LES QUATRE CENTS LANCES
Les lettres du roi datées de Paris, -24 juin 1428, donnent la composition des 400 lances jointes au corps de Salisbury avec les 1,200 archers correspondants. (Document 3.) Ce n'était point une grosse unité, comme celle dont nous venons de parler, mais plusieurs corps avec divers capitaines n'ayant d'autre lien que d'être ensemble sous le commandement supérieur de Salisbury.
Une moitié devait être commandée par des capitaines d'Angleterre et composée de gens d'armes et de Irait venus
(ï) Rymer, tome IV, 4«^ partie, p. 138.
avec Salisbury ou à la miîme époque; elle serait passée en revue à Vernon, le 15 juillet, et pay^e des deniers de Normandie, par Cierre Surreau, c'est-à-dire avec les subsides volés h cel eiïel par les États de juin 1428 (1).
L'autre moitié, sous les ordres de capilaines de France, avec des gens de France, d'Angleterre ou d'autres nations, devait être passée en revue le même jour, mais à Poissy, et payée des finances de France par Andrieu d'Esparnon, trésorier des guerres, ou autres.
Les montres devaient être reçues par Guy le Douteillier, Hamon Bellinap, Jean Uourg, Jean Barton, Thomas Gytïard, Jean de Saint-Yon, c'est-à-dire par des hommes de guerre et des fonctionnaires, au moment du rassemblement à Vernon et à Poissy, et plus tard de temps en temps jusqu'au terme des endenlures souscrites. (Lettres du roi citées plus haut (2).)
Ces troupes conservèrent leur dénomination pendant 6 mois au moins (3). (Document 27.) Nous donnons l'historique de leurs fractions qui nous sont le mieux connues.
Corps de Thomas Rampston. — Dans les 200 lances de Normandie se trouve, entre autres, le corps de Thomas Rampston, chevalier banneret, chambellan du Régent,
(1) États de Normandie, p. ;^0.
(2) Il ne pai-iill nullement qu'il y eut là une eorle de conseil ayant ane autorité parallèle à. celle de Salisbury, comme la haute comraisBion dont parle H. Vallet de Viriville {Histoire de Charles Vil, vol. II, p. 2â). Celle-ci, instîluée pour diriger les aiïaires de Champagne, était aussi composûe de six membres appartenant aui services publics les plus dlITérents, *
(3) États de Normandie. — Il étail, en juin, question d'Angers et d'un siège de quatre mois; les endenlures pour quatre mois durent ^Ire renouvelées pour deux autres d'abord. On en lit de nouvelles en décembre pour la durée du sièi.'e. (Dncument 13.)
près duquel nous le retrouverons plus loin. Rampslon parait avoir laissé sa retenue, ou au moins une bonne partie, aux ordres de son lieutenant, John Ford (Farde, off Fforde^ Affourd, Afferd). Elle est à l'origine de 30 hommes d'armes avec les archers à Taflerent, et fait montre à Vernon, le 8 août, avec cet effectif. (Document 4.)
Le 29 septembre, à Meung, nous ne retrouvons plus que 21 hommes d'armes et 62 archers (document 5) ; le 7 février 1429 (n. st), à Gorbeil où doit être le Régent, 13 lances et 31 archers. C'est sans doute un détachement, soit pour escorter le régent, soit pour prendre des vivres, car le chef n'est plus John Ford, mais Guillaume Leek. (Document 6.)
Ford fait montre, au siège même d'Orléans, de ses 23 lances et 45 archers, le 20 avril 1429 (document 7) ; et le même jour reçoit la solde qui lui revient. (Document 8.)
Corps de Lancelot de Lisle. — Lancelot de Lisle (peut-être de l'isle) est un des noms anglais les plus connus. Il reçoit d'Henri V, le 12 juillet 1418, le domaine de Nouant, élection de Bayeux ; il assiste aux batailles de Cravant et de Verneuil, et fait partie de Texpédition d'Anjou en 1425 (1). En 1426 il devait avoir une action militaire sur l'Orléanais, le Dunois, le Vendômois et la Beauce, car il envoie de Chartres à Orléans la permission pour les laboureurs de faire les semailles de mars (2).
(i) BnÉQii[GNY, Mémoires déjà cités, p. 212. — Stevenson.
(2) Comptes de forteresse de la ville d'Orléans, 1425 à 1427 (n. st.). Manderyent XII. « Audit Jaquet le Prestre pour don fait à deux femmes, le deuxième jour de mars, qui avoient apporté ung saufconduit de Chartres, de Messire Lancelot de Lisle, envoyé par Messire Lois Tormajj^u, durant XV jours pour semer le mars et pour tous gens de braz estans en Orlénois, Dunois, Vendosmois et Beausse ; pour ce 20 s. p. jd
^it chevalier bachelier en 1498 ; et sa retenue était de 40 lances et 120 archers, faisant partie îles 200 lances de Normaniiie, car il est payé par Pierre Surreau(l). (Documents 9 à 12.)
n'après le Journal du siège, il arrive sous les murs d'Orléans le 1"2 octobre avec Sulisbury.
Quelques jours plus tard, se trouvent devant Orléans 5 lances 'et 15 archers seulement (aux Tourelles, ou sur quelque autre point de la rive gauche).
Lancolot lui-rnême devait titre dans l'une des villes de la Loire, oii l'armée s'était retirée presque en entier. Le 23 décembre, il signe une endenture pour la durée ilu siège, à la charge de A3 lances, lui compris, et 129 archers ; il est payé le 29 ; et arrive à Orléans le 30 décembre avec Suiïolk el Scales. Les Orléanais le qualifii-nt de maréchal de l'Ost, et plus tard de capilaine des boulevards de Saint-Laurent et de Saint-Pryvé.
Le 29 janvier un boulet, lancé peut-être un peu prématurément par ceux d'Orléans, lui enleva la tête, au moment où il revenait d'une conférence avec La Mire.
Son frère Henri, écuyer, eut provisoirement le commandement; il fit montre, le 8 mars, de 20 hommes d'armes et de 64 archers seulement, car la retenue était moilié aux Tourelles el moitié dans quelqu'autre bastille du siège. Il en devint le chef titulaire, le 13 mars, par une endenture, dont l'effet commençait après l'expiration de la période pour laquelle le dernier paiement avait été fait. Les gagea devaient être payés sur les finances de Normandie ou celles de France. (^Documents 13 el 14.)
Corps de IlicHAnn Waller. — Richard Waller, ou
(1} Voir pour loul ce qui va titre ilil : Jnurnal du ÊÎAije, QurciiE- BAT, vol. IV, p. 97, 106, 109, 115.
Wailler, écuyer, est capitaine de Concbes, tiailli et capitaine d*Évreux (1). Il a dû assister à la bataille de Verneuil. Sa retenue de 25 hommes d*armes et 80 archers, passée en revue devant Orléans le G novembre 1428, et payée par Pierre Surreau, doit être rangée dans les 200 lances de Normandie. (Document 15.) Lui-même reçoit de nombreuses montres.
Les corps de Guillaume Molins, chevalier, et de (Suillaume Glasdall, écuyer, qui étaient aux Tourelles, faisaient partie des 200 lances de Normandie.
Etaient encore compris dans les 400 lances les corps de SufToIk, de Talbot, de Fastolf (2).
MARCHE DE SALISBURT.
D'après Monstrelet, Salisbury, avant de s'embarquer luimême, aurait envoyé d'Angleterre à Calais 3,000 hommes ; ce seraient, sauf le nombre qui est exagéré, les Anglais qui devaient faire partie des 400 lances (3). Certains corps ne furent organisés que vers le milieu de juillet.
Débarqué à Calais le 1**' juillet, le comte passe à Saint- Pol, Doullens, Amiens, et arrive à Paris. Là furent tenus d'importants conseils pendant plusieurs jours. D'après Monstrelet, on y aurait décidé d'assiéger Orléans, après avoir soumis auparavant les petites places. *
(1) Quittance du 8 septembre 1428. Bibl. nat. Mss. vol. 26,050, n"948.
(2) Administration de la Nonnandie, p. 50.
(3) MoNSTRFXET, Hvre II, chap. 49.
Choix d'Orléans comme objectif, au lied d'Ancghs. — Le choiï primilif d'Angers et l'abaniloD de ce projet resleroni toujours sans doute une énigme, car les Faits niililaires et administratifs sont pleins de conliadiclions.
On a parlé d'iiésitations, de scrupules (1), de manœuvres destinées à nous tromper sur le véritable point d'attaque.
Les hésitations n'étaient guère dans les habitudes des Anglais. Les scrupules chevaleresques ou religieux, n'avaient point empêché BeJTord de dépouiller ù son protit personnel le duc d'Alençon, qui depuis M'^A avait été prisonnier comme l'était le duc Charles d'Orléans; pas plus qu'ils n'avaient détourné Henri V de se faire donner un royaume par son beau-père en démence, au détriment de son beau-frére. M, Vallet de Viriville (9) parle d'un traité formel conclu à Blois, aux termes duquel les domaines du duc d'Orléans devaient être respectés. Salisbury lui-même, avant de quitter l'Angleterre, aurait pris des engagements. La Chronique de Vélaldissement de la fête (3) dit qu'il aurait reçu et accepté à ce propos la promesse d'un joyau de 6,000 cous d'or. 11 y aurait eu alors une véritable forfaiture ; et on s'expliquerait mal que le comte de Salisbury ait pu paraître le principal Instigateur, contrairement à l'avis de Bedfort, du projet contre Orléans.
(1) Vallet lie Viriville (vol. Il, p. 31) rapporte l'opinioii du pape Pie II l'épi'ouvanl, comme înditrne d'un noble crear, l'allarjue d'une ville dont on délient le maître prisonnier. C'eiU été d'une dâlicateHse bien grande, et qui na semble guAre êlre entrée dans les mœurs militaires de celle époque. Prendre une ville, s'emparer d'un chef, gagner une bataille, sont les incidents inséparables de toute lutte qui ne se termine pas d'un seul coup, ce qui est le cas le plusbabituel.
(2) Vallct deVirivili-ë, t. Il, 31. — Cbampollion-Figeuc, cilé par Vallet de Viriville, dit que le traité ne fut pas ratifié par le duc do Bedford. (Ijiui» et Charles (VOrlètins, 321.)
(3) Qui
Il élait bien inulile de clierclier à nous tromper : Charles VU étail dans une situnlion (elle que loule attaque émit pour lui l'équivalenl J'une surprise; il avait peu île troupes mobiles, à peine quelques éléments organtsés à diriger sur le poini vraiment attaqué, quand on le connailrail. Orléans, comme les autres villes fortes, était sur un perpétuel qui-vive ; et en tout cas la marclie ne (ai pas bien rapide, puisque Salisbury employa six semaines à aller de Janville à Orléans, qui n'en est séparé que par une journée de marche (29 sorti au 12 octobre).
On s'éloignerait peut-être moins delà vraisemblance en supposant un secret désir pour lequel Bedford aurait lutté, mais sans laisser paraître le motif d'intérêt personnel qui le guidait. On sait qu'il avait reçu en apanage le Maine et l'Anjou, qu'il en avait lait sa conquête propre, et qu'il s'en réservai! les revenus en dehors de sa pension, sous la condition peu dispendieuse d'en payer les garnisons. On verra même qu'il ne supportait pas que cet apanage fût traité en pays conquis par les troupes du voisinage (1). Compléter sa conquête eût donc llalté i la fois sa vanité el son amour des richesses.
H avait, si notre hypothèse est exacte, réussi à faire partager ses vues aux personnages inEIucnls d'Angleterre ; pus assez cependant pour faire adopter le plan de campagne qui paraissait s'imposer, lequel devait consister à marcher sur Angers, à travers la Normandie, le Maine et l'Anjou.
Aucun obstacle ne s*y serait rencontré, el le trajet par terre était beaucoup moins long que la ligne Calaîs-Paris- Cbartres. L'objectif d'ailleurs o'élail pas sans prix. D'Angers on inquiétait l'oitiers ; on coupait les communications de la Rochelle, seul port important sur l'Océan demeuré à
(1) Voi
cbap. VII.
EHiarles VII ; eL on [endait ta main aux provioccs anglaises du Suil-Ouesl. Tours, Blois, Orléans, étaient compromis.
La possession J'Orléans ne devait pas rendre de moindres services. Elit; faisait lomlier tôl ou lard toutes les places, grandes el petites, dont nous avons parlé, même Montargis et Chàleaudun ; mettait Paris hors de tonte atteinte ; tournait Ulois; menaçait Bourges; et, par le voisinage des Bourguignons qui étaient Si Aoxerre, créait au milieu môme de la France et de l'autre côté du ileuve qui la coupe en deux parties, un centre d'action 1res solide. .
Tactjquemenl, c'est-à-dire à ne considérer que la ville elle-même, dont loules les dércnses élaienl sur la rive du nord, et qui ne touchait à l'autre que par le fort des Tourelles assis sur l'avant-derniére arche du pont, Orléans assurai! plutôt à son possesseur le passage du midi vers le nord, et la rive droite. Mais au fond de ce grand rentrant (le la Loire, avec les trois autres villes de Jargcau, Meung et licaugency, c'était une vaste et excellente tète de pont stratégique vers le sud.
1! n'est donc pas étonnant que les liommes de guerre el les membres du grand conseil de Paris aient opté pour le siège d'Orléans, nialgri5 les difficultés de l'entreprise. Précisément parce qu'elle était plus énergique et plus décisive, elle devait lenler les gens du métier ; le résultat en imposerait à tous, ennemis et amis peu solides.
Dans une lettre bien connue (1), le Régent parle du siège d'Orléans i entrepris Dieu sait par quel avis, m Dedford n'a donc consenti qu'à regret. Il parait incontestable que la décifiion fut tenue secrète ; car, alors que les opérations de Salisbury n'ont d'autre objectif possible qu'Orléans, on parle encore officiellement d'Angers.
{!) Traduite pui- iJuicliLTal, V, 13(!.
Aux États réunis à Rouen le 8 septembre, c'est pour le siège d'Angers qu'une partie des subsides est demandée. C'est encore d'Angers qu'il est question dans les lettres du roi du 14 septembre, prescrivant le recouvrement de la première partie de l'aide octroyée (1). A cette date Janville avait été pris; Montpipeau et Meung, à quelques lieues d'Orléans, s'étaient rendus ; et les Anglais allaient bientôt s'emparer de Beaugency.
Dans les lettres du roi datées du 26 février 1429 (n. st.), il est dit que l'aide votée pour Angers a été reportée sur Orléans ; mais on n'indique, ni à quelle date précise, ni par quelle assemblée le virement a été fait. Force nous est donc d'accepter pour ce changement officiel une date indéterminée, comprise entre le 14 septembre 1428 et le 20 février suivant (2).
La marche de Salisbury (3). — Rymer attribue aux Anglais 20,000 bommes sur pied en France, outre leurs garnisons, et Salisbury en aurait amené 5,000 autres
(1) Les États de Normandie^ p. 30 et s. et p. 168 et s.
(î2) M. de Beaurepaire a reproduit un article de dépense du compte de Pierre Surreau, d'après lequel le virement aurait élé consenti dans une assemblée de notables réunie en juillet 1429, c'est-à-dire deux mois après la levée du siège qui en avait duré sept. Le compte de Surreau, tel qu'il nous est parvenu, est non un journal, mais un relevé fait après coup, par nature de recettes et dépenses. On a pu écrire juillet pour janvier, ou faire toute autre erreur matérielle. Si soucieux des formes administratives que fussent les Angolais, ils n'ont pu se préoccuper de faire ratifier en juillet une mesure dont l'exécution et la préparation évidente remontaient à plus de dix mois.
(3) Pour cette marche, consulter particulièrement : La chronique de la Pucelle, Monstrelkï... Nous n'avons, ni le désir, ni le besoin d'en faire une étude minutieuse. Les grandes lignes en seront facilement saisies. C'est tout ce qu'il nous faut.
d'ADglelerre. Sur cet ensemble le Régenl aurait donné au comte une armée de 16,000 hommes. Monstrelel évnlue l'armée à 10,000 combaltanls. 11 tullail songer à laisser au passage quelques troupes dans les villes conquises mais ce sérail peu de chose. Nous n'avons aucune bonne raison de croire à un effectif beaucoup plus considérable que celui donné précédemment: le corps de Salisbury, 2,700 combaltanls; les 400 lances, 1,600 : total 4,300, non compris les pages, et peut-être un ou quelques milliers de Bourguigaons ou de miliciens.
Salisbury rencontrait peu do résistance dans sa marclie; le 5 septembre, étant à Janville, il écrivait aux aldcrmcn de Londres qu'il venait de s'emparer do iO places, églises, ctiàteaux fortifiés.
Il ne sera pas utile d'entrer dans le détail de ces petites opérations, mais il est bon d'en préciser l'ensemble.
Si Charles Vil ne possède pas île troupes nombreuses it mettre aux champs, la multiplicité des petites garnisons esl un danger que l'Anglais ne peut laisser derrière soi : car elles pilleront les convois d'argent et de vivres, et attaqueront au besoin les petits détachements de renfort. De plus elles peuvent se jeter dans la place assiégée, par tiilalilé ou fraction, au début ou h la fm du siège, comme lit Florent d'iiliers, quittant Chàleaudun et apportant le 28 avril aux Orléanais et à Jeanne d'Arc le précieux appoint de ses 400 compagnons; elles peuvent encore se joindre à uoe armée de secours.
Cette situation n'est pas spéciale à Orléans et à l'année 1 428 ; et, d'une laçoo générale, à moins de pouvoir réussir de suite dans une attaque brusquée, on ne doit à celle époque s'approclier d'une ville forte que par une marche enveloppante, qui enlève ses points d'appui, coupe ses communications et ses ravituillemenls, lumbe dans le
tlancdes rcnTorls vonnnl 1\ son aiiie. l'isole ea un mol <Ie toul secours, el y rejclle les jiupu1;itions des campagnes voisines qui l'iilTameronl. C'est ainsi qu'avait procédé lleori V pour Caen et Rouen (1); eLquc Tailt^ituleiTient Snlisliury.
Il ne suit pas In route rlirecle par l^lampes, qui élail libre, car il pouvait éviter même Janville el Toury. 11 lialaie au contraire, par lui-même el par ses lieuienanls, un ^raod espace dont l'axe, assez semblable à une courbe gconiélrique bien coDDue, passe par Rambouillet, Cliarlies, Meung sur la Loire en aval d'Orléans, Olivet au sud el Jargeau sur la Loire en amoni.
Il vient d'abord à Nogeol-le-Roi qui se rend à merci; les l'Vançais ayact abandonné Ch&teauneur-en-Tbimerais, Ranibouillet, Bethencourl, Rûclielorl, il passe à Chartres qui était aux Anglais, et où un astrologue lui prédit sa mort ; il parvient en juillet au Puiset, prend la forteresse d'assaut et fait pendi'e tous les prisonniers. Une partie des défenseurs de Toury s'enfuicnl, les autres se rendent, et la place esL brûlée.
Le siège est mis devant Janville, qui est battue par les bombardes el les canons, el prise d'assaul le 2y août, après s'élre vu refuser la capitulation qu'elle demandait.
Neuf citoyens durent payer rani;on (2). ,
Neuf hommes de la compagnie de Prégent île Coëlivy, défenseur de la place, furent emmenés prisonniers. Dirigés sur Paris, ils s'échappèrent el arrivèrent à Orléans mourant de faim.
Salisbury séjourna quelque temps à Janville, et y installa
(1) Sièges de Gaen et Rouen par M. Léon Puiseux, Mémoiyeg âe» .Infù/uttirfï de Normandie, vol. XXIII et XXVI.
(2) Liquidation des droits et |ierecplioûa du corps de Satiabury : le tiers de celte ranvon, qui était la part prélevée par le roi fut de 13 t. s. 8 d. sler. (Stkvenson, 1, 41S.)
comm« gouverneur le seigneur de Gray, son neveu, qui (levail êlre tué «levant Orléans.
Les sommations. — Avant de suivre Salisbury au-delà de Janville. il Taul dire un mol des hérauts que de cbUg place il envoya par deux Ibis à Orléans (1). La teneur des messages n'est pus connue; et les petits cadeaux que le comte sollicita, et qui lui furent envoyés, sembleraient leur enlever un caractère très comminatoire. Il est bien probable cependant que c'étaient là de ces sommations i la mode de l'époque, auxquelles la religion était mêlée, et que Jeanne d'Arc ne se dispensa pas de faire de son côté auï Anglais, lorsque le moment en fut venu.
Quand Henri V fut sous les murs d'Uarlteur en 1415, au dire du chapelain du roi qui nous a laissé le récit du siège {'1) : * le roi qui cherchait la paix et non la guerre, voulant couvrir encore plus sa cause du bouclier lie» l'innocence, otlVit, conformément au chapitre xx du Deutéroiiome, la paix aux assiégés, à la condition que, librement et sans violence et selon leur devoir, ils lui ouvriraient leurs portes et livreraient la ville, noble portion héréditaire de sa couronne d'Angleterre et de son
t1) Comptes (le la ville d'Oiléans, années 1427 à 1429 (n. st.) — * Au dit Jaquel te f'reslre pour la dépense de ileiix liérauls qui étaient un uonle de Salbry, que le dit conk envoya par deux Toiï à deui divers jours d'Venville à Oiliena, iiui furent logiez en l'ostel de la Pomme es for«bours de la porte Bernicr et furent gar'dei par pluâieui-s sergens (mificieni au service de ta ville): pour pain, vin, foin et adveine 32 s. p., pour 2U pintes de vin pour emplir certaines bouteilles qu'ilz avoicnt pour porter au dit conte, nu pris de 12 d. p. lu pinte, valent 20 s. p.; pour poisson let|uel lui fut Heriiblablemcnl envoyé, 12 8. p.; et pour ferrer leurs chevaux 9 a, p. Pour lout ce 73 s. parisia. »
^^) Récit anonyme déjà cité, Iruduît psr A. Ilellol.
duché de Normandie. Celle olfre fui repoussée avec mépris el dédain. Alors noire roi, provoqué au combal bien malgré lui, pril Dieu à lémoin de la juslice de sa cause ; il rappela aux assiégés les peines auxquelles les exposaienl d'après la loi divine leur endurcissemenl el leur rébellion. »
« Mais, avaul d'en venir aux exlrémilés, il voulul essayer conlre les rebelles l'emploi de moyens plus doux : nuil el jour, Iriomphanl du sommeil, il fil sous les coups des assiégés dresser el disposer ses machines el ses canons... » Ces moyens de douceur consislaienl en Iravaux el consiruclions d'approche formidables, d'où les assiégeants allaienl bieniôl écraser la malheureuse ville (1).
Le Deutéronome en etîel, qui revienl à chaque page sous la plume du chapelain, conlienl au chapilre xx un code de la guerre d'une rigueur inflexible. C'élail bien le lexle que devail invoquer Henri V. Ancien viveur, relire des plaisirs par espril de gouvernemenl ou lassilude physique (car il u'esl pas cerlain que sa fin prémalurée n'ail eu quelque rapporl avec son existence antérieure), il était devenu d'une dévotion 1res formaliste qui devail lui gagner les bonnes grâces du clergé, dont les subsides lui étaient nécessaires. A llarfieur il fit porter processionnellement sous les murs les Saintes- Espèces, afin que la capitulation fût jurée d'une façon plus solennelle. A Caen, avant Tassant, il entendit trois messes de suite, suivant sa coutume dans les grandes occasions, et fit dire qu'il
(1) L'indomptable courage d Hailleur et aussi les maladies qui sévissaient au camp An^'lais, lui valurent une capitulation, et la préservèrent de toutes les horreurs du pillage qui eût suivi un dernier assaut. Le roi d'Angleterre n'en ordonna pas moins, plus tard, un effroyable massacre de prisonniers.
avait VII [Uns le ciel une croix lumineuse. Sa piété édifiait les Anglais {i).
Depuis Wicler(1329-Ï384) le pays s'acheminait insensiblement vers la constitution d'une église imlépenilante. Pour des esprits utilitaires comme les rois et les lioinines d'étal anglais, la suprématie du {iiince sur les év6r]ues, la religion utilisée en dehors du pape (2) étaient un puissant moyen de gouvernement.
Jeanne d'Arc h son tour lit aux Anglais des sommations. Mais elle n'oublie pas que la loi d'amour a succédé A la loi lie crainte ; elle parle du Christ et non du Dieu redoutable du Sinaï; d'expulsion â main armée, et non de supplices. Lorsque les Anglais humiliés et vaincus abandonnent le siège, elle contient l'armée et toute une population Trémissante qui auraient avec elle culbuté le convoi en retraite et les comhaltants, comme elle devait les culbuter plus lard à Palay.
Exemple de mansuétude que ses ennemis étaient peu fails pour comprendre, et moins encore pour imiter.
Suite: dz u HAitcHE de Salisbuiiy. — tes Anglais traitèrent avec les défenseurs de Meung et entrèrent dans cette ville en septembre; ils en J'ortiliérent le pont {A}. Monlpipeau se rendit par capitulation le 5 septembre.
('1) Elte ne l'empâctia pas de conrisquer tous les biens des défenseurs de Caen et d'en Taire mettre i mort plusieurs pour leur opiniâtre rébellion. {Siège de Caen, déji cite.)
(2) On sail commenl les jugas de Jeanne d'Arc esquivèrent de se prononcer sur l'iippel an Pape qu'elte réclamait, et, à plus forte raison, d'y consentir. Il y aurait peut'^tre matière i relierions plus étendues sur ce fuit et sur la réponse que le Saint-Siège y Ql plus tard en ordonnant le prooùs de réhabîlilalion.
(3) Dans une lettre au tfou^^ l'arme ni Anglais, publiée par M, Uelpil, Salibbury dit que Meung tut pris par Waller Ilun^refnrl, (leiiuel fut plus tard (ail prisonnier i Palay).
Des gens avaient èlé à Beaugency, qui trouvèrent la ville ouverte, el s'y logèrent; mais les ouvrages du pont sur la rive gauche et le cli^leau situé du côté de la Beauce se dérendaient. Le 8, Salisbury, voulant y faire transporter de Jnnville sans grande escorte (1 ) « ses canons et habillements, vint à grande puissance en balaille ordonnée faire visage devant Orléans, et lu se Linl jusques à la basse vespre pour empescher que Français ne fussent au-devant; pendant laquelle demeure son charroi passa. >
Le 25 septembre Beaugency capilulaît, aiasi que l'abbaye; l'abbé et d'autres prêtaient serment aui Anglais. Cinq prisonniers lurent rançonnés de 2 livres sicrlings chacun; la ville paya une contribution de S20I. 2 s. •& d. st.; du fromeni el de l'avoine trouvés dans le château furent vendus pour 33 1. s. 7 d. ob. st. (2). Vers le même temps Marcbenoir s'était soumis, la Ferlé-Hubert s'était rendue par traité.
Dans le même mois de septembre, la piété des Anglais fut en défaut : Salisbury ayant envoyé un grand nombre de soldats à Cléry où était une église très vénérée, ceux-ci ( la pillèrent, el les cbanonies el autres là retirez, el y firent des maux innumérables. » Celait une double faute que d'exaspérer ainsi les vaincus, et de susciter en même temps (ians leur cœur ce suprême espoir que Dieu outragé allait désormais combattre pour eux. La mort prématurée el singulière de Salisbury fut considérée par les contemporains comme une punition de cet atlentat.
Au commencement d'oclobre, Jean Pôle (frère de Suiïulk) est envoyé à Jargeau, qui capitule le 5 octobre, el refoil une forte garnison. Cbâleauneuf-sur-Loire est pris.
(•1) Chroni'iue de lu Pucelle, Vallet de ViniviLi.E, ji. 258.
roi cul le liera de toutes ces prises. i,Stevlnson. I, 418.)
7 octobre J. Pôle pari de Jargeau, el, après avoir logé à Olivel, vienl balailler à la barrière Saint-Marcel. A la suite d'une rude escarmouche, il fut repoussé et se retira vers Meung, où èlaiL le ;^ros de rarmée.