DE L ADMINISTRATION
Mais les choses allaient autrement. Les comptables, étroitement réduits au rôle de distributeurs, n’avaient acheté quoi que ce soit de leur vie. Ils distribuaient au bivac, avec la viande qui suivait les colonnes et ne faisait jamais défaut, le pain, le biscuit ou la polenta, qu’avaient apportés les voitures envoyées par l’intendant général du corps d’armée, quand elles avaient pu arriver (le pain presque toujours avarié, le biscuit quelquefois).
Si tout manquait, les sous-intendants divisionnaires allaient par les villages et les villes, traitant et achetant comme ils pouvaient, de toutes mains, à tout prix, réunissant en eux la direction, l’exécution, le contrôle.
Je n’hésite pas à penser que si, dans des circonstances analogues, et pendant une guerre de quelque durée, les mêmes errements administratifs devaient être suivis, la nécessité apparaîtrait d établir près des quartiers généraux divisionnaires, un négociant qui serait, sous la surveillance de l’intendance, l’entrepreneur de la subsistance des troupes. C’est ainsi que pendant la guerre de Crimée, à une plus grande échelle et dans d’au-
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très conditions, alors que tout l’appareil administratif de l’armée opérant laborieusement et coûteusement, ne pouvait résoudre le problème, une grande maison de Marseille bien connue, intervenant avec l’ensemble de ses relations, de son savoir-faire, de ses moyens de toute sorte, recueillant des millions, mais en épargnant aussi au budget de la guerre, créa l’abondance dans l’armée et rendit toutes les opérations possibles 1 .
Aujourd’hui, tous les fonctionnaires de l'administration militaire française, les grands et les petits, ont l’armée pour origine commune. Ils gardent les instincts, les préoccupations, les sus-
1 . L’une des objections, la principale, je pense, iju’on ait élevée contre l’institution des agents non militaires intéressés dans la gestion des services, et qui ait motivé sa suppression, dérivait d’une préoccupation morale. On disait que beaucoup d’entre eux réalisaient le plus souvent une fortune. En admettantquele fait fût vrai, je demanderais en quoi la morale est intéressée à empêcher des entrepreneurs de s’enrichir, s’ils atteignent par des moyens avouables résultant de leur habileté et des ressources dont ils disposent, le but de l’entreprise; si dans le cas qui nous occupe, ils parviennent à faire à la fois leurs affaires et celles de l’État incapable de les conduire seul à bonne fin.
Il y a là tout un paragraphe à ajouter à ce que le maréchal Bugeaud appelait : « Le chapitre des idées fausses. »