‹ L'Armée de l'ancien régimeChapitre 1 sur 25 · DE LOUIS XIV A LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

DE LOUIS XIV A LA RÉVOLUTION

liNTRODUCTION

l'armée au XVif SIÈCLE. LOUVOIS

Les progrès de l'autorité monarchique suivent une marche ascendante de Henri IV à Louis XIV où ils atteignent en quelque sorte leur point culminant. Sans doute il existe entre les institutions militaires et l'état social d'un pays des relations nécessaires, et l'on peut suivre, en effet, dans la même période, les efforts tentés en vue de faire de l'armée féodale l'armée du roi. L'entreprise a été toutefois plus difficile et plus lente. Eloignée des affaires publiques, la noblesse se résigne à laisser le gouvernement aux gens de robe, mais elle cherche dans l'armée son dernier refuge. Elle y défend ses privilèges avec d'autant plus d'obstination qu'elle a le vague pressentiment de livrer sur ce terrain sa dernière bataille.

Songez que tous les corps de troupes et la plupart des services qui s'y rattachent sont des propriétés privées. Et de toutes les formes de la propriété, celle que l'autorité royale a le plus respectée, c'est la propriété militaire. L'impossibilité de rembourser les propriétaires, et, par suite, de les dessaisir explique les embarras des secrétaires d'État de la guerre réduits à chercher des moyens détournés pour

disposer au nom du roi d'un bien qui n'appartient pas au roi.

Tâche immense, hérissée d'obstacles, entravée par mille résistances ! Commencée par Henri IV et Richelieu, un moment compromise au milieu des agitations de la Fronde, elle est reprise et poussée très loin quand un roi comme Louis XIV maintient trente ans aux affaires un ministre comme Louvois.

A l'exemple des gens en place de son temps, Michel Le Tellier, secrétaire d'Etat de la guerre, a travaillé à laisser sa charge à son fils et l'a élevé en vue de sa future destination. Il lui a fait donner une instruction solide et variée, couronnée par de fortes études de philosophie et de droit. Homme de robe, Le Tellier entend que son fils reste un robin comme lui. Bien qu'il le fasse entrer de bonne heure au Conseil d'État, qu'il lui assure à quatorze ans la survivance de son secrétariat, il lui achète une charge de conseiller au Parlement de Metz pour qu'il reste fidèle aux traditions de la famille. Après l'avoir initié tout jeune aux affaires, il fait plus et mieux encore pour sa fortune. Par une dernière habileté, il le place en apprentissage auprès du jeune roi, plus âgé de trois ans. Et Louis XIV, convaincu qu'il a été le maître de Louvois, acceptera d'autant plus volontiers les projets de son ministre qu'il ne cessera de voir en lui le plus docile des élèves et le plus dévoué des commis.

Très différent de son père dont il n'a ni la politesse calculée ni l'obséquiosité cauteleuse, Louvois est sec, impérieux, hautain, mais ces défauts mêmes le servent. Son masque froid, son regard dur, son abord difficile, la rudesse de ses manières, sa « férocité naturelle », comme dit un contemporain, écartent les fâcheux, les courtisans, les visionnaires. Il parle peu ; il n'écoute que ceux qui ont quelque chose à dire, mais il a du tact, du discernement, la science des hommes qui lui permet de les juger très vite et

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