Le général de Gallifet
de trouver en temps de paix, pour régler l’avancement, un système satisfaisant. L’ancienneté est aveugle et donne des officiers trop vieux ; le choix laisse trop de place à l’arbitraire ; le concours n’encourage qu’une science livresque. Seule la guerre révèle et permet de reconnaître les vraies qualités de l’officier, le sang-froid, l’habileté tactique, la prévoyance, l’action sur les hommes, le don du commandement.
On pourrait, tout au moins, essayer de remédier, à la lenteur de l’avancement en revenant à la pratique de l’ancien régime : la noblesse de province, qui fournissait àl’armée ses officiers les plus solides, ne faisait qu’un service assez court. On se retirait à 40 ans avec le grade de capitaine et la croix de Saint-Louis. De même, on pourrait actuellement accorder une retraite après dix ou douze ans aux officiers qui ne seraient pas désignés pour les grades supérieurs. On leur faciliterait l’accès d’un certain nombre d’emplois cinls; leur âge leur permettrait de parcourir une nouvelle carrière. Le récent projet de loi sur les pensions proportionnelles fait une première, mais encore timide application de cette idée.
Si la suppression des conseils de guerre, même en temps de paix, ne parait pas encore possible, chacun sent qu’on ne peut éviter de les réformer profondément. Sans entrer dans aucun détail, ce qui importe c’est d’exiger de la justice militaire ce qu’on exige de toute justice, des garanties d’indépendance et de connaissance du droit. 11 faut que
l’instruction et l’accusation soient confiées à de vrais magistrats, —que les jugements soient motivés. « Un jugement sans motifs, dit M. Henri Barboux *, est tout prêt d’être une condamnation sans jugement. » Le maintien des conseils de guerre ne doit pas entraîner celui des conseils de révision militaire ; les pourvois pour incompétence violation des formes prescrites doivent être portés directement devant la Cour de cassation, qui est le juge suprême du pays, et dont le rôle est d’assurer partout l’observation et le respect de la loi.
J’ai fini cette énumération de projets, qui risque de paraître à la fois incomplète et trop longue. Comme tous les programmes de réforme, elle laisse une impression un peu décourageante, parce qu’on sent d’avance que les meilleurs contiennent toujours une certaine part de déception. Nous sommes comme le malade qui lit l’ordonnance du médecin et demande tristement : « Serai-je guéri quand j’aurai fait tout ce qu’on m’ordonne? » Ce que le médecin pense et ne dit pas toujours, c’est que la guérison dépend moins des remèdes que de la force de résistance de l’organisme. En ce sens, le salut est en nous. Rien ne préserve du césarisme une démocratie qui s’abandonne. Mais elle n’a rien à craindre, tant qu’elle a la ferme volonté de se défendre. Si nous restons attachés au parlementarisme, — seul gouvernement possible quand on ne veut pas d’une dictature, — nous n’entendons pas