‹ L'armee anglaise vaincueChapitre 11 sur 86 · ORLÉANS · texte numérisé non relu

ORLÉANS

La ville était trois (ois moins étendue qu'elle ne Test aujoord'boi. Bâtie sur le hord do plateao qoi domine la rive droite 'de la Loire, et sur le versant assez régulier qni y descend, elle n*était en aocun point ni dominante, ni dominée.

L'enceinte (1) formait un quadrilatère assez régulier; le côté sud bordait le Qeuve, le côté nord lui était parallèle, ayant tous les deux environ 600 mèties; les auices, perpendiculaires, n'avaient que 500 métrés. Sur les trois derniers les fossés toujours à sec mesuraient 13 mètres de largeur et 6 de profondeur. La muraille avait de 2 mètres à 3* 50 d'épaisseur, et de 6"> 50 à 10 mètres de hauteur. Elle était renforcée par des tours rondes à demi saillantes, de 10 mètres de diamètre et à trois étages, garnies à leur sommet de lucarnes et de mâchicoulis et distantes Tune de l'autre de 60 à 70 mètres.

 l'angle nord-est était la tour de la Fauconnerie, d'oii relevaient les fiefs de l'évêché d'Orléans ; à l'autre extrémité de la même face, sur le bord du fltmve, la Tour- Neuve, donjon royal séparé des murs de la ville par un fossé de 14 mètres de largeur sur 7 mètres de profondeur, dont la contrescarpe était maçonnée (2).

(1) Manuscrits de Tabbé Dubois conservés à la Bibliothèque d'Orléans. — Le Sif^ge d'Orléans^ par JoUois.

(2) La Tour-Neuve, dont un nom de rue est la seule trace existante», avait été réédifiée par Philippe-Auguste. Documents Orléanais du règne de Philippe- Auguste, par M. Boucher de Molandon.

La lour avait 28 mèlres de liauteur, 7 mètres de diamètre inléricur et 5 mètres d'épaisseur de murailles, Comme elle faisait partie du domaine royal, elle avait un capitaine nommé par le roi. Elle pouvait Jouer un rôle imporinnt dans une sédition intérieure, mais les chroniqueurs ne lui iillribuenl pas, dans le siège de 1/^28, une action diiïérente de celle des autres tours de l'eneeinle, ni un armement supérieur. Il n'y avait pas là, comme danF beaucoup de villes, un château considérable, on dirait aujourd'hui une citadelle, où les {^ens de guerre fussent plus spécialement cliez eux, et pussent se retirer après la prise de la ville. Nous indiquerons plus loin que ce contact continuel avec la population et celte communauté de sort futur paraissent avoir eu la meilleure in- Uuence.

Les cinq portes étaient munies chacune d'une herse et d'un pont-levis et flanquées de deux tours : porte Sainte-Catherine, à l'enlrce du pont ; de liourgogne ou de Sainl-Aignan, à l'est; Parisis et Dernier, au nord; Regnart, â l'ouest. Devant chaque porte, et pour en interdire les abords à l'ennemi s'il descendait dans le fossé, était une cour-basse pavée, avec clôture latérale défensive. Au-delà, sur le sol naturel, avaient été organisés récemment autant de boulevards avec parapets et fossés, auxquels on a cru pouvoir assigner une forme rectangulaire, bien que le tracé ani^ulaire {en redan) fût employé à cette époque, et paraisse plus rationnel. Il est vrai qu'ils étaient dominés d'assez près par les murailles pour que leurs abords fussent, dans tous les cas, bien battus.

M. Jollois a cru pouvoir faire figurer dans les défenses de la place 15 barrières disséminées dans les faubourgs, distantes de 300 à 400 mètres, ou plus. île l'enceinte et

ties Tourelles (1). F.lles avaient pu, comme feraient nos barrières d'octroi, rendre précédemment des services au point de vue de la police urbaine el contre les coureurs ennemis et les maraudeurs, Mais après la destruction des faubourgs, n'étant plus appuyées qu'à des murs de clAlare détruits et à des maisons incendiées, elles avaient tout autant d'importance qu'une porte au milieu d'un cliamp. Si elles avaient été organisées en postes avancés, ce que rîen ne permet de conjecturer, elles n'auraient pu tenir, ni contre le iJr de l'artillerie, ni contre les attaques de nuit et de jour; et les escarmouches dont elles auraient été la cause, nous seraient connues.

Dans la ville, les rues pouvaient être barrées par des ctiaines. tendues de l'intérieur des maisons à travers les murs.

Les deux tours de Saint-Paul et de Saint- Pierre- Empont avaient leur guetteur, dont le service était payé 4 livres parisis par mois.

Le pont, en pierre, construit au premier tiers

du XH' siècle, avait 19 arches, une longueur de 350 mètres,

et pour point de départ sur l'enceinte la porte Sainle-

Calherine, dont les tours attenaient au Cbdtelct, ou château

Lducal. Après la ô' arche se trouvait une île dont la partie

Itl'amonl portait le nom de Molte-Saint-Antoine, et l'autre

■«elui de Motle-aux-Pûissonniers. Lors de l'incursion anglaise

ïde 1-417, les Orléanais avaient établi sur l'île el le pont un

l-ouvrage appelé bastille Saint-Antoine. Une chapelle et un

Lbospice étaient construits sur tes mottes, ainsi que des

loaisons ; et il y en avait aussi sur le pont.

(1) Malgré l'avis du général Bardin, l'auteur du t''''»«^ Dietio

! 4e t'armit, qui, pour nier le Me de ces barn[^i%B cotni

^ste» avancés 'pendant le siâge, se jdacait surloul au point de v

nilitaires conleniporains.

Sur le pilier commun aux 11° el 12" arches était une croix très vénérée, appelée la Belle-Croix.

Le (ort des Tourelles était bâti sur la dix-huilième arche. S(;s lieux tours, l'une ronde, l'autre polygonale, étaient reliées et prolongées vers la ville par un bâtiment sous lequel on circulait. Au delà, sous un pont-levis, l'eau de la Loire passait librement.

Sur la rive les Orléanais avaient commencé à construire le boulevard dit des Tourelles.

En amont du pont, très prés de la rive gauche, l'Ile aux Toiles, servait de point de débarquement aux assiégés, quand ils voulaient passer sur celle rive ; de là ils n'avaient plus qu'un petit hras du lleuve à traverser.

En aval et un peu plus bas que Saint-Laurent, la Petite- Ile Cbarlemagne servit aux assiégeants pour l'étatilissemenl d'un boulevard qui protégeait les communications d'une rive à l'autre.

Faubourgs. — Tout autour de la ville étaient des faubourgs renommés et très étendus, contenant un grand nombre de maisons de campagne, une maison canoniale, des couvents el 2G églises ; celui de la rive gauche s'appelait le Portereau.

Les assiégés, hommes de guerre et habitants, les incendièrent el les démolirent sans épargner aucun édifice. Cette destruction ou plutôt ces destructions, car elles eurent lieu en plusieurs fois, sont le point capital de la défense.

Ce n'est pas que le fait soit nouveau. It a été de principe dans tous les temps que les abords d'une place doivent être absolument dégagés. On ne l'ignore point au moyen-âge. Mais, pendant la paix, les habitants vont chercher hors des murs l'espace qui linît toujours par manquer dans une ville forte, et les étrangers viennent

se mettre sous sa proteclion ; les fauliourgs s'élèvent. Quand une allaque est imminenle, on s'aperçoit du danger: les magistrats municipaux abattent les édifices qui peuvent favoriser l'enaenii, s'emparent des matériaux propres à réparer les Tortifica lions, et des habitations qui peuvent être défendues. Ces mesures soulevaient des plaintes -, et Charles V, alors régent, prescrivit dans une ordonnance que les villes devaient aux propriétaires des indemnités pour les matériaux et les terrains dont elles se seraient servies (1).

En 1419, le Dauphin avait ordonné aux Orléanais de démolir leurs faubourgs (9). Ils ne s'empressèrent pas d'obéir, la ville n'étant pas menacée sérieusement d'un siège.

A Caen on avait commencé l'incendie, que les Anglais éleignirenl ; par amour-propre local et par piété, on voulut épargner les deux magnillqnes et vénérés sanctuaires de Saint-Ëlienne et de la Trinité. De leurs tours les Anglais firent des observatoires et des postes d'artillerie : on saisit combien les vues directes et le commandement étaient précieux pour l'arlillerie d'alors; et combien il a été important, à toute époque, de voir ce qui se passe dans une ville assiégée, de quel côté se garnissent les murailles et se préparent les sorties.

L'expérience profita aux Rouennais, qui brûlèrent et rasèrent jusqu'au sol maisons et églises, abattirent, enlevèrent les arbres et mirent le feu aux broussailles.

Dans tous les sièges, des maisons et des édifices étendus comme des monastères eussent été utiles aux Anglais, qui perdirent souvent beaucoup de monde par les maladies, faute d'abris. Les bois des charpentes leur eussent servi

(1) InstiltUionB militaires. (Boutaric, SI4.)

(2) VEHiîNiArD-TloMAGNEar, Bulletin de niiuipiiniste, 15 déwmbre 1«iO.

pour leurs ouvrages. Toules les constructions, surtout les plus solides, éLaienl comme autant de travaux J'approclie qui leur permettraient d'arriver jusqu'aux murailles sans s'exposer aux vues, ni aux coups.

Les destructions furent failes à Orléans par l'avis des gens de guerre, ilu conseil et aide des citoyens (1), avec une grande abnégation de la part de ceux-ci, mais avec un sangfroid et une décison qui prouvent jusqu'à quel point on était résolu et bien informé. Au Portereau, rive gauche, devant les Tourelles, l'incendie brûlait encore quand les Anglais arrivèrent le 12 octobre.

Sur la rive droite, vers la fin de novembre, on brûla et on abattit des maisons, chapelles, cloîtres, églises; mais la (lestruclioa ne fut achevée que le 29 décembre, veille de l'arrivée des Anglais sur cette rive.

Tant de sacrifices ne furent point inutiles: cette zone de désolation et de ruines fui une ceinture protectrice autour de la ville, Bien des escarniouclies y furent livrées avec des succès divers; mais les Anglais n'osèrent s'y établir à demeure. Jeanne d'Arc put s'y promener à cheval librement, et voir si, de toutes les bastilles de l'ouest, il en était une qui méritât l'honneur de son attaque.

DéPENSEuns d'Orléans, gens de gi;ehbb et habitants. — Comme lieutenant-général du roi sur le fait de la guerre, frère et représentant du prince apanagiste, le BAlard d'Orléans (plus tard Dunois) était la plus haute autorité dans la ville. Le gouverneur-bailli était Raoul de Gaucourt, homme de guerre célèbre, qui avait dirigé la défense d'ilarlleur. .

La ville était administrée par douze procureurs, élus

iD Journal du siOur, QtiicHEtiAT, IV, 97.

— 7fl — pour deux ans par un vole h deux degrés; comme elle jouissait du privilège très envié alors de se défendre ellemême, c'esl-à-dire d'enirelenîr les fortifications, de payer les milices communales, d'acheter les armes, les munitions, les engins de défense, les approvisionnemenls (1), c'est à ces procureurs et aux liabitanis que revient en grande partie l'honneur d'une défense préparée et poursuivie^ avec tant d'intelligence et de patriotisme (2).

La population de la ville même venait de s'augmenter del celles des faubourgs détruits et d'une partie sans doute des environs les plus immédiats. On a évalué l'ensemble ît 30,000 Ames. Dans ce nombre il faut comprendre 3,000 hommes de milices organisées; mais on trouvait en dehors d'eux autant de bras qu'il en fallait pour tous les travaux, pour relever et soigner les blessés et au besoin pour défendre les remparts.

Le clergé ne fut pas au-dessous de sa mission dans ces circonstances difliciles. De tout temps il contribuait pour un sixième aux défenses de forteresse.

Le chiffre des gens de guerre venus du deliors, très faible au début, ne se serait pas élevé au-delà de 2/(^00 hommes ; ce qui donnerait avec la milice locale 5,400 combattants proprement dits.

Grâce au contact permanent que nous avons signalé, l'entente la plus profitable s'établit, f IDt à ta vérité combien que les bourgoys ne voulsissenl nu commancement et devant

(11 L« ville cotisacrail les irois quarts de ses revenus aux dëpenses dites de forteresse, c'est-â-dire reliilives A la dûrense; et on en tenait des écritures qui ne sont pas toutes parvenues juaqu'i nous.

(2) Les deux principaux loivlîuntjaires adiiiinislralifs du duché, le chancelier Guillaume Cousinot et le trésorier gémirai Jacques liouclier s'enfermèrent aussi dans la ville investie pendant toute la dui'ée du si^c. C'est dans leurs liAlels que se tinrent plusieurs conseils pendnnt la semaine de lu délivrance.

que le siège fui assi/.. soutTrir entrer nulles gens de guerre dedans la cité, doublnns qu'rtz ne les Vûulsisseat piller ou raailriser tro[) fort, toiitesfois eu laissèrenl-îli aprez entrer tant qu'il y en vouloit venir, ilepuis qu'ilz congneurent qu'ils n'enlendoient qu'à leur ilefTense, et se mainlenolent tant vaillamment contre leurs ennemys. Et si estoieni avec euUlrèsuniz pourdelTendre lacîtc ; et par ce les déparloyent entre eulx, en leurs hostelz, et les nourrissoient de lelz biens que Dieu leur donnoit, aussi l'amili ère ment comme s'ilz eussent este leurs propres enfaDs. » {Journal du siège.) Au début du siège, un prince comme le Bâtard d'Orléans, un capitaine aussi énergique que Gaucourt. des gens de guerre les m*lleurs et les plus lidêles qui restassent k Ctiarles VU, ne pouvaient manquer d'agir heureusement sur le moral de la population et de la milice. Plus lard c'est au contraire la population qui entraine les hommes du métier à la suite de Jeanne d'Arc. Plus religieuse et plus disposée à croire à l'inlervenlion divine, impressionnable comme t'est une foule et ignorante des lois de la lactique, elle se rue sur les pas de sa Libératrice. Quand, le 6 mai. le gouverneur veut la retenir, peu s'en faut qu'elle ne lui fasse un mauvais parti. Les capitaines ne suivent d'abord que pour ne point paraître pusillanimes. Puis la foi leur vient aussi : l'ennemi le vit bien le jour même aux Augustins, puis à Jargeau et ii Palay. Ces réactions successives maintinreat le moral de lu défense à ce niveau élevé qui ne devait point se démenlir.

AnUËMENT, ARTILLEHIE DE LA DtFENSE ET DE L ATTAQUE.

Les anciennes armes de jet à grande puissance, balistes,

catapultes... auxquelles on applique encore le nom d'ar-

ttlleric, ne sont \)as aliundonnées, <:t les Orlêan:iis en înslallenL une tr<;3 considérable au cîmelière Sninl-Paul; mais on parle peu de leurs eirets.

Les armes porlatives île jet sont surtout les ares et les arbatcl<;s, ci:lles-ci plus répandues dans l'armée fran- Viiise (1).

On fait une consommation énorme de lléches, Iratls, carreaux. On dit en plaisantant que, si l'action est vive, l'air en sera obscurci et que l'on comlialira à l'ombre. Les comptes de la ville relatent à cliuque page les sommes payées ponr en faire fabriquer, en bois de frêne, les empenner. Le millier tout prêt fut payé 10 livres tournois. On en reçoit tlu debors par trousses et par caisses. Quanti il vint k Orléans à la On d'avril, le Bdtard .-imenait 14,000 traits.

Les Anglais font venir leurs arcs, cordes d'arcs el trousses de llèclies d'Angleterre, de Rouen el de Paris.

"Les armes de main sont les guisarines, ballebardcs, piques, lances, massues, haches, couteaux, dagues, épées.

Pour se garantir des coups, on se sert de pavais, ou pavaz, larges bouclier» qu'on lient devant soi quaml on est à terre, et qu'on porte sur les épaules quand on monte à l'assaut. On a aussi Jus masques ou écrans appelés manteaux, montés sur roues, derrière lesquels on s'abrite. Quelquesuns ont des t'enélres ou créneaux, h travers lesquels on lire l'arc ou l'arbalète (ii). Armes, boucliers, éclielles d'escalade,

(1) M. BouTABiC. — M. LoiSELEU». — Le prince Nai'oi.éon. — Complet de la ville d'Orléans.

(2) {jà 3 juin 1431, en vue du siège de Louviei's, Tliomns niount, Iri^sorier de Normandie, ordonne au vicomte de Rouen de o faire construire 30 grans manleauU >ie grois boya nu merrein portant sur roes |)our tauder ot couvrir seureinent les gens d'annes el de Irait,

couteuvriaes mêmes, sunl souvent appelés du uom générique (l'habi liera en Is liu guerre.

Les armes défensives portées sur le corps sont les casques et les plates, ou phiques Je fer battu tendant h remplacer les cotles de maille, qui couvrent les diverses parties iJu corps et s'articulent aux jointures. D'après le prince Napoléon lus arcliers anglais, aux XIV" et XV' siècles, n'ont pas d'armes iléfensiveA ; si elles disparaissent, ce n'est pas seulement par ce que l'emploi de la poudre, surtout au temps des a['((ueljuses, les rend inutiles ; mais il devient impossible ou trop coûteux de se les procurer en grand uuinbre, et on veut rendre l'infanterie plus mobile.

L'artitteriu nouvelle (à poudre) joue en H'iS un rôle prépondérant dans les sièges et considérable dans la guerre de campagne; si Jeanne d'Arc a Tait admirer son habileté à l'employer, c'est qu'elle produit déjii, contrairement  une opinion accréditée à la légère, autre cbose que de la fumée et du bruit (1).

ouvriers et pionniers besongnans ou Tail du dit siège, ainsi que vingt chariots cliacun à une couple de roe« pour porter les canons, plommiers, ribaudetjuins et couleuvres ordonnés pour ledit siège, > Ces enti'ins devaient èlre remis entre les maini de Guillaume Appilby. - Arch. nat,, Cartons des (lois, K. 63, i2<K N° 2,043 du catalogue.

(i) Le passé cl l'anenir de t'arlitterie, par Louis Napoléon Bonaparte. — L'aylillei'ie, par Gustave HtiE. — Jollois. — Le nèye d'Orléans, par P. MANTELLien. — Hintoire de Vartilterie, par le général Suzanne. — U. LoiSELEun. — Mémoires des Antiquaires de Normandie.

Depoit) plus de deux siècles, on se sert d'artillerie dans lea sièges. Pour celui de Saint-Sauveur (Hanche), en 1374, on fit un canon jetant 100 livres pesant. A celui de Saint-Malo, les Anglais aviiient 400 pièces. Aux sièges d'Arras par le comie d'Annagnac en i4i4, de Corbeil par le duc de Bourgogne en 1417, de Cacn, de Rouen, de Hontargis et autres par les Anglais, l'artillerie lient une place iiaportanti;.

. -8°il serait absolument erroné d'en mesurer les cH'ets aux conjectures iticoriqucs auxquelles les plus suvants en sont encore réduits, deux siècles après le siège d'Orléans (1). f La poudre est composée de quatre forces élémenlales... les éléments diOérents ne [touvanl durer ensemble [il] est nécessaire qu'ils s'elîorcenl de saillir dehors, l'airs'adrcssant A l'air ; et le feu tiré de sa nature se travaille de monter en, haut : encore qu'il soit acteur supérieur et excédant ( pouvoir tous les autres; lesquels il convertit en soi, avai que de sortir. Au moyen de quoi vient à naître impétuosité si gE'ande qu'il est nécessaire que la cliosc en laquelle cette f^ poudre est réduite [renfermée], soil mise en pièces, ou que lo plus faible vienne à céder au plus fort... u

Les villes qui sont souvent plus riches que les rois et tiennent beaucoup à leur privilège de se défendre ellesmêmes, sont bien pourvues d'artillerie: elles se prêtent leurs pièces comme lit Montargis pour Orléans; et les rois les leur empruntent (2),

Les canons et bombardes de gros calibre sont encore peu mobiles et ont de médiocres alfùLs; c'est i!i la défende des places qu'elles sembleraient donc être le plus propres, à ne considérer que leur état actuel de perfectionnement. Mais elles sont plus utiles encore pour faire les sièges. .\ussi, malgré les dinicultés du transport, les Anglais ont voulu se donner l'avantage du calibre.

Depuis Crécy, 1346, où les Anglais la montrèrent pour la première fois sur un champ de bataille, l'artillerie à feu de campagne est devenue d'un emploi habituel. Les riches

(1) La pyrotheenie ou art du feu, compoiiéc en italien par Vitnciccio ËiniNUUCCio, Siennois, traduit en français par jBc(iues Vincent,

('2) Cliarles VI, en 14i5, d'après Moaslrelet. — Plusieurs &\k^u onli'upris aprùs lu délivrance d'Orléans.

républiques italiennes, les Gantois en 1382, [as Liégeois on 1408, ont de liés petils canons montés sur cliariols ou brouettes. (Gustave Hue.) Là encore l'argent seiiiLile jouer un grand rôle dans les progrés de l'armemiinl. A la jour'ni^e des Harengs, it y avait de l'artillerie mobile, et les défenseurs d'Orléans en avaient avec eux dans leurs surlies (1). L'arme à feu réellement portative et tirée à l'épaule n'existe pas encore.

ARTILLERIE d'Oiilëans. — Orléans a douze canonniera principaux payes par la ville qui ont cliacun sous leurs ordres plusieurs servants, le fameux couleuvrinier, Jean de Montesclère dit Jean le Lorrain, et un tnailre de l'artillerie du roi. qui a une compagnie de 15 bommes d'armes et 30 hommes de trait.

Il y a 71 pièces de calibres inégaux sur les tours et murailles (2). Une bombarde fondue pendant le siège tance des boulets de HO livres. Ne sont pas comprises dans le nombre ci-dessus les couleuvrines. dont les plus petites, dit M. Loiseleur, ne pesaient pas plus de là fivres. Le Journal du siège parle f d'innombrables engins, nouveautés et subtilités de guerre et plus que de longtemps auparavant it n'avait été fait devant nulle autre cité u. Malheureusement il ne les décrit pas. On fil des fusées et lances à feu, mais les détails importants manquent.

(1) Voit' la pièce citée plus Ijaul, au sujel <l<!s inanleaux moatûi sur roues, page 78, noie 2.

(S) On 3 retrouvé, en 1870, dans les fusséG du chûleau deTittiuges, résidence du maréclist de Rai/, l'un di-s plu» célûbies défenseurs d'Orléans, un canon portaul les arme» de celle ville. Il provienl donc évidemment du si^ge de 14'28. C'est une pièce en bronse, san« tourillons, de OaO-23 de colilire, du poids de 40 livi-es, avec console de recul et emplacement pour un levier de pointage et se ulur^ant par ta bouche. (Notice, par M, V. Parenteou. Nantes, 1874.)

Les gros projectiles 6Uieni en pierre, assez grossièrement arrondis, ceux des couleuvrioes en plomb (plombées).

La poudre parait s'être payée de 12 il tOU livres tournois, et pluâ, les cent livres. Orléans en achète et en fabrique. Le même poids de plomb coiile5 livres tournois (l).

AitTiLLERiB DRU ANGLAIS. — Nous avons VU avcc Salisbury quatre maîtres canonniers et un directeur du matériel» John Parker de Cbeslunte, qui est peu connu, mais n'est pasJ un débutant : il a reçu des terres d'Henri V.

Philibert de Molans (Ptiilbert de .Moulant, de Moleyns), ' écuyer, éluit lieutenant du maître de l'artillerie et des orduonances uu sic^'e du iHnas, en juillet 1435. Il est maître lui-même en 1428, avec une retenue de 18 hommes d'armes et 54 liDinmes de Irait, ou plus probablement de canonniers de diverses classes assimilés à ces catégories (2).

Le 14 janvier un crédit de 1,000 livres tournois lui est ouvert pour les dépenses de son olltce. (Document 23.)

I^n octobre 143), il remplit encore les mêmes fonctions pour le siège de Louviers (à).

Guillaume Appilby (4), écuyer, était maître des ordonnances et arlillerie au pays et duché de Normandie. Il avait avec lui, en permanence et sans doute pour l'escorte de son matériel dans les transports, un homme d'armes

(1) Comptes lie la ville d'Oi'l<^ns. — Il ressort du mandement X des années 14'27 à 1429 (]ue U dizaine de pierres à canon coûta environ -i s. 8 d. pariais, ce qui était le prix de la journée de l'ouvrier qi|i les l'abriquait.

(•2) VjlLLKT de VlBlVlLLE. — BlULHCPAUIE.

(3) Il lait exlratro de la carrière de Vernon deâ pieires [tour canons et fait rniiché à ruiioii de 20 sous p. par boulet, encarrlAre, ébauché et arrondi au diaiuilre de fG pouces, lam non liai. — Arch. nul. K. la*'. — SrtvENsoN, vol. Il, 1" i.arlie, 202.

(il BtAUREi'AmE. U avait élé catiilaine de l'onloiae en IWi.

et 17 archers à cheval, tous d'Anglelerre. Il recevait 15 livres par mois, ce qui était la solile normale de l'homme d'armes, et le double qaand il était en campagne.

Il servit au siège d'Orléans et dans les opérations qui précédèrent. Le 19 janvier, entres autres sommes perdues pour son oflice, il reçut 1,'JOO livres tournois. (Documeal34.)

Le combat d'artillerie. — Sans iloute il n'y a pas encore, comme Je nos jours, plusieurs espèces de tir, classées d'après tes moyens qu'elles emploient. Mais on peut déjà bien distinguer les eflels : bombardement, démolition, action sur les troupes (1). La lutte d'artillerie  artillerie n'est pas signalée. Les pièces liraient par d'étroites ouvertures percées dans les murailles, ou par des embrasures organisées sur les parapets en terre à l'aide de bois sciés, de fascines ou de tonneaux : il aurait fallu pour les atteindre une précision que ne pouvaient donner, ni les connaissances balistiques, ni la nature des projectiles aussi mal arrondis A la surface que mal centrés, ni la courbure consirlérabte des trajectoires.

Il semble que la poudre, dont la force n'était que partiellement utilisée par le matériel en usage, ne devait pas être toujours eu quantité sufbsaate dans tes approvisionnements.

Ces restrictions faites, le combat d'artillerie est, sinon continu dans un siège d<j celte époque, au moins souvent renouvelé et très intense quelquefois. A Orléans tes portées relevées vont jusqu'à SOO mètres pour les pièces anglaises.

(1) A tiarfleui-, pend.nnt la nuit qui précède un assaut ^néral projeté, lui An};la's tirent i onlrance poor prÎTer les assié^'^s rie iMil

ilnnl les eiïels paraîsscnL avoir été assez soigneuseincnt i-nregisln^s.

I.e liombartiemcnt atteinl le milieu de la ville, surlout InH rues donl la direclion est enlîlée par les pièces des Tourelles et de la Turcie Saint-Jean- le-Blanc. Il ne produit pas des dégâls matériels considérables. Les projectiles Uncés sous un grand angle lombenl presque perpendiculaii'emenL, ils défoncent quelquefois des toits et des planchers; mais quanti ils frappent des murs, ils doivent plulùt glisser que s'enfoncer, malgré l'énonne poids de 100 livres de quelques-uns. Une réparation faite à la cliarpenle de l'ilùlel de Ville (lycée actuel), « de ce que les canons rompirent, * ne coûta que 58 s. 7 d. (1). Il y eut des morts el des blessés ; mais, à en juger par le Journal du siège, ils ne furent pas très nombreux relativement au chiffre de la population el à une durée de siège de sept mois.

Jeanne d'Arc, dont on n'eût pas voulu exposer les jours inutilement, fut logée tout prés de la porte liegnard (2), c'est-,'i-dire au point le plus assailli par les tentatives de vive force, et qui devait être le plus atteint par le bombardement, comme se trouvant sous le feu concentrique des bastilles anglaises.

Les cllets moraux ne semblent pas avoir été très grands. Sans doute, malgré l'énergie qui l'animait, la première émotion dut être vive au milieu d'une population aussi dense, aussi lassée. Mais derrière des murailles on se familiarise assez vite avec les périls auxquels on ne peut sej soustraire, el quo l'on reconnaît s'être exagérés au début. Les quartiers les plus dangereux ne paraissent pas

(1) Compte de commune de la ville d'Orléans, 1428 à 1430. Handemenl XXIV.

(2) Uuns riidlel dL' JacjUL'u Uoucher, Irésaiier ^'■inôi'al du duc d'Urléans.

avoir été abandonnés pour ceux de l'Est, qui dorent être

indemnes.

Les etîets de démolllion sont importants. Douze moulins sur balcau);, qui se trouvaient sur la Loire à la hauteur de Saint-Aignan, sont détruits dés les premiers jours. Le fort en maçonnerie des Tourelles était déjà bien ébranlé quand les assiégés l'évacuèrenl le S-i octobre ; il est vrai qu'il * avait pu cire attaqué concenlriquement et de près. En janvier un boulet parti du boulevard Belle-Croix enlève le comble des Tourelles, et Anglais sont écrasés par la cbuie des matériaux. Malgré les réparations soigneusement faites par les Anglais, un grand pan de mur fui abattu par la bombarde de la Croche de la poterne Cheneau. 11 est possible que le fort bâti sur le pont même n'eût qu'une faible épaisseur de murailles ; et c'était devenu l'objectif de la défense : toujours est-il qu'on dut, après le siège, le reconstruire en entier ; et il n'est pas dit que la destruction de plusieurs arcbes du pont ait ébranle sa base (1).

Par contre, on ne voit pas que le mur d'enceinte ait éprouvé des dommages inquiétants, qu'il y ail eu seulement une brécbe â demi praticable.

Les elTels sur les troupes, dans le combat, sont considérables. On sait que Lancclot de Liste eut la lèle emportée par un boulet qui n'était vraisemblablement destiné qu'à lui seul. Jean le Lorrain, b; couleuvrinier, lit de nombreuses prouesses de ce genre. Il accompagnait toutes les sorties, el son aime y tomba entre les mains de l'ennemi : sa personne faillit bien à certain jour avoir le même sort.

Le 20 février, les assiégés ayant fait une sortie, les

(t) Les Anij'lais avaient garni di; lerrc l'^lugi! supi^i iimi' des Tourelles; c'dtuit (lour amorlir le cltnc dei pr<ijtfctîles n^'issunl [tac écrasement. (Comptes de ville.)

Anglais les repousstkent t jusqu'au champ Turpin, qui eA & un gect (Je pierre d'Orléans. Mais ils Turenl recueillis àt canons, couleuvrines el autres iraJcl que on leur gecla lie la ville ioconlineni, tant espeissement qu'ils s'en retournèrent à grande hasle dedans leur ost et bastilles <le Saincl-Laureal et autres \h entour. > Si le Journal du siège, iJont le passage est reproduit ici textuellement, a bien rendu la pliysionomie de celle escarmouche, l'aclion de l'artillerie est déjà très savante : par-dessus la tète des troupes amies ou latéralement, on tire sur les derniers rangs de l'ennemi, au moins sur ses réserves.

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