxième année de service.
28 CHAP. r^ — ORGANISATION MILITAIRE DE L*EMPIRE.
États de TEmpire, conformément aux conventions préexistantes, et sous réserve d'une entente particulière avec le Wurtemberg, au sujet du passage du 13® bataillon d'artillerie à pied dans le contingent prussien.
L'exposé des motifs mis à l'appui du texte de la loi est, en grande partie, la reproduction de celui qui accompagnait le projet primitif. ,
Les points caractéristiques de la réorganisation préparée de longue date par l'autorité militaire subsistèrent à peu près intégralement (i). Ce sont :
a) La réduction à deux ans de la durée du service sous les drapeaux pour les armes autres que la cavalerie et l'artillerie à cheval ;
b) L'augmentation du nombre des incorporations annuelles ;
c) La suppression presque totale des périodes d'instruction des hommes de l'Ersatzreserve ;
d) Le rajeunissement de l'armée de campagne ;
e) La création de quatrièmes demi-bataillons ;
/) L'augmentation des effectifs et des unités du temps de paix.
Examinons ces différents points :
a) La réduction à deux ans de la durée du service en Allemagne pour les armes autres que la cavalerie et l'artillerie à
(1) Le projet de loi fixait à â35,0U0 le nombre des incorporations annuelles et à 78,809 sous-officiers et 492,068 hommes le chiffre de Teffectif budgétaire. La loi du 15 juillet a réduit ces chiffres de la mani^^e suivante : 229,000 incorporations annuelles, 77,864 sous-officiers et 479,229 hommes comme effectif budgétaire.
Les demandes figurant au projet et concernant la création d'un 3* bataillon de pionniers en Bavière, de 12 escadrons de cavalerie (dont 9 escadrons cadres) et de 17 groupes d'attelages pour rartillerie à pied ne figuraient plus dans le second projet de loi adopté par le Parlement.
Mais l'autorité militaire ne se tint pas pour battue. Comme on lui refusait l'augmentation de la cavalerie et les attelages pour rartillerie à pied, elle représenta dans les projets de budget ultérieurs des demandes de crédits nécessaires pour la constitution progressive de groupes d'attelages et d'escadrons d'estafettes (chasseurs à cheval) et obtint ainsi en détail ce qu'on lui avait refusé en bloc.
cheval, n'a d'autre but que de permettre d'utiliser dans une mesure plus large les excédents considérables de population dont dispose le pays.
La seule considération motivant cette réforme repose ' sur 1 accroissement constant de la population de l'Empire, et c'est cette considération qui, à l'exclusion de toute autre, a été, au cours des débats, mise en avant sous forme d'arguments divers que Ton peut résumer de la façon suivante :
Étant donné un contingent annuel de 460,000 à 470,000 jeunes gens, le- nombre de ceux que les ressources budgétaires permettent d'incorporer est d'autant plus limité que leur maintien sous les drapeaux est plus prolongé. Or, sous le régime du service de trois ans, il n'est pas possible d'appeler plus de 475,000 à 178,000 hommes de chaque contingent ; les autres sont laissés dans leurs foyers et une faible partie d'entre eux reçoit une- instruction toute sommaire. Il vaudrait mieux puiser dans cet excédent pour augmenter le nombre des incorporations et par suite celui des hommes destinés à être complètement instruits, dût-on ne conserver sous les drapeaux que deux de ces contingents ainsi augmentés.
Des raisons d'instruction militaire, seules, ont empêché l'extension aux troupes de cavalerie et d'artillerie à cheval de la mesure prise pour les autres armes.
b) V augmentation du nombre des incorporations annuelles est forcément considérable. A partir de !893, au lieu de 175,000 recrues, on en incorporera 229,000 en nombre rond (non compris le Nachersatz). L'exposé des motifs spéciQait que l'Allemagne arriverait ainsi, en tenant compte également des 9,000 volontaires d'un an, à disposer de 24 classes instruites, représentant environ 4,300,000 hommes.
c) Périodes cTinstruction des hommes de VErsatzreserve (1). — Depuis 4881, un certain nombre d'hommes
(1) L^ordonnance du 22 novembre 4888 sur le service militaire (Wehrordnnng), actuellement en vigueur, spécifie au % 13 que Ton doit classer annuellement, dans la catégorie de FErsatzreserve, un nombre d'hommes suffisant pour qu'avec sept classes on puisse suffire aux premiers besoins de la mobilisation.
classés dans TErsatzreserve recevaient une instruction sommaire (20 semaines réparties en trois ans). Le nombre de ces hommes sommairement exercés était, au début, de 39,500 par an; il a varié ensuite entre 16,000 et 20,000 de 1883 à 4892. Par suite de l'augmentation du chiffre des incorporations, l'appoint que devait fournir le nombre de ces hommes sommairement instruits a été jugé inutile et l'on s'est contenté, depuis 1893, d'appeler en temps de paix un nombre très restreint de cette catégorie, un millier d'hommes environ, que l'on instruit aux fonctions d'infirmiers.
d) Rajeunissement de F armée de campagne. — L'exposé des motifs contenait la phrase suivante :
« Le pays qui dispose de classes respectivement plus fortes « que l'adversaire peut, dans la lutte décisive, lui opposer « une armée plus jeune et, si l'adversaire veut atténuer son « infériorité numérique , il est obligé de mobiliser, dès le « début, des classes anciennes qu'il voudrait même laisser « sur le territoire.
« Le projet de loi visant l'augmentation des contingents « annuels procure à l'armée de campagne un rajeunissement « notable, en même temps qu'il tend à épargner les classes « anciennes.
.( C'est ainsi que les éléments constitués jusqu'ici :
(t Avec 7 classes le seront désormais avec 6
En d'autres termes, si l'on admet que les éléments de l'armée de campagne devaient, avant l'adoption de la loi de 4893, être formées de 3 classes de l'armée active et de 4 classes de la réserve, ces mômes troupes seront, à l'avenir, formées de 3 classes de l'armée active (dont une en congé pour les armes où le service est de 2 ans) et de 3 classes seulement de réservistes.
De même s'il fallait recourir jusqu'à la 42® des classes sou-
mises à la loi de recrutement, c'est-à-dire jusqu'à la plus ancienne classe de la Landwehr du !•' ban (hommes de 32 à 33 ans), pour former les troupes de réserve de campagne, ces mêmes troupes seront désormais formées sans qu'il soit nécessaire de dépasser la iO^ classe. Les hommes les plus âgés entrant dans la composition de ces troupes auront, ea général, de 30 à 31 ans.
Le même rajeunissement se constate dans les éléments destinés à constituer les troupes de la Landwehr et du Landsturm.
Cette question du rajeunissement de l'cu^mée de campagne avait particulièrement attiré Tattention de Tautorité militaire. Les enseignements de la guerre de 1870, disait à ce sujet un article du Militàr WochenblaU de 1892, ont prouvé que les défauts qui ont caractérisé la Landwehr pouvaient se résumer ainsi qu'il suit :
a Manque de résistance physique et morale pour supporter les grandes fatigues.
c€ Proportion considérable de malades, parmi lesquels bon nombre de simulateurs.
tt Manque d'entrain dans l'attaque et défaut d'opiniâtreté dans la défense.
« Des hommes arrivés à l'âge mûr sont loin de valoir pour le service de guerre les jeunes gens des troupes de ligne. Le landwehrien marié pense à sa femme, à ses enfants menacés d'une situation précaire s'il est tué ou grièvement blessé ; il ne peut plus supporter, comme un jeune homme, les fatigues et les privations.
« Tandis que le jeune soldat de l'armée active, gai et insouciant, est commandé par des officiers et sous-officiers, jeunes aussi, avides de gloire et voyant dans la guerre une source d'honneurs, le landwehrien a pour gradés des hommes du même àg« que lui.
« Souvent il arrive que l'un de ces gradés occupe dans la vie civile une situation bien inférieure à celle de ses subordonnés; il lui est donc impossible d'avoir sur eux l'autorité qu'un sous-officier de l'armée active a sur ses hommes.
« Quant à Tofficier, qu'il soit de la réserve ou de la Landwehr, il ne peut, dans la vie civile, acquérir cette assurance devant la troupe qui impose l'obéissance et qui est comme une seconde nature chez l'officier de carrière.
« Les officiers en retraite eux-mêmes, rappelés en cas de guerre et affectés aux troupes de réserve, ne possèdent plus l'entrain ni la vigueur physique qu'ils avaient dans l'activité; ils ont plus ou moins perdu la pratique du commandement. On ne peut pourtant verser dans les troupes de réserve qu'un nombre très restreint d'officiers du cadre actif, autrement on enlèverait aux troupes de ligne une grande partie de leur valeur.
« Il peut y avoir des exceptions, en tant que qualités individuelles, mais il n'en est pas moins vrai qu'un régiment actif quelconque est incomparablement supérieur au meilleur régiment de réserve. »
L'autorité militaire, en rajeunissant l'armée de campagne, a remédié aux inconvénients signalés ci-dessus et a augmenté dans une large mesure la force de son armée de première ligne, en ne la composant que de classes aussi jeunes que possible, possédant toute la vigueur et la résistance nécessaires aux opérations de campagne.
é) Création de quatrièmes demi-bataillons. — L'adoption du service de deux ans allait imposer aux cadres un surcroît de travail que l'on considérait comme excessif, surtout en tenant compte de ce fait, qu'outre l'instruction des recrues, les corps avaient toujours à effectuer celle des hommes du Nachersatz (1), des vcrtontaires d'un an et des candidats à l'enseignement.
(1) Le Nachersati, du réserve de remplacement, constitue la catégorie de recrutement comprenant les hommes bons pour le service en excédent du contingent à incorporer et appelés sous les drapeaux pour combler les vacances qui se produisent dans Teffectif depuis l'incorporation des recrues jusqu'au !•' février. Ces hommes n'étaient, jusqu'en 1893, appelés qu'au fur et à mesure des besoins : il en résultait, pour les corps obligés d'assurer leur instruction au furet à mesure de leur arrivée, une surcharge de travail que l'on jugea incompatible avec l'instruction intensive qu'exigeait le service de deux ans, et l'on décida qu'à partir de
La solution à laquelle on s'arrêta fut la création dans chaque régiment d'infanterie de quatrièmes demirbataillons, comprenant deux compagnies, à Tefiectif total de 8 ofQciers et 193 hommes.
Ces quatrièmes demi-bataillons devaient être chargés de l'instruction des hommes du Nachersatz, de celle des volontaires d'un an et des candidats à renseignement.
On espérait, en outre, qu'en leur affectant les hommes des réserves appelés sous les drapeaux, ils trouveraient Toccasion d*ètre chaque année, pendant la période d'été, portés à un effectif assez élevé pour leur permettre de perfectionner leur instruction, tout en déchargeant les trois premiers bataillons.
En cas de mobilisation, ces quatrièmes demi-bataillons devaient faciliter et activer la constitution de formations nouvelles et de formations de réserve : grâce à eux, les bataillons actifs n'auraient plus à dégarnir leurs cadres.
Le .principe des quatrièmes demi-bataillons fut également appliqué à l'artillerie et les 60 batteries dont la création était prévue, devaient servir en partie de noyau pour les éléments de réserve de l'artillerie de campagne « de manière a assurer « une mobilisation plus facile, disait le projet de loi, et à (€ donner à ces éléments une valeur plus grande pour le ser- « vice de guerre ».
Les quatrièmes demi-bataillons ne donnèrent pas les résultats espérés et fui'ent supprimés en 1896.
1) Augmenialion des effectifs et des unités. — L'effectif de paix est augmenté de 70,110 hommes et 6xé à une moyenne de 479,229 hommes de troupe, non compris 77,864 sous-officiers. Jusqu'alors, leffectif maximum des présents était rigoureusement déterminé par le budget; avec la nouvelle mesure
1893, les hommes du Nachersatz seraient appelés en même temps que les recrues, lis sont, comme par le passé, destinés à combler les vides qui se produiraient après l'incorporation, et leur nombre (8 à 9 p. 100 des incorporations) a été calculé en conséquence, Actuellemeut ils sont désignés sous le nom de ueberetatsmdssige Bekruten, recrues supplémentaires {en plus de TefiectiO-
34 CHAP. I«f. — ORGANISATION MILITAIRE DE L'EMPIRE
relative à l'appel immédiat de tous les hommes du NachersatZj il ne pouvait plus être question de fixer un effectif maximum. Le chiffre budgétaire sera dorénavant dépassé dans les premiers mois qui suivront l'incorporation ; mais les pertes survenant dans le courant de Tannée permettront de rester dans les limites fixées par le budget, c'est-à-dire de ne pas dépasser les crédits prévus pour 479,229 rationnaires pendant 365 jours. Ce système laisse une plus grande latitude pour l'application du principe sur lequel repose toute la réorganisation : instruire complètetnent le plus grand nombre possible dhommes.
Les créations nouvelles sont les suivantes :
Infanterie. — 173 demi-bataillons à 2 compagnies.
Artillerie de campagne, — 20 états-majors de groupe, 60 batteries ; plus i état-major de groupe et 3 batteries d'instruction à l'école de tir de Jùterbog.
Artillerie à pied. — 2 états-majors d'inspection, 3 étatsmajors de régiment, 6 bataillons et 1 compagnie ; plus
1 état-major de bataillon et \ compagnie à l'école de tir de JUterbog.
Pionniers. — 3 commandements de pionniers, 3 bataillons et 2 compagnies.
Troupes de chemins de fer. — i état-major de régiment,
2 états-majors de bataillon, 9 compagnies. ' Train. — 1 compagnie.
De toutes les lois militaires successivement appliquées en Allemagne, aucune n'a eu une portée aussi considérable que la loi de 1893.
Ce qui la caractérise, en effet, c'est non seulement un développement considérable de l'organisation du temps de paix, l'adoption du service de deux ans pour les troupes autres que la cavalerie, etc., mais encore et surtout l'amélioration des éléments destinés à former les troupes de campagne.
Grâce à l'augmentation notable des contingents annuellement incorporés, la proportion à prévoir entre les hommes de
larmée active et ceux des classes anciennes de la réserve se troave notablement modifiée.
L'armée de campagne est rajeunie et la catégorie des hommes sommairement exercés disparaît pour faire place à des réserves formées pour ainsi dire en totalité d'hommes complètement instruits. Cette importante réorganisation était d'ailleurs projetée et préparée depuis longtemps. Dès 1890, les cadres avaient été renforcés, des dispositions spéciales avaient été prises pour assurer une surproduction d'officiers dans les écoles de guerre, le nombre des districts de landwehr avait été augmenté : ces diverses mesures se rapportaient toutes à une préparation méthodique de la loi de
C'est cette préparation poursuivie pendant plusieurs années avec un remarquable esprit de suite qui autorisait le Chancelier de l'Empire à déclarer devant le Parlement que le pays n'éprouverait aucune difficulté à fournir le supplément de cadres nécessité par l'augmentation des effectifs de Tarmée, et à dire un peu plus tard :
« Le renforcement apporté à notre puissance militaire aura UQ effet immédiat^ et nous pouvons affirmer que, quinze jours, un mois après l'adoption de la loi, nous entrerions en campagne dans des conditions tout autres que celles où nous serions sous le régime actuel. »
Loi du 28 Juin 1896.
Une modification à la loi de 1893 fut promulguée le 23 juin 1896 dans les termes suivants :
A partir du !•' avril 1897, l'armée allemande comprendra sur le pied de paix :
Infanterie 624 bataillons,
Cavalerie 465 escadrons.
Artillerie de campagne 494 batteries.
Artillerie à pied 37 bataillons.
Pionniers 23 bataillons.
Troupes de chemins de fer 7 bataillons.
Train • 21 bataillons.
36 CHAP. I•^ — ORGANISATION MILITAIRE DE L'eMPIRE.
Cette loi ne modifiait que le nombre des bataillons d'infanterie : les 173 quatrièmes demi-bataillons étaient supprimés et remplacés par 86 bataillons complets à quatre compagnies.
L'exposé des motifs joint au projet de loi était le suivant :
(( La loi du 3 août 4893 qui a fixé, jusqu'au 31 mars i899, à deux ans la durée du service actif pour les troupes non montées, a compensé les exigences de l'instruction plus intensive qui résultaient de l'application de cette mesure par l'augmentation des effectifs dans les diverses unités, la fixation d'un efl'ectif budgétaire moyen pour les hommes de troupe et par la création des quatrièmes demi-bataillons.
« Les deux premières de ces mesures avaient pour but de doter chaque unité d'un nombre d'hommes suffisant pour assurer largement son instruction militaire et de permettre d'incorporer en une seule fois le contingent de recrues tout entier, afin d'arriver à l'uniformité et à l'unité d'instruction. D'autre part, les quatrièmes bataillons devaient, en temps de paix, soulager la tâche des trois premiers bataillons, en assurant certaines parties spéciales du service et en fournissant la majeure partie des hommes détachés. Ils devaient également, en cas de mobilisation, faciliter et accélérer l'organisation des formations nouvelles et des unités de réserve.
(( L'efTectif des quatrièmes bataillons ne fut porté qu'à 193 sous-officiers et soldats et l'on supposait que leur instruction militaii^e ne serait pas inférieure à celle des autres bataillons.
« L'élévation des effectifs et la fixation d'un effectif budgétaire moyen ont notablement contribué aux résultats favorables obtenus dans l'instruction de la troupe. Par contre, on a été frappé des inconvénients résultant de la faiblesse numérique des quatrièmes bataillons, bien que ces unités soient incontestablement d'une certaine utilité, puisqu'elles diminuent les charges des trois premiers bataillons. Il est impossible, vu le petit nombre d'hommes disponibles, d'exécuter avec ces unités des exercices réellement instructifs. Il faut renoncer à toute instruction complète et régulière de la compagnie, Téducation militaire des sous-officiers reste superfi-
cielle et précaire. Chaque année 13,000 hommes, provenant de ces bataillons, sont libérés et passent dans la réserve avec une instruction incomplète et n'ont qu'une valeur secondaire.
« Pour que l'armée soit vraiment apte à faire campagne, il importe au plus haut degré de remédier à ces inconvénients.
« Les quatrièmes bataillons doivent être transformés en unités qui, tout en remplissant leur rôle primitif, auront la même valeur que les autres bataillons en temps de paix comme eo temps de guerre.
a A cet effet, on propose de réunir, à partir du i" avril 1897 et sans augmentation d'effectifs, deux demi-bataillons en un bataillon complet, porté à l'effectif de 500 hommes au moyen de faibles prélèvements sur les trois premiers bataillons. Deux de ces nouveaux bataillons constitueront un régiment d'infanterie, soit en moyenne deux par corps d'armée. Ces deux régiments seront réunis en une brigade et formeront des unités en tous points semblables à toutes celles de notre organisation militaire. Ils répondront ainsi pleinement aux desiderata de la loi de 1893 : F augmentation du rendement de [armée ».
La réorganisation de l'infanterie s'effectua le !«' avril 1897, époque à laquelle on créa :
< 9 états-majors de brigades d'infanterie, 42 états-majors de régiment et 86 bataillons d'infanterie. Les 173 quatrièmes demi-bataillons furent supprimés à la même date.
Loi du 25 mars 1899.
Les prescriptions de la loi de 1893, relatives à l'effectif budgétaire, devaient cesser d'être en vigueur le 31 mars 1899.
Aussi le Parlement fut-il saisi, dans sa session de fin 1898, d'un nouveau projet de loi militaire dont l'exposé des motifs était le suivant :
« La loi du 3 août 1893 avait fixé l'effectif de paix à 479,229 hommes jusqu'au 31 mars 1899; cet effectif doit donc être légalement fixé à nouveau à partir du 1«' avril 1899
« Les motifs qui ont nécessité, il y a cinq ans, l'augmentation de notre armée n'ont pas disparu.
« Aujourd'hui, comme à cette époque, l'Allemagne est menacée par suite dé sa situation géograpliique ; les armements des nations voisines se sont continués régulièrement et dans de fortes proportions
(( Les événements de la guerre hispano-américaine ont prouvé avec une clarté efiFrayante à quel prix se payait le manque d'une préparation à la guerre faite régulièrement et avec soin dès le temps de paix; cette obligation s'impose à toute nation qui désire avoir de la stabilité et de la considération. L'avenir continuera également à prouver qu'une armée bien organisée est le plus solide appui d'un État et le meilleur gage de la paix.
« Les États qui nous avoisinent, la France et la Russie, travaillent sans relâche au perfectionnement de leurs armées ; en Allemagne, nous n'avons fait qu'un seul progrès par suite de la nouvelle organisation donnée en 1897 à nos quatrièmes demi-bataillons.
« Des changements dans l'organisation et le perfectionnement des formations sont pour une armée l'indice d'un organisme qui se fortifie et se complète ; tout temps d'arrêt dans cette évolution conduit finalement à la décadence et au désastre.
« Nous ne pouvons échapper à la nécessité d'opérer des modifications dans l'organisation de notre armée pour maintenir sa puissance d'action; mais la situation politique et militaire actuelle nous permet de rompre avec les habitudes prises jusqu'à ce jour, et^ au lieu d'opérer ces changements cTun seul coupj nous pourrons ne les exécuter que progressivementj d'après un plan conçu d'avance.
(( Le projet de loi contient la fixation d'un efi^ectif de paix pour une durée de cinq ans; cette mesure s'impose pour assurer la stabilité de l'organisation de l'armée et permettre de mener à bonne fin les perfectionnements reconnus nécessaires; mais ces perfectionnements sont répartis sur plusieurs exercices et leur exécution dépendra chaque année du budget.
« Les prescriptions de la loi du 3 août i893, relatives à la durée du service sous les drapeaux, sont maintenues; ce service reste fixé à deux ans pour Jes troupes à pied, rartillerie montée et le train.
«c Malgré le surcroît de travail qui en est résulté pour les cadres, Tinstruction a pu être donnée dans de bonnes conditions; toutefois, il est désirable que l'armée soit dotée le plus rapidement possible des camps d'instruction qui lui manquent encore.
c( L'organisation de nouveaux commandements et étatsmajors est nécessitée par la création des XVIII®, XIX® (2* saxon) corps d'armée et du III® corps bavarois.
« Le nombre des unités stationnées sur le territoire des I®"^ et XIV® corps exige la formation d'une 3® division dans chacun d'eux.
« L'organisation de l'artillerie de campagne implique un remaniement complet, devenu nécessaire depuis que cette arme a reçu son nouveau matériel.
« Les régiments ont actuellement une composition très variable, et l'expérience a prouvé qu'ils comprenaient un nombre d'unités trop considérable pour que l'action du colonel pût se faire sentir également partout. A la mobilisation, ces corps sont disloqués et Ton forme des unités nouvelles qui sont affectées à des éléments dont les chefs n'avaient, en temps de paix, aucun rapport avec elles. Si Ton veut remédier à cet état de choses, il faut créer une organisation permettant d'éviter cette dislocation en temps de guerre ; elle aura pour conséquence forcée l'augmentation du nombre de nos batteries.
a De plus, il faut renforcer Tartillerie de campagne par des batteries d'obusiers destinées, soit à combattre les positions fortifiées que les armées ennemies utiliseront probablement pour nous livrer bataille, soit pour obtenir, aux points décisifs, un effet plus puissant que celui produit actuellement par les pièces à trajectoire tendue.
« L'augmentation de l'infanterie ne porte que sur la créa-
lion d'un bataillon et le renforcement des bataillons stationnés sur les frontières.
ce La cavalerie n'a pas été augmentée depuis trente ans, ses effectifs sont insuffisants et il est nécessaire de créer 10 escadrons nouveaux.
« L'augmentation de Tartillerie à pied est peu importante, elle n'est basée que sur des considérations de mobilisation ; quant aux pionniers et au train, on ne crée que le nécessaire pour les nouveaux corps d'armée.
« Il est absolument indispensable de placer sous une inspection spéciale les troupes de communications^ c'est-à-dire la brigade de chemins de fer, les aérostiers et les troupes de télégraphie. La création de ces dernières s'impose et les deux premières de ces troupes spéciales ont besoin d'avoir leurs effectifs augmentés. »
Le projet de loi fut, au Parlement, l'objet de longues et vives discussions. Il fut adopté dans la séance du 16 mars 1899 avec quelques modifications qui seront indiquées plus loin :
La loi, promulguée le 25 mars, modifiait : i^ la loi militaire de l'Empire du 2 mars 1874 (1) fixant la composition des grandes unités et la répartition des corps d'armée dans l'empire allemand ;
2** la loi du 3 août 1893 déterminant l'effectif de paix et le nombre des unités de l'armée allemande.
Elle est ainsi conçue :
Â. — Loi du 25 mars 1899, modifiant /a loi militaire de l'Empire du 2 mai 1874,
Article I«^. — La réunion de 2 ou 3 régiments forme une brigade, celle de 2 ou 3 brigades d'infanterie ou de cavalerie, avec adjonction des éléments d'artillerie nécessaires, forme une division.
Un groupe de 2 à 3 divisions, avec l'artillerie à pied, les
(i) Ainsi que la loi da 27 janvier 1890.
pionniers et le traid nécessaires, constitue un corps d'armée de manière que, en temps de paix, les forces totales de l'empire se composent de 23 corps d'armée.
La Bavière forme 3 corps d'armée, la Saxe 2, le Wurtemberg 1, la Prusse avec les autres États 17.
Le territoire de l'empire allemand est, au point de vue militaire, partagé en 22 régions de corps d'armée (1).
Article IL — La présente loi entrera en vigueur à partir da 1" avril 4899 et sera applicable en Bavière et en Wurtemberg comme complément aux conventions du pacte fédéral de 1870.
B. — Lo! du 25 m&ns 1899 sur les efteotifa de f>&ix de l'armée allemande.
Article !•', § 1«'. — L'article !«' de la loi sur les effectifs de paix de l'armée allemande du 3 août 1893, modifié par la loi du 28 juin 1 896, reste en vigueur jusqu'au 30 septembre 1899.
S 2. — A partir du 1" octobre 1899, l'effectif de paix sera successivement augmenté, de manière à atteindre, dans le courant de 1903, une moyenne annuelle de 495,500 soldats et gefreite; cet effectif sera ensuite maintenu jusqu'au 31 mars 1904.
Les différents États de l'empire, qui ont une administration particulière, participeront à cette augmentation d'effectif au prorata de leur population.
Les volontaires d'un an ne comptent pas dans l'effectif de paix.
Les économies résultant d'incomplets en sous-officiers ne peuvent être employées à l'entretien d'hommes de troupe en sus de l'effectif budgétaire.
§ 3. — Par suite de l'augmentation d'effectif prévue au § 2, les unités du temps de paix seront augmentées de manière à présenter la situation suivante à la fin de 1902 :
(1) Le corps de la garde se recrute sur Tensemble du territoire du royaume de Prusse et de TAlsace-Lorraine.
42 CHAP. ^«^ — organisation militaire de l'empire.
Infanterie 625 bataillons.
Cavalerie 482 escadrons.
Artillerie de campagne S74 batteries.
Artillerie à pied 38 bataillons.
Pionniers 26 bataillons.
Troupes de communications il bataillons.
Train 23 bataillons.
Dans les 482 escadrons de cavalerie, sont compris les escadrons spéciaux de chasseurs à cheval (anciens meldereiter) actuellement existants ou à créer (1).
§ 4. — Dans les années budgétaires (2) qui suivront la promulgation de la présente loi, il appartiendra de déterminer, lors de rétablissement du budget, l'augmentation de l'effectif de paix dans les limites prévues par le § 2 ainsi que Teffectif des officiers, médecins, employés et sous-officiers.
Article IÏ. — Pendant la période comprise entre le i*' avril 1899 et le 30 mars 1904, les prescriptions suivantes, relatives au service militaire, seront en vigueur :
Les hommes des troupes à pied, de TartîUerie montée et du train qui resteront volontairement trois ans sous les drapeaux, ne passeront que trois ans dans la landwehr i«' ban, comme les hommes de la cavalerie et de l'artillerie à cheval qui restent régulièrement trois années sous les drapeaux
Les conséquences de l'application de cette loi sont les suivantes :
a) Augmentation de l'effectif budgétaire. — Le projet de loi portait que l'effectif à atteindre en 1902 serait de 502,506 hommes (non compris 81,546 sous-officiers et environ 10,000 engagés volontaires d'un an), au lieu de 479,229, effectif fixé par la loi de i893.
Cette augmentation était motivée par la création d'unités
(1) Voir au sujet de ces escadrons, le chapitre : Les armes (Gavalene).
(2) L*année budgétaire va du 31 mars au i*' avril de Tannée suivante.
nouvelles d'artillerie, de cavalerie, etc., et par Taugmentation de refiectif des bataillons d'iafanterie.
Cette dernière mesure était considérée comme une conséquence du servioe de deux ans ; l'autorité militaire a émis à ce sujet diverses considérations qui peuvent se résumer ainsi :
!• Le service de deux ans a déjà permis d'incorporer un plus grand nombre d'hommes, d'où une augmentation du nombre des soldats exercés.
Toutefois, le chiffre annuel moyen des hommes reconnus bons pour le service, de 1893 à 1898, a été de 302,000 hommes; celui des incorporés de 220,000, soit, en admettant un déchet de 10,000 hommes, un reliquat de 72,000 hommes par an qui ne reçoivent aucune instruction.
Ces 72,000 hommes comprennent des jeunes gens de 20 ans (30,000 environ) et des jeunes gens de 21 et 22 ans provenant des ajournés. Il est nécessaire d'augmenter les effectifs pour incorporer tout au moins une partie de ces jeunes gens de 20 ans.
2^ L'effectif de guerre des diverses unités doit être constitué, pour plus de la moitié, par l'effectif de paix; or, avec le service de deux ans, les bataillons à effectif réduit (501 hommes) ne répondent plus à ce desideratum, la proportion des réservistes par rapport à celle des hommes ayant un an d'instruction est trop considérable, surtout dans une mobilisation pendant la période d'hiver; d'où nécessité d'augmenter l'effectif de ces bataillons.
3* Avec le service de deux ans, l'instruction n'est plus possible dans les bataillons à effectif réduit, car les hommes de deuxième année disparaissent en grande partie, étant employés dans des services hors de la troupe ; le recrutement des gradés devient difficile, et, de plus, les cadres, officiers et sous-officiers, ne sont habitués qu'à manier des formations squelettes.
Toutes ces raisons ne purent décider le Parlement à accorder la totalité de l'effectif demandé, il le réduisit à 495,500 soldats, en accordant toutefois au gouvernement le
44 CHAP. I«f. — ORGANISATION MILITAIRE DE L'EMPIRE.
droit de présenter, avant l'application intégrale de la loi, une demande d'augmentation des effectifs, si le besoin s'en faisait trop vivement sentir.
Une proposition émanant d'un député, en vue de fixer légalemmit à deux ans la durée du service dans les armes autres que la cavalerie et l'artillerie à cheval, fut repoussée par le gouvernement.
b) Création de nouveaux commandements de corps (T armée et de divisions. — L'exposé des motifs faisait ressortir que, depuis i890, l'effectif de paix avait été augmenté de près de 70,000 hommes, sans qu'on eût créé de nouvelles grandes unités.
Il en résultait, particulièrement pour les corps d'armée à trois divisions (XI®, XII®, II* bavarois), de sérieuses difficultés pour l'instruction et pour leur conduite en cas de guerre. Pour parer à ces inconvénients, on les dédoubla et on a créé les trois nouveaux corps ; XVIII®, XIX® (2® saxon) et III® bavarois. On disposait presque de la totalité des unités d'infanterie nécessaires à ces nouveaux corps, et les augmentations prévues par la loi dans les autres armes permettaient de les constituer à peu près comme les autres corps existants.
Mais, tandis qu'on supprimait ainsi dans certains corps la troisième division qu'ils possédaient, on créait une troisième division dans deux nouveaux corps, au I®' (Kœnigsberg) et auXlV®(Carlsruhe).
Au cours de la discussion du budget, le représentant du gouvernement a expliqué cette contradiction apparente, en déclarant que « les corps frontières, I®^ et XIV®, compren- {( di'oot à la vérité trois divisions en temps de paix, mais ils « ne partiront en campagne qu'avec deux divisions, tandis « que la troisième restera affectée à la protection de la fron- « Li<^re ».
c) Augmentation dC effectifs et créations nouvelles dans les différentes armes. — Infanterie. — La loi n'augmentait que d'un seul bataillon (en Saxe) le nombre des unités d'in-
faDterie, mais on utilisa le chiifre plus grand des incorporés pour faire disparaître presque complètement le type des bataillons à effectif réduit (501 hommes).
Cavalerie. — Au moment de la promulgation de la loi, la cavalerie comptait 465 escadrons en 93 régiments à 5 escadrons, plus 7 escadrons de chasseurs à cheval, successivement créés par voie budgétaire.
Le projet de loi demandait la création de 3 régiments de chasseurs à cheval (à 4 escadrons) pour la Prusse et de 2 escadrons de chasseurs à cheval, Tun pour la Saxe et l'autre pour la Bavière.
En réalité, la Prusse n'avait à créer que 8 escadrons nouveaux, car elle utilisait, pour former ses trois régiments, 4 escadrons de chasseurs à cheval déjà existants.
Le total des escadrons à créer était donc de 10.
Après de longues discussions, le Parlement finit par accorder les 40 escadrons demandés, mais avec la restriction qu'ils ne seraient pas enrégimentés et qu'ils seraient, comme par le passé, affectés à des corps d'armée.
Artillerie de campagne. — La création de 80 batteries nouvelles dont 66 d'obusiers, fut l'occasion d'une réorganisation complète de cette arme : suppression de Tartillerie de corps et répartition de toute Tartillerie du corps d'armée entre les divisions.
Cette réorganisation fut basée sur les motifs suivants :
1® Les régiments actuels possèdent un trop grand nombre d'unités, situation qui pourrait amener de graves inconvénients à la mobilisation. De plus, l'affectation de l'artillerie aux divisions permet au commandement d'exercer un contrôle plus actif sur la préparation de cette arme en vue de la gnerre;
2^ La puissance d'action de l'artillerie de campagne sera beaucoup augmentée par la création de batteries d'obusiers, nécessaires pour tirer contre les troupes abritées et détruire les couverts de l'ennemi.
Le remaniement de l'artillerie de campagne entraîna la
création d'états-majors de brigades, de régiments, de groupes, «t de 80 batteries.
Troupes de communications. — L'organisation d'une nouvelle arme, celle des troupes de communicationSj a eu pour but d'assurer l'homogénéité et la préparation complète à la guerre des troupes chargées d'assurer les, communications entre les différents organes de l'armée.
Pour donner une énumération complète des formations prévues par la loi de 1899, il reste à signaler :
1^ La création d'un bataillon d'artillerie à pied;
2^ La création de trois bataillons de pionniers et de deux bataillons du train, résultant de la constitution des trois nouveaux corps d'armée.
Ces unités furent d'ailleurs formées, en grande partie, à l'aide de compagnies déjà existantes.
Toutes ces réformes, dont l'application régulière a été poursuivie depuis la promulgation de la loi, répondent à cette préoccupation constante de l'autorité allemande : augmenter sans cesse la préparation à la guerre et la force de l'armée. L'expression de cette pensée se trouve dans l'exposé même des motifs à l'appui du projet : « Les changements dans Tor- « ganisation et le perfectionnement des formations sont, pour « une armée, l'indice d'un organisme qui se fortiOe et se « complète : tout temps d'arrêt dans cette évolution conduit <c finalement à la décadence et au désastre » .
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■ATTniBS.
OBSBBVATIOMS.
IHFASTEMB.
lUgimeoU d'iofanlerie
(1) Dont 17B à S bauUloBt «t 41 à 1 b«tail.
loM. Toas Ira bauUlons sont à 4 oonpifnlM.
(t) Dont 8 créét n l«r octobre ISOS.
(5) A B «acidroni do compoiltlon nniforBO.
(4) Dont 1 eréé le l«r octobre 190S.
(8) Dont 541 moatéei (69 d'obuiort légers) et
41 à CbOTSl.
(6) Dont 6 eréées au Itr octobre 19 OS.
(7) Pins un détacbement saioa.
(5) Pins un déUebenenl wnrt«aiber(eols.
(9) Plus an déUcbem* d'attelages pour l'école de télégraphie do caTalerle.
Bataillons de ehassenrs
Détachements de mitrailleuses. . .
GATALBRIE.
Bégiments de caTalerie
Ghasseors à cheTal
ABTILLBRIB BB CAMPA6RB.
Régiments
École de tir
ABTILLEBIB A PIBD.
Régiments
École de tir
Commission d'expérience
PiomnBBS
nODPKS DB COHMUlflCàTIOirS.
Régiments
Chemins ^^""1^5 *°^?P«°defcr. \ daot baTarois....
Section d'exploitation
Bataillons
Téléera- Compagnie indépenpbie. dante bavaroise. . .
1 Groupes d'attelages.
iBataillon
ix-^iî^- 1 Compagnie indépen- ^*~*»«"-j dante baiafoise..
(Groupe d'attelages.
TBAIK.
Bataillons