‹ L'armée contre la nationChapitre 15 sur 16 · ROME, COBLENTZ ET LA VENDEE, LA SAINTE ALLL\NGE · texte numérisé non relu

ROME, COBLENTZ ET LA VENDEE, LA SAINTE ALLL\NGE

Parce que nous ne voulons pas laisser déshonorer la France, parce que nous ne voulons pas laisser tomber notre patrie au niveau de ses malheureuses « sœurs latines », l'Italie et TEspagne, on nous dénonce aux fureurs de la foule, comme des traîtres « vendus à l'étranger ».

Quand un voleur vient de faire son coup, il crie le premier de toutes ses forces : « Au voleur ! » Il égare ainsi la poursuite. C'est à peu près ce qui se passe aujourd'hui. Par quelle bande de traîtres avérés nous sommes accusés, nous patriotes, et quelles trahisons ils méditent, voilà ce qu'il reste à mettre en lumière.

Nous voyons contre nous :

— Les gens de Coblentz, fils de Kaiserlicks, jadis à la solde de Pitt et de Cobourg, rapportés ici dans les fourgons prussiens, qui ont à payer l'hospitalité reçue par leurs pères au delà du Rhin et le secours des baïonnettes étrangères. Ils sont internationaux par tradition. Chaque fois qu'ils en ont eu l'occasion, ils ont livré nos soldats par centaines de mille et nos drapeaux par tas à leurs anciens compagnons d'armes. Ils se vantent de nous préparer encore « une boucherie » ;

— Les réfractaires de race, qui tâchent de ressusciter la Chouannerie dans l'Ouest, pour aider ceux de Coblentz comme ils l'ont fait cent ans plus tùl;

— Les gens de Rome, les Congrégations pullulantes, richissimes, puissantes, mystérieuses, dont les « généraux » sont des étrangers, établis à l'étranger, et dont toutes les troupes obéissent aveuglément, perinde ac Oaculus, perinde ac cadaver, aux ordres venus du dehors;

— Les internationaux de la Finance, juifs ou chrétiens, qui font de la vie des peuples l'enjeu de leurs spéculations, et que la vénalité de nos politiciens a rendus maîtres des destinées nationales ; les Rothschild à qui les prétendus républicains de la majorité parlementaire et les prétendus catholiques de la minorité ont livré la Ranque de France ; tous les voleurs de marque, tous les accapareurs, tous les forbans, du tenancier de tripot Edmond

Blanc aux filous archi-millionnaires Eiffel et Lelellier.

Pour organes, pour instruments de mensonge et de menace, ces hommes ont tous les journaux à vendre, toutes les feuilles qui figurent sur les listes de Panama, qui vivent de chantage et d'affaires louches, qui exploitent les cadavres de Monte- Carlo ou les cadavres d'Arménie comme les cadavres de Cuba, comme la prostitution parisienne. Pour complices, tous les écrivains à louer, escrocs, aigrefins, coupe-jarrets, juifs renégats, dispensés frauduleux du service militaire. En première ligne, dépravant et affolant la masse populaire, le Petit Journal d'Enrico Marinoni et de Judet, d'un Français de la Calabre, et d'un Français déserteur du devoir patriotique, de deux récidivistes de la calomnie et du faux.

Tels étant les conjurés, quel est le but du complot ?

D'abord, de déshonorer la France démocratique et de la faire mettre au ban des nations civilisées. Dans le monde matériel, ni par la population, ni par l'étendue territoriale, ni par la puissance économique, la France n'approche plus des premiers rangs. Elle ne peut garder sa place et son rôle qu'en restant fidèle à tout ce qui lui donna sa gloire la plus pure : aux idées de justice, de vérité, de liberté, d'humanité. Si elle offre le spectacle de

l'iniquité triomphante, de la vérité outragée, de la justice et de la liberté violées, conspuées, écrasées, elle n'est plus rien. C'est justement ce que souhaitent les traîtres.

Ils veulent ensuite la mettre à la merci d'une nouvelle invasion, d'un nouveau démembrement. Ils s'appliquent à détruire sa force militaire, à ruiner sa confiance et son courage. Ils font semblant de s'indigner, quand nous avertissons le peuple des grands pillages militaires, des infamies, des forfaitures, des vols, des mensonges, quand nous désignons les coupables, quand nous fournissons les preuves. Ils crient au scandale. Mais le vrai scandale, la vraie trahison, la trahison préméditée et calculée, c'est d'abandonner à des malfaiteurs et à des incapables la fortune et le salut de la patrie. La vraie trahison, c'est de maintenir sciemment ces incapables et ces malfaiteurs dans les situations où l'on est sûr qu'ils préparent des catastrophes.

Quand la Légion d'honneur ouvre ses rangs et ses plus hauts grades à des bandits, par qui donc est-elle avilie ? Par les bons citoyens qui flétrissent les légionnaires indignes ? Non : mais par les gouvernants qui se font un amusement de couvrir de croix les pires malandrins.

C'est le grand chancelier, c'est le conseil de l'Ordre de, la Légion d'honneur qui souillent la

Légion d'honneur quand ils l'accrochent après Bouïs, après Apte, après EifTel, Edmond Blanc, Esterhazy. Le Mouton de Boisdeffre le sait bien ; et la trahison de ses pères les Uhlans, mitraillant le drapeau tricolore de Berstheim et de Biberach à Quiberon, mériterait l'indulgence à côté de celle qu'il commet à son tour, en déposant le même drapeau tricolore chez le ménage Rochefort, entre Arthur Meyer et Letellier.

Après avoir exposé la France au mépris du monde civilisé, après avoir tout combiné perfidement pour que les Français se prennent eux-mêmes en dégoût, il faut enfin perdre la patrie. Les traîtres y travaillent. Ce sont des chefs de 1870 qui commandent encore aujourd'hui nos troupes. Ils ont livré une fois l'Alsace et la Lorraine à Francfort ; ils les ont livrées encore à Kiel, en humiliant le pavillon français devant la flotte allemande; ils les ont livrées encore en Crète, en reniant solennellement le droit des peuples. A Madagascar, le funèbre général Duchesne avait pour commensal un journaliste allemand de Berlin. Dans l'affaire Dreyfus, c'est trois Alsaciens, l'Alsacien juif Dreyfus, l'Alsacien protestant Scheurer-Kestner, l'Alsacien catholique IMcquart, que les conjurés ont couverts d'ignominie, pour exaspérer en Alsace les derniers fidèles de la France.

L'alliance russe, conclue pour le maintien du

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stalu quo territorial en Europe, n'est pas autre chose que la garantie définitive à TAllemagne de sa conquête. L'alliance russe est une forme déguisée de Talliance allemande. Il ne sert à rien de considérer le peuple russe, qui ne compte pas en Russie. La Russie, c'est le gouvernement russe : et le gouvernement russe est tout Allemand. La tsarine, au pied de qui se sont roulés les badauds parisiens, est une bonne Allemande ; presque tous les fonctionnaires de Russie sont Allemands ; une partie du sol russe, des usines russes, est possédée par des Allemands; une grande partie des régiments, des forteresses, des services militaires, ont à leur tête des Allemands. Les deux autocrates de Russie et d'Allemagne sont étroitement associés dans leurs desseins, pour le partage du vieux continent. A Guillaume l'Occident, à Nicolas l'Orient. Ils ont traîné la France à Simonosaki pour servir leurs intérêts communs. A Pétersbourg, Guillaume avait passé avant Félix ; notre tanneur n'a ramassé que ses miettes. Quand l'ambassadeur actuel de Russie à Paris est venu prendre possession de son poste, il s'est arrêté longuement à Berlin. Des taxes prohibitives ferment à peu près la frontière russe aux produits français.

L'Angleterre est l'adversaire naturel de la Russie en Asie, de l'Allemagne partout. Contre l'Angleterre se sont déchaînés sans relâche tous les jour-

naux enrôlés dans le complot. L'Angleterre devrait être sacrée à la démocratie française parce qu'elle est, au milieu de tous les Etats emportés dans le mouvement de réaction, le dernier refuge des principes de liberté. Si cette raison n'a plus d'empire, l'Angleterre devrait être sacrée aux travailleurs français, parce qu'elle est notre grand client. La chère Russie nous achète pour 25 à 30 millions par an de nos produits. L'Angleterre nous en achète pour plus de J .300 millions. C'est par le marché anglais que subsiste encore notre exportation industrielle et agricole ; c'est du marché anglais que nous vivons. Un conflit entre l'Angleterre et la France ne serait pas seulement une catastrophe pour la civilisation ; il serait la ruine de la France.

Feuilletez le Petit Journal d'Enrico Marinoni, vous y trouverez cent articles de Judet, rééditant, ressassant les vieilles calomnies, les griefs préhistoriques, échauffant contre l'Angleterre les haines aveugles de la foule. Et toute la presse de trahison reprend en chœur le refrain. C'est l'Allemagne qui profite.

La Démocratie française, comme au temps de Pitt et de Cobourg, est environnée de complots et de traîtres. Tout se tient. Si la race de Coblentz montre tant d'audace, si l'insolence éclate sur les faces de Chouans et d'Emigrés, regardez de l'autre côté de la frontière : la Sainte Alliance est recons-

lituée. En 1848, les complices de Cavaignac II appelaient de leurs vœux le canon russe pour mettre le Peuple à la raison. Quand Rome et Coblentz voudront marcher, les uhlans de Guillaume et les cosaues de Nicolas sont prêts.

Déjà la chouannerie ressuscite dans l'Ouest. Les fils des réfractaires et des bandits qui se firent payer par l'Angleterre pour poignarder la France dans le dos, tandis que ceux de Coblentz, sous l'uniforme prussien, l'attaquaient de front, outragent et menacent au grand jour les bons citoyens. La Vendée recommence.

Et la Terreur blanche s'apprête.

Jean Allemane avait grandement raison de renvoyer les jeunes gens à l'histoire des cours prévôtales. Quand les fourgons de Bliicher, de Schwartzenberg et de Wellington venaient de rapporter sur le sol français les Mouton de Boisdeffre et leur séquelle, nos pères subirent les infamies que nous subirons demain. De même que les contrôles de l'Armée de Condé contiennent les noms de nos grands chefs militaires, les listes de la Chambre introuvable et des commissaires royaux dans les départements contiennent les noms de tous les

factieux qui se lèvent encore une fois contre le Peuple

A la Chambre, les de Bonald, de Corbières, de Grosbois, de Polignac, de La Bourdonnaye, de Sesmaisons, de Neuville, de Salaberry, de Bouville, de Béthisy, de Bruges, de Boisgelin, de Castelbajac, de Chabrillant, de Corday, d'Haussez, de Juigné, de Jumilhac, de Marcellus, de Maisonfort, de Montbel, de Saint-Romain, de Puyvert, de Gère, de Rougé, de Vogiié, cent autres, fomentaient les massacres de province et veillaient à ce qu'ils fussent impunis.

Les Verdets de Nîmes, les Trestaillons, les Truphêmi, les Quatretaillons, tous les assassins du Gard, d'Avignon, de Marseille n'étaient que les agents des Emigrés rentrants. Lisez les proclamations, les arrêtés abominables offrant des primes à la délation, prononçant des expulsions et des emprisonnements sans jugement, au nombre de quatre-vingt mille; ou condamnant à la fusillade dans les vingt-quatre heures « les gens dont la présence est un sujet d'inquiétude pour les bons Français (de Coblentz) et de scandale pour les chrétiens » . Ils sont signés du comte de Chabrol, du comte de Tocqueville, du marquis de Garille, du baron de Ménars, du chevalier de Fitz-James.

A Nîmes, le 17 juillet 1815, les bandes qui égorgèrent les soldats d'infanterie de ligne étaient commandées par le marquis de Calvières, le comte de

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Bernis, le comte de Vogiié. Ces noms-là ne vous sont pas inconnus, peut-être ? Les « juges » assassins des frères Faucher s'appelaient de Gombault, de la BouLerie, de Puységur, de Santa-Croce, de Bois-Saint-Lis, de Fumel, d'Hauterive. Les «juges » assassins de Labédoyère s'appelaient de Sauvigny, de Montdésir, de Sainte-Bose. Le témoin produit contre Ney s'appelait de Bourmont, déserteur et traître. Et comme l'officier qui commandait le peloton d'exécution du maréchal, étranglé par l'angoisse, ne pouvait articuler un son, ce fut M. de la Force, pair de France, qui cria : Feu !

Ces messieurs les assassinaient bien, nos généraux ; ils les assassinaient encore mieux, nos soldats.

Ils assassinaient le maréchal Brune et le maréchal Ney, le général Labédoyère, le général Mouton- Duvernet, le général Chartran et Mietton ; ils assassinaient les officiers ; ils assassinaient les soldats. Car ces généraux, ces officiers, ces soldats étaient de vrais Français, qui avaient commis le crime de défendre le sol de la Patrie contre le Prussien, le Busse et l'Anglais. On les nommait les Brigands de la 'Loire; on les traquait. Tous les mâtinés de Cosaques et les bâtards de Uhlans leur faisaient la chasse.

La cour prévùtale de Loir-et-Cher avait pour valet de bourreau (prévôt) Le Mouton de BoisdefTre ;

ivre de sang français, ce traître vengeait les raclées qu'il avait reçues des soldats français, quand il portait l'uniforme anglais ou l'uniforme prussien. Les patriotes français qu'il n'avait pas pu tuer sur les champs de bataille, il les frappait sans danger, dans l'ombre d'un tribunal d'inquisition, sous la protection des baïonnettes étrangères.

Et maintenant, c'est les fils des assassins de Français, des assassins de généraux français, des assassins de soldats français, qui jouent les patriotes. Ils disent « nos petits soldats », « notre armée ». Ils prétendent nous traiter, nous, les patriotes, en brigands de la Loire. 'Quels misérables !

Mais plus misérable cent fois le peuple assez avachi pour tolérer leur audace !

Aux desseins de la réaction clérico-prétorienne, au complot de Rome et de Goblentz, aux vues de la Sainte Alliance, l'obstacle est toujours la démocratie des grandes villes. Même égaré, dépravé, même gangrené de césarisme, Paris fait peur à nos ennemis.

En 1792, le manifeste de Brunswick, rédigé par les Emigrés, menaçait Paris « d'une exécution militaire et d'une subversion totale ». Tous les

Boisdeffre de l'Armée de Condé se promettaient un beau massacre de Parisiens, avec le concours des Uhlans.

Aujourd'hui, le brave Esterhazy rêve de « livrer Paris en flammes au pillage de cent mille Allemands ivres ». La formule diff"ère à peine. Tous les fils de Kaiserlicks y ont adhéré sur-le-champ. Le Uhlan de Schwarzkoppen est devenu « le cher Commandant » de Boisdeffre, de Pellieux et de leur séquelle. Les conseils de guerre ont ratifié le programme. Les Emigrés à l'intérieur et toute leur valetaille ont applaudi d'enthousiasme.

Le Gaulois du 21 avril 1871 déclarait :

On envoie un voleur en prison sans lui demander ce qu'il pense de la constitution comparée de la propriété dans les principaux Etats de l'Europe; on conduit un assassin à féchafaud sans prendre son avis sur la moralité de la peine de mort. De même la France cueillerat-elle, pour les envoyer à Cayenne et autres colonies,, les plus désertes possibles, vingt et quelques mille coquins, sans les interroger sur la légitimité de leurs^ prétentions soi-disant politiques et sociales.

Le Gaulois d'Arthur Meyer chante quotidiennement le même refrain. Et, dans ce pays où l'on ne peut pas tirer la langue aux sergots sans passer en jugement, un juif d'état-major peut demander, redemander sans cesse qu'on fasse une saignée dans le peuple.

3o'2 L'armée contre la nation

Pour le sac de Paris, pour la saignée dans le peuple, s'associent immédiatement tous les égorgeurs de Français, tous les guerriers qui rendirent naguère leurs sabres aux Prussiens, et qui s'engagèrent sur l'honneur (sic) à ne plus porter les armes contre l'Allemagne, afin de se réserver pour la guerre civile ; tous les intrépides qui avaient fui ventre à terre devant les casques à pointe, et qui vinrent ramasser des galons et des décorations dans le sang des Parisiens ; tous les de Mun, les Déroulède, les Ernest Roche ; tous ceux qu'on vit, pendant la Semaine sanglante, assommer les vieillards, fusiller des enfants de dix ans, faucher des centaines d'hommes à la mitrailleuse, en tas, sans jugement, brûler la cervelle aux prisonniers sans défense, sabrer les médecins coupables d'avoir soigné des blessés, éventrer les femmes et dérouler les boyaux des victimes au bout de leurs baïonnettes, jeter les moribonds dans la chaux vive ou les enduire de pétrole.

La bande est au complet. Les anciens du marquis de GallifFet marchent désormais sous le marquis de Rochefort. Il leur faut du sang. Ils ont approuvé hautement les tueries d'Arménie, de Crète, de Cuba, les supplices de Montjuich et de Manille. Ils en ont démontré théoriquement l'excellence. Ils brûlent de passer à la pratique.

Les noms de l'Armée de Condé, qui figurèrent

dans les honteuses capitulations de la guerre contre l'Allemagne, figurent aussi dans les atroces relations de la guerre contre Paris. On y voit que les plus acharnés des massacreurs, avec les gendarmes et les sergents de ville, furent les volontaires vendéens et bretons, et les zouaves pontificaux, compagnons de l'Esterhazy de Rochefort et de Boisdeffre. On y voit que le bombardement des Prussiens n'avait été qu'un feu d'artifice, à côté de la destruction méthodique de Neuilly et de l'Ouest parisien par les canons du Mont-Valérien. Alors, l'Assemblée de Versailles votait des encouragements aux assassins et des prières publiques au Dieu de Cavaignac. Alors, la cour martiale du Luxembourg faisait tuer Tony Moilin, reconnu pur de toute participation à la lutte, mais :

« ... dangereux par ses talents et son caractère : un homme, enfin, dont un gouvernement sage et prudent doit se débarrasser quand il en trouve l'occasion. »

De ces honnêtes gens, dangereux par leur caractère, il en est revenu au monde, depuis vingt-sept ans. II faut qu'on s'en débarrasse. Le manifeste d'Esterhazy est opportun ; la saignée réclamée par Arthur Meyer est urgente ; le seul nom de Cavaignac vaut un commencement d'exécution.

Et la Sainte Alliance promet son appui. En 1792, ils avaient Brunswick et leurs amis les Prussiens ;

en 1871, ils obtinrent le concours de l'armée allemande, comme en ont témoigné des documenta nouveaux, notamment la correspondance du maréchal de Moltke. Cette fois, alors que l'opinion du peuple russe est tout entière avec les défenseurs de la justice et de la liberté, les gens de Coblentz se font écrire de Pétersbourg, par des mouchards de la troisième section : « N'avez-vous pas de sang dans les veines ? Votre ministère ne va-t-il pas faire jeter à la Seine les perturbateurs dreyfusiens ? »

En attendant qu'ils dévastent Paris par le fer et le feu, les traîtres de Coblentz et de Rome ont comploté de le réduire par la misère. Le plan est simple : arrêter les affaires, éloigner la clientèle étrangère, ruiner le commerce.

L'approche d'une grande Exposition ralentit déjà le mouvement économique. Au moins deux années avant la date, les voyageurs et les acheteurs étrangers ajournent leur voyage et leurs achats jusqu'au moment de la grande foire. Dans l'année même de l'Exposition, le commerce doit compenser le déficit de plusieurs exercices précédents et de plusieurs exercices suivants. Les ennemis de la démocratie parisienne ont résolu de vider Paris en 1900.

Sans doute se rappelle-t-on le discours frénétique prononcé jadis par Méline contre l'Exposition de

1900. L'afFameur el ses acolytes suivent leur idée. L'Exposition qu'ils n'ont pu empêcher, ils la feront échouer, pour frapper Paris. Tout est mis en œuvre pour éloigner les hôtes de la France.

Dans la rue, autour des Palais de Justice, dans la presse des Uhlans, retentissent ou s'étalent les menaces, les imprécations: « A mort les juifs! à mort les protestants ! à. mort les étrangers ! » Tout étranger est signalé comme suspect, dénoncé comme espion. Les « patriotes » ameutent la foule contre lui. Les feuilles esterhaziennes lancent continuellement, avec des titres énormes, de fausses nouvelles pour exciter la défiance et la haine. Des bandes de camelots galopent sur les boulevards, mettant sous les yeux des femmes des caricatures ignobles, hurlant des obscénités : « La gueule à Zola! il s'est tiré des pattes ! la sale bête ! le sale cochon I » Quiconque fait un geste de dégoût risque d'être assommé sur place.

Comme à Nantes, comme en Alger, les cris sinistres et les violences tolérées, encouragées, soutenues par la police épouvantent les promeneurs paisibles, les braves gens, les visiteurs indifférents. La provocation à l'assassinat faille fond des articles de dix journaux d'état-major. Le Sabre, qui violente les jurys et la magistrature, menace tout le monde. Moines, généraux, journalistes, préconisent et prédisent de prochains carnages. Les

journalistes suisses sont expulsés/ les Belges insultés. Les journaux de la famille Rochefort outragent grossièrement les femmes des Etats- Unis, raillant « Tinsuffissance de gorge, l'anguleuse brutalité de Tossature de ces princesses de la charcuterie».

Délibérément, systématiquement, on frappe les étrangers d'effroi ; on leur donne des nausées, on provoque leurs justes rancunes, pour qu'ils refusent d'apporter leur argent à Paris, montré au monde entier comme un repaire d'assommeurs, de fanatiques, de cannibales et de voyous.

Soit par le fer et par le feu, soit par la famine, il faut que Paris expie : Paris, éternel objet de terreur et d'exécration pour les Emigrés, pour les Chouans, pour les Jésuites, pour la cléricaille, pour les réacteurs de tout poil — Paris que les renégats et les vendus, les Rocheforts et les Judets, arrivent à tromper souvent, mais qui se reprend toujours.

Que Paris se reprenne donc aujourd'hui, ou qu'il soit encore une fois noyé dans le sang. Que la France se reprenne, ou qu'elle sombre définitivement dans la servitude et rimbécillité, sous le mépris du monde.

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