‹ L'armée française en 1867Chapitre 21 sur 46 · LES GROGNARDS · texte numérisé non relu

LES GROGNARDS

l’âiçe — c’était le plus généralement des hommes de vingt-cinq à trente ans, choisis avec un soin éclairé — formaient des corps d’élite très-peu nombreux, rarement engagés, entourés par conséquent d’un haut prestige et portant avec eux, dans l’action, un effet moral considérable et toujours décisif’.

« Dès 1807-1809, en raison des besoins toujours croissants de la guerre, dont le théâtre s’étendait incessamment, la composition de l’armée s’affaiblit , sa constitution s’altéra. Dans l’esprit du gouvernement et devant les nécessités pressantes de la situation, les préoccupations de quantité , pour la formation des effectifs, durent l’emporter sur les préoccupations de qualité. On fit de grands efforts pour retenir sous les drapeaux les vieux soldats qui devinrent trop vieux, et pour multiplier les jeunes soldats qui furent, trop jeunes et à peine formés, acheminés vers les armées actives.

« Ou vit alors se produire de graves désordres

1 . La garde impériale, à Austerlitz, ne dépassait pas le chiffre de sept mille hommes. Elle était de plus de soixantedix mille hommes à la fin de 18i3 (vieille garde, jeun* garde, etc.).

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donnant lieu, le jour du combat, aux plus douloureux mécomptes. Toute armée de cent mille hommes, censée en ligne et disponible pour l’action, laissait derrière elle, en cheminant, une deuxième armée de vingt à vingt-cinq mille hommes, formée de vieux soldats usés et indis* ciplinés, de conscrits affaiblis qui ne rejoignaient plus, vivaient sur l’habitant et constituaient ce que nous appelions « l’armée des fricoteurs, » mal désormais inévitable, incurable, et qui allait s’aggravant chaque jour. »

Tout récemment encore, dans un livre sincère et plein d’un vif intérêt ( Souvenirs militaires de 180-'i à 181 4), l’un des plus éminents survivants de ces grandes guerres, le général duc de Fézensac, est venu confirmer les dires du maréchal Bugeaud en nous montrant l’état d’une armée — celle de la campagne de 1807, après la bataille d’Evlau — que nous nous figurons presque entièrement composée de grognards inébranlables dans le devoir.... : « Il s’en fallait que cette énorme diminution d’hommes fût réelle. On comptait soixante mille absents presque tous maraudeurs. »

LES GIîOGlfABDS

Je résume et je complète l’exposé qui précède, par quelques réflexions :

Le système général de composition d’armée auquel s’applique cet adage fort accrédité parmi nous : « 11 faut de vieux soldats conduits par de jeunes généraux »(auquelnous prêtons en France un sens beaucoup trop absolu), ne peut être admis sans discussion. Si les soldats sont trop jeunes, ils sont incapables de supporter les épreuves physiques et morales de la guerre, et les armees ainsi constituées se fondent rapidement. Mais si les soldats, jeunes encore, comptent quelques années — en France , deux à quatre — de pratique et d’expérience professionnelles, ils ont dans la guerre le maximum de solidité et de durée qu’ils puissent offrir.

Les sous-officiers et autres gradés subalternes formant les cadres, peuvent être plus âgés — mais pas beaucoup plus — et il est d’un haut intérêt que troupes et cadres soient périodique ment renouvelés, partiellement, avec mesure, de telle sorte que l’esprit de l’ensemble et la tra-

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dition soient conservés par un petit nombre de vieux soldats , sous la condition d'un rajeunissement continu de la masse.

Cette loi est générale et s’applique aux corps d’officiers comme à la troupe. Du sous-heulenant au colonel, c’est-à-dire de la première jeunesse à la maturité et au delà,, l’ échelle des âges doit correspondre à 1’, échelle des grades , car chaque grade réclame une part de service, d expérience et de savoir-faire proportionnée à son importance, et là, comme daus la troupeet dans la hiérarchie inférieure, les renouvellements périodiques partiels et le rajeunissement continu convenablement pondéré, sont obligatoires a peine d’énervation.

Dans le même ordre d’idées, le genre de mérite qu’il faudrait, avant tous les autres, demander aux officiers généraux , ce n’est pas la jeunesse, bien qu’elle vaille beaucoup, c’est /’ expérience. 3’entends cette expérience généralisée, qui a pour origine, avec la pratique du commandement dans la paix et dans la guerre, l’étude de l’âme humaine et des passions qui sont particulières aux masses armées , dans les situations si

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