‹ L'armée française en 1867Chapitre 36 sur 46 · DE L’ARMÉE · texte numérisé non relu

DE L’ARMÉE

dal et pour que ce mandat fût respecté, l’intendance a voulu avec raison que sa situation dans l’année eût un relief particulier. Elle a cru l’obtenir en se faisant attribuer l’assimilation de nos divers grades, du général de division au capitaine, avec les prérogatives qui s’y rattachent, et avec le temps, elle a absorbé jusqu’à un certain point l’administration militaire tout entière, direction, exécution, contrôle. A mon avis elle s’est trompée.

Les officiers d’administration chargés de l’exécution des services, originaires des sous-officiers des corps de troupe, sont devenus des agents purement militaires. Leur rôle exclusif de conservateurs, distributeurs et comptables, ne saurait leur donner l’expérience des transactions et des affaires en vue de la guerre. Ils sont naturellement et uniquement préoccupés, leurs devoirs accomplis, d’obtenir les distinctions honorifiques, le rang, l’avancement, les prérogatives. Ils soutiennent que, pouvant prétendre alors qu’ils étaient sous-officiers, aux plus hauts grades de l’armée, ils peuvent prétendre, entrés dans l’administration, aux plus hauts emplois de l’admi-

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nistration, s’ils en sont capables et dignes, .le ne sais si les officiers d’administration sont en mesure de porter le poids du rôle auquel ils aspirent, mais enfin voilà le secret de la lutte dans laquelle ils sont entrés récemment contre l’intendance qui s’est défendue par l’organe de quelquesuns de ses membres les plus considérables. Brochures agressives, articles de journaux, pétitionnement au Sénat, rien n’a manqué à ce débat absolument nouveau dans l’armée. Un veto ministériel y a mis lin. J’affirme dans tous les cas que l’administration militaire ne gagnera rien à cette guerre stérile pour les personnes comme pour l’intérêt public qui est en cause. Elle servira à montrer une fois de plus, qu’on ne s’écarte jamais des principes consacrés par le temps et par l’expérience, sans encourir la mau- - \aise chance de créer, avec la confusion et le désordre dans les faits, le trouble dans les esprits. Or jamais on ne s'est plus écarté de ces principes, qu’en enserrant étroitement dans nne même hiérarchie, celle des armes, deux ordres de fonctionnaires entre lesquels devait subsister une ligne de démarcation nécessaire , indiquée

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par la diversité de leurs attributions et de leurs carrières; de fonctionnaires qui devaient rester civils, pour garder la part d’indépendance spéciale dont ils ont besoin, sauf à être assujettis à certaines règles d’obédience générale ou plutôt à certaines convenances que comporte expressément le régime des armées permanentes.

Les innovations par lesquelles l'administration militaire française a été transformée dans le sens que je viens d’indiquer, appartiennent à la monarchie de Juillet. Elles prévalurent contre les vœux , et les objections d’un petit nombre d’hommes très-entendus et très-autorisés, mais déjà vieux, et qui appartenaient plus au passé qu’au présent. Ils avaient prédit l'atteinte grave qu’elles porteraient, avec le temps, à l’éducation et à l’expérience professionnelles de nos administrateurs militaires , et enfin les difficultés sérieuses qu’elles créeraient pour la guerre.

Je termine ces réflexions par un résumé sommaire des principes de guerre qui me les ont inspirées :

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La direction de l’administration des armées appartient au commandement, parce que les armées sont faites pour la guerre où il est seul responsable. Il est regrettable et il est contraire à l’intérêt public, que le commandement se soit laissé peu à peu détourner, déshabituer, presque désintéresser de cette direction. Quand l’intendance l’exerce, ce devrait être expressément par délégation du commandement.

L exécution doit être confiée à des agents civils, intéressés dans leur gestion garantie par un cautionnement proportionné à son importance, responsables. financièrement, hommes d’affaires avant tout et d’expérience commerciale , opérant sous la surveillance de l’intendance.

Le contrôle est une haute et nécessaire mission que l’intendance tient directement de l’État, et qu’elle doit remplir avec une indépendance absolue. C'est dans la plénitude de cette indépendance spéciale, qu elle aurait dû chercher la considération et les respects qui lui sont indispensables et auxquels elle a (droit. Elle les a demandés, en créant jusqu’à un certain point l’antagonisme, aux grades et aux pré—

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