‹ L'armée française en 1867Chapitre 20 sur 46 · LES GROGNARDS DU PREMIER EMPIRE · texte numérisé non relu

LES GROGNARDS DU PREMIER EMPIRE

Le commun des soldats nouveaulx sont meilleurs que les rieulx en France.

{Mémoires de Tavannet , 1 660-1 69t! '.}

Les vues que je viens d’exprimer, demeurent dans mon esprit à l’état de convictions d’autant plus profondes, qu’elles sont absolument contraires à tout ce que m’avaient appris mes informations dans le monde et mes lectures, avant d’entrer dans l’armée. Des années d’études et d’observations expérimentales ont été néces-

t. On voit que les véritésque je défends sont aussi vieilles «jue l’armée française elle-même.

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saires, pour dissiper ces illusions militaires de ma jeunesse. Pourtant — ces illusions dissipées — il me restait des incertitudes et des doutes.

Comment, en effet, concilier mes convictions nouvelles, avec cette tradition si clière, des grognards de l’Empire formant ces phalanges redoutables de vieux soldats qui avaient promené leurs drapeaux dans l’Europe entière, et dont le type est présent à tous les esprits ? Ce type, les théâtres me l’avaient montré dans des drames qui avaient rempli mon cœur d’émotion, la peinture dans les toiles si pittoresques de Cliarlet; et partout, original et grand, ce type était caractérisé, moralement par la froide et calme bravoure à la guerre , physiquement par les moustaches grisonnantes des hommes qui ont passé l’âge moyen de la vie.

Comment, me disais-je, nos pères tiraient-ils un si grand parti de ces hommes de trente-cinq à quarante-cinq ans, sur le champ de bataille, après des marches laborieuses, quand aujourd’hui, dans le paisible et facile service des garnisons, nous ne pouvons les utiliser qu’à grand’peine; quand, dans la guerre, nous ne pouvons

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plus les utiliser du tout? Serait-ce doue que ces générations étaieut de fer et que les nôtres se sont altérées?

« Pour juger ces faits, » me disait le maréchal Bugeaud qui avait vécu, comme je l’ai dit, au milieu des grognards, « il faut considérer que les éclatantes victoires des armées de l’Empire, suivies de si douloureux revers, forment une épopée héroïque dont les imaginations françaises sont restées très-légitimement frappées. Tous les souvenirs qui s’y rattachent sont revêtus, aux yeux de la population, de formes brillantes et poétiques ; il faut les écarter pour découvrir la réalité, et cette réalité la voici :

« Dans les campagnes de 1805, 1806, l’armée était magnifique et d’une rare solidité; les éléments de force et d’action y abondaient. Quelques années de paix avaient été mises à profit, pour y introduire la discipline et la règle qui succédaient aux habitudes de laisser aller et de décousu des troupes de la Ré|jublique et du Directoire. L’efiectif de cette armée ne dépassait pas une juste mesure. De vieux soldats, vieux bieu plus par l’expérience de la guerre que par

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