Que la confiance de ses soldats dans leurs fusils
faisait une partie de leur bravoure. » (Le fusil à baguette en fer d’invention prussienne). — (Conversation du grand Frédéric avec le comte de Gisors (4 754), rapportée dans une lettre de ce dernier au maréchal de Belle-lsle, son père).
(Mémorial du dépôt de la guerre, tome IV, page 40(1.)
2. Si, comme je l’ai montré dans une note précédente, nous n’avions pas avant Sadowa une haute idée des facultés offensives de l’armée prussienne, nous lui rendions sous d’autres rapports plus de justice :
k Mais le niveau moral est peut-être plus élevé dans l’armée prussienne que dans toutes les autres armées de l'Europe. Les sentiments d’honneur et de patriotisme sont trèsdéveloppés parmi des soldats qui appartiennent aux classes élevées de la société, dans une proportion plus grande que dans les armées où le remplacement est permis. Par sa composition, l’armée en Prusse est l’image fidèle de la nation. »
(Cours d’art militaire (18(14), à l’école d’application de l’artillerie et du génie, à Metz.)
Sur ces événements, la France se réveille comme en sursaut, s’émeut et s’agite. Les uns veulent l’adoption immédiate de la constitution militaire prussienne, dans un sentiment qui va du dédain à l’idolâtrie, sans transition. Les autres le repoussent énergiquement, et le conflit des projets commence, avec des chances d’interminable durée, car les principes ne sont ni définis ni discutés. Les chiffres seuls sont en cause. Ne nous passionnons pas, ne nous agitons pas, examinons dans le calme, comparons sans parti pris, sachons entendre la vérité. Faisons à présent ce que nous aurions dû faire dès la fin de la campagne d’Italie, nous livrant à ce travail d’esprit qui consiste : « A constater les « effets, à rechercher les causes et à déduire « du rapprochement de ces deux éléments « d’examen, le vrai , c’est-à-dire ce qu'il aurait « fallu faire ou ne pas faire. »
(Maréchal Bugeaud.)
Au grief que certains esprits ne manqueront pas de m’imputer, d’introduire le public du dedans et du dehors dans la confidence d’une
discussion où sont examinés le fort et le faible de l’armée française, je réponds sans hésiter par ■des raisons qui sont sur ce point une profession de foi convaincue ;
Le temps, avec les enseignements et les redressements qu’il apporte, a fait justice, dam le monde moderne, de cet esprit étroit qui conduisait autrefois les gouvernements à cacher, avec un soin jaloux, les secrets à l’aide desquels ils prétendaient assurer le triomphe de leurs armées, de leur commerce, de leur industrie, etc. A présent que les nations, au lieu de se renfermer chez elles, vivent en état d’échanges continuels, au milieu des informations d’une publicité illimitée, le mystère à l’égard des inventions nouvelles et des perfectionnements de toute sorte est à la fois inutile et impossible. On sait aujourd’hui ou ou saura demain. C’est la loi des temps 1 . Les armées bien avisées seront celles au contraire qui mettant cartes sur table, soumettront leurs voies et moyens à la
1 , [Vous avons eu presque aussitôt que les Prussiens euxinémes le modèle du fusil à aiguille. Il était expérimenté dès 1850 à notre école de tir de Viucennes.
discussion la plus étendue , par comparaison avec les voies et moyens des autres armées quelles auront l obligation d étudier avec soin. Je parlerai donc librement, et mon patriotisme avertissant ne se croira inférieur ni en sincérité ni en utilité au patriotisme qui -admire ou se tait.
Le gouvernement et le peuple autrichiens, tout le monde le sait, avaient dans la solidité de leur armée , bien que plus d’une fois malheureuse à la guerre, une confiance que justifiait entièrement l’histoire du pays. Cette armée elle-même se considérait à bon droit comme la plus éprouvée des armées allemandes. La pensée d’être partout battue, désorganisée, partiellement détruite, démoralisée en quelques jours, sur son propre terrain et au milieu de ses forteresses, lui eût paru intolérable avant l’événement! Quel service cependant aurait rendu à son pays un officier autrichien qui, passant outre aux susceptibilités militaires nationales, eut hardiment démontré à ce gouvernement et à cette armée : « qu’ils s’endormaient dans les « choses du passé ; qu’ils vivaient sur des
« traditions respectables mais vieillies qui n’é- « (aient plus en rapport avec les longs et mite nutieux efforts de préparation, avec l’énergi- « que ressort, avec les vitesses de toute sorte, « avec les manœuvres simplifiées, avec les perte fectionnements mécaniques qui sont les exi- « gences absolues de la guerre contempo- « raine ? »
D’ailleurs — j’écrivais ceci en 1862 — il n’y a pas à révéler l’armée française aux officiers étrangers. Instruits comme ils le sont presque tous, studieux, chercheurs, observateurs particulièrement attentifs à tout ce qui se passe en France, ils nous savent beaucoup mieux que nous ne nous savons nous-mêmes. Dans la guerre de Crimée, dans la guerre d’Italie surtout, ils ont parfaitement saisi nos imperfections et spécialement le point vulnérable de nos habitudes de tactique sur le champ de bataille. Ils les dénoncent dans une foule d’écrits et nous avons pu lire notamment une brochure prussienne attribuée à un prince prussien 1 : Mémoire mili-
\ . Je ne savais pas en écrivant ces lignes, peu après l’apparition de cette brochure (J 860), que son auteur qu’on
taire , avec un premier chapitre intitulé : des moyens de combattre les Français , qui a provoqué parmi nous le sourire des uns, la colère des autres, et qui méritait en réalité d’étre médité. Son auteur montre un rare esprit- d’observation , un sens droit, une âme haute, et sans être fort expérimenté dans la matière militaire française, il fait voir qu’il l’a étudiée et qu’il l’a comprise.
\ oilà mes lecteurs bien avertis que je ne me suis pas proposé le thème commode, toujours populaire et dont on a trop abusé dans notre pays, d’exalter l’armée française dans ses incontestables qualités, de taire ses défauts. Je suis fermement convaincu que la modestie, par où nous ne brillons guère, est une force pour les officiers d’une armée. Elle les conduit à se pénétrer de celle grande maxime de guerre que le maréchal Bugeaud plaçait dans son estime et dans ses leçons avant toutes les autres :
disait être le prince Frédéric-Charles de Prusse, serait l’un des vainqueurs deSadowa.
«’ Un ne dédaigne pas impunément son ennemi, quel qu’il soit. »
Mais si j’épargne dans cet écrit à l’armée française les louanges de parti pris qu’on lui prodigue et qu’elle- même se donne quelquefois, je prouverai que je sais ce qu’elle vaut, en montrant résolument à ses adversaires, sans craindre de la leur livrer dans les guerres à venir, ce qu’elle a et ce qu’elle n’a pas.
Le maréchal de Saxe, le vainqueur de Fontenoy, de Rocoux et de Lawfeld, dont les passions, la singularité, le goût pour la bataille et les hautes facultés faisaient l’un des hommes les plus extraordinaires de son temps, donnait pour préface à son livre célèbre Mes Rêveries, la déclaration suivante :
« Il serait bardy île dire que toutes les méthodes qu’on employé à présent à la guerre ne valent rien; car c’est faire un sacrilège que d’attaquer les usages, moins grand cependant que d’établir des nouveautés. Je déclare donc r/ue je tâcherai seulement de faire voir les abus on nous sommes tombés. »
Ces réflexions dont le sens est trop absolu,
mais dont le caractère et le mérite conservateur sont souvent méconnus en France, où nous faisons aujourd’hui marcher de front les routines les plus obstinées et les innovations les moins mûries et les plus hasardées, résument les principes, les sentiments et les vues qui ont inspiré mon travail. « Je lâcherai de faire voir les abus où nous sommes tombés. » Je montrerai en même temps, que nous sommes arrivés à l’une de ces périodes de transition dans l’existence et dans la fonction des armées , qui marquent la fin de certains procédés employés dans les guerres passées, pour en inaugurer d’autres àemployer dans les guerres présentes. C’est le mérite et la fortune de la Prusse en 1860, comme autrefois, au temps du grand Frédéric, d’avoir prévu cette évolution des voies et moyens de la guerre, d’en avoir étudié très-attentivement les conditions pendant une longue paix , de les avoir trouvées pour la plupart, d’en avoir fait opportunément etrésolûment l’application.